samedi 14 juillet 2018

Où est l'Église ?



Par : Steve Skojec
Éditorialiste en chef de One Peter Five

Le 12 juillet 2018
SOURCE : One Peter Five




Hier, j'ai posé une question sur ma page Facebook qui me trottait dans la tête :

« Est-ce que l’énoncé « L'Église Catholique telle que nous la connaissons n'existe plus » semble dépasser les bornes ? »

Je pense que nous avons atteint un point où nous devons redéfinir nos termes.

Des dizaines de commentaires plus tard, je ne peux pas dire que j'ai reçu une réponse dont je suis satisfait.

Comme je l'ai expliqué dans un suivi de mon message, la raison pour laquelle je pose cette question est que je suis arrivé à la conclusion que le fait de faire des reportages sur tel ou tel scandale dans l'Église n'est pas simplement une occasion d’exposer de la corruption ou de documenter des cas particuliers mais de simplement observer le statu quo au jour le jour.

Seules la sainteté et les développements positifs sont des cas particuliers maintenant. Les mauvaises histoires sont la norme ; les bonnes histoires sont beaucoup plus difficiles à trouver.

L'Église Catholique actuelle — celle qui conduit les gens au salut éternel et qui a nourri d'innombrables saints — est dans ce qui semble être une retraite dévastatrice. Allez dans la chapelle traditionnelle moyenne et — si c'est une communauté Ecclesia Dei, au moins — vous entendrez souvent qu'ils ne peuvent tout simplement pas faire attention à ce qui se passe à Rome. C'est contre-productif, vous diront-ils. Et c'est probablement vrai. Mais une mentalité de bunker conduit, en quelque sorte, à l'isolement et à l'atomisation.

Pendant ce temps, des rapports filtrent sur les Évêques et les Cardinaux Orthodoxes qui ont été interdits de parler dans divers diocèses ou qui pensent que ce qui se passe à Rome est devenu sévère au point de l'apostasie. Pourtant, ces mêmes hommes ne permettront pas que l'un ou l'autre de ces rapports soit versé au dossier tellement que l'obséquiosité est cultivée envers la Papauté.

Et à travers tout cela, les laïcs sont laissés à la lecture minutieuse des titres, essayant de trouver la bonne gymnastique mentale pour expliquer les choses. Les nouvelles de chaque jour sont comme un nouvel assaut contre la sensibilité Catholique. Je vais vous donner un avant-goût de ce que j'ai ouvert dans mon navigateur internet en ce moment.

De Phil Lawler, citant le prêtre pseudonyme « Diogène » vers 2005 :

« Le Washington Times rapporte que « les Évêques Catholiques Américains évitent la question de savoir si les hommes homosexuels devraient devenir prêtres lors de leur rencontre semestrielle » qui a commencé aujourd'hui au Fairmont de Chicago ».

« Et pourquoi, les amis, était-ce une conclusion prévisible que les Évêques « contourneraient » le problème ? Parce que la question de savoir si les homosexuels doivent être ordonnés ne peut être abordée sans aborder d'abord une question beaucoup plus explosive : à savoir le nombre d'Évêques qui sont eux-mêmes homosexuels et qui ont un profond intérêt personnel à ne pas examiner publiquement les liens entre leurs appétits sexuels, leurs convictions et leur conduite dans l’exercice de leur fonction ».

Treize ans plus tard, alors que les retombées du scandale McCarrick se poursuivent, on se demande pourquoi rien n'a changé.

De Rod Dreher, à The American Conservative :

« Un ancien prêtre qui a quitté le sacerdoce dégoûté du sexe homosexuel constant parmi les autres prêtres et du refus inflexible de son Évêque — qui est aujourd'hui Cardinal — de faire quelque chose à ce sujet, m'a écrit, en utilisant son nom et m’a fourni des détails. Il dit que ce Cardinal faisait partie d'une clique homosexuelle avant de devenir Évêque et n'avait donc aucune raison d'agir sur les informations qu'il ( ce prêtre ) et d'autres lui fournissaient — y compris des informations sur un prêtre homosexuel dont les crimes sexuels l'ont mis derrière les barreaux. Je vais demander à cet ancien prêtre s'il est prêt à rendre public et à nommer des noms. J'ai entendu des rumeurs à propos de ce Cardinal, mais jamais de détails comme ça. Il a besoin de bénéficier d’un moment du style compte Twitter #MeToo x.

De Julia Meloni, à LifeSiteNews :

« Le Synode des Jeunes d'octobre consiste à finaliser l'ancienne affaire de la Mafia de Saint-Gall. Ça marquera quatre ans depuis que l'Archevêque Bruno Forte a rédigé un Rapport Synodal manipulé concernant le « précieux soutien » trouvé dans les relations homosexuelles — publié le jour même où deux partis politiques Italiens soutenaient les unions homosexuelles ».

