samedi 7 octobre 2017

La persécution de l'orthodoxie



Écrit par : Joseph Seifert

Philosophe laïc. Il est ancien Président de la Chaire Dietrich von Hildebrand en Phénoménologie réaliste à l'Académie internationale de philosophie.

SOURCE : First Things

Le 5 octobre 2017

Si on considère la transformation de l’Académie de Platon, champion de la vérité éternelle, en un centre de scepticisme radical contre lequel Saint Augustin écrivit son Contra Academicos, ou si on contemple les scissions et les changements qui se sont produits dans toutes les autres écoles philosophiques, on verra que la préservation de la Doctrine Catholique sur deux millénaires est un miracle. Compte tenu des innombrables divisions entre les différentes confessions Protestantes et dans les autres religions, il est évident que la façon dont l'enseignement Catholique a survécu intact, devenant de plus en plus claire à chaque confrontation avec l’erreur, est une merveille beaucoup plus grande que la guérison des malades ou de faire voir aveugle.

Ajoutez à cela le fait que beaucoup de prêtres, d'Évêques, de Cardinaux et de Papes ont non seulement vécu de très mauvaises vies opposées à l'enseignement Catholique, mais ont rejeté de nombreuses Doctrines Catholiques ou simplement ne les ont pas crues. Toute institution purement humaine aurait depuis longtemps été dissoute ou aurait subi des divisions et des contradictions internes qui auraient été reflétées dans ses croyances et ses enseignements officiels.

Dans les Actes des Apôtres, Gamaliel a déclaré que la survie de l'Église est impossible à moins qu'Elle ne soit établie et conservée par Dieu. La même ligne de pensée est sous-jacente à la célèbre histoire de Boccaccio dans le Décaméron, celle du marchand Chrétien et de ce Juif, qui se convertit précisément parce que les nombreux hommes indignes et mondains qu'il rencontrait au Vatican n'avaient pas détruit l'Église, Elle devait donc être de Dieu. Quand l'on constate que « l'Église » a surmonté glorieusement les nombreuses crises qu'elle a subies, on peut seulement vouloir dire la vraie voix et les enseignements officiels de l'Église. On ne peut pas nier que ces mêmes erreurs se sont attardées jusqu'à nos jours et ont même gagné de la force dans de nombreux cercles malgré qu’elles aient été reconnues et condamnées.

Dans les cinquante dernières années, la crise qui a menacé l'Église le plus gravement en est une de théologie morale et de la compréhension de la « loi naturelle ». Cette crise est devenue dramatiquement plus claire après la publication de Humanae Vitae. Au début, les théologiens qui s'opposaient à ce document cherchaient refuge dans le sanctuaire de la conscience morale, la norme subjective suprême de la morale. Au lieu de considérer la conscience comme fondée sur la vérité objective du bien et le mal, sur la dignité infinie de Dieu et sur la haute dignité de l'homme, au lieu de reconnaître que la conscience est appelée à se former par la vérité, ces hommes l'ont vu comme un générateur subjectif de ce qui est bon et mauvais — pour moi. Comme s'il n'était pas nécessaire que la conscience corresponde à des normes morales objectives qui sont inscrites dans l'essence des choses et des actes humains, et dans la sainteté éternelle de Dieu.

Pourtant , la phalange morale théologique qui s’est retournée contre Humanae Vitae n’a pas été contente de dire que les erreurs éthiques et les actes gravement désordonnés de ceux qui pratiquent la contraception sont purement justifiées subjectivement par leur conscience égarée. Au lieu de cela, ces adversaires voulaient soudainement affirmer l'objectivité totale de leur opposition à Humanae Vitae, en disant que nous ne traitons pas ici que des consciences égarées ( inlassablement invoquées par Rocco Buttiglione dans sa défense de Amoris Laetitia ).

