mercredi 5 avril 2017

L'Église et Asmodée - Partie 4
AMORIS LAETITIA

Démon de la luxure


Un spiritu fornicationis
nos libera, Domine

(Invocation dans les litanies des Saints)


Un détail de l'autel Ysenheimer par Matthaeus Grünewald représentait
un démon androgyne prenant d'assaut une église



Par : Don Pietro Leone (pseudonyme d'un prêtre Italien )
SOURCE : Rorate Caeli


VOIR : PARTIE I ICI --- PARTIE II ICI --- PARTIE III ICI
IV

AMORIS LAETITIA

Comment peut-on douter que cette Encyclique, remise publiquement en cause par le même Cardinal Caffarra (entre autres) à qui Sœur Lucie avait écrit, ne fasse pas partie de l'affrontement entre l'Église et Satan que nous avons mentionné antécédemment ?

Dans ce bref coup d'œil d’Amoris Laetitia nous considérons le mariage, l'adultère et « l'éducation sexuelle ».

1. MARRIAGE

L’Exhortation Amoris Laetitia énonce au § 80 : « Le mariage est en premier lieu une « communauté profonde de vie et d’amour qui constitue un bien pour les époux eux-mêmes, et la sexualité « est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme »…. Cependant, cette union est ordonnée à la procréation « par sa nature même »

Dans les notes de bas de page, quatre références sont fournies pour ce texte : Gaudium et Spes § 48 en ce qui concerne la « communauté profonde de vie et d’amour » ; le Code de droit canonique (1983) c.1055 en ce qui concerne le « bien des époux » [1] ; le Catéchisme de l'Église Catholique § 2360 en ce qui concerne l'ordre de la sexualité à l'amour conjugal ; Gaudium et Spes § 48 à nouveau en ce qui concerne l'ordre du mariage à la procréation.

Il y a deux choses à noter lorsque l'on compare ce passage de l'Exhortation avec le Magistère récent :

1) Ça représente un pas en avant dans la mesure où on présente désormais explicitement l'amour conjugal comme la fin première du mariage (« Le mariage est en premier lieu une « communauté profonde de vie et d’amour »);

2) Cette Doctrine est un autre exemple de la tendance à l’érotisation dans le Magistère récent qui est évidente ici et aussi dans la réitération des trois Doctrines ( dont nous avons traité antécédemment ) décrivant le mariage comme une « communauté profonde de vie et d’amour» et un « bien pour les époux eux-mêmes, et en ce qui concerne l’« ordre de la sexualité à l'amour conjugal ». La suggestion que l'amour conjugal soit essentiellement sexuel dans son contenu sera en effet élaborée par la suite en des termes exclusivement laïques au § 150 intitulé « La dimension érotique de l'amour ».

Le Pape François imite le Pape Jean-Paul II en ne traitant plus le mariage comme inférieur à la virginité et au célibat (§ 159 de l’Exhortation cite le passage cité antécédemment du Pape Jean-Paul II). Cela correspond certainement à l'importance qu'il accorde aussi à l'amour conjugal.

2. L'ADULTÈRE

C’est certainement dû à l'esprit de l'érotisme déjà évident dans les citations antécédemment données qui est derrière l'attitude indulgente du Pape envers l'adultère.

a) Promotion de l’adultère

Dans le document Amoris Laetitia § 298, le Pape parle des couples « divorcés/remariés » dans les termes suivants : « Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter « comme frère et sœur » que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis » (Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, (GS § 51).

Commentaire

L’« Expressions de l'intimité » fait référence aux relations sexuelles comme il ressort de la lecture du passage complet de Gaudium et Spes et du fait que cette dite « Expressions d'intimité » est en opposition à la cohabitation en tant que frère et sœur. Par conséquent, le texte peut se résumer comme suit : plusieurs couples divorcés et remariés qui vivent ensemble pour le bien de leurs enfants considèrent que les relations sexuelles (par exemple l'adultère) sont fructueuses pour leur relation et pour le bien de leurs enfants.

Nous voyons alors que :

i) L’adultère est justifié ; c'est-à-dire... :

ii) comme un moyen vers une fin : à savoir la fidélité du couple et le bien de leur progéniture ;

iii) dans une situation particulière, une situation de fait vécue par « plusieurs » ;

iv) en une prétendue continuité avec le Magistère précédent de l’Église.

