Aucun message portant le libellé divorcés/remariés. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé divorcés/remariés. Afficher tous les messages

vendredi 31 juillet 2015

Théologien personnel de Jean-Paul et Benoît XVI

il a du gros bon sens dans l'affaire des divorcés/remariés


La Civiltà Cattolica, périodique Jésuite, interviewe le Théologien émérite pontifical : l’expression « divorcés/remariés » est trop générique et est appliquée dans des situations fondamentalement différentes ».


Par Iacopo Scaramuzzi
Vatican Insider
Cité du Vatican

« Dans le rigorisme, il y a une brutalité innée qui va à l'encontre de la douceur Dieu qu’Il a pour guider chaque personne » dit le Dominicain Georges Cottier, théologien émérite papal (il fut nommé à ce poste par Jean-Paul II et vit son « mandat » prolongé par Benoît XVI) dans une interview avec le directeur du périodique jésuite italien La Civiltà Cattolica, le père Antonio Spadaro. Le thème de l'interview — qui paraîtra dans le prochain numéro du bimensuel périodique — est la Miséricorde étant donné les prochains Synode et Jubilé. La Civiltà Cattolica a également interviewé Jean Miguel Garrigues, un autre théologien dominicain dans les derniers mois.

« La Miséricorde est la doctrine, elle est au cœur de la Doctrine Chrétienne » a dit le cardinal suisse. « Seule une personne bornée peut défendre le légalisme et imaginer que la Miséricorde et la Doctrine sont deux choses distinctes. En ce sens, l'Église d'aujourd'hui a réalisé que personne, quel que soit leur poste, ne peut être laissé seul. Nous avons besoin de guider les gens, les justes comme les pécheurs… tous les deux.

Cottier a déclaré : « Il semble que les gens d'aujourd'hui ne sentent plus la nécessité de se marier, de faire un engagement public pour la vie. La cohabitation semble maintenant être une affaire privée qui est toujours ouverte au changement. « D'un point de vue chrétien, le mariage est « l'institution naturelle élevée à la dignité de sacrement. Cela ne signifie pas qu’un élément surnaturel devrait être ajouté à une réalité qui demeure essentiellement naturelle ; cela signifie que la sacramentalité donne cette réalité —qui se présente alors comme une cause matérielle — une nouvelle forme, une nouvelle essence et identité. « Quelqu’un peut se demander, a continué le Théologien, si certains représentants de l'autorité ecclésiale peuvent avoir été influencés par le premier concept lorsqu'ils agissent, comme si la chose qui nécessite la plus grande attention est le soutien que l’on croit que les structures législatives de la société temporelle devraient donner aux chrétiens dans leur foi ecclésiale ». Ce qui préoccupe le plus le théologien suisse est « le fait qu’il n’y ait pas eu de véritables innovations introduites sur le plan ecclésial pour mettre en œuvre une nouvelle pastorale pour la préparation au mariage, un programme qui répondrait aux crises dans le sacrement. La pratique actuelle est devenue souvent inadéquate et apparaît comme une simple formalité plutôt qu’une éducation vers un engagement pour la vie ».

En ce qui concerne le terme « divorcés/remariés », le Théologien le voit comme « malheureux » d'un point de vue canonique : « Il est trop générique et est appliqué dans des situations fondamentalement différentes. Ça indique qu'une ou plusieurs personnes qui ont divorcé d'un mariage sacramentel indissoluble ont conclu un mariage civil. Ce second mariage n’annule pas le premier ni ne se substitue à celui-ci parce que le premier reste le seul mariage et l'Église n'a pas le pouvoir de le dissoudre. Le jugement pastoral ne peut pas ignorer l'origine de chacune de ces deux unions, c’est purement une question d'équité ». Cottier décrit deux cas très différents qui relèvent de la catégorie des « divorcés/remariés » : un cas est celui d'une personne qui a été abandonnée par son conjoint et qui détient la garde de leurs enfants. Cette personne rencontre quelqu'un qui lui offre de l’aide et de la sécurité, et les deux se marient. L'autre cas concerne une personne mariée avec des enfants adolescents qui « rencontre un brillant et jeune célibataire. Ils sont emportés par la passion, abandonnent leurs familles, divorcent et contractent un mariage civil » et « prennent part à la vie paroissiale ». « Ce sont des cas différents. Le second implique un « scandale » tandis que le premier est lié à la solitude, une difficulté d’avancer, une vulnérabilité, un besoin, y compris un besoin de compagnie ». « En général, dans chaque situation, la justice exige que certains facteurs importants soient pris en compte » : « Le devoir qu’un conjoint a envers le conjoint abandonné qui reste souvent fidèle à ses vœux sacramentels », « les droits des enfants nés pendant la premier mariage légitime » ( « Curieusement, le Synode de 2014 a peu porté sur cet aspect du moins en termes de couverture médiatique » ).