« Le Pape François a approuvé le texte avant sa publication et son homélie ce jour-là a condamné les « docteurs de la loi » — une « génération mauvaise » — pour avoir résisté au « Dieu des Surprises ». L'Archevêque Forte, quant à lui, a déclaré aux médias que de « décrire les droits des personnes vivant dans des unions de même sexe » est une question d’« être civilisé » ».

De Diane Montagna, à LifeSiteNews :

« L'effondrement démographique de l'Occident au cours des dernières décennies a été planifié afin de créer les conditions nécessaires à l'avènement d'un Nouvel Ordre Mondial, et les auteurs de cet effondrement influencent maintenant le Vatican aux plus hauts niveaux, a déclaré l'ancien Président de la banque du Vatican ».

« Lors de la première conférence internationale de l'Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille, l'économiste et banquier Italien Ettore Gotti Tedeschi a déclaré que les efforts déployés pour réduire la population mondiale par les élites Mondialistes ont déclenché une série de catastrophes économiques, géo-politiques et sociales destinées à « persuader » les Peuples du monde entier d'accepter une « vision politique » globale qui éliminerait la souveraineté nationale et instituerait « l'écologisme gnostique » en tant que « religion universelle » ».

[...]

« Selon Gotti Tedeschi, le « plus grand ennemi » du Nouvel Ordre Mondial est la famille parce qu'elle assure « l'éducation, l'autonomie et l'indépendance » envers l'État. Son deuxième ennemi est l'Église Catholique, a-t-il dit, et pourtant ces prophètes gnostiques « réécrivent la genèse dans les salles du Vatican ».

De Dorothy Cummings McLean, à LifeSiteNews :

«Le Vatican a abandonné une enquête criminelle contre Libero Milone, un laïc Catholique qu'ils ont engagé pour vérifier leurs finances. Malgré le fait qu'en septembre, le chef de la police du Vatican, Domenico Giani, a déclaré à Reuters qu'il y avait « une preuve accablante » contre l'ancien Vérificateur Général ».

Maintenant, cependant, Edward Pentin du National Catholic Register a rapporté que « l'enquête séparée menée par le Promoteur de la Justice du Vatican auprès des avocats de Milone a conclu qu'il n'existait aucune preuve à l'appui des accusations qui avaient été portées contre lui ».

Pentin a également cité une source anonyme qui avait déclaré au National Catholic Register le 5 juillet que Milone avait « avait apparemment trébuché sur des abus de fonds certains et clairs et qu’ils ne pouvaient plus attendre pour le limoger ».

Que diriez-vous de cela, de Matthew Cullinan Hoffman, également chez Life Site News ?

Un groupe de religieux et de théologiens Catholiques, dont deux Évêques, ont signé une déclaration œcuménique avec le clergé Anglican publiée sur le site web du Vatican qui affirme la possibilité que l'Église Catholique puisse créer un « diaconat féminin » dans le futur, ce qui impliquerait une contradiction avec le Catéchisme de l'Église Catholique et la Tradition de 2000 ans de l'Église.

Ou ceci, d'Andrea Tornielli chez Vatican Insider, confirmant ( dans mon esprit de toute façon ) un article que nous avons publié l'année dernière sur la revisite de Humanae Vitae dans l'espoir de trouver des failles :

« Paul VI, en octobre 1967, lors du premier Synode des Évêques tenu au Vatican, a demandé au Cardinal Secrétaire d'État de demander un avis sur la contraception en vue de la publication de l'Encyclique. Seuls 26 des 200 Évêques présents ont répondu par écrit. Parmi ceux-ci, la plupart ont dit qu'ils étaient en faveur d'une certaine ouverture à la pilule tandis que 7 étaient contre. Mais le Pape Montini, qui avait déjà retiré le sujet de la discussion du Concile et qui avait écouté les avis d'une commission d'experts ( dont la majorité était favorable à la pilule ), ne pensait pas qu'il y avait une raison de changer de position maintenue jusqu’à ce moment par ses prédécesseurs et promulguée quelques mois après son Humanae vitae, qui est sorti en juillet — il y a cinquante ans — manquant cependant le chrisme de l'infaillibilité comme certains auraient aimé ».

« C'est l'un des nouveaux éléments qui ressort de la recherche de Mgr Gilfredo Marengo, auteur du livre « La nascita di un'enciclica ». Humanae vitae alla luce degli Archivi Vaticaniˮ ( La naissance d'une Encyclique Humanae vitae à la lumière des Archives du Vatican ) publié par Libreria Editrice Vaticana ; une recherche à la lumière de documents jamais consultés auparavant, qui a permis de reconstituer la genèse de l'Encyclique, ses différents projets, les corrections apportées par Paul VI ».

[...]

« La nouvelle du désir du Pape de consulter tous les membres de l'assemblée synodale est très importante — souligne Marengo — parce que l'une des accusations les plus répétées, après la publication de Humanae vitae, était que le Pape avait décidé dans la solitude, dans une manière non collégiale ».