On peut répondre à chacun des points comme suit :

i) L’adultère est déclaré et expressément condamné dans l'Ancien Testament dans le Sixième Commandement et par Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-Même dans le Nouveau Testament (Mt 19,9 ; Mc 10,11 à 12). De plus, Notre-Seigneur, il précise que c’est l'un des péchés qui exclut le pécheur de la vie éternelle (Mt.19. 17-18) ; autrement dit c’est un péché mortel. L’adultère est donc, par conséquent, un mal intrinsèque, il ne peut en aucun cas être justifié.

ii) St. Paul (Rom 3.8) déclare explicitement qu’un mal ne peut pas être fait comme un moyen d’en arriver à faire du bien ;

iii) Ici l’« éthique de situation » bat son plein régime selon le principe que la conscience crée une norme selon la situation dans laquelle l'individu se trouve. L'Église a, en revanche, condamné l’« éthique de situation » et considère la conscience comme un juge qui applique les principes moraux objectifs à des actions particulières ;

iv) Le Pape ( ou ses collaborateurs) supprime des parties essentielles des passages des qu'il cite. Dans le premier passage, le Pape Jean-Paul II, en parlant des « divorcés/remariés » qui vivent ensemble pour des motifs qui comprend le bien de leurs enfants, déclare qu’ils doivent vivre dans la chasteté parfaite : s’ils ne la vivent pas, ils ne peuvent pas recevoir la Sainte Communion. Dans le second passage, le Concile recommande des relations sexuelles pour des raisons de fidélité et le bien des enfants, mais seulement parmi ceux qui sont sacramentellement mariés.

En d'autres termes, le Pape Jean-Paul II déclare qu’un couple « divorcé et remarié » peut vivre ensemble pour le bien de leurs enfants, mais dans la chasteté parfaite ; le Concile déclare que les relations sexuelles peuvent promouvoir la fidélité du couple et le bien de leurs enfants dans le mariage. En combinant les deux passages tout en supprimant les références à la chasteté et au mariage, le Pape François prétend justifier l'adultère sur la base du Magistère précédent.

b) Le statut ecclésial des adultères

L’Exhortation Apostolique déclare au § 299 que les « divorcés et remariés » « peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église » et propose qu’ils soient intégrés dans la vie publique de l'Église, comme parrains et marraines par exemple. La Tradition de l'Église selon Saint Thomas d'Aquin d'autre part les considère comme des membres morts de l'Église, comme des branches mortes d'un arbre vivant. Pour cette raison, et en raison de leur mauvais exemple, il n’est clairement pas approprié que les adultères occupent des postes dans la vie publique de l'Église, et il ne leur a jamais été autorisé de le faire.

c) L'admission à la Sainte Communion des adultères

Nous pouvons conclure du paragraphe § 298 et de la note 329 analysée ci-dessus que si l'adultère n'est plus considéré comme un péché mortel, il s’ensuit que les adultères ont le droit d'être intégrés dans la vie de l'Église, même jusqu'à recevoir la Sainte Communion qui est concernée. Examinons maintenant l'un des passages du document qui le dit explicitement : « [...] les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les memes. [...]Pas davantage en ce qui concerne la discipline sacramentelle, étant donné que le discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave » (§ 300 avec référence 336).

Quel genre de justification pour l'accès à la Sainte Communion le Pape a-t-il à l'esprit ici ? L’« éthique de situation » ? Mais, comme nous l'avons déjà expliqué, cette éthique est nulle et non avenue. Ou est-ce peut-être l'ignorance de la part du couple que l’adultère est un péché mortel ou que la Sainte Communion dans un état de péché mortel est un péché mortel encore plus grave ? Il est vrai qu’aucun péché mortel n'est imputé au pécheur qui ne savait pas qu'il était mortel ; néanmoins, le péché en question est objectivement mortel et est une offense grave contre Dieu. Pour cette raison, toute forme d'assistance spirituelle, de discernement, de déclaration ou d’intervention de la part de l'Église doit être orientée vers l'instruction du couple en ce qui concerne la loi objective naturelle et divine, en les amenant à vivre dans la grâce de Dieu : non en les laissant dans l'ignorance et dans le péché par crainte de froisser leurs susceptibilités. Bref, la tâche de l'Église ici n'est pas d’éviter d'offenser les fidèles, mais d’éviter d'offenser Dieu.

3. 'L’ÉDUCATION SEXUELLE'

Maintenant que les écoles Européennes ont été inondées avec des programmes d’« éducation sexuelle » d'un ordre immoral et purement hédoniste (et nous craignons que le pire est encore à venir), une intervention de la Sainte Mère Église devient de plus en plus opportune et urgente chaque jour qui passe. Avec la publication de Amoris Laetitia, peut-être aurions-nous pu espérer que la hiérarchie aurait adopté une position vraiment Catholique en ce qui concerne la question, par exemple :

i) Une proposition de fonder de nouvelles écoles authentiquement Catholiques ou tout au moins de fonder de nouveaux Instituts pour enseigner la Doctrine Catholique dans les écoles existantes ;

ii) Un appel aux parents pour éduquer, ou tout au moins pour qu’ils supervisent eux-mêmes l'éducation de leurs enfants, comme ils sont en effet obligés de le faire pour être conformes à la fin première du mariage ( la procréation et l'éducation des enfants ) ;

iii) Une exposition claire de la Doctrine Catholique sur le mariage, sur les actes qui sont contraires au mariage, sur la pureté, sur l'impureté et sur le fait que tous les péchés contre la pureté sont mortels.