Ce qui est nécessaire plutôt, c’est « un jugement prudent ». Cottier a déclaré : « Je crois que la solution à certains problèmes devraient venir du jugement prudent de l'évêque. Je dis cela non sans hésitation et de doute quand je vois la division entre les évêques. Ma première prétention réfère en premier et avant tout à certaines situations où il y a une grande probabilité que le premier mariage soit nul, mais il est difficile d’en fournir une preuve canonique ». Plus généralement, « conformément à sa mission pastorale, l'Église a toujours besoin d'être attentive aux changements historiques et à l'évolution des mentalités. Non pas parce qu’elle devrait se subordonner à ces changements et à cette évolution, mais dans le but de surmonter les obstacles qui peuvent empêcher les autres d'embrasser ses conseils et ses lignes directrices ».

Selon Cottier, « les coordonnées existentielles de la vie spirituelle des peuples doivent être respectées ». « Dans le rigorisme, il y a une brutalité innée qui va à l'encontre de la douceur de Dieu qu’Il a de guider chaque personne » a-t-il ajouté.

« Il ne fait aucun doute » donc « que l'Année de la Miséricorde va éclairer le travail du Synode 2015 et le façonner. Il y a encore des gens qui sont scandalisés par l'Église, des hommes et des femmes qui, en raison d'un jugement négatif qui leur a été exprimé d'une manière impersonnelle et insensible, ont ressenti un rejet terrible. C’est là où les confesseurs ont une énorme responsabilité. À chaque fois qu’ils expriment un jugement et quelque soit ce jugement, il doit être exprimé et expliqué d'une manière qui communique la sollicitude maternelle de l'Église. À plusieurs reprises, le Pape François a parlé de la beauté et la joie de la vie chrétienne que l'Église a besoin de transmettre. Par la voix de ses pasteurs, l'Église doit toujours montrer qu'elle est guidée par la Miséricorde Divine » a conclu Cottier.

mercredi 22 juillet 2015

« Pourquoi certains pasteurs veulent-ils

proposer ce qui n’est pas possible ? »

ROME

Au sujet de la Communion aux divorcés/remariés, le Préfet de la Maison Pontificale (autrement dit, l’intendant du Pape François) et aussi Secrétaire particulier du Pape Émérite demandait : « Pourquoi certains pasteurs veulent-ils proposer ce qui n’est pas possible ? »

Et il ajoutait : « Un berger ne doit prendre pas ses décisions sur la base de l'approbation par les médias ou de leur non approbation ; le critère est l'Évangile, la Foi et la Saine Doctrine ».

« C’est vrai que ce ne sont pas toutes les erreurs qui proviennent de l’« Allemagne », mais sur le sujet en question, c’est certainement vrai : il y a vingt ans, après une négociation longue et laborieuse, Jean-Paul II n'a pas accepté que les Chrétiens divorcés/remariés puissent accéder à l'Eucharistie. Maintenant, nous ne pouvons pas ignorer son enseignement et changer les choses ». Mgr. Georg Gänswein, Préfet de la Maison pontificale et Secrétaire du Pape Émérite Benoît XVI a dit cela dans une interview avec l’ agence de nouvelles Zenit. Les sujets abordés comprenaient le prochain Synode sur la famille qui doit avoir lieu en octobre et en particulier la situation des couples « irréguliers » et la question de la Communion pour les divorcés/remariés.