Les défenses de la subjectivité de la conscience impliquaient toujours que le pécheur, qui se trouvait enchevêtré dans des erreurs de conscience, devrait être mieux enseigné et soumettre humblement son jugement à la vérité objective au sujet de l'erreur intrinsèque de ses actes. Rejetant cela, la nouvelle théorie proportionnaliste et conséquentialiste de l’éthique ( vraiment du réchauffé de vieilles idées ) a permis aux théologiens d’affirmer : dans de nombreux cas , les actes qu’Humanae Vitae a appelés intrinsèquement mauvais sont, objectivement parlant, pas mal du tout. Ceux qui ont désobéi à Humanae Vitae avaient non seulement le droit de suivre leur propre conscience, même contre l'Église, ils étaient objectivement justes quand ils ont choisi de le faire.

Que ce point fut appelé « proportionnalisme », « conséquentialisme », « éthique purement téléologique », « éthique de la situation », etc., le point était le même : ça a jeté par-dessus bord l'enseignement central de toute éthique depuis Socrate, Platon et Cicéron, et tout au long de l'histoire de l'Église, à savoir, l'enseignement qu'il y a des actes intrinsèquement mauvais. Des actes tels que le mensonge, le viol d'une femme, l'avortement, le meurtre, l'euthanasie, l'utilisation de faux jugements pour satisfaire sa propre luxure — comme les anciens juges qui ont accusé Susanne d'adultère parce qu'elle avait refusé leurs mauvais désirs — sont toujours faux et gravement désordonnés. L'acte glorieux du jeune Daniel de découvrir leur mensonge et leur injustice ainsi que son jugement juste contre ces hommes maléfiques, nous ramène avec une force saisissante à l'existence d'actes d'injustice, de mensonges, de calomnies, de tuer les innocents, etc., qui sont absolument et en toutes circonstances mauvais ; ils sont ce qu'on appelle un intrinsece malum.

Or, cette nouvelle théologie morale, préconisée par Fuchs, Demmer, Böckle, Schüller et beaucoup d'autres, a nié que tout acte puisse être jugé moralement sauf en rapport avec leurs bonnes et mauvaises conséquences. Par conséquent, il n'existe pas une action humaine intrinsèquement et toujours mauvaise. Si une action, quelle que puisse être sa nature intérieure, promet d'aboutir à une diminution des maux dans le monde, elle peut être justifiée. Nous pouvons facilement voir qu’avec cette éthique, rien dans l'enseignement moral Catholique ne resterait intact. Parce qu'aucun acte ne serait mauvais par sa nature, mais bon ou mauvais seulement en se basant sur la complexité concrète de la vie et sur la toile des causes et des effets.

On peut toujours trouver des cas où le fait de commettre un meurtre, de trahir des innocents, ou bien d'autres actes abominables peuvent avoir un plus grand nombre de bonnes conséquences qu'une autre action. Par exemple, trahir un Juif et l'envoyer à sa crémation, considéré isolément, est certainement un acte très horrible, reconnaissent ces auteurs. Cependant, ce même acte, dans certaines circonstances, peut signifier la mort d'un seul homme, au lieu de risquer que les Nazis, à cause de ma réticence à livrer ce Juif à eux, assassinent ma propre famille de huit. Par conséquent, dans de telles circonstances, nous serions autorisés, ou même obligés, à livrer ce Juif pour être tué par les Nazis.

Ce n'est pas seulement un enseignement clair de l'Église, mais c’est également évident pour la raison humaine que certains crimes abominables ne peuvent pas du tout être justifiés en soulignant leurs bonnes conséquences. Considérez l'abominable acte que le Prophète Daniel aurait commis, s'il avait condamné lui-même la femme innocente afin de ne pas mettre en péril sa jeune carrière de juge.

Il est difficile d'exagérer les proportions immenses de la crise dans l'Église produites par une telle théorie éthique fausse et vicieuse. Elle est capable de trouver une excuse pour toute forme d'acte pécheur. Si de simples conséquences pouvaient rendre les actes humains moralement bons ou mauvais, il n'y aurait plus aucune injustice, aucun avortement cruel, ni aucune abomination qui ne puisse être justifiée dans certaines circonstances.

