lundi 22 mai 2017

Les harangues en série cette semaine



par : Marco Tosatti
Vaticaniste
SOURCE : Rorate Caeli
Le 20 mai 2017

La lecture de trois articles de nouvelles hier m’a fait penser que quelqu'un est vraiment « consterné » et que nous entrons maintenant dans une phase périlleuse de déclin : ceux qui ne sont pas d'accord avec le patron — eh bien têtes coupées ! Une dégénérescence populiste sans précédent dans la vie de l'Église moderne. J'espère sincèrement que je me trompe : je ne dis pas juste cela, je l’espère vraiment. Cependant, nous avons des signes qui ne sont que réconfortants.

Le fond de la question, me semble-t-il, est une fois de plus la non-réponse du Pape (une année écoulée) aux cinq questions posées par les Quatre Cardinaux sur les points controversés de l'Exhortation apostolique, Amoris Laetitia. Des questions faites dans un esprit d'obéissance, suivant la procédure classique de l'Église, c'est-à-dire demander au Pontife et à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de préciser. Deux mois après que les questions furent posées, lorsque les Cardinaux ont découvert que le Pontife n'avait pas l'intention de répondre, ils ont rendu public les questions. Ces questions touchent tout le monde et, en substance, peuvent être réduites à une seule : est-il licite en état de péché mortel et sans changement dans ses habitudes de vie de recevoir la Sainte Communion ?

Nous ne connaissons pas la raison de la non-réponse du Pape. Nous semblons nous rappeler qu'un certain Jésuite proche de lui avait dit que la raison en était que les questions étaient de nature idéologique. Pardonnez-moi, mais cela semble un peu faible. Il appartient aux autorités de clarifier leurs pensées : et ce faisant, ça rendrait clair si une question est inutile ou a une certaine valeur. Dans l'Église en particulier, est-ce qu’une autorité qui ne répond pas s'acquitte de ses fonctions ?

Au lieu d'une réponse, il s’est déclenché des attaques sans fin contre les Quatre Cardinaux et contre quiconque a partagé leur perplexité. Nous ne voulons pas croire, comme nous l'avons entendu, que le Pontife avait encouragé ou donné « le feu vert » à ses disciples de le faire. Cependant, il ne fait aucun doute que le seul des quatre qui occupe encore un ministère — Raymond Leo Burke, le Patron de l'Ordre de Malte — est entré et est encore dans la visée de tir. Peut-être en fait c'était la parrhésie de Burke qui était si irritante.

Et nous arrivons au premier des trois épisodes d'hier : l'attaque personnelle déconcertante du Cardinal Rodriguez Maradiaga sur le Cardinal Burke qui est sans précédent. Maradiaga dans un livre de style d'interview, écrit avec son confrère Salésien Antonio Carriero intitulé « Seulement l'Évangile est révolutionnaire », à propos des dubia, écrit sur Burke dans la préface : « Le Cardinal qui soutient cela, est un homme désabusé, dans la mesure où il voulait du pouvoir et l’a perdu. Il pensait qu'il était la plus haute autorité aux États-Unis ». Et il ajoute : « Il n'est pas le Magistère : le Saint-Père est le Magistère, et c'est lui qui enseigne à l'Église entière. L'autre déclare juste ses propres idées et ne mérite aucun autre commentaire. Ce sont les paroles d'un pauvre homme ». C'est précisément le point cependant : il demande une clarification sur le Magistère qui n'a pas encore été donnée. Cependant, pour Maradiaga, le grand parrain du Pape, c'est un détail insignifiant et il fustige une « droite Catholique » pas bien définie qui veut « le pouvoir et non la vérité ». « S'ils disent qu'ils trouvent une « hérésie » dans les paroles de François, ils se trompent énormément, puisqu'ils pensent comme des hommes et non comme le veut le Seigneur ».

La virulence des mots est étonnante. Où sont allés le dialogue et la miséricorde ?

Maintenant, nous arrivons au deuxième épisode qui est également important. Son protagoniste est un certain Andrea Grillo, laïc, professeur de théologie chez Saint Anselme. Grillo serait — selon ce qu'on nous dit — dans la commission qui n'a jamais été officiellement annoncée et officiellement inconnue du Préfet de Culte Divin (c'est-à-dire l'autorité qui devrait traiter de cette question) pour étudier si et comment créer une Messe dans laquelle les Catholiques et les Protestants peuvent participer ensemble. C'est un problème de faible conséquence, étant donné que la signification de l'Eucharistie est comprise de manière complètement différente [chez les deux parties].

