samedi 27 mai 2017

Extraits d'entretien avec le Cardinal Müller
* Amoris Laetitia * Paul Ehrlich * Antonio Spadaro * Les trois prêtres renvoyés




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 26 mai 2017


Jeudi le 25 mai, la chaîne Catholique EWTN a diffusé une interview à l’émission « The World Over » de Raymond Arroyo qui a été menée il y a une semaine avec le Cardinal Gerhard Müller, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF). Dans cette interview — qui a été menée en anglais — le Cardinal Allemand touche à plusieurs questions importantes qui intéressent le plus vaste monde Catholique.

Lorsque Raymond Arroyo demande au Cardinal Müller à propos de l'Exhortation post-synodale Amoris Laetitia et la confusion qui en découle, le Cardinal déclare d'abord : « Il est absolument impossible que le Pape, successeur de Saint Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ pour le l'Église universelle [présenterait] une doctrine qui irait manifestement à l’encontre des Paroles de Jésus-Christ ». Le Pape et le Magistère sont « simplement l'interprète » des Paroles du Christ, et la « doctrine de l'indissolubilité du mariage est absolument claire » explique le Cardinal.

Aux yeux de Müller, le Pape entend avec Amoris Laetitia « aider, avoir à ses yeux », tous ceux qui vivent « dans le monde sécularisé » et « qui n'ont pas une compréhension complète de ce qu'est une vie Chrétienne ». Il ne veut pas dire : « Ou vous acceptez absolument tout, dès le début, ou vous êtes absolument dehors ». Le Cardinal Allemand explique que « nous devons les conduire comme de bons pasteurs jusqu'à [jusqu'à] ce point qu'ils pourraient accepter complètement la Doctrine Chrétienne et la vie Chrétienne ainsi que notre compréhension ».

En ce qui concerne la célèbre note de bas de page (#351) dans Amoris Laetitia selon laquelle il est possible d'avoir, sous certaines conditions, accès aux Sacrements en tant que couple « remarié », le Cardinal Müller explique que cela ne s'applique qu'à ceux qui vivent en tant qu’en frère et soeur » après « une conversion du cœur, la pénitence » et « l'intention de ne pas pécher à nouveau ». « Il est impossible de vivre avec deux femmes légales » ajoute-t-il. « Nous n'acceptons pas la polygamie ! »

C'est dans ce contexte — et après avoir expliqué que la doctrine et la pastorale vont toujours ensemble — que le Cardinal Müller fait une remarque relative au tweet récent du Père Antonio Spadaro selon lequel, en théologie, 2 et 2 n'a pas besoin de faire quatre, mais peut faire cinq.

« Certaines personnes qui se présentent en tant que conseiller du Pape [disent] que la théologie, la pastorale [de soins] pour deux et quatre [sic—deux] peuvent faire cinq, ce n'est pas possible parce que nous avons la théologie.

Lorsque Raymond Arroyo, dans ses questions exploratoires, soulève le problème que le Pape François lui-même a encouragé les Évêques Argentins dans leur compréhension progressiste d'Amoris Laetitia, le Cardinal Müller répond qu'il n'est pas content « que les Évêques interprètent le Pape, et que le Pape interprète les Évêques » ajoutant : « Nous avons des règles sur la façon d'agir dans l'Église ». Le Cardinal ajoute que, après deux synodes et une parole pontificale d’autorité dans cette affaire, la discussion devrait être « terminée ».

Lorsqu'on lui a posé des questions sur les dubia et s’ils devaient être répondus par le Saint-Père, le Cardinal Müller a dit que, en ce qui concerne le contenu des dubia, il s'agit de « questions légitimes pour le Pape ». Cependant, il regrette que « ce soit sorti dans le public » provoquant « des tensions entre le Pape et certains Cardinaux ». « Ce n'est pas bon dans notre monde de médias » a conclu le Cardinal, ajoutant que « nos ennemis sont heureux de voir notre Église dans une certaine confusion ».

En outre, le Cardinal Müller s'éloigne des malentendus entre les « deux côtés » ou les deux camps au cours des deux synodes sur la famille, en disant que cela avait à voir avec des « préjugés » et « une vision idéologique des choses ». Certains ont plaidé trop idéologiquement et ont pensé : « Nous devons nous battre pour nos idées » explique-t-il, pourtant « nous avons la responsabilité de l'unité dans l'Église ». « Ce n'est pas bon de faire un groupe de pression », d’« entrer en groupe de pression pour ses propres idées dans le synode ». Il y a aujourd'hui dans l'Église « deux ailes, deux ailes idéologiques, des extrêmes » ajoute le Cardinal Allemand. « Tout le monde veut gagner la bataille contre l'autre ». Mais, dit le Cardinal Müller, « la Révélation de Dieu unit » et « il ne nous appartient pas de nous unifier d'une manière totalitaire ». Il est faux, selon Müller, de penser : « Tout le monde doit penser comme moi ».

Il semble que, ici, le Cardinal Müller s'est éloigné non seulement du camp progressiste, mais aussi de ces prélats conservateurs qui ont essayé de défendre l'enseignement Catholique traditionnel sur le mariage pendant les deux synodes.

En ce qui concerne la question du diaconat féminin, le Cardinal Müller précise qu'il ne peut y avoir de diaconat sacramentel et que le Pape François a établi sa commission d'étude simplement pour trouver plus de moyens de participation dans l'Église pour les femmes.

