mercredi 25 juillet 2018

La fameuse « Communion pour tous »





Lu chez Pro Liturgia en date du 23 juillet 2018

* * * * Lundi, 23 juillet 2018. Sans Eucharistie, pas d’Église.

Le colloque « La joie de croire » s’est ouvert à Fulda ( D ) ce 20 juillet par une présentation de Mgr Heinz Josef Algermissen, Évêque émérite de Fulda. En voici une traduction :

« Depuis le début, les sujets choisis pour nos colloques “la joie de croire” ont mis, si j’ose dire, le doigt là où ça fait mal en abordant les aspects problématiques de l’évolution de notre Église. Ce sera encore le cas cette année.

On constate, en effet, que la conscience que les Chrétiennes et les Chrétiens Catholiques ont d’eux-mêmes n’est pas très développée. Et cela pour plusieurs raisons. L’une des plus importantes est sans conteste le niveau dramatiquement bas de la foi elle-même et de la connaissance de cette foi. Or on ne peut confesser sa foi en pleine conscience que si on la connait en vérité. Sinon on sera guidé par ce que le Pape Benoît XVI avait appelé “la dictature du relativisme” et par l’indifférence, deux caractéristiques qui se révèlent destructrices.

C’est précisément ce contexte qui transparaît de façon on ne peut plus claire dans les récentes discussions autour de la “communion pour tous”. C’est ce qui me pousse à poser quelques questions fondamentales:

Savons-nous encore que, selon la Doctrine Catholique, c’est le Sacrifice Eucharistique qui constitue l’Église ?

Rappelons que Saint Jean-Paul II avait donné à sa dernière encyclique datée du Jeudi Saint 2003, et qui a pour moi valeur de testament, le titre : “Ecclesia de Eucharistia”.

Les fidèles de nos communautés ont-ils encore conscience du fait que, selon le concile Vatican II, “la participation au Sacrifice Eucharistique est la source et le sommet ( fons et culmen ) de toute la vie Chrétienne” ( Constitution Lumen Gentium n°11 ) ? C’est-à-dire que l’Eucharistie est ce que nous avons de plus précieux à célébrer, qui ne peut jamais être mis à la libre disposition de quiconque, qui n’est pas négociable même dans un contexte œcuménique.

Permettez-moi à ce propos de vous livrer quelques réflexions que je juge fondamentales.

La conception Catholique voit dans la célébration de l’Eucharistie et dans le don de l’Eucharistie offerte et reçue lors de cette célébration une réalité qui non seulement, sur le plan personnel, vient remplir les âmes de la grâce divine, mais aussi, comme on l’a dit plus haut, constitue l’Église. Cette conception se rattache à celle de Saint Paul qui comprend que dans la fraction de l’unique pain et le partage de l’unique calice est représenté le Corps du Christ, c’est-à-dire l’Église. On en trouve la preuve textuelle dans la 1ère Lettre aux Corinthiens : “La coupe de bénédiction que nous recevons, n’est-elle pas communion au Sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au Corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.” ( 1 Cor 10, 16-17 )

Cette idée d’une relation indéfectible entre la communion ecclésiale et la communion eucharistique a été confirmée par la patristique et les traditions ultérieures. Ainsi Saint Thomas dira-t-il : “Ecclesia subsistit in Eucharistia”, ce qu’on pourrait librement traduire par quelque chose comme : c’est dans la célébration de l’Eucharistie que l’Église se réalise sous sa forme la plus dense.

Le concile Vatican II a exprimé les choses ainsi : “Participant réellement au Corps du Seigneur dans la fraction du pain eucharistique, nous sommes élevés à la communion avec lui et entre nous.” ( LG 7 )

Nous sommes là au cœur même de l’Eucharistie : nous recevons le Christ et, de manière mystérieuse, nous devenons Son Corps. Lui, le Christ, est “la tête”, nous sommes “son Corps”, son Église ( cf. Cor 1, 18 ). L’Église Catholique ne peut se penser sans le Christ “élevé dans sa gloire”. Bien sûr, le Christ et l’Église restent deux entités distinctes, mais il n’est pas possible de les séparer comme si l’Église pouvait subsister sans sa tête. L’Église vit de la présence permanente du “Christ élevé dans la gloire” qui, dans l’offrande eucharistique, se construit son Église, son Corps, de manière sans cesse renouvelée, à travers ceux qui croient en Lui.

Sans Eucharistie, pas d’Église. Sans Église, pas d’Eucharistie. La Communion Eucharistique et la communion ecclésiale sont deux réalités inséparables.

C’est ainsi que se révèle à nous l’essence, l’être intérieur de l’Église. L’Église n’est pas une organisation créée par les hommes sur leur propre initiative, comme des personnes intéressées par le même sujet se réuniraient en association. L’Église est bien plus un espace de vie ouvert par Dieu en Jésus-Christ ; espace dans lequel nous sommes appelés à entrer - par grâce - par la foi et le baptême. Personne ne peut s’introduire de force par lui-même dans cette communauté.

