samedi 1 avril 2017

L'Église et Asmodée - Partie 3
et la Fausseté de la Théologie du Corps

Démon de la luxure


Un spiritu fornicationis
nos libera, Domine

(Invocation dans les litanies des Saints)


Un détail de l'autel Ysenheimer par Matthaeus Grünewald représentait
un démon androgyne prenant d'assaut une église



Par : Don Pietro Leone (pseudonyme d'un prêtre Italien )
SOURCE : Rorate Caeli


VOIR : PARTIE I ICI --- PARTIE II ICI


III

LA RÉCENTE DOCTRINE CONJUGALE DE L’ÉGLISE JUSQU'AU PAPE FRANÇOIS

2. LE PÉCHÉ MORTEL ET LA SAINTE COMMUNION

La Doctrine Traditionnelle

L’Église a toujours mis en garde les fidèles de ne pas recevoir la Sainte Communion en état de péché mortel. Dans la liturgie du Jeudi Saint et en la fête du Corps du Christ, l'Église dans Sa Liturgie de l’Ancien Rite nous présente pour méditation le passage du chapitre 11 de la Première Épître de Saint Paul aux Corinthiens verset 11 comme avertissement contre la réception de la Sainte Communion pouvant être une damnation. Concernant cette dernière fête, Saint Thomas d'Aquin lui-même, son auteur, répète ostensiblement cette phrase dans la prière Communio ; et dans la séquence Lauda Sion, il déclare sans ambiguïté :

Sumunt boni sumunt mali, sorte tamen
İnaequalis, vitae vel interitus.
Mors est malis, vita bonis: vide paris
Sumptionis quam sit dispar exitus.

« Le bien reçoit, le mal reçoit, mais leur destin est différent : la vie ou la mort. La mort est pour le mal, la vie est pour le bien : voyez comment inégal est la fin d'une réception égale ».

L'Église enseigne traditionnellement que quiconque en état de péché mortel doit faire une Confession Sacramentelle avant de recevoir la Sainte Communion. Dans le cas contraire, quand il assiste à la Messe, il doit s'abstenir de communiquer sacramentellement et de recevoir seulement spirituellement la Communion. Il est vrai qu’un acte de contrition parfaite en dehors du Sacrement de la Confession suffit pour absoudre la personne du péché mortel, mais comme il est impossible de savoir si la contrition dans un cas donné est parfaite, la personne en question pourrait en fait risquer de commettre un autre péché mortel en recevant la Sainte Communion dans de telles circonstances, et conséquemment ce serait erroné de faire ainsi.

En conséquence, nous lisons dans le Catéchisme de Saint- Pie X (§ 630) : « ... la personne qui sait qu'elle est dans un état de péché mortel doit, avant la Communion, faire une bonne Confession ; car il ne suffit pas de faire l'acte de contrition parfaite sans la Confession pour quelqu’un qui est en état de péché mortel afin de communier correctement [1].

La Nouvelle Doctrine

Tant dans la nouvelle liturgie que dans le récent Magistère de l'Église, nous trouvons une dilution de la Doctrine Traditionnelle décrite plus haut.

Dans le Novus Ordo [2], l'exhortation de Saint Paul contre la Sainte Communion en état de péché mortel a été excisée de la liturgie à la fois du Jeudi Saint et de Corpus Christi (dans deux cas au cours de cette dernière fête, voir ci-dessus). En outre, la Séquence Lauda Sion a été rendue facultative ; en variante, une version plus courte a été fournie ( voir par exemple sur le site des Évêques Américains ) qui ne contient plus les deux vers cités ci-dessus.

Pour ce qui est du Magistère récent, on peut lire dans le Code de Droit Canonique : « Qui a conscience d'être en état de péché grave ne célébrera pas la Messe ni ne communiera au Corps du Seigneur sans recourir auparavant à la confession sacramentelle, à moins d'un motif grave et qu'il ne soit dans l'impossibilité de se confesser; en ce cas, il n'oubliera pas qu'il est tenu par l'obligation de faire un acte de contrition parfaite, qui inclut la résolution de se confesser au plus tôt». (CIC chien 1983. 916 [3]).

Le Canon se réfère en premier lieu aux prêtres mais s’applique clairement aux laïcs aussi bien. Il justifie la Sainte Communion pour une « raison sérieuse », mais quel pourrait être ce motif sérieux ? Pour un prêtre, ça pourrait peut-être être l'obligation de célébrer la messe pour une assemblée donnée [4], mais qu’en serait-il pour un laïc ? Qu’est-ce qui pourrait constituer une raison assez sérieuse pour risquer une Communion sacrilège ? L’embarras ce que les autres pourraient penser ou dire ? Le respect humain ? La « Solidarité » avec le couple au mariage duquel la personne participe par exemple ? La pensée que la Sainte Communion pourrait en quelque sorte l'aider à surmonter son péché ?