«Un défi est certainement celui des Chrétiens qui sont dans une situation matrimoniale appelée théologiquement « irrégulière ». Ça signifie les personnes divorcées qui se sont remariées civilement. Nous devons les aider, certes, mais pas d'une manière réductrice. Il est important de s’approcher d'elles, de créer un contact et de le maintenir parce qu'elles sont membres de l'Église comme tout le monde, elles ne sont pas expulsées encore moins excommuniées. Elles sont prises en charge mais il y a des problèmes en ce qui concerne la vie sacramentelle. L'Église doit être aussi très sincère envers ces fidèles qui vivent dans cette situation. » a souligné Mgr. Gänswein. « Ce n’est seulement pas une question de dire : « Elles peuvent, elles ne peuvent pas ». Et là, à mon avis, le sujet doit être abordé positivement. »



« La question de l'accès à la vie sacramentelle » ajoutait-il, « doit être abordée sincèrement sur la base de l'Enseignement Catholique. Je souhaite que, dans les mois de préparation avant le Synode, des propositions soient présentées pour aider et servir à trouver les justes réponses à ces défis importants. »

SOURCE : Vatican Insider

dimanche 19 juillet 2015

La théologie du Cardinal Walter Kasper

de la « démence »
Professeur Thomas Heinrich Stark, philosophe/théologien



Note au lecteur (trice)

Vous remarquerez une première section de l'entrevue en gris seulement. Disons qu'elle est plus « éthérée » ou « théologique/philosophique ». La section en noir qui suit touche plus directement à la problématique de la Sainte Communion des divorcés/remariés et à comment est articulée la pensée du Cardinal Kasper qui fut l'artisan principal de cette suggestion de la communion aux divorcés/remariés tant au Consistoire précédant le Synode 2014 qu'au Synode lui-même.

Souvenez-vous de ce que le Pape a dit de la théologie de Kasper
et, après lecture, faites votre propre opinion

« Il est agréable de lire de la théologie sereine. Et j’y ai également trouvé ce dont saint Ignace nous parlait, ce “sensus Ecclesiæ“, l’amour pour notre Mère l’Église. Cela m’a fait du bien et cela m’a donné une idée – excusez-moi, Éminence, si je vous fais rougir – mais l’idée est que cela s’appelle « faire de la théologie à genoux ». »

Pape François au Cardinal Kasper au sujet de sa théologie


L'éminent philosophe autrichien Thomas Stark soutient que le Cardinal controversé Kasper est l'un de ceux qui filtrent Saint-Thomas d'Aquin à travers la lentille de Hegel et Kant, ce qui est une erreur.

Par Edward Pentin, National Catholic Register, le 11 juillet 2015

Le Professeur Thomas Heinrich Stark a donné sa conférence sur l’« Historicité et l'idéalisme allemand dans la pensée de Walter Kasper » à Vienne.

VIENNE - Quels sont certains des fondements philosophiques derrière la proposition controversée du Cardinal Walter Kasper d’accorder à certains catholiques divorcés/remariés civilement l’accès à la Sainte Communion dans certains cas ?

Cette question a été traitée à un colloque tenu l'automne dernier à Vienne..

Parmi les présentateurs vedette au colloque, il y avait le professeur Thomas Stark, professeur de philosophie à l'Académie Benoît XVI de Philosophie et de Théologie (Heiligenkreuz) et professeur de philosophie à l'Université de St. Pölten en Autriche.

Stark a prononcé un discours en allemand intitulé « L’Historicité et l'idéalisme allemand dans la pensée de Walter Kasper ». La conférence a examiné les racines philosophiques de la pensée théologique du Cardinal allemand, d'autant qu'elles se rapportent à des revendications controversées qu’il a présentées dans son allocution au Consistoire extraordinaire de préparation pour le Synode extraordinaire des Évêques sur la famille de l'année dernière.

Le site internet Register s’est entretenu avec le professeur Stark pour discuter du contenu de sa conférence, de sa conviction à l’effet que la pensée du Cardinal Kasper peut finalement être retracée dans la philosophie hégélienne (« le rationnel seul est réel ») et ce que cela signifie pour la compréhension du Cardinal allemand de l’Enseignement et de la Pratique de l'Église.

Professeur Stark, pouvez-vous résumer votre discours pour le bénéfice de nos lecteurs ?

