lundi 18 septembre 2017

Le Pape n'est pas l'Oracle de Rome



par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Centre de Fatima
Le 18 septembre 2017

Par ordre de l'Archevêque de Grenade, Javier Martínez, le Professeur Joseph Siefert a été renvoyé de son poste de Professeur de Philosophie à la filiale Espagnole de l'Académie Internationale de Philosophie, que Seifert lui-même a fondé au Liechtenstein. Son offense ? Rien de plus qu'un énoncé de l'évidence.

En ce qui concerne la « logique pure », a-t-il écrit, le paragraphe 303 d'Amoris Laetitia (AL) ouvre la voie au chaos moral dans l'Église lorsqu'il réduit les préceptes moraux négatifs de la Loi Naturelle, y compris le Sixième Commandement, à des simples idéaux et qu’il déclare que Dieu Lui-Même s'écarte des préceptes moraux si l'on se sent incapable de les obéir dans des circonstances particulières — bref, l'éthique de la situation. Croyez-le ou non, c'est exactement ce que propose le paragraphe :

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

« Cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif ».

Ainsi, Seifert ne se livrait pas à un mélodrame lorsqu'il remarqua que ce passage est « une bombe atomique théologique » qui « menace de renverser tout l'édifice de l'enseignement moral Catholique ».

Dans une déclaration justifiant son châtiment de Seifert, l'Archevêque Martínez a affirmé que la déclaration de l'évidence par Siefert « endommage la communion de l'Église, confond la Foi des fidèles et sème la méfiance envers le Successeur de Pierre qui, à la fin, ne sert pas la vérité de la Foi, mais plutôt les intérêts du monde ».

L'Archevêque n'a pas dit, cependant, que la lecture que fait Siefert d’Amoris Laetitia était incorrecte. Cette omission soulève des questions inquiétantes :

Premièrement, devons-nous maintenant supposer que « la communion de l'Église » exige l'acceptation de l'éthique de la situation ?

Deuxièmement, comment « la Foi des fidèles » peut-elle être confondue en soulignant qu’Amoris Laetitia a introduit une confusion précisément dans la Foi des fidèles concernant l’admissibilité de la Sainte Communion pour les adultères publics ? Nous assistons maintenant à une situation dans laquelle, comme le regretté le Cardinal Caffarra s'en est plaint quelques mois avant sa mort : « Ce qui est péché en Pologne est bien en Allemagne, ce qui est interdit dans l'Archidiocèse de Philadelphie est autorisé à Malte. Et ainsi de suite. On se rappelle de l'observation amère de Blaise Pascal : « La justice de ce côté-ci des Pyrénées, l'injustice de l'autre ; la justice sur la rive gauche de la rivière, l’injustice sur la rive droite » ».

Troisièmement, comment cela « sème la méfiance envers le Successeur de Pierre » quand il faut souligner que l'occupant actuel de la Chaire de Pierre semble avoir contredit tous ses prédécesseurs, y compris Jean-Paul II et Benoît XVI, sur « l'impossibilité intrinsèque » d’admettre les adultères publics dans des « seconds mariages » inexistants aux Sacrements ? N'est-ce pas le Pape François qui a semé la méfiance du ministère papal en donnant l'impression que le Magistère peut changer selon ce qu'un Pape particulier peut penser en opposition à ce que tous les Papes ont précédemment enseigné conformément à la Révélation Divine et la Loi Divine Naturelle ?

Quatrièmement, comment l'Archevêque peut-il affirmer sérieusement qu'en soulignant l’évidence concernant Amoris Laetitia, le Professeur Siefert « ne sert pas la vérité de la Foi, mais plutôt les intérêts du monde » ? Précisément, le contraire est vrai : l'admission des adultères publics à la Sainte Communion sans aucun engagement à cesser leurs relations adultères dessert la Foi et sert les intérêts du monde qui applaudit cette notion fausse et démagogique de la « miséricorde ».

La seule réponse raisonnable à ces questions est que l'Archevêque de Grenade a embrassé l'une des signaux d’erreurs de notre époque : un positivisme papal pur selon lequel la « Communion » et la « Foi » sont déterminées par tout ce que le Pape dit, peu importe son contenu, tant que le Pape l'a prononcé. Selon cette erreur, l'Église serait une sorte de secte gnostique dont les croyances sont déterminées par les derniers augures de l'Oracle de Rome.

Ce qui se passe réellement, bien sûr, c'est ce que cette chronique a déjà noté et qui est expliqué par le Professeur Claudio Pieratoni, qui a écrit en défense du Professeur Siefert : « Le Pape lui-même contribue activement à la confusion entre le Magistère et ses opinions privées », c'est pourquoi « il est d'autant plus nécessaire et urgent qu'une sorte de correction « formelle », ou peut-être mieux, « filiale » destinée au Pape, apparaisse enfin. Et que Dieu accorde au Saint-Père un cœur ouvert pour l'entendre ».