Nous observons que ce Canon, déjà assez discutable en lui-même, est cité sous une forme abrégée dans le Catéchisme de l'Église Catholique comme suit (§ 1457) : « Celui qui a conscience d’avoir commis un péché mortel ne doit pas recevoir la Sainte Communion, même s’il éprouve une grande contrition, sans avoir préalablement reçu l’absolution sacramentelle à moins qu’il n’ait un motif grave pour communier et qu’il ne lui soit possible d’accéder à un confesseur ». Ici, seulement deux des conditions énumérées dans le Canon sont explicitement citées, à savoir l'impossibilité d'une confession sacramentelle et la « raison grave » ; l'acte de contrition est mentionnée, mais pas explicitement comme condition ; concernant la quatrième condition, à savoir la résolution de se confesser le plus tôt possible après la Communion, elle a été mise de côté entièrement.

Le clergé moderne semble, en revanche, généralement insister seulement sur la quatrième condition car trop souvent les laïcs diront allègrement à un Confesseur que le prêtre leur avait dit que ça suffisait de se confesser après avoir reçu la Communion. Ce qui est ici le plus remarquable, c’est le manque de cohérence logique de la part de toutes les parties concernées.

Si nous vivions encore dans l'heureux âge et territoire du Saint-Empire Romain et que l'Empereur avait exprimé son intention de nous rendre visite dans notre maison, serait-il suffisant de l'accueillir dans un appartement mal aéré avec des rideaux tirés, des lits défaits, des vêtements et des assiettes non lavés, de la poussière, de la saleté et des tas d'ordures partout et lui assurer qu’au lendemain de sa visite, nous verrions à nettoyer toute la place ?

La position la plus permissive de l'Église en ce qui concerne la réception de la Sainte Communion est liée à la question de la sexualité dans la mesure où le fait de rabaisser la gravité de la Sainte Communion en état de péché mortel rabaisse la gravité du péché mortel lui-même, duquel l'impureté est, c’est triste à dire, l'une des formes les plus courantes.

Beaucoup de ces innovations liturgiques et magistrales peuvent cependant avoir influencé la compréhension des fidèles sur la gravité de l'impureté, nous devons en toute honnêteté admettre que le clergé, ces derniers temps, a été loin d'être assidu à inculquant les vraies valeurs Chrétiennes relatives à ce péché et à sa vertu opposée .

Quand, cher lecteur, avez-vous entendu la dernière fois un sermon sur la gloire de la pureté ou sur l'abomination de l'impureté ? Quand avez-vous entendu un prêtre avertir l’assemblée de ne pas recevoir la Sainte Communion après avoir commis un acte d'impureté, même seul ? Quand est-ce qu’il vous a admonesté au confessionnal sur le danger de l'impureté pour le salut éternel de votre âme ou quand vous a-t-il encouragé à offrir à Dieu le sacrifice d'une vie de chasteté parfaite [5] ?

3. LA « THÉOLOGIE DU CORPS »

Les fidèles qui ont assisté aux allocutions du Pape Jean-Paul II lors des Angélus de septembre 1979 à novembre 1984 en espérant de pieuses dissertations ou des leçons de catéchisme, ont sûrement été déçus. Au lieu de cela, ils ont plutôt entendu ses théories personnelles ad lib sur la morale sexuelle. Nous allons ici examiner brièvement deux principes de la « Théologie du Corps » personnaliste, ayant déjà discuté de cette théorie en détail dans notre livre.

a) La divinisation de l'Amour Conjugal

Nous avons vu comment le récent Magistère présente l’amour conjugal comme de l'amour sexuel ; avec la Théologie du Corps, nous voyons comment le Pape Jean-Paul II présente l'amour conjugal comme de l'amour divin. Il fait cela, en effet, en désignant l'amour conjugal comme la « donation personnelle totale ». De ce don total de soi, il en distingue de deux types : une « donation personnelle totale » qui est l'amour conjugal dans le sens permanent et la « donation physique totale » qui est l'acte de l'amour conjugal, « le signe et le fruit d'une donation personnelle totale ».(Familiaris consortio). L'amour qu’il définit ainsi est en effet de l'amour divin, dans la mesure où l'amour du don total de soi n’est rien d'autre que l'amour que l'homme doit à Dieu.

Le Pape ne s'arrête pas cependant à l'acte relatif de l'amour de l'amour conjugal de l'homme pour Dieu, mais il cherche à le déifier encore plus loin, en se rapportant à la fois à l'amour de Dieu pour l'homme et à l'amour de Dieu envers Lui-Même.