Raymond Arroyo demande également au Cardinal Allemand si l'invitation de Paul Ehrlich et d'autres orateurs progressistes au Vatican est troublante pour lui. En réponse, le Cardinal Müller explique que, en tant qu'ancien académicien, « je peux discuter avec tout le monde », mais « nous devons éviter l'impression » d'une relativisation. « Ces gens pourraient être de bons scientifiques, mais anthropologiquement, ils [ces académiciens laïcs] ont des lacunes [carences] », mais nous devons « toujours respecter » la loi naturelle et la dignité de l'homme, explique le Cardinal. Il est important de souligner le « droit à la vie », selon le Cardinal Müller. « La surpopulation du monde pourrait être un problème [sic], mais nous ne pouvons pas le résoudre avec le meurtre de la moitié de l'humanité ».

Lorsqu'on lui a demandé s'il s'inquiétait de donner une crédibilité morale à ces orateurs, Müller répond : « Ça pourrait être le danger. » « Le Pape François était très clair contre l'idéologie du genre, contre le transhumanisme » ajoute-t-il. Le Pape François, aux yeux de Müller, « veut ne pas exclure ces personnes », mais veut qu'ils apprennent de notre « bonne anthropologie » et qu’ils aient plus de « respect pour la vie humaine ».

De plus, le Cardinal Müller confirme l'idée que cette approche fait partie de la « main évangélique tendue vers eux » par le Pape François, comme l'affirme Arroyo. L'Église était autrefois « un peu séparée des autres groupes », semblant être un peu par elle-même, explique le Cardinal Müller, et le Pape veut maintenant rejoindre davantage d'autres groupes de la société.

En ce qui concerne l'histoire des trois prêtres de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui ont été renvoyés vers Noël 2016 (comme l'a rapporté Marco Tosatti), sur l'ordre du Pape François, le Cardinal Müller précise qu'il s'est opposé à la mesure prise : « Je suis en faveur d’un meilleur traitement de nos fonctionnaires au Saint-Siège parce que nous ne pouvons pas seulement parler de la doctrine sociale, nous devons aussi la respecter. « L'Allemand se distingue « absolument » de ce licenciement qui ne reposait pas sur le fait qu'ils avaient commis une « erreur ». Müller ne veut pas participer à une forme de « système judiciaire » : « Je ne suis pas un homme de cour [courtisan] ». Pour les employés de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l'orthodoxie et la compétence doivent être les raisons de leur emploi, explique le Cardinal.

Interrogé sur la réconciliation possible avec la Société de Saint-Pie X, le Cardinal Müller répond avec ces paroles : « Il y a nécessité d’avoir du temps » car il ne s'agit pas seulement de « signer un document », mais aussi d’un changement de cœur. Certains des membres de la SSPX, ajoute-t-il, pensent : « Nous [nous-mêmes] sommes les bons Catholiques ». Ils doivent accepter la « communion hiérarchique » de l'Église, ainsi que le credo, l'autorité du Pape et les Conciles. Une « réconciliation plus profonde » est nécessaire, selon Müller.

Le Cardinal Müller explique également à Raymond Arroyo qu'il est généralement d'accord avec l'affirmation du Cardinal Robert Sarah selon laquelle nous avons une « crise de la liturgie », mais il insiste sur le fait que cette crise remonte avant même le Concile Vatican II. La perte du sens du « mystère » à la sainte Messe était un problème déjà évoqué par Romano Guardini, a déclaré le Cardinal Müller. Cela dépend de l'« attitude intérieure » quant à savoir si l'on a une « vie en Dieu » et pas tant en raison des « formes extérieures ». Le Cardinal Allemand affirme que, aussi avec la Messe Latine Traditionnelle, on pourrait célébrer la messe rapidement — même en dix minutes — sans entrer dans le mystère de la Messe.

Son désir, selon le Cardinal Müller, exprimé à l'issue de l'entrevue, est de « contribuer à surmonter la sécularisation », c'est-à-dire la « vie sans Dieu ». Face à ses fardeaux en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Müller insiste sur le fait que « avec l'aide de la Grâce, nous pouvons affronter toutes ces questions ». À la lumière de cette nouvelle interview, il pourrait être utile de considérer ce que le professeur Anna Silvas a récemment déclaré lors de la Conférence des laïcs sur Amoris Laetitia à Rome le 22 avril dernier :


« Cependant, il y a un groupe dont je trouve l'approche très étrange : les orthodoxes intentionnels parmi les prélats et les théologiens supérieurs qui traitent les troubles résultant d'Amoris Laetitia en tant que des « mauvaises interprétations ». Ils se concentreront uniquement sur le texte seulement, faisant abstraction de l'un des antécédents connus dans les paroles et les actes du Pape François lui-même ou de son contexte historique plus large. C'est comme s'ils interposent un gouffre qui ne peut pas être traversé entre la personne du Pape d'une part, de sa signature par laquelle ce document a été publié et le « texte » du document d'autre part. Avec le Saint-Père en quarantaine en toute sécurité de toutes ces considérations, ils sont libres d'aborder le problème, qu'ils identifient comme une « mauvaise utilisation » du texte. Ils expriment ensuite le voeu pieux que le Saint-Père « corrige » ces erreurs ».

« Sans doute, les contraintes perçues de piété envers le successeur de Pierre tiennent compte de ces manœuvres contournées. Je sais, je sais ! Nous avons fait face à cette énigme pendant un an ou plus. Mais à tout lecteur sage et réfléchi, qui, dans les mots des 45 Censures des Théologiens, « n’essaie pas de tordre les mots du document dans n'importe quelle direction, mais ... prend l'impression naturelle ou immédiate de la signification des mots comme étant corrects », cela a la senteur d’un manque de naturel fortement provoqué ».



Voir l'entretien en anglais au complet ici
Durée : 32 min 18 sec