Peut-être le plus frappant, parmi l'assortiment d'histoires en face de moi, sont les mots de Michael Brendan Dougherty, qui écrit dans les pages de National Review :

« Il y a une tension psychologique indéniable entre ma conviction religieuse que je ne peux pas espérer le salut en dehors de l'Église institutionnelle visible et ma conviction honnête que, de toutes les institutions et les sociétés qui croisent ma vie, l'Église est de loin la plus corrompue, la plus moralement laxiste, la plus désillusionnante et la plus dangereuse pour mes enfants. Dans cette tension, la prière personnelle s'assèche comme de la rosée à midi. [ Nous soulignons]

Cette coupe transversale de l'actualité ecclésiastique et la réaction qu'elle suscite, est loin d'être exhaustive, mais elle nous en dit beaucoup.

Dans la discussion sur Facebook, certains ont mentionné la notion du « Reste » fidèle, comme cela arrive souvent dans des conversations comme celles-ci. Ma réponse était de dire : parler en termes vagues au sujet d'un Reste est bien, mais qu'est-ce que cela signifie ? Où est-il ce Reste ? Comment ce Reste se joue-t-il dans les vies et les familles de ceux qui essaient simplement de rester sur le chemin du salut ? Comment pouvons-nous élever des enfants sans qu'ils deviennent amers ou abandonnent ce qui semble être un refus chimérique de laisser aller quelque chose de mourant ?

Comment pouvons-nous résumer ce que l'Église est vraiment, dans son essence, et séparer cela de ce que nous obtenons dans presque toutes les paroisses dans lesquelles nous marchons ? Juste dire « Je suis Catholique » pourrait signifier pratiquement n'importe quoi en 2018 et c'est un problème pour nous.

Alors je demande encore : où est l'Église ? En quoi cela consiste-t-elle lorsque 95% des paroisses, des Évêques, des prêtres et des laïcs ne sont pas Catholiques dans son vrai sens du terme ?

Qu'est-ce que cela signifie quand la poignée d'Évêques Orthodoxes dans l'Église — ceux qui nous donnent de l'espoir — préféreraient subir une persécution injuste plutôt que de rester sur leurs positions et de se battre pour le compte des fidèles ?

Je pense que de réduire tout gonflement à l’essentiel et d’accéder à l'âme de ce qu'est l'Église, et là où nous la trouvons, sont en fait là où les gens trouveront de l'espoir. Il se peut que vous ayez envie de continuer pendant un moment. Mais comme Michael Dougherty écrit aussi :

« Où puis-je trouver de l'espoir ? Je le trouve dans les visages d'autres jeunes Catholiques. Les familles de ma paroisse qui font de vrais sacrifices pour la Foi. Je le trouve chez les jeunes écrivains tels que Sohrab Ahmari, B.D. McClay et Matthew Schmitz qui se convertissent et tombent amoureux comme je l'ai fait. ... Même si parfois ma piété personnelle sèche dans la poussière et le néant, la cloche sonne à la Messe, mon genou tombe au sol, et si rien d'autre, ce geste témoigne objectivement de la réalité que le Christ est présent dans l'Eucharistie. Espérons que, pour l'instant, c'est tout ce que j'ai besoin de savoir ».

Ceci, à mesure que s'étire l'hiver interminable dans l'Église, est l'endroit où je pense que nous pourrions consacrer le plus de temps possible. Préserver les choses bien-aimées. Trouver des pousses vertes qui percent la glace. En se rappelant que malgré toutes les apparences, l'espoir n'est pas perdu.

Je prévois consacrer plus de mon temps dans les prochains mois à de telles activités.

Je vais passer plus de temps avec des livres. Je vais essayer de trouver plus de temps pour la prière et la gratitude. Je chercherai le vrai, le bon et le beau. J'espère, oui je l'espère, trouver un moyen de me recharger quelque peu et chercher la guérison pour mon âme fatiguée de la bataille.

Cela signifie que vous pouvez voir un peu moins de moi ici sur ce site pendant un moment, ou que mes contributions prendront différentes formes, car je cherche à donner la priorité à la qualité plutôt qu'à la quantité. En attendant, le travail que nous faisons ici se poursuivra avec l'aide de ces soldats capables et prêts à porter le drapeau.

Nous savons que l'Église continue, mais elle est réduite à une fraction de ce qu'elle était autrefois. C'est une dure vérité, mais une vérité à laquelle nous devons faire face. Quel choix avons-nous si ce n’est que de persévérer ?

Où est l'Église ? Ses trésors sont dispersés, mais ils sont présents chez ceux qui tiennent et gardent la Foi. Nous devons nous retrouver dans les ténèbres et recueillir notre lumière.

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les Paroles de la Vie Éternelle ». ( Jean 6 :69 )