Cette théorie peut être critiquée de diverses manières. La première est en ce qui concerne l'identification de l'amour conjugal avec une « donation totale de soi » ; la seconde est en ce qui concerne sa relation présumée à l'amour de Dieu.

i) L’amour comme donation personnelle totale en elle-même

Il existe diverses difficultés avec cette identification. La première est qu'il est en fait impossible pour une personne humaine de se donner totalement à une autre personne humaine que ce soit sur le plan métaphysique sur le plan physique. La seconde est que ça va à l'encontre de la Foi car Notre-Seigneur nous ordonne d'aimer Dieu d'un amour total (ex toto tuo ... corde), mais le prochain avec un moindre amour, c’est-à-dire « comme soi-même ».

Une autre difficulté de cette définition est qu’elle confond les ordres naturels et surnaturels. En effet le Pape divinise l’amour conjugal en raison de ses caractéristiques purement naturelles, c'est-à-dire, surtout sur la base de sa prétendue « donation personnelle totale » sans référence à l'ordre surnaturel comme la Grâce ou la conformité à la Foi Catholique.

Une conséquence de cette confusion est que la définition est de trop large portée pour les fins du Pape puisque la propriété de la « donation personnelle totale» (au moins comme le Pape l'envisage) ne se limite pas seulement au Mariage sacramentel, selon son intention , mais est une propriété de toute forme valide de mariage et même de certaines relations extra-conjugales à la condition que les deux personnes en question (qui peuvent même être adultères) s'engagent à vivre ensemble pour la vie avec les sentiments appropriés d’une dévotion mutuelle.

ii) L’amour comme donation personnelle totale en relation avec l'amour de Dieu pour l'homme et pour Lui-Même

L'amour de Dieu pour l'homme que le Pape a à l'esprit est l'amour du Christ pour son Église. Il relie l'acte de l'amour conjugal à cet amour de diverses manières dont nous en citerons seulement trois.

a) La soumission de l'Église au Christ

Le Pape interprète cette expression comme la soumission mutuelle des conjoints dans leur donation personnelle totale dans l'acte conjugal. Saint Paul, en revanche, comprend la phrase comme le modèle de la soumission de la femme à l'autorité de son mari.

b) L'« Union en une Seule Chair » comme un Signe de l'Union du Christ avec l'Église

Le Pape comprend cette expression au sujet de l'union charnelle des époux. Le Concile de Trente, en revanche, comprend cette expression comme l'unité du lien spirituel des époux.

c) L'expression Agapè

Le Pape présente l'acte conjugal comme l'expression la plus profonde d’Agapè. Ici, il confond deux formes d'amour radicalement différentes : l'amour sensitif naturel et l’amour rationnel surnaturel (c'est-à-dire Agapè ou Charité). La première sorte d’amour est trop différente du dernier pour pouvoir servir dans son expression.

Une objection similaire peut être faite à la vision de l'acte conjugal du Pape comme une expression d’amour Trinitaire intérieur.


Nous voyons comment le Pape s’efforce de relier l'amour conjugal à l'amour de Dieu de façon novatrice et érotisante, sans fondement ni dans l'Écriture Sainte ni dans la Tradition.


Dans le commentaire général final sur la « Théologie du Corps », on peut dire qu’en effet, le Pape élève l'amour conjugal au niveau de l'amour divin en identifiant l'amour conjugal avec l'amour de la Charité : la Charité de l'homme pour Dieu [6], la Charité de Dieu pour l'homme et la Charité de Dieu pour Dieu. Mais cela est illicite car, comme nous venons de le dire, l'amour conjugal est un type d'amour radicalement différent de celui de la Charité.[7].

Certes, l'aspect le plus novateur de Théologie du Corps est la divinisation de l'acte conjugal, même si le Pape voit cet acte comme le « signe et fruit » d'une vie d'engagement d’amour mutuel. Puisque cet « amour de donation personnelle totale » peut, cependant, se trouver en dehors du mariage, comme nous l'avons dit plus haut, cette divinisation passe finalement à une divinisation de l'union charnelle elle-même. Pour trouver de tels concepts — il serait mieux dit des caractéristiques de caprices assombris par la Nature Déchue et les élucubrations perverses de son porte-voix, la Gnose — dans le Magistère Catholique et dans la bouche du Vicaire du Christ lui-même, témoigne de l'expansion remarquable de l'érotisme dans le sein de l'Église Catholique au cours des vingt années qui ont suivi la promulgation de Gaudium et Spes.

L'effet global du Personnalisme de Pape Jean-Paul II, et en particulier de sa Théologie du Corps, est de substituer sainteté pour sexualité au cœur même de la morale Catholique. Même si la critique ci-dessus était peu convaincante, ce fait devrait suffire à démontrer la fausseté de cette théorie [8] à quiconque ayant une sensibilité Catholique [9].

b) Le mariage en relation avec la Virginité et Célibat

Une conséquence de la divinisation de l'amour conjugal est que tout ce qui est négatif dans la sexualité, comme le désordre inhérent ou la concupiscence, doit être clairement supprimé. Une autre conséquence est qu'on ne peut plus lui prêter à l’amour conjugal un statut inférieur à la virginité et au célibat.