Je me demandais s’il y avait quelques racines en conformité avec les positions de la théologie morale dans le fondement philosophique de la théologie de Kasper. Et puis je suis tombé sur un article que le célèbre historien italien Roberto de Mattei avait écrit dans Il Foglio ; et celui-ci affirme que l'une des raisons pour lesquelles Kasper assume ses positions, c’est parce qu’il est très influencé par Feu [Friedrich Wilhelm Joseph] Schelling. Et j’ai essayé de savoir s’il y avait des connexions avec Schelling. ...

J’ai donc fouillé plus profondément l'ensemble du sujet parce que j’avais déjà accepté de faire une conférence sur les positions de Kasper et sur ses racines dans la philosophie de l'idéalisme allemand.

Ma conclusion ? Je dirais que l'on peut clairement voir que la position de Kasper est profondément enracinée dans la philosophie idéaliste allemande, mais je dirais plus dans [Georg Wilhelm Friedrich] Hegel que dans celle de Schelling.

Le problème avec cette philosophie est la relation entre l'histoire et la vérité. Et le problème avec la position de Kasper, autant que je la comprends, est qu’il accepte un historicisme [où l'histoire est considérée comme un standard de valeur ou comme un déterminant des événements] tout comme un fait. Il dit : « Eh bien, nous vivons dans un temps après l'historicisme du 19ème siècle ; l'histoire est le cadre principal dans lequel nous avons à penser et à vivre » et il cite [Ernst] Troeltsch, qui a dit que la rencontre entre la vie chrétienne, la théologie chrétienne et l'histoire sera encore plus problématique que la rencontre entre la théologie et la science qui a déjà eu lieu il y a un siècle.

En outre, il semble juste accepter le statu quo et dit en autant que je puisse le comprendre : « Eh bien, nous vivons à une époque qui est influencée par l'historicisme, et nous avons à vivre avec elle » et puis il historicise la vérité et fait beaucoup d'autres choses confuses et perplexes le long de ces lignes, je dirais.

Je l'ai dit plusieurs fois « Pour autant que je le comprends » parce que le problème avec ce genre de théologie est qu'il est difficile de comprendre, non pas parce que l'on doit être très intelligent pour le comprendre, mais parce que ce n’est pas cohérent, à mon avis. Et on ne peut le comprendre si l'on ne comprend pas le langage qu’ils utilisent. Je veux dire, ce n’est pas seulement Kasper ; c’est un très grand nombre de personnes d'influence dans la théologie moderne. Si on lit ce langage attentivement, on peut facilement voir un mélange d'imitation de [Martin] Heidegger et de l'influence de l'existentialisme, quelques morceaux de [Emmanuel] Kant et Hegel, qui sont lus dans Thomas d'Aquin. Ils lisent Thomas d’Aquin à travers la lentille de Hegel et Kant, ce qui ne peut tout simplement pas être fait, à mon avis. Et ils mélangent divers courants philosophiques qui ne peuvent vraiment pas être mis ensemble d'une manière logique et cohérente.

La manière qu'ils tentent d'entrelacer l'ensemble de leurs théories forme une sorte de pseudo-dialectique qui n’est pas vraiment logique et cohérente, et ils la présentent d’une telle manière pour leur donner l’occasion d’émettre de nouvelles théories sans être sous le regard critique du Magistère, car ils peuvent toujours se déplacer à droite et puis à gauche au besoin.

Comment voyons-nous jouer les principes que vous venez de décrire, par exemple, dans la proposition du Cardinal Kasper pour permettre aux divorcés/remariés d'avoir accès à la Sainte Communion ?

Eh bien, cela est évident. Ils disent : « Nous ne pouvons pas changer la Doctrine, mais nous devons changer l'application pastorale de la Doctrine ou de la Pratique », ce qui est contradictoire parce que vous ne pouvez pas changer la Pratique sans altérer la Doctrine, parce que la Pratique découle directement de la Doctrine. Donc, cela est pure fantaisie.

Pour tous ceux qui pensent à ce sujet pour un moment, il devient clair que ce ne peut simplement pas être fait. Vous devez changer la Doctrine afin de changer l'Enseignement moral.

Y compris le sixième commandement et la Doctrine de l'Église sur l'Eucharistie ?

Bien sûr. Oui. Ils détruisent donc essentiellement toute la structure sacramentelle de l'Église en faisant semblant de s’adresser à de simples considérations « pastorales ». C’est une ruse.

