mardi 17 octobre 2017

Sentence de mort sur l'Ultramontanisme
Vision exagérée de l'autorité pontificale


Écrit par : Dr Joseph Shaw

Alexander Joseph Ranald Shaw (né en 1971) est un universitaire Britannique et le Président actuel de la Société de la Messe Latine. Il est docteur en philosophie et enseigne à Oxford, Angleterre

SOURCE : One Peter Five
Le 16 octobre 2017


En 1952, le Pape Pie XII a déclaré ce qui suit, dans un discours public enregistré parmi ses actes officiels :

« Même lorsqu'il s'agit d'une personne condamnée à mort, l'État ne dispose pas du droit à la vie d'un individu. Il appartient alors à l'autorité publique de priver le condamné du bien de la vie, en expiation de sa faute, après s'être lui-même déjà privé du droit à la vie par son crime ».

En 2017, le Pape François a parlé, dans un contexte non dissemblable :

« Il faut dire clairement que la peine de mort est une mesure inhumaine qui, quelle que soit la manière dont elle est appliquée, abaisse la dignité humaine. Elle est en soi contraire à l'Évangile, car elle implique la suppression volontaire d'une vie humaine qui ne cesse d'être sacrée aux yeux de son Créateur et dont, finalement, seul Dieu est le véritable juge et garant ».

Encore :

« Il est donc nécessaire de réaffirmer que, quelle que soit la gravité du crime commis, la peine de mort est irrecevable parce qu'elle porte atteinte à l'inviolabilité et à la dignité de la personne ».

Que peuvent faire les Ultramontains de cette situation ceux qui ont une vision exagérée de l'autorité pontificale si importante dans le débat sur Amoris laetitia ?

On peut supposer qu'en 1952 tous les bons Ultramontains ont dit que, comme le Pape l'avait dit, il est vrai que la peine de mort est non seulement admissible, mais pour des crimes suffisamment graves et d'une pertinence unique. ( Qu'est-ce que cela signifie d’autre de dire qu'un criminel a « disposé » de son « droit à la vie » ? )

Aujourd'hui, en 2017, tous les bons Ultramontains disent que, parce que le Pape l'a dit, il s'ensuit qu'il est faux que la peine de mort soit toujours permise.

Maintenant, la ligne Ultramontaniste officielle est que l'autorité papale, étant suprême et ( pour des raisons pratiques toujours ) infaillible, ne peut jamais être contradictoire. Mais entre ces deux déclarations papales, il y a une contradiction aussi évidente que votre nez dans votre visage. La suggestion selon laquelle la déclaration de 2017 est un « développement » ou une « clarification » de ce qui a été dit en 1952 ou qui exprime les implications de cette expression et d'autres expressions de l'enseignement de l'Église sur la peine de mort au cours des siècles n'est pas nécessaire à débattre. C'est tout simplement fou.

Mais pour ceux qui veulent en débattre, un simple test du développement de la Doctrine est de demander si les auteurs subséquents peuvent continuer à accepter les expressions antérieures d'une doctrine comme étant vraies. Ainsi, nous trouvons une discussion de la grâce chez Augustin, sans certaines distinctions qui ont été développées par des auteurs postérieurs et utilisées dans des déclarations dogmatiques, mais Augustin n’a pas tort pour cette raison et ce qu'il écrit n'est pas, avec le recul, une hérésie. Il peut parfois être trompeur de citer Augustin sur la grâce, mais on ne doit pas le désavouer pour autant. Dans le cas actuel, en revanche, il est évident que le Pape François n'est pas d'accord avec le Pape Pie XII : ils ne peuvent pas tous les deux avoir raison.

Les Ultramontains d'aujourd'hui sont donc pris en serres. Afin de soutenir l'autorité suprême et ( toujours pratique ) infaillible du Pape François, ils vont devoir admettre que l'autorité du Pape Pie XII n'était pas si suprême ni infaillible après tout.

Mais si les gens avaient eu tort en 1952 de se prosterner par terre devant Pie XII et d'être d'accord avec ce qu'il a dit sur la peine capitale, juste parce qu'il l'avait dit, alors la possibilité hideuse que les gens peuvent aujourd’hui se tromper d’être en accord avec ce que le Pape François dit en 2017, juste parce qu'il l'a dit.

La déclaration du Pape François, qui contredit si simplement et si clairement son prédécesseur d’il y a 65 ans, démontre la fausseté de l'Ultramontanisme d'une manière que je n'aurais jamais cru possible. On peut signaler aux Ultramontains que la contradiction d'un Pape par un autre sur une question de Foi et de morale est possible, compte tenu de la faillibilité de la plupart de leurs déclarations, même lorsqu'ils donnent l'apparence d'exercer leur charge d'enseignement ( mis à part quand ils improvisent dans les avions ou écrivent des lettres privées ), mais les Papes sont généralement trop prudents dans la préparation de leurs remarques publiques pour permettre que cela ne se produise, sauf de la manière la plus subtile et la plus tacite. Mais le Pape François l'a fait. Le jeu est terminé.

L'Ultramontanisme comme guide pratique pour les Catholiques ne fonctionne que dans la mesure où, s’il peut fonctionner du tout, dans des moments de grande stabilité. Parfois comme présentement, il est contradictoire et absurde. Après la déclaration du Pape François sur la peine de mort, aucun Catholique avec une intégrité intellectuelle ne peut continuer à tenir cette attitude.

Comment le Catholique ordinaire s’en sort-il alors ? Le Catholique ordinaire est obligé de croire ce que l'Église enseigne. L'Église transmet fidèlement ce qu'elle a reçu de son Seigneur. Nous pouvons voir le Pape Pie XII faire cela dans le passage cité : en utilisant le langage de son temps, certes, mais dans son contenu fidèle aux Papes, aux Pères, aux Docteurs et à l'Écriture (voir Genèse 9 : 6, 1, Deutéronome 13, Deutéronome 21 :22, Matthieu 15 : 4, Matthieu 7 :10, Matthieu 19 :11, Matthieu 13 : 4, Matthieu 10 :28).

Concernant la déclaration du Pape François, pour le dire avec douceur, elle ne peut pas être dite.

Note : la licéité de la peine capitale est la première des propositions discutées dans l'appel aux Cardinaux des 45 théologiens, qui donnent plus de références.

Le Cardinal Dulles donne un compte rendu détaillé de l'enseignement de l'Église sur le site First Things.