Dans ce même esprit, le Pape Jean-Paul II déclare que : « [ ...] les textes bibliques ne fournissent pas de raisons de soutenir soit l’« infériorité » du mariage soit la « supériorité » de la virginité et du célibat » fondé sur l'abstinence sexuelle (Discours, 14 avril 1982 ) [10]. Saint Paul, cependant, dit précisément le contraire (I Cor 7. 25-40). Nous notons en particulier : « Celui qui n'est pas marié se préoccupe des affaires du Seigneur, il cherche à plaire au Seigneur » (v.32) et « Mais celui qui est marié se préoccupe des affaires du monde, il cherche à plaire à sa femme » (v.33).

Dans tous les cas, de savoir ce que la Sainte Mère l'Église enseigne sur un sujet donné, les dogmes définis jouissent d’une autorité supérieure à celle de l'Écriture Sainte. Et le Concile de Trente dogmatiquement déclare à cet égard (s 24 can.10.) : « Si quiconque disait... que ce n'est pas plus béni et mieux de rester dans la virginité ou le célibat que dans le mariage : qu’il soit Anathème ». Si quis dixerit… non esse melius ac beatius manere in virginitate aut caelibatu, quam matrimonio: Anathema sit.



Avant de procéder à l'examen de l'Encyclique du Pape François, nous ferons une brève enquête sur l'influence de l'esprit du Monde sur l'éthique conjugale dans le récent Magistère à la lumière de notre brève synthèse cet esprit décrit ci-dessus.

Dans la première sous-section concernant Gaudium et Spes et le code modifié du Droit Canon, nous avons vu comment le concept de la finalité du mariage a été supprimé, comment « la procréation » a été déplacée ensuite dans l'arrière-plan et que « l'amour conjugal » a été présenté au premier plan. Nous avons alors observé comment cet amour a acquis un contenu érotique qui s’est intensifié au cours des années suivantes.

Dans la deuxième sous-section, sur les changements liturgiques et sur le nouveau code de Droit Canon, nous avons vu comment la gravité des péchés mortels était (indirectement) rabaissée.

Dans la troisième sous-section, sur la « Théologie du Corps », nous avons vu comment l'amour conjugal, et en particulier l'acte de l'amour conjugal, a été glorifié et comment la concupiscence « négative » a été mise de côté. Nous avons assisté à une ouverture complète ou à une licence de la part du Pape quand il parlait de ces questions. En même temps, on n’a rien entendu dans ses paroles pour diminuer la gravité de l'impureté. En fait, l'une des grandes forces de l'enseignement moral de ce Pontife est son maintien de la Loi Naturelle et son insistance conséquente sur la pureté.



[1] Chi sa di essere dans peccato mortel, alors vous devriez d'abord dire tarif comunicarsi ? Chi di essere dans son peccato mortel doit d'abord dit comunicarsi, tarif una buona confessione ; non seulement le Atto di contrizione perfetta, senza la confessione, un chi è peccato dans mortelle pour comunicarsi devrait venir (n. 630).

[2] Tel qu'observé dans notre brochure « La destruction du rite romain »

[3] (cité dans le chapitre 4,81 Redemptoris Sacramentum ) Le code de droit canonique n'est pas infaillible, ni une version ultérieure de celle-ci représente nécessairement une amélioration par rapport à la version précédente. Dans cela, ses canons sont semblables aux déclarations non infaillibles du Concile.

[4] Il est confronté à un choix cornélien, mais comment se fait-il qu'il n'ait pas plus de respect pour le sacerdoce sacré, dont il porte le caractère indélébile et éternel dans son âme . A-t-il jamais étudié ces doctrines ?

Doctrines ? Est-ce que son confesseur séminaire ne lui éviter la gravité d'un tel sacrilège ?
[5] Nous mentionnons à cet égard la suppression de la part du Vatican Hiérarchie de l'initiative de faire de Saint Louis de Gonzague le patron de la jeunesse. Même si cette action que nous avons été incapables de justifier, ne s'est pas produite, ce serait typique des perspectives de l'Église contemporaine envers la pureté.

[6] L'amour de l'homme pour Dieu immédiatement, non pas son amour pour Dieu de façon médiate par le biais de son prochain.
[7] Ça peut être considéré comme de la Charité, mais seulement lorsque l'agent est en état de grâce.

[8] Un employé de la Doctrine pour la Propagation de la Foi de manière informelle en a informé autant à l'auteur lors d'une conversation au Saint Office il y a une dizaine d'années

[9] En conformité avec cette vision, nous notons les initiatives du Pape Jean-Paul II d'élever aux autels des couples mariés et des célibataires.