À cette crise, le Pape Saint Jean-Paul II a réagi avec le plus de force. Dans son Familiaris consortio, il a reconfirmé l'enseignement du mal intrinsèque de l’adultère et de la contraception, dont la signification unitive de l'acte conjugal est activement et délibérément séparée de celle qui est procréatrice. Dans Evangelium vitae, il a insisté sur la dignité de chaque être humain, qui est en même temps une personne humaine. Par conséquent, toute attaque contre la vie humaine, dès sa conception jusqu'à la vraie mort ( non seulement la soi-disant « mort cérébrale » ) est intrinsèquement mauvaise et ne peut être justifiée par quelque bonne conséquence que ce soit qu'un tel acte pourrait avoir ( comme sauver une vie ou un mariage, ou empêcher que le mari quitte ses enfants, etc. ). Non, invoquant l'autorité de Saint Pierre, et donc ( à mon avis ), déclarant que cet enseignement est un dogme, Jean Paul II a formulé au chapitre 68 d’Evangelium vitae que dans chaque être humain vivant, nous devons respecter pleinement la dignité de la personne. Ainsi, tout acte anti-vie est intrinsèquement mauvais et ne peut jamais être justifié compte tenu des conséquences externes ou postérieures.

Enfin, dans Veritatis Splendor, le Pape a mis fin à cette éthique proportionnaliste, affirmant avec une force plus grande qu'il y a des actes qui sont par nature mal et moralement mauvais. Leur fin et l’intention essentielle ( finis operis ) les rendent moralement condamnables quelles que soient les conséquences. Veritatis Splendor condamne sans exception les erreurs morales et théologiques qui niaient des actes intrinsèquement mauvais. Ça a ainsi donné à Humanae Vitae son fondement ultime dans l'enseignement sans ambiguïté qu'il y a des actes qui sont intrinsèquement mauvais et qui ne peuvent être justifiés dans quelque situation que ce soit.

Aujourd'hui l'éthique rejetée par Veritatis Splendor a relevé une nouvelle fois sa tête hideuse. Elle menace de provoquer l'apogée de la crise morale-théologique dans l'Église, car maintenant ce n'est pas seulement une foule de théologiens rebelles et d'Évêques qui nient les actes intrinsèquement mauvais. Non, il y a quelques formulations dans Amoris Laetitia qui ont causé un choc profond chez ceux d'entre nous qui ont combattu, aux côtés de Saint Jean-Paul II et du Pape Émérite Benoît XVI, depuis des décennies contre l'immense mal de cette fausse éthique. Ces formulations sont ce qui a provoqué nos questions des « dubia », posées au plus haut niveau par Quatre Cardinaux, mais exprimées sous diverses formes par des Évêques, des prêtres, des théologiens et des journalistes.

Se pourrait-il que le Pape François se soit débarrassé dans Amoris Laetitia des enseignements moraux et théologiques qui ont été déclarés solennellement être l'enseignement perpétuel de l'Église et des vérités éternelles sur la morale ? C'est dans ce contexte que les cinq dubia des Quatre Cardinaux doivent être vus. Ils ne sont en aucun cas anti-papes ou nuisibles à la communauté de l'Église, mais représentent un service suprême à l'Église et au Pape, en soulignant une menace de destruction de l'enseignement moral Catholique si le Pape François ne clarifie pas ou ne corrige pas certaines affirmations qu'il a faites.

Les dubia sont une nécessité historique pour l'Église. Ce sont des questions qui devraient être posées par tous les Cardinaux et Évêques et par tous les laïcs à travers le monde. Pourtant, les Quatre Cardinaux qui ont posé ces questions de la manière la plus raffinée, la plus polie et fraternelle, ont été insultés, calomniés, semblables à des hérétiques et des schismatiques. Le Cardinal Müller a été interdit par l'Archevêque de Madrid de présenter un livre qui interprète Amoris Laetitia exactement le long des lignes de Familiaris consortio #84 et de la même manière a fait l'Épiscopat Polonais dont la position a été approuvée par le Pape François ( « pour la Pologne »). Non, ces Quatre Cardinaux, dont deux sont morts, sont des héros, des serviteurs et des frères du Pape, qui lui demandent si l'impression choquante donnée par certaines de ses assertions correspond à sa volonté ou non.

