lundi 16 octobre 2017

Et si le Pape « change l'enseignement
de l'Église » sur la peine de mort ?



par Christopher A. Ferrara
SOURCE : le Centre de Fatima
Le 16 octobre 2017

Dans ma dernière chronique, j'ai parlé de la déclaration étonnante du Pape selon laquelle la peine capitale est « en soi contraire à l'Évangile », prononcée à la face de l'enseignement constant de l'Église, basé sur l'Évangile lui-même, selon lequel la peine capitale relève de l'autorité légitime des dirigeants civils et est même obligatoire dans les cas où la protection de la société nécessite son imposition.

Dans cette même allocution, il y a cette autre préoccupation relative à sa suggestion que le Catéchisme promulgué par Jean-Paul II devrait être « révisé » pour refléter la conception de la peine de mort par François.

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le L.

Selon François, cela n'entraînerait pas « une contradiction avec l'enseignement du passé parce que la défense de la dignité de la vie humaine depuis la conception jusqu'à la mort naturelle a toujours trouvé dans l'enseignement de l'Église une voix cohérente et pleine d’autorité ». Mais cette même voix a toujours défendu avec cohérence et autorité la moralité de la peine de mort. En effet, le Catéchisme de Jean-Paul II affirme que « l'enseignement traditionnel de l'Église n'exclut pas le recours à la peine de mort ... » Il serait donc totalement incohérent de déclarer un renversement de cet enseignement.

La remarque de François — impliquant une caricature typique de son discours — est encore plus alarmante :

« La Tradition est une réalité vivante et non seulement une vision partielle qui peut être considérée comme un « Dépôt de la Foi », comme quelque chose de statique. Non, la Parole de Dieu est une réalité dynamique, toujours vivante, qui progresse et grandit parce qu'elle est attirée vers un accomplissement que les hommes ne peuvent pas arrêter ».

Ridiculiser le Dépôt de la Foi — un terme traditionnel du Magistère — comme quelque chose dans les boules de naphtaline ne présage rien de bon pour l'intégrité doctrinale de ce pontificat. Et ce n'est guère la croissance ni le progrès légitime de la Doctrine de la peine capitale de déclarer que ce que l'Église a toujours affirmé moralement licite est maintenant immoral dans tous les cas ! L’affirmation est absurde à sa face même.

Pire encore, François recourt à ce qu'il appelle « l'heureuse formule de Saint Vincent Lérins » : « annis consolidetur, dilatetur tempore, sublimetur aetate », c'est-à-dire que cette Doctrine « progresse, se consolide avec les années, se développe avec le temps, s’approfondit avec l'âge ». Le progrès doctrinal, la consolidation et l'approfondissement signifie une expression plus développée de la même vérité, et non sa répudiation pure et simple par un Pape régnant actuellement. François lui-même concède que Saint Vincent parle de « la condition particulière de la vérité révélée dans sa transmission par l'Église » et que « cela ne signifie nullement un changement de Doctrine ». Pourtant, un changement de Doctrine est précisément ce que François prétend annoncer en même temps qu'il nie qu'il y aurait un changement ! Et, d'une façon assez révélatrice, il ignore la formule plus connue de Saint Vincent concernant la nature de la Doctrine et du Dogme Catholiques : quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est (ce qu'on a cru partout, toujours et par tous ) ».

Enfin, ne laissant aucun doute sur ce qu'il voudrait faire du Catéchisme et de tout l'enseignement de l'Église à cet égard, François déclara :

« Vous ne pouvez pas préserver la Doctrine sans la faire progresser ni l'attacher à une lecture rigide et immuable sans humilier l'action de le Saint-Esprit ».

Mais une doctrine dont la lecture est mutable selon les supposées inspirations du Saint-Esprit change la doctrine, qui est l'essence de l'hérésie moderniste que la doctrine évolue au fil du temps. Pourtant, même le concept d'évolution ne peut pas embrasser un renversement pur et simple de l'enseignement constant de l'Église, de sorte que ce qui a été jugé moral pour 2 000 ans est soudainement déclaré immoral.

Qu'arriverait-il si François réussissait à imposer son opinion, par une révision du Catéchisme, en déclarant un « développement » de l'enseignement Catholique traditionnel sur la moralité de la peine de mort selon laquelle la peine de mort est maintenant jugée immorale dans tous les cas ? Cette tentative de « renversement » du Magistère devrait être considérée comme totalement nulle et sans effet. Les fidèles ne pourraient tout simplement pas l'accepter.

S'il en était autrement, alors littéralement tout enseignement moral de l'Église, y compris sa condamnation constante de la contraception, serait sujet à un renversement au nom du « développement doctrinal ». Et cela signifierait — si c'était possible — la fin de la voix absolument pleine d’autorité de l'Église sur les questions morales. Comme l'a si bien observé le philosophe Edward Feser à propos de ce dernier développement explosif avec François :

« Cela minerait complètement l'autorité de l'Église et du Pape François lui-même, car si l'Église pouvait si longtemps se tromper sur quelque chose de sérieux, pourquoi faire confiance à quoi que ce soit d'autre qu'Elle dise ? Et si tous les Papes précédents se sont tellement trompés, pourquoi devrions-nous penser que le Pape François a raison ? »

Étant donné la notion de « développement doctrinal » que François épouse, l'Église deviendrait en fait une autre dénomination Protestante dont les enseignements changent selon les sentiments de l'époque. En effet, François le suggère tout autant lorsqu'il soutient que l'enseignement sur la peine capitale doit refléter « la prise de conscience changée du peuple Chrétien qui rejette une attitude consensuelle envers une punition qui porte gravement atteinte à la dignité humaine ».

Mais quel « Peuple Chrétien » François a en tête : la majorité des Catholiques nominaux, qui manifestent une « conscience changée » face à de nombreux enseignements de l'Église qu'ils n'acceptent plus, y compris l'enseignement contre la contraception et même l'avortement, à tout enseignement moral du Magistère, y compris celui de la peine capitale ? Peut-être par « le Peuple Chrétien », François veut dire la majorité des Catholiques nominaux qui, selon les sondages, sont d'accord avec lui sur la peine de mort, qui est l'exécution des meurtriers condamnés, tout en approuvant l'avortement qui est l'exécution d'enfants innocents dans le ventre de leur propre mère. Quant aux Catholiques qui défendent entièrement l'enseignement traditionnel de l'Église, y compris son enseignement sur la peine de mort, ils seraient exclus de l’échantillon de sondage papal du « Peuple Chrétien » concernant le « développement » doctrinal de la « peine » capitale.

La sophistique sur le « développement doctrinal » qui revient à un renversement doctrinal pur et simple ne peut appartenir au Magistère authentique. Il appartient à ce système d'erreurs que le Pape Saint Pie X condamne comme « la synthèse de toutes les hérésies » : c'est-à-dire le Modernisme, dont les partisans dans l'Église, a-t-il averti, « c'est du dedans qu'ils trament sa ruine; le danger est aujourd'hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l'Église; leurs coups sont d'autant plus sûrs qu'ils savent mieux où la frapper ».

Et telle est la dernière phase de la grande crise ecclésiale de laquelle Notre-Dame de Fatima va sauver l'Église lorsque ses dirigeants obéiront enfin à ses demandes à Fatima.