Le Préfet du Culte Divin est le Cardinal Africain Robert Sarah, nommé par le Pontife, et, pour des raisons de réforme, il a dû le déplacer d'où il était, c'est-à-dire de Cor Unum. Dans la préface de son livre bientôt publié, Benoît XVI a déclaré qu’avec le Cardinal Sarah, la liturgie était en bonnes mains. Cela ne nous paraît pas une affirmation scandaleuse ; ça ne l’est que pour ceux qui détestent Sarah.

Cet Andrea Grillo, que nous n'avons pas le malheur de connaître personnellement, lâche le morceau : « Nous devons bien considérer la rareté de la situation. Un Pape abdique l'exercice de son ministère Pétrinien. La procédure de succession est ouverte et son successeur est élu. Normalement, cela se produit « mortis causa ». Lorsque la raison n'est pas la mort du prédécesseur, mais la « démission » de celui-ci, ce fait pour l'institution ouvre un cas délicat de conflit d'autorités possible qui aurait dû être surmonté par « l'assignation au silence » du prédécesseur et qui, dans la préface où il loue les réalisations du Cardinal Sarah, cite un texte de Saint Ignace d'Antioche en disant : « Il vaut mieux rester silencieux ». S'il non seulement parle mais loue même un Préfet qui a créé un embarras continuel pour l'Église et son successeur, un conflit périlleux s'ouvre, ce qui nécessiterait un comportement plus prudent et des paroles plus responsables. À l'avenir, des normes qui régissent la « mort institutionnelle » du prédécesseur de manière plus claire et plus sûre devraient être envisagées et la pleine autorité du successeur, en cas de démission ».

Avec d'autres choses désagréables et irrespectueuses, Grillo a également déclaré : « Il ne peut y avoir de cohabitation. Ceci est maintenant complètement évident. Comme il est évident que les vêtements blancs, la loquacité et la résidence doivent être réglementés en détail. L'Évêque Émérite doit quitter le Vatican et se taire pour toujours. Seulement dans ces conditions, il est possible de donner forme à une « succession » réelle. Les intentions de discrétion et d'humilité ont été manifestement brisées de manière presque scandaleuse. Je trouve vraiment déconcertant que l'Évêque Émérite de Rome loue François pour une nomination qu'il connaît bien et qu’il a fortement influencé à réaliser. Pour moi, cela semble être la donnée la plus sérieuse, un signe de cléricalisme et je dirais aussi d’une certaine hypocrisie ».

La solution que nous pouvons suggérer est celle de Fumone, le château à Ciociara où Célestine de Morrone a fini ses jours ! Nous connaissons bien au moins un des propriétaires et, si nécessaire, nous pouvons agir comme médiateurs ! Plaisanterie à part, ce qui est scandaleux, c'est la violence des champions de la nouvelle évolution. [Ç’est] de la malice à une telle échelle que quelqu'un à Santa Marta devrait peut-être s'inquiéter à ce sujet.

Pour conclure, nous arrivons au troisième épisode : les paroles du Pontife à Santa Marta. Il s'attaquait au problème des païens qui voulaient devenir Chrétiens et à la discussion de ce problème parmi les Apôtres. Le Pontife décrit la situation comme celle-ci : « Le groupe des Apôtres qui veulent discuter du problème et d'autres qui tentent de créer des problèmes, en divisant l'Église, disent que ce que les Apôtres prêchent n'est pas ce que Jésus a dit, ce n’est pas la vérité ».

En fin de compte, un accord est atteint et les païens peuvent entrer [l'Église] sans circoncision physique. Le Pontife affirme que « c'est l'obligation de l'Église de clarifier la Doctrine » (Oh, oh ! Les dubia ? Note de l'éditeur ) jusqu'à ce que « ce que Jésus a dit dans les Évangiles soit bien compris — et c'est l'Esprit des Évangiles ».

« Mais il y a toujours eu ces [types de gens] qui, sans aucun ministère, troublent la communauté Chrétienne avec une conversation qui jette l'âme dans la confusion : celui-ci qui a dit que c'est hérétique, celui-là qui dit que vous ne pouvez pas dire cela, Cela non, la Doctrine de l'Église est ceci ... Et ils sont des fanatiques de choses qui ne sont pas claires, comme ceux qui ont voulu semer la discorde pour diviser la communauté Chrétienne. Et c'est le problème : lorsque la Doctrine de l'Église — qui vient de l'Évangile, inspirée par le Saint-Esprit — parce que Jésus a dit : « Il vous enseignera et vous rappellera ce que j'ai enseigné » — cette doctrine devient une idéologie. C'est la grande erreur de ces personnes ».

Jouons à un petit jeu : dans lequel des deux groupes cités par le Pontife, Maradiaga et Grillo seraient-ils placés ? Et si les fanatiques spéculent sur des choses qui ne sont pas claires, pourquoi ne pas les clarifier, quand on leur pose des questions et donc couper l'ambiguïté à la racine ?