Le même type d'appel et de persécution de ceux qui défendent les enseignements solennels de l'Église se dirige contre beaucoup d'autres. Une inquisition sens dessus dessous a été lancée contre l'orthodoxie et la vérité est persécutée par ceux qui sont appelés à la défendre. Je suis devenu l'une des victimes de cette inquisition inversée. De demander au Pape, dans un document en complet accord avec Veritatis Splendor, une question qui coïncidait avec un ou deux des cinq dubia des Quatre Cardinaux était suffisant pour me faire virer par mon Archevêque que je servais fidèlement au cours des six dernières années à Grenade, Espagne.

Je ne demandais seulement si une logique de fer devait conclure qu'il n'y avait pas d'actes intrinsèquement faux à partir de la thèse selon laquelle la conscience peut savoir que, dans certains cas, Dieu lui-même voudrait nous faire commettre des actes adultères et des actes homosexuels. J'ai laissé explicitement la réponse au Pape. S'il répondait à cette question par l'affirmative, j'ai écrit que je le priais de révoquer cette affirmation.

Pour poser cette question, et pour dire que si le Pape répond à ma question par l'affirmative, il devrait révoquer s’il lui plaît au moins cette phrase, je fus accusé par l'Archevêque de Grenade d'une manière extrêmement forte. Il a forcé ma retraite de la Chaire Dietrich von Hildebrand pour la phénoménologie réaliste dans l'IAP-IFES ( l'Académie Internationale de Philosophie-Instituto de Filosofía Edith Stein ). Cette Chaire a été créée pour moi par Don Javier Martínez en 2015, neuf mois après mon septième anniversaire. C’était particulièrement absurde que mon renvoi soit plus tard attribué à l'application d'une loi collective de retraite des professeurs à l'âge de soixante-dix ans.

Un an auparavant, j’avais déjà été retiré de l’enseignement du séminaire pour un autre article : « Amoris Laetitia. Joie, tristesse et espoir ». Le deuxième article a été puni par ma retraite forcée immédiate qui ne m'a jamais été communiquée directement, dans une lettre signée, mais seulement indirectement par quelques indices dans des courriels et des conversations téléphoniques et par un reçu de salaire. Ce reçu porte la même date, le 31 août 2017, de l'avis de presse dans lequel, après avoir exprimé « l'immense tristesse du diocèse au sujet de mon article », le monde entier a été informé, sans aucune raison offerte que par « mon article » ( qui n'était même pas cité ), j'avais « endommagé la communauté de l'Église Catholique », « je confondais la foi des fidèles », « je minais l'autorité du Pape et je servais plus le monde que l'Église ».

Le fait que la publication d'un article dont de nombreuses voix, y compris les Cardinaux, les Archevêques et les Évêques, appelaient un excellent service à l'Église et au Pape, qui est entièrement fidèle à l'ensemble des enseignements magistériels du Pape Jean-Paul II et à 2 000 ans de Tradition de la Doctrine morale Catholique, peut provoquer la révolte d'un Archevêque Catholique, est choquant, comme Robert Spaemann le dit .

Mon cas n'est qu'un des nombreux exemples dans l'Église actuelle. Le retrait du Cardinal Burke de la deuxième partie du Synode sur la Famille et de tous ses postes élevés dans la Curie n'était-il pas une sorte d'inquisition en réponse à ses questions qui n'ont pas été répondues mais punies ? La même hypothèse n'est-elle pas nécessaire pour expliquer le renvoi abrupt du Cardinal Müller en tant que Préfet de la Congrégation de la Foi ? Est-ce que le silence continu et complet du Pape sur les questions des Quatre Cardinaux n’est pas une sorte de « inquisition silencieuse » et une victoire du pouvoir et de volonté sur la raison, un « positivisme papal », comme le souligne le Père Harrison dans un excellent article ? Il existe d'innombrables autres exemples. Tout cela n'est-il pas un signe qu'une crise profonde et durable de l'enseignement moral Catholique dans l'Église ait atteint un point culminant nouveau et inquiétant, non seulement liée aux autorités suprêmes de l'Église, mais épousant un nouveau style dans l'Église ? En ne répondant pas à des questions ou à des doutes, en ne donnant pas de raisons, mais en restant silencieux et en agissant par le pouvoir à la force du poignet ! La crise morale-théologique est passée du bas au sommet de l'Église. Les victimes de jugements ou d'actions contre eux se voient refuser la possibilité de se défendre contre des accusations injustes, un droit humain naturel qui est explicitement reconnu dans le Droit Canon.

