vendredi 20 juillet 2018

Le siège de Humanae Vitae

L'ennemi a-t-il presque percé les remparts ?




par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Le Centre de Fatima
Le 19 juillet 2018


Sandro Magister a écrit un article dans lequel il propose qu'un nouveau livre de Gilfredo Marengo sur la genèse de l'Encyclique Humanae Vitae ( HV ) représente « un obstacle inattendu » à « la campagne qui est en cours pour démolir 'Humanae Vitae' — l'Encyclique de Paul VI de 1968 qui disait non aux contraceptifs artificiels ».

Je suis en désaccord respectueusement. Sur la base du résumé exhaustif du récit du livre fourni par Andrea Tornielli, que Magister considère comme suffisant pour voir où Marengo se dirige, il est clair que Marengo, un membre de la commission semi-secrète du Pape François mise sur pied pour « réévaluer » Humanae Vitae à son approche rapide de son 50e anniversaire ( 25 juillet ), a ouvert la voie à une autre application de la nouveauté totalement destructrice de François dans le domaine de la théologie morale : à savoir que les normes morales objectivement contraignantes admettent des exceptions pratiques basées sur la capacité subjective de chacun à obéir à sa situation « concrète ». En d'autres termes, une forme d'éthique de la situation.

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

Selon le résumé de Tornielli, Marengo documente les faits suivants :

  • Les réponses écrites sollicitées auprès des membres du Synode des Évêques de 1967 — le premier du genre après l'invention du Synode « universel » par Paul VI — étaient largement favorables à l'altération de l'enseignement inaltérable de l'Église sur l'immoralité intrinsèque de la contraception, y compris la pilule. Sur les 25 réponses écrites reçues, 18 étaient en faveur du changement et seulement 7 étaient opposés.

  • « Les sept opposés à tout changement inclus Mgr Fulton Sheen, le Cardinal Siri ( l'un des défenseurs acharnés de l'Orthodoxie au milieu du soulèvement Néo-Moderniste pendant Vatican II ), et nul autre que l'Évêque de Cracovie, Karol Wojtyla, le futur Pape Jean-Paul II.

  • La majorité Progressiste, représentée par le tristement célèbre Cardinal Suenens de Belgique, a plaidé pour l'utilisation de la pilule dans des « conditions déterminées », arguant que cela constituerait un « développement » harmonieux de la reconnaissance du Pape Pie XI que le simple recours à des périodes naturellement infertiles, n'impliquant pas tout moyen artificiel, ne serait pas immoral en soi.

  • Les archives secrètes examinées par la commission semi-secrète révèlent que Paul VI était prêt à publier un brouillon entièrement orthodoxe d'une Encyclique sur la contraception, portant le titre De Nascendae Prolis du Père théologien pontifical Mario Luigi Ciappi, connu des lecteurs de cette chronique comme le prélat même qui a révélé que le Troisième Secret mettant en garde contre une apostasie qui « commence au sommet ». En fait, le texte Latin avait déjà été imprimé et était prêt à être publié officiellement.

  • Cependant, le projet de Ciappi fut mis de côté en raison des objections adressées à Paul VI par le Secrétariat d'État du Vatican, qui bloquèrent la publication pendant que Paul VI reconsidérait le texte.

  • Cela a été suivi d'un remaniement progressif de l'Encyclique appelant ouvertement à ce qui, sous François, est devenu l'ordre du jour : affirmer l'enseignement de principe tout en « accompagnant » les fidèles au fur et à mesure qu'ils progressent sur un parcours imaginaire vers la perfection », sans pour autant accepter pleinement et obéir à la condamnation infaillible du Magistère sur la contraception. Le projet Progressiste mettait également l'accent sur « l'amour conjugal » au détriment apparent de la procréation et de l'éducation des enfants comme fin primaire du mariage. Le même document affirmait que le Pape ne devait pas assumer le rôle d'interprète unique de l'enseignement de l'Église en la matière, comme pour suggérer que l'enseignement moral du Magistère est soumis à un consensus démocratique, au moins parmi les nouveaux Collèges des Évêques qui venaient d’être conçus ».

  • Paul VI a sagement rejeté cette réécriture désastreuse, en se fixant finalement sur le projet que nous connaissons maintenant sous le nom de Humane Vitae. Mais ce projet, soutient Marengo, est une sorte de compromis entre la rigueur doctrinale du projet de Ciappi et le remaniement Progressiste opposé avec son appel à « l'accompagnement ».

En conséquence, Humane Vitae affirme effectivement l'immoralité intrinsèque de la contraception, mais évoque aussi la « difficulté » de suivre « de nos jours » l'enseignement de l'Église — par opposition au passé, où les gens avaient moins de confort et de soutien matériels ? Il fait aussi plusieurs fois allusion à la sympathie pour la « faiblesse » des pécheurs, comme pour minimiser un échec déjà largement répandu de suivre, avec la grâce de Dieu, un dictat fondamental de la Loi Naturelle. Mais Humane Vitae ne va pas jusqu'à permettre « d'accompagner » les pécheurs alors qu'ils continuent à violer une norme morale qui n'admet aucune exception.

De tout cela, Marengo tire une conclusion qui ne représente guère un « obstacle » à un recul de Humane Vitae mais semble plutôt préparer le terrain. Il écrit qu'avec Humane Vitae, Paul VI a négocié un chemin entre « deux attitudes extrêmes », que Marengo qualifie de « rejet préjudiciable de l'enseignement [ de l'Église ] ou une défense — sans des « si » ni des « mais » — qui lui donnerait [ au Pape ] un rôle disproportionné comme un rempart [ ou une muraille de château ] pendant chaque crise dans l'Église et dans le monde ».

Si la présentation d'une norme morale sans exception est désormais considérée comme une « attitude extrême » et si le rôle du Pape dans la défense de la morale quand elle est attaquée par le monde et au sein de l'Église elle-même doit maintenant être limité afin que ce ne soit pas « disproportionné », sur quelle base Magister soutient-il que le travail de Marengo fait obstacle à l'attaque de l'enseignement infaillible de l'Église contre la contraception actuellement en cours ? Je ne vois aucune raison de sa confiance. Je ne vois que des problèmes à venir.

On devrait espérer et prier que Magister a raison et que j'ai tort.