Pensez-vous qu'il y a un effort conscient pour subvertir l'Enseignement de l'Église ? Pensez-vous qu'ils sont conscients de ce qu'ils font ou qu'ils pensent que tout est vraiment acceptable ?

Eh bien, j’ai beaucoup pensé à cela surtout que j’ai étudié la théologie. Ma principale spécialité, bien sûr, est la philosophie, mais j’ai reçu un diplôme de maîtrise en théologie parce que je suis d’avis qu’en tant que philosophe catholique, il faut avoir une connaissance réelle de la théologie. Et je fus obligé de faire reculer certains de mes professeurs les plus progressistes quand j’ai étudié la théologie.

Souvent, j’ai pensé à ce qui se passe vraiment dans l'esprit de ces gens. Initialement, je ne pouvais pas le comprendre, mais plus je me suis exposé à leur pensée, plus je suis devenu convaincu que nous avions affaire à une sorte de démence.

Je vais vous donner l'un des meilleurs exemples : si vous lisez, par exemple, ce que les gens comme le Cardinal Kasper et d'autres ont écrit sur le mystère de la Résurrection, vous ne pouvez pas vraiment comprendre ce qu'ils disent. Est-ce que Jésus-Christ est ressuscité des morts ou non ? Ou encore, est-ce que la question est d’une réelle importance ? Ils ne le révèlent pas et disent : « Eh bien, ce n’est pas important que le Tombeau du Christ soit vide ». Au contraire, ils avancent le fait qu'il pourrait y avoir une sorte de Résurrection qui n’entre pas en conflit avec le fait de savoir si le Tombeau est vide ou non. Tout est très vague et l'étudiant quitte en ne sachant pas finalement de quoi il en retourne. Je dis toujours : « Eh bien, le Tombeau est vide. J’y suis allé très souvent et j’en suis un témoin. J’ai été au Tombeau de notre Seigneur à plusieurs reprises, donc je peux vous dire qu'il est vide. « La question est de ne pas savoir s’il est vide, mais comment est-ce arrivé qu’il soit vide.

Pensez-vous que c’est une sorte de sophisme ?

C’est bel et bien une sorte de sophisme ! Et je crains que la vraie raison de tout cela est, malheureusement, que beaucoup de théologiens d'aujourd'hui ont non seulement perdu leur foi mais, laissez-moi le dire en ces termes : ils ont perdu leur foi dans la Foi. Ce sont des personnes qui ne croient pas à ce qu'ils croient, et ceci est précisément la définition du Modernisme. Charles Péguy disait que les Modernistes sont des personnes qui ne croient pas ce qu'ils croient. Et je pense que c’est tout à fait exact. Ces gens croient en la Résurrection du Christ sans tombeau vide. Ils croient en miracles sans miracles qui ont effectivement eu lieu. Par exemple, Kasper ne croit pas aux miracles qui ont à voir avec la nature — l'apaisement de la Mer de Galilée, par exemple, ou la multiplication des pains et des poissons, des choses comme ça. Il croit juste dans des choses comme : « Eh bien, il y a des gens que l'on disait être possédés par des démons — dans tout le contexte, nous ne croyons pas à cela - et le Christ prend une sorte d'approche thérapeutique envers eux ; et cela, en fait, a été interprété comme un miracle, mais bien sûr, ces choses ne doivent pas être prises dans leur sens littéral. « Donc, les Modernistes croient aux miracles sans miracles, dans la Résurrection sans une résurrection, dans la Virginité sans la virginité , etc. Et voilà pourquoi j’utilise le mot « démence », puisque ce qu'ils disent est une atteinte à la loi de la non-contradiction.

Est-ce conforme à l’Encyclique du Pape Saint Pie X sur les Doctrines des Modernistes, Pascendi Dominici Gregis (les Doctrines des Modernistes) 1907 ? Dans cette encyclique, il affirme que l'agnosticisme est le début du Modernisme.

Oui, exactement ! Ce que Saint Pie X a écrit sur le Modernisme est d’une valeur exceptionnelle pour la compréhension de ces hommes. C’est exactement ce qu’il a dit.

Alors iriez-vous aussi loin que de dire que le Cardinal Kasper est un agnostique ?

Je dirais que Kasper est un Moderniste, ce qui comprend une sorte d'agnosticisme.

Iriez-vous jusqu'à appeler cela apostasie ?