Il existe une forte dose de « papolâtrie » dans tout cela. Comme le Pape est nullement infaillible dans toutes ses déclarations, aucune des charges féroces contre mon article et contre les dubia des Quatre Cardinaux, qui sont en parfaite harmonie avec Familiaris Consortio et Veritatis Splendor, et avec 2 000 ans d'enseignement moral, ne peuvent être justifiées. Par ailleurs, le Pape lui-même a dit à la FSSPX qu'ils n’ont pas à souscrire — et le Pape François a agi très justement dans ce cas — à tous les documents non-dogmatiques du Concile Vatican II afin d'être pleinement réintégrés dans l'Église. En contraste flagrant, l'Archevêque Martínez a transformé un doute sur une seule phrase de l'affirmation non dogmatique du Pape dans un document de poids incomparablement inférieur aux documents du Concile Vatican II en une sorte d'hérésie ou de crime contre l'Église, suffisant pour me renvoyer instantanément. Selon le chapitre 3 d’Amoris Laetitia, l’admission des couples divorcés remariés et homosexuels par le Pape aux Sacrements, selon sa propre affirmation, n’est pas un enseignement magistériel. Le fait que la propre interprétation du Pape et celle des Évêques de Buenos Aires sur Amoris Laetitia n’est pas un acte du magistère, est déjà claire du fait que le Pape a accepté explicitement l'interprétation contraire que rien n'a été changé par Amoris Laetitia pour l'Église Polonaise.

Comment se fait-il donc que l'Archevêque de Grenade soit plus papal que le Pape, et transforme l'interprétation de Buenos Aires, qu'il accepte et exige d'être acceptée par son clergé, dans une sorte de dogme qui justifie ma suspension de l'enseignement du séminaire pour avoir posé des questions critiques à ce sujet et avoir été à la recherche de clarification ou de révocation de certaines affirmations, en soulignant que le sens dans lequel ils sont lus par plusieurs contredit la vérité révélée ? Et comment se peut-il maintenant qu’en réponse au second article, une autorité ecclésiastique considère une simple question, semblable à certains des dubia des Quatre Cardinaux, présentée au Pape, comme un motif suffisant pour mon expulsion d'une Chaire ? Est-ce que poser une question est rendue maintenant dangereuse pour l'Église, que ce soit pour de bonnes raisons ou non ? Ne doit-elle pas être répondue ( car ni le Pape, ni l'Archevêque ne répondent à la question ) en autant que le demandeur peut être renvoyé chez lui ?

J’aime l’Archevêque Martínez et je l’admire d’avoir fondé un excellent institut culturel, une nouvelle maison d'édition, une école de musique sacrée, un institut pour les femmes, et d'autres bonnes œuvres. Je n'ai jamais vu un Archevêque qui a initié tant de bonnes activités et d’organismes. Je l'admire surtout pour avoir créé l'Institut de Edith Stein Filosofía et l'Institut Lumen Gentium, qui assurent les séminaristes d'être éduqués hors de toutes sortes d'erreurs philosophiques et théologiques enseignées à la Faculté Jésuite de Théologie à l’intérieur de l'Université de Grenade. À cause de cette admiration, je voulais rester à Grenade pour le reste de ma vie et faire don de nombreux livres et écrits non édités, y compris le mien, à l'IFES.

Que l'Archevêque ne retire pas les théologiens Catholiques qui répandent des erreurs et des hérésies tout en enseignant au nom de l'Église Catholique, mais qu’il m'éloigne d'une Chaire qu'il a créée dans une école de philosophie non affiliée à l'Église, est au-delà de ma compréhension. Une telle persécution envers quelqu'un qui défend des enseignements entièrement compatibles avec l'Église Catholique est nuisible non seulement pour moi, mais aussi pour l'Archevêque lui-même et pour l'Église elle-même.

