mercredi 19 avril 2017

Père Nicholas Gruner

Notre devoir de résister !





par Père Nicholas Gruner
SOURCE : Fatima Crusader
Hiver 2016

Tiré de : Taken from Crucial Truths to Save Your Soul
[ Vérités cruciales pour sauver votre âme ] par le Père Nicholas Gruner, S.T.L., S.T.D. (Cand.)



Il y a une maxime célèbre attribuée au 5ème Pape du Vatican, saint Félix III, à propos de la défense de la vérité :

« Ne pas s'opposer à l'erreur, c’est l'approuver ; et ne pas défendre la vérité, c’est la supprimer ».

Ce dicton est particulièrement vrai en ce qui concerne l'opposition aux erreurs doctrinales et la défense de la vraie Foi — quelle que soit la source de ces erreurs. Même un Pape peut être légitimement résisté s'il devait agir d'une manière contraire à la Foi ou autrement nuisible à l'Église.

Lorsque le Pape et les Évêques nous prêchent la vérité de la Foi Catholique, comme ils l'ont reçue de sources magistrales authentiques, Dieu s'attend à ce que nous les croyions. Et quand ils nous disent de faire quelque chose dans le domaine de leur juridiction, il s'attend à ce que nous obéissions.

Mais si le Pape nous dit de faire quelque chose de contraire au bien manifeste de l'Église ou de professer une croyance en quelque chose qui est contraire à la Foi Catholique (telle qu'une quatrième personne de la Sainte Trinité), nous ne devons pas lui obéir. Nous devons lui « désobéir », c'est-à-dire qu'il faut lui résister et obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, comme l'a dit saint Pierre. Sinon, nous nous rendons coupables d'une fausse obéissance pécheresse ( ou comme l'appelle Saint Thomas, une obéissance indiscrète ) .2

Au début du XVIIe siècle, les Protestants calomniaient la papauté comme étant une sorte de despotisme. Le Pape, à leur avis, était un monarque absolu dont le pouvoir n'était pas restreint par aucune loi. Saint Robert Bellarmine a répondu à cette accusation, démontrant que l'autorité du Pape n'est nullement illimitée ou arbitraire :

« Tout comme il est licite de résister au Pontife qui agresse le corps, il est également licite de résister à celui qui agresse les âmes ou qui perturbe l'ordre civil ou, surtout, qui tente de détruire l'Église. Je dis qu'il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu'il ordonne et en empêchant sa volonté d'être accomplie, il n'est pas licite, cependant, de le juger, de le punir ou de le déposer, puisque ces actes sont propres à un supérieur ». 3

Il ne devrait pas être nécessaire de bien comprendre ce point, mais il y a tellement de Catholiques aujourd'hui qui ont un malentendu dangereux à l'égard de la papauté. Ils semblent croire qu'ils expriment en quelque sorte une fidélité au Christ ou à l'Église en disant : « Je préfère avoir tort avec le Pape que d’avoir raison sans lui ! » Certains Catholiques insensés et ignorants m'ont même dit qu'ils préfèrent suivre le Pape et aller en enfer avec lui plutôt que désobéir au Pape. Il n'y a rien de Catholique dans de tels slogans.

Le grand théologien du XVIe siècle, Francisco Suarez, que le Pape Paul V a loué en tant que « Docteur exceptionnel et pieux » (Doctor Eximius et Pius), a enseigné :

« Si [un Pape] donne un ordre contraire à la bonne coutume [la morale], il ne doit pas être obéi, s'il essaie de faire quelque chose de manifestement opposé à la justice et au bien commun, il sera légal de lui résister... » 4

Avant Suarez, l'éminent théologien médiéval Cardinal Juan de Torquemada (qui a formulé les définitions publiées au Concile de Florence) avait écrit sur le même sujet :

« Si le Pape ordonne quelque chose contre les Saintes Écritures, ou les articles de la Foi, ou la vérité des Sacrements, ou les Commandements de la loi naturelle ou divine, il ne faut pas l'obéir, mais dans de tels ordres il doit être ignoré ». 5

Et avant Torquemada, Saint Thomas d'Aquin avait démontré le droit et le devoir des fidèles (y compris les membres du clergé) de corriger publiquement et même de réprimander les supérieurs ecclésiastiques dont les actions mettent en danger la Foi des Catholiques ou nuisent autrement au bien commun de l'Église. Voici la réponse de Saint Thomas à la question : « Est-ce qu’un homme est tenu de corriger son prélat ? » :

« Il faut cependant observer que, si la Foi était menacée, un sujet devrait réprimander son prélat même publiquement. Par conséquent, Paul, qui était le sujet de Pierre, l'a réprimandé en public, en raison du danger imminent de scandale concernant la Foi ... »6

(Saint-Pierre avait involontairement fait scandale aux gentils convertis à Antioche en faisant semblant de continuer à suivre certaines des lois alimentaires Mosaïques en refusant de manger avec les Gentils baptisés et non circoncis 7). Cet enseignement de Saint Paul et de l'Église Catholique existe parce que la loi de cérémonie Mosaïque était — après la crucifixion — maintenant interdite de pratique par les Chrétiens. Saint Thomas note que la résistance à l'enseignement ou aux pratiques contre la Foi par quiconque — même le Pape — n'est ni illégale ni présomptueuse, mais est à la fois un service et un acte de charité.

Nous pourrions continuer à multiplier des exemples de ces enseignements par les docteurs et les saints de l'Église, mais j'espère que ce point est fait. Il n'y a pas de cultes de personnalité dans l'Église Catholique. Il ne nous est pas permis de fermer notre esprit et de suivre une figure d'autorité en enfer. Pour l'amour de Dieu, rappelez-vous l'avertissement de Notre-Seigneur (répété plusieurs fois par Sœur Lucie), que lorsqu’un aveugle suit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse ! (Et Sœur Lucie, comme si elle était l'essence du Troisième Secret, a parlé de la désorientation diabolique des grands ecclésiastiques de notre temps. Nous devons faire attention de ne pas suivre ceux qui suivent sciemment le diable ou qui, même involontairement, réalisent les souhaits du diable parce qu'ils sont tellement confus.)

En tant que Catholiques, nous avons parfois non seulement le droit, mais même le devoir d'exprimer notre obéissance loyale à Dieu et notre opposition aux erreurs de Doctrine ou des pratiques avancées par nos supérieurs légaux qui vont au-delà de leur autorité légitime. Lorsque le Pape parle en non conformité avec le Magistère ordinaire et universel, il faut utiliser notre prudence pour recevoir son enseignement. Il n'y a pas de témérité de notre part en refusant un assentiment à un tel enseignement qui est une nouveauté. Et quand c’est manifestement en contradiction avec l'enseignement antérieur de l'Église, nous ne devons jamais accepter cet enseignement erroné et / ou hérétique.



Références :

(1) Actes 5 :29.

(2) Saint-Thomas d'Aquin, Summa Theologica, II-II, Q. 104, A. 5, 3.

(3) St. Robert Bellarmine, De Romano Pontifice, Livre II, Chapitre 29.

(4) Francisco Suarez, De Fide, Disp. X, Sec. VI, N. 16.

(5) Juan de Torquemada, Summa de ecclesia, Venise, M. Tranmezium, 1561, Livre 2, Chapitre 49, p. 163B, soulignement ajouté.

(6) saint Thomas d'Aquin, Summa Theologica, II-II, Q. 33, A. 4, ad. 2. (7) Cf. Galates 2 : 11-14.