Eh bien, cela est un mot fort, mais je ne réussis vraiment pas à comprendre comment cette ligne de pensée ne conduit pas à l'apostasie, au moins objectivement parlant.

Quoi d’autre puis-je penser de quelqu'un qui écrit que les dogmes peuvent essentiellement devenir désuets et inutiles ou qu'ils peuvent même en arriver à être stupides ? Et pourtant, c’est ce que je ne faisais que citer aujourd'hui dans ma conférence. Ou comme quelqu'un qui dit : « Eh bien, l'un des effets de l'historicisme » qu’il accepte ouvertement « est que les textes anciens ou les Saintes Écritures perdent leur validité ? »

Je ne sais pas si les gens qui disent des choses comme ça y croient vraiment, mais à mon avis, ce qu’ils croient n’est pas ce que croit un Catholique. Je veux dire, je suis vraiment désolé de dire que, et je me hâte d'ajouter que lorsque je commençais à écrire mon allocution, je faisais très attention à donner le bénéfice du doute. J’ai vraiment essayé d'aborder le travail de Kasper d'une manière neutre parce que j’avais un véritable désir de le comprendre. Mais quand j’ai creusé plus profondément sa pensée, je me suis confronté à un système, s’il y en a un, et avec des idées qui sont si choquantes que je ne vois vraiment pas comment quelqu'un qui argumente — qui parle — de cette façon peut encore être considéré comme un Catholique.

Je suis vraiment désolé d’avoir à dire cela, mais c’est la seule conclusion que je peux tirer ; et elle est appuyée non seulement sur mes suppositions, mais sur les propres paroles même de Kasper.

Vous avez parlé dans votre exposé d’une dichotomie entre trouver le salut dans le Christ et de trouver le salut en marche. Pouvez-vous dire quelques mots à ce sujet ?

Nous avons certaines périodes de l'histoire, et selon le Nouveau Testament, ces périodes sont les suivantes : d'abord, Dieu a créé le monde. Après un certain temps, le péché est arrivé. Et puis une autre sorte d’histoire a commencé, et c’est l'histoire dans laquelle nous nous trouvons maintenant. Et la question est : comment tout cela finira –t-il ? Et il y a deux conceptions métaphysiques, aussi loin que je puisse voir, qui concernent la fin de l'histoire : ce qui est écrit dans le dernier livre du Nouveau Testament, où nous sommes informés par Dieu lui-même, parce que c’est la Parole de Dieu, que l'histoire aboutira à une énorme catastrophe quand le monde tournera le dos à Dieu ; et alors le Christ reviendra après que l'Antéchrist ait régné — je pense que les Pères de l'Église disent cela — trois ans et demi, ou quelque chose comme ça. C’est une première conception.

Donc la question est : quel est le point culminant de l'histoire dans cette conception ? Le point culminant de l'histoire est le temps entre l'Incarnation du Christ et son Ascension au Ciel. C’est le point culminant du temps, la plénitude des temps.

Et puis il y a une autre façon d'expliquer l'histoire et le point culminant de l'histoire qui veut que le point culminant de l'histoire sera atteint à la fin de l'histoire parce que l'histoire est un processus en constant perfectionnement.

C’est du Hegel, n'est-ce pas ?

Oui, c’est Hegel. Et, à la fin de l'histoire, le point culminant de l'histoire sera atteint. Et quelqu'un qui a fait une version moderne de cette conception de l'histoire de la théologie était Teilhard de Chardin, qui a dit que nous sommes sur notre chemin, en processus, vers le soi-disant Point Oméga, dans lequel la création et Dieu seront réunis, tout cela à cause d'un processus d'auto-perfectionnement qui prend place dans l'histoire. Et cela est à l'opposé de ce que dit le Nouveau Testament — la Parole écrite inspirée de Dieu. Et encore, le Cardinal Kasper essaie, en autant que je le comprends, à joindre ces deux conceptions sous un même chapeau, qui sont absolument contradictoires. Il tente de faire une méga histoire de tout cela qui ne fonctionne tout simplement pas. Vous devez choisir ce que vous croyez.

