jeudi 11 mai 2017

Sérieuses irrégularités... le moment de vérité approche

Le Cardinal Pell réprimande
l'organisme immobilier du Vatican de dépasser son autorité



Le Préfet du Secrétariat pour l'Économie dit que les dernières « irrégularités graves » montrent « le moment de vérité » dans les réformes économiques du Vatican.


Par : Edward Pentin
Le 10 mai 2017

SOURCE : National Catholic Register





L’organisme du Vatican responsable de la gestion de l'immobilier du Vatican a été accusé d'avoir largement dépassé son autorité en informant unilatéralement les départements du Vatican de fournir leurs informations financières à un auditeur externe.

La décision surprise de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique (APSA) qui se présente sous la forme de deux lettres en date des 3 et 5 mai a été fermement désapprouvée par le Préfet du Secrétariat pour l'Économie (SPE), le Cardinal George Pell. Le vérificateur général du Saint-Siège, Libero Milone, qui a écrit une réponse en mentionnat « son profond regret », a dit qu’ils devaient intervenir afin de désapprouver la lettre de l’APSA.

Dans ses deux lettres, le secrétaire de l'APSA, Mgr. Mauro Rivella, a demandé aux dicastères du Saint-Siège ainsi qu’aux institutions qui leur sont associées, de « transmettre des informations à leurs banques (y compris l'Institut des Oeuvres de Religion), à leurs conseillers juridiques et fiscaux afin que les données puissent être transmises directement au vérificateur externe, Price Waterhouse Coopers (PwC) ».

En dépit du fait que le Secrétariat d'État ait soudainement suspendu l'audit de PwC en avril dernier, puis qu’il l’ait terminer deux mois plus tard, en laissant la firme avec un seul rôle de consultant, Mgr. Rivella a déclaré que PwC effectuait les activités d'audit du Saint-Siège.

Il a déclaré que, le 20 février, le Conseil pour l'Économie, organe chargé de superviser la réforme financière, avait autorisé APSA à entreprendre une telle « procédure de révision », mais ceci a été vérifié et trouvé non fondé, selon des sources proches de la question qui l’ont déclaré au National Catholic Register.

Dans leur lettre réponse envoyée à tous les dicastères le 8 mai, le Cardinal Pell et Milone ont rappelé à APSA ses limites et ses frontières opérationnelles affirmant qu'elle [APSA] n'avait « aucune autorité ni prérogative pour demander aux institutions du Saint-Siège et au Vatican d’entreprendre des activités d'audit, ni d’envoyer des informations relatives sous votre autorité à la société externe, PwC, ou à d'autres parties ».

Ils ont dit « avec un profond regret » et « conformément aux devoirs institutionnels et ayant l'obligation de protéger le Saint-Siège et le Saint-Père » qu’ils ont dû intervenir pour remettre les choses à leur place.

Le Préfet Cardinal et le vérificateur général ont souligné que, puisque la fin de l'audit de PwC s’est terminée l'année dernière, « il n’y a pas d’audit en cours » effectué par la firme de comptabilité internationale », ce qui a été clarifié dans le communiqué de presse du 10 juin 2016 dans lequel il était indiqué que la tâche d'audit est confiée au Bureau du Vérificateur Général [interne au Vatican] ».

Ils ont également précisé que l'APSA est assujettie au « contrôle et à la supervision du Conseil de l'Économie et du Secrétariat pour l'Économie et le tout sous réserve de l'examen du Bureau du vérificateur général ».

« À la lumière du contenu incorrect et des réclamations de l'APSA » le Cardinal Pell et Milone ont demandé aux organisations en question « de ne pas suivre ce qui a été demandé par l’APSA ».

Le manque de coopération d'APSA

En plus de ce dernier incident, le National Catholic Register a également appris que le Cardinal Domenico Calcagno, Président d'APSA, n'a pas encore présenté au Cardinal Pell un mémorandum sur l’état de la propriété du Vatican, malgré le fait que le Pape le lui ait dit de le faire.

Le Cardinal Pell a déclaré qu'il croit que ces « irrégularités graves » dans l'APSA montrent que le Vatican pourrait approcher le « moment de vérité » dans les réformes économiques.

Ce dernier mouvement par l’APSA n'est pas la première fois que les événements autour de la réforme du Vatican ont pris la SPE par surprise. Mis en place pour apporter un meilleur contrôle financier et une vigilance aux finances du Vatican, le Secrétariat n'a pas été consulté sur la fin de l'audit de PwC l'année dernière et n'a pas été informé à l'avance du motu proprio publiée en juin dernier, en supprimant le pouvoir du SPE de superviser l'administration des actifs financiers du Vatican. Ceux-ci ont été retournés à APSA à ce moment-là.

Mais ce dernier incident est considéré comme un empiétement extraordinaire non seulement de l'autorité du Secrétariat pour l'Économie et du vérificateur général, mais surtout du Secrétariat d'État. Contrairement aux surprises de l'année dernière, des sources internes du Vatican disent que cela ne provient pas d'une autorité supérieure et est donc lu comme un mouvement provocateur par l’APSA dans le but de « récupérer » certains de ses pouvoirs.

Le Vatican déclare officiellement que tout cela fait partie d'un processus de rodage précis, que c'est simplement une confusion et que les réformes prennent du temps à se déployer, mais d'autres disent que c'est clairement un signe de résistance.

Dans le passé, le Secrétariat d'État a résisté à certains efforts de réforme parce qu'il voulait garder le contrôle sur les finances du Vatican, mais l’APSA est sans doute le plus résistant aux réformes, car, selon les paroles d'une source proche de la question : « Ils ne veulent pas faire l'objet d'un examen minutieux, soit parce qu'ils ne sont pas bons, soit qu'ils n'ont pas été bons dans le passé.

Le jugement de l’organisme du Vatican a été remis en question au cours des derniers mois après avoir permis à un McDonald's de louer des locaux appartenant au Saint-Siège près du Vatican, dérangeant certains Cardinaux qui vivent dans le même bâtiment et permettant à un magasin Hard Rock de louer la propriété du Vatican sur La Via della Conciliazione, le boulevard central menant à la Basilique Saint-Pierre.

Cette rare réprimande publique d'APSA, prétendument approuvée cette fois au plus haut niveau, montre peut-être une tentative plus concertée de réformer les finances du Saint-Siège que certaines ont pu penser après l'annulation inattendue de l'audit externe de l'année dernière.

Mais à quel point cela se verra sera dans la façon dont la prochaine étape se déroulera et comment l’APSA répondra.

Le National Catholic Register a contacté le Cardinal Calcagno pour avoir ses commentaires, mais son bureau nous a référés au Bureau de Presse du Saint-Siège qui a refusé de commenter en ce moment.