Au lieu de cela, la partie couvrant les paragraphes § 280 à § 286 intitulée « Oui à l’éducation sexuelle » manque singulièrement sur tous ces chefs.

i) Loin de proposer des alternatives aux programmes actuels d’« éducation sexuelle », le document se limite à suggérer certaines modifications ou changements en eux ;

ii) Le rôle éducatif des parents n’est même pas mentionné, en contraste marqué avec le document « La Vérité et signification de la sexualité humaine », promulguée par le Vatican quelques 20 ans auparavant (en 1995), qui, compte tenu des dangers de traiter de ces questions à l'école, a fermement associé l’« éducation sexuelle » à la famille [2]. Dans le passage en question, Amoris Laetitia ignore en fait totalement la fin première du mariage, se concentrant (sauf pour une seule référence concernant la « fin naturelle de la sexualité procréatrice » ) sur la fin secondaire du mariage, à savoir sur l'amour : un amour en effet compris exclusivement dans son aspect émotionnel, et par-dessus tout, dans son sens sexuel. On lit par exemple au sujet de l’« éducation à l'amour, le don de soi réciproque » (§ 280) ; sur la « capacité d'aimer » (§ 281-2) et leur « façon d’aimer » (§ 284).

iii) En ce qui concerne la Doctrine Catholique sur le mariage et la pureté [3], rien du tout n’est dit. La sexualité est en fait traitée de manière exclusivement psychologique sans même une allusion à la morale. Le mal à éviter n'est plus désormais péché, mais ce sont des problèmes plutôt sociologiques ou psychologiques tels que : la « banalisation et l'appauvrissement » (§ 280) ; « la pornographie incontrôlée », « la surcharge d’excitations qui peuvent mutiler la sexualité », et « tout ce qui déforme leur capacité d’aimer ». (§ 281-2) ; l’« agressivité narcissique », « ils jouent avec leurs corps et leurs sentiments, comme s’ils avaient la maturité » (§ 283) ; l’« immaturité » (§ 284) ; l'« isolement » (§284-5), « ne pas accepter son propre corps, la peur de l'autre » (§ 285).

Nous voyons que la sexualité en dehors du mariage n'est pas condamnée. Au contraire, elle semble activement être encouragée afin que la section dans l'analyse finale de l’Exhortation soit entièrement compatible avec les programmes d’« éducation sexuelle » : ceux qui sont déjà en vigueur et ceux encore à venir pour être imposés aux enfants : « L’impulsion sexuelle peut être éduquée dans un cheminement de connaissance de soi et dans le développement d’une capacité de domination de soi, qui peuvent aider à mettre en lumière les capacités admirables de joie et de rencontre amoureuse ». (§ 280). « Il est important de leur enseigner plutôt un cheminement quant aux diverses expressions de l’amour, à l’attention réciproque, à la tendresse respectueuse, à la communication riche de sens [4] ». « Cela prépare au don de soi total et généreux qui s’exprimera, après un engagement public, dans le don réciproque des corps. L’union sexuelle dans le mariage se présentera ainsi comme signe d’un engagement plénier, enrichi par tout le cheminement antérieur ». (§ 283, à savoir. aussi § 284).

Cette section est même compatible en effet avec la théorie du « Genre [5] », dans la mesure où son auteur contemple l'éducation sexuelle non seulement pour les adolescents, mais même pour les « enfants » (§ 280 et 281) ; et il est heureux d'affirmer : « On ne peut pas non plus ignorer que dans la configuration de sa propre manière d’être, féminine ou masculine, ne se rejoignent pas seulement des facteurs biologiques ou génétiques, mais de multiples éléments qui ont à voir avec le tempérament, l’histoire familiale, la culture, etc. [...] ; Mais il est aussi vrai que le masculin et le féminin ne sont pas quelque chose de rigide [...] ». La section se termine par une mise en garde contre les « conceptions inadéquates [qui] continuent de conditionner la liberté légitime et de mutiler le développement authentique de l’identité concrète des enfants ou de leurs potentialités ». (§ 286) [7]


Partie 5 à être publiée bientôt.




[1] Voir au paragraphe précédent.
[2] Le document respire un esprit authentiquement Catholique, à l’exception de son emphase personnaliste exagérée sur « l'amour ».
[3] Encore une fois en contraste frappant avec le document « Vérité et Signification de la sexualité humaine ».
[4] Ce n’est pas clair on fait référence ici. Certes, les « Poètes de l’amour » grecs et romains par exemple, auraient imaginé qu'ils étaient engagés dans une telle communication mais certainement en abstraction de la chasteté.
[5] Une idéologie toute aussi écervelée que méprisable
[6] Mais dans un tel cas pourquoi, je vous prie, le fait de « ne pas accepter son propre corps » est le problème (voir § 285) ?
[7] L'effet délétère de ce passage n’est pas diminuée par la désapprobation Papale de la théorie du « Genre » en d'autres occasions, étant donné que les dernières déclarations n’ont pour effet que de confondre plutôt que de corriger les déclarations antérieures.