Est-ce que la plénitude des temps a déjà eu lieu et ferons-nous face à un moment donné au règne de l'Antéchrist — qui sait quand, peut-être l'année prochaine, peut-être dans 500 années ? Vous devez choisir ce que vous croyez. Quel est le sens de l'histoire ? Un ou l'autre ? Et toutes les conceptions qui essaient de mélanger ces deux interprétations de l'histoire sont tout simplement absurdes et illogiques.

Est-ce que cela est vu d’une façon concrète dans la proposition du Cardinal Kasper concernant l’accès à la Sainte Communion par les divorcés/remariés ?

Pour en arriver à ses points pratiques : si vous avez une conception de l'histoire comme Kasper a, tout et n’importe quoi est possible. Parce que ce qui était important hier est peut-être sans valeur aujourd'hui et ce qui aura de la valeur demain, nous n’en savons tout simplement pas rien. Donc, c’est l'histoire elle-même. Je crois qu’il pense que c’est le chemin objectif de l'histoire qui nous dit quoi faire et comment s’adapter à la façon de l'histoire dans laquelle il a, à mon avis, toute confiance.

Et ça a quelque chose à voir avec toute cette atmosphère optimiste des années 60. Les gens avaient confiance dans la vision que la Modernité produirait son propre avenir. Donc ils pensaient à l’époque : les choses vont mieux, les gens sont plus libres, il y a une dialectique de l'histoire qui est une émancipation qui rend les gens plus libres et nous avons juste à aller de pair avec l'histoire, et l'histoire nous dira en quelque sorte où aller. Mais, je suis désolé, ce n’est pas la conception de l'histoire que nous trouvons dans le Nouveau Testament, que nous trouvons chez les Pères de l'Église, que nous trouvons chez les Docteurs de l'Église, que nous trouvons dans la scolastique ou ailleurs. On retrouve cette notion dans Hegel et de Chardin, mais il n'y a aucun moyen légitime pour un théologien catholique d’accepter ces nouvelles conceptions. Pas autant que je vois.

Et ils ont beaucoup de ressentiment à l'égard de tout ce qui est du passé et de tout ce qui nous vient du passé. Nos grands-pères étaient stupides et idiots, à leur yeux. [Un ami] a dit une drôle de chose quand nous sommes allés à Venise et que nous descendions en bateau sur le Grand Canal. Quand il était avec nous, il disait toujours : « Eh bien, regardez cette ville, toutes ces maisons dans l'eau. Est-ce que ça ne prenait pas des gens vraiment stupides à ce moment-là ? Ils ne savaient pas comment faire les choses ; ils n’avaient aucune idée de l'architecture. C’est tout pourri. »

Tout le monde aime les choses médiévales. Je pense que tous ces gens qui ont ce ressentiment contre le Moyen Âge ne devraient être autorisés à aller dans des villes comme Venise. C’était, bien sûr, une blague. Il nous faut ajouter cette clarification en ces temps sans humour de la rectitude politique.

Le Cardinal Kasper aurait déclaré au Synode de 2014 qu’il était d’avis que tous les évêques allemands appuyaient sa position. Comment réagiriez-vous ?

Ce n'est pas vrai. Si le Cardinal Kasper a vraiment dit ça, alors soit il n’est pas bien informé soit qu’il a dit un mensonge. Je sais d'une source absolument fiable qu’il y a au moins trois évêques allemands, et non pas des évêques auxiliaires ... qui ne sont pas d'accord avec le document de la Conférence des Évêques Allemands qui soutient la position du Cardinal Kasper et qui a été présenté par le Cardinal [Reinhard] Marx au Synode . Ils ont voté explicitement contre. Ces évêques sont l'Évêque [Gregor] Hanke d'Eichstätt, l’Évêque [Rudolf] Voderholzer de Ratisbonne et l'Évêque [Konrad] Zdarsa d'Augsbourg. Et je connais personnellement deux d'entre eux, l'un d'eux très bien.

C’était donc clair pour moi dès le début qu'ils ne pouvaient pas être d’accord avec le document en question. Alors à suggérer que tous les évêques allemands soutiennent la clique Kasper est juste un mensonge. Mais il y a tellement de mensonges dans l'Église d'aujourd'hui et c’est toujours au sujet d'une idéologie qui est en opposition constante avec l’Enseignement de deux millénaires de l’Église, que personne, absolument personne, n’a jamais le droit ni non plus le pouvoir même de changer.