jeudi 12 octobre 2017

Le Pape François sur la peine de mort :
L’inversion de l'enseignement constant de l'Église ?



par Christopher A. Ferrara
SOURCE : le Centre de Fatima
Le 12 octobre 2017

La crédibilité même du Magistère, l’office d'enseignement de la Sainte Église Catholique, dépend de son universalité et de sa constance à travers les siècles Chrétiens, reposant en quelque sorte sur le Dépôt de la Foi, c'est-à-dire la Révélation Divine, y compris l'Évangile et les Commandements de Dieu tels qu'expliqués par le même Magistère. La fameuse formule de Saint Vincent de Lérins saisit cette essence du Magistère, en la qualifiant de « quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est » (ce qu'on a cru partout, toujours et par tous). Comme le Dieu qui ne change pas d'avis, le Magistère ne peut pas s'inverser en fonction des vues d'un Pape particulier. Le Pape lui-même est lié à l'enseignement constant de l'Église.

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le L.

Il ne fait aucun doute que l'Église a constamment enseigné, depuis son origine et jusqu’au règne de Jean Paul II, que les autorités civiles peuvent recourir à la peine capitale pour les crimes les plus graves. J'ai présenté les preuves de cela dans un article que j'ai écrit pour le magazine Crisis. Même pas Jean-Paul II, qui n’était clairement pas en faveur de la peine de mort, est même allé jusqu'à déclarer immorale toute déclaration qui la contraindrait car cela impliquerait une contradiction radicale du Magistère par le Magistère, ce qui est impossible.

Au contraire, le Catéchisme que Jean-Paul II a promulgué (au § 2267) déclare que

« l’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains ».

Quant à l'expression « l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains », les autorités civiles et les législateurs, et non le Pape, au cas par cas, sont ceux qui prennent cette décision.

Que devons-nous donc faire de l'assertion d'Amoris Laetitia — qui dit au passage — que l'Église « rejette fermement la peine de mort », laquelle affirmation qui n'est à son tour basée que sur la Relatio finale du Synode manipulée, littéralement imposée sur les Pères du Synode en leur demandant un vote à la main levée avec moins d'une journée de préavis ? Et que devons-nous faire du commentaire récent du Pape François selon lequel le Catéchisme devrait être amendé pour déclarer que la peine capitale « est en soi contraire à l'Évangile parce qu'une décision est volontairement prise pour supprimer une vie humaine qui est toujours sacrée aux yeux du Créateur et dont, en dernière analyse, seul Dieu peut être le vrai juge et garant » ?

Comment cette vision peut-elle être corroborée par un « enseignement traditionnel de l'Église clairement opposé et affirmé dans le Catéchisme ? De toute évidence, ce que le Pape François pense et ce que l'Église enseigne sont en contradiction. Considérez l'enseignement sans équivoque de Pie XII précisément sur la question de savoir comment celui qui commet un crime capital a perdu son droit à la vie dans la société civile :

« Même lorsqu'il s'agit d'une personne condamnée à mort, l'État ne dispose pas du droit à la vie d'un individu. Il appartient alors à l'autorité publique de priver le condamné du bien de la vie, en expiation de sa faute, après s'être lui-même déjà privé du droit à la vie par son crime » (AAS, 1952, p. 779 et Seq.)

Or, des arguments raisonnables peuvent être avancés quant à la manière dont la peine de mort ne devrait pas être appliquée pour des raisons prudentielles dans les sociétés d'aujourd'hui. Une telle raison est le nombre important de ceux qui ont été condamnés à tort de crimes capitaux. Mais on est loin de simplement déclarer que la peine de mort est en soi immorale.

Alors, qui devons-nous croire ? François ou tout Pape avant lui ainsi que le Concile de Trente, dont il ne partage évidemment pas l'enseignement constant ? Si le Magistère signifie quelque chose, il ne peut pas être soumis à un renversement basé sur les vues d'un seul Pape. Un tel renversement ne peut pas non plus être considéré comme un « développement » de la Doctrine. Le Magistère n'aurait aucune crédibilité s'il pouvait enseigner pendant des siècles, jusqu'au pontificat de Jean-Paul II, que la peine de mort n'est moralement acceptable seulement pour se retourner et déclarer exactement le contraire comme étant un « développement » de son enseignement .

Par conséquent, ici et dans tant d'autres cas au cours de ce pontificat inhabituel, nous ne pouvons traiter que de l'opinion personnelle d'un Pape particulier qui, en tant que tel, ne peut pas faire partie du Magistère authentique. Ce pontificat est en fait une étude de cas sur ce qu'est le Magistère et ce qu'il n’est pas. Et ce n'est pas un véhicule pour y faire des enchâssements si l'Église enseigne les vues d'un Pape par rapport à l'enseignement de tous ses prédécesseurs. Car si le Magistère était réellement réversible sur une question morale aussi fondamentale, ce ne serait pas du Magistère mais plutôt une trompette incertaine dont tous les enseignements seraient tôt ou tard sujets à changements et l'Église ne serait pas une institution divinement guidée, constamment et infailliblement au cours des siècles en matière de Foi et de morale.

Que Notre-Dame de Fatima délivre l'Église de la confusion qui afflige aujourd'hui son élément humain.