Pour cette raison, j'ai considéré approprié — sur l'avis d'un Cardinal très saint et brillant de l'Église Catholique — de ne pas accepter ces gifles épiscopales à la face humblement et silencieusement afin de dire la vérité et de poser des questions de la plus haute importance pour l'Église. Au lieu de cela, je me suis résolu à lutter contre les fausses représentations de la vérité et contre l'injustice par une action légale tant ecclésiastique que civile. On ne doit pas permettre au pouvoir de dominer la raison dans l'Église. Les accusations gravement dommageables et fausses ne doivent pas être simplement acceptées, pas seulement dans mon cas, mais aussi dans de nombreux autres cas de persécution de croyants Catholiques au nom d'une pseudo-inquisition.

J'ai essayé et je continuerai d'essayer de proposer un règlement conciliateur et pacifique devant la Cour de la Paix à Grenade, mais pas au prix de la vérité et de la justice. Car si je renonçais à la vérité et à la justice, ou si je baissais la tête devant un châtiment illégitime, je porterais en effet dommage à la communauté ecclésiastique, je confondrais la foi des fidèles et je compromettrais la véritable autorité et la réputation du Pape qui est le chef visible de l'Église Catholique et le véritable représentant du Christ sur Terre.

Que Dieu nous donne une résurrection glorieuse de la vérité, de la raison et de la Foi, dans l'Église Catholique, et qu'Il empêche un nouvel apogée de la crise théologique morale dans l'Église qui détruirait les enseignements les plus solennels de l'Église sur les Commandements Divins et la Loi Naturelle ! La lumière de la vraie morale, de concert avec la lumière supérieure de la morale surnaturelle du Sermon sur la Montagne, est confiée à la Sainte Église Catholique et Apostolique sous l'autorité du Pape, qui est appelé à être le roc sur lequel Jésus a construit son Église, une vérité que je professe. Et précisément parce que je la professe, je ressens l'obligation d'accepter l'invitation que le Pape François nous a adressé à tous : de le contester partout où nous pensons que ses paroles s'écartent de la vérité de Jésus-Christ, que le Pape est appelé à représenter, mais pas à remplacer en proposant un nouvel enseignement. Si ce nouvel enseignement, ou même une phrase contenue dans Amoris Laetitia, semble clairement ébranler les fondements de l'ordre moral, je ne suis pas seulement autorisé, mais obligé de parler. Ce faisant, le philosophe suit l'exemple de Saint Paul, qui a critiqué le premier Pape publiquement et fortement, comme il le dit dans la Lettre aux Galates et que Saint Thomas d'Aquin défend magnifiquement. Je ne mériterais pas le nom de philosophe et je trahirais Socrate et le Christ ( qui s'adressait au premier Pape avec les mots « Arrière de moi, Satan », lorsque Pierre parlait contre la Volonté de Dieu ) si j'avais agi autrement et pour la basse peur des conséquences, je n'avait pas dit la vérité et posé les questions nécessaires.

Ainsi, je répète encore une fois ma demande au Pape François de répondre à la question posée et de répondre sans ambiguïté, avec un simple oui ou non. S'il répond que l'une de ses affirmations a la conséquence logique de nier des actes intrinsèquement faux, à l'enseignement constant de l'Église, je l'implore, au nom de Dieu, qui est LA VÉRITÉ, de rétracter toute affirmation contraire à la vérité et à l'enseignement de l'Église.

Je n'agis pas de cette façon parce que je me crois, dans un orgueil fou, être plus infaillible que le Pape. Plutôt, je fais cela parce que je professe une foi dont les Écritures nous enseignent que parfois un âne peut voir quelque chose que le Prophète ne voit pas. Si le Prophète frappe ainsi l'âne, que Dieu lui a envoyé, il recevra la réprimande sévère que Dieu a donnée au Prophète par son ange.