Ceci explique, par déduction logique, pourquoi l’Église Catholique tient tant au fait que la pleine participation à l’Eucharistie présuppose que l’on partage pleinement la Foi sacramentelle de l’Église.

Concrètement, pour comprendre la position Catholique sur la question de la possibilité de donner la communion à des Chrétiens non Catholiques, il est essentiel de prendre en compte la conviction fondamentale de l’Église que communion ecclésiale et communion eucharistique sont absolument inséparables. Et il est capital de rappeler cela justement dans le contexte du dialogue œcuménique.

Ainsi, dans la conception Catholique, la célébration de l’eucharistie est une présentation de l’essence même de l’Église. Le Christ se construit son Église, peu à peu, toujours renouvelée, dans ce signe sacré qu’est l’Eucharistie. Il rassemble son Église pareillement à chaque génération, pour les conduire à sa suite vers le Père. Là où des baptisés et des fidèles croyant en Jésus-Christ, rassemblés autour de l’évêque, autour d’un prêtre ordonné, célèbrent l’Eucharistie, là est l’Église ; et là où est l’Église, là on célèbre l’Eucharistie, “jusqu’au retour du Christ dans sa gloire”.

C’est dans la joie d’une telle perspective que je souhaite à ce 18ème Congrès “la joie de croire” la bénédiction de Dieu et un succès retentissant. »

L’Eucharistie, sacrement et source de force

Mgr Athanasius Schneider a enthousiasmé les participants au colloque “la joie de croire” qui s’est tenu du 20 au 22 juillet 2018 à Fulda. Peter Winnemöller rend compte de l’intervention de Mgr Schneider :

« Au début de son exposé, Mgr Schneider cite le Pape Saint Jean-Paul II : “L’Église vit de l’Eucharistie”. Et il développe : Le sacrifice de Jésus est unique ; il ne peut être diminué ; il ne peut être augmenté ; il est rendu présent au moment où est célébrée la Sainte Messe. Un sacrifice unique, toujours le même, en tout lieu. Le caractère sacrificiel de la Sainte Messe ne peut se comprendre qu’à partir de la Croix. Il ajoute : “L’eucharistie est le cœur de la vie, de l’existence même de l’Église.” Mgr Schneider appuie sa réflexion sur des extraits de l’encyclique “Ecclesia de Eucharistia”, la dernière encyclique de Saint Jean-Paul II. Il est amené à citer aussi dans la suite de son exposé un passage assez long d’un écrit du Pape Léon XIII, qui dès le début du siècle dernier, avait envisagé que la crise dans l’Église avait pour origine une crise de la liturgie.

Faisant référence à Saint Augustin, l’Évêque a évoqué la différence entre nourriture matérielle et nourriture spirituelle. La nourriture ordinaire se transforme en devenant notre propre corps ; la nourriture spirituelle nous transforme, nous, en Jésus-Christ.

L’Eucharistie s’accompagne d’innombrables merveilles. Les lois de la nature sont mises hors-jeu. Privés de leur substance propre, le pain et le vin adoptent pleinement la substance du Corps et du Sang du Christ. Le Christ est présent partout où se trouve l’Eucharistie. Et Mgr Schneider d’évoquer encore les nombreux miracles eucharistiques d’hier et d’aujourd’hui.

Faisant allusion au catéchisme du concile de Trente, l’Évêque rappelle qu’entre nous et le ciel il n’y a qu’un petit pas. Si les Saints voient le Christ face à face au Ciel, nous voyons le Christ caché sous le voile de l’Eucharistie.

L’exposé conduit ensuite à différencier trois types de communion. Mgr Schneider parle d’abord de la simple réception matérielle du Sacrement. Le pécheur qui reçoit la communion de façon indigne, se nuit à lui-même : selon les termes de Saint Paul, il mange sa propre condamnation. Vient ensuite la communion spirituelle pure de ceux qui, animés par la Foi, espèrent l’union avec le Christ : elle offre au croyant des fruits abondants dès aujourd’hui. Et enfin la communion du croyant en état de grâce, unissant le matériel et le spirituel : elle lui fait le don de grâces en abondance.

Plus loin, Mgr Schneider aborde la question de la Confession avant la Communion, en s’appuyant encore une fois sur le concile de Trente et en développant quelque peu la théologie de la grâce. Il explique comment la grâce reçue par l’Eucharistie peut venir affermir et conserver la grâce du pardon offerte au pécheur lors de la confession en vue de son salut.

Pour illustrer la force émanant de la grâce reçue dans l’Eucharistie, Mgr Schneider fait appel à l’exemple des martyrs de l’Église primitive : ils recevaient l’Eucharistie pour ne pas renier leur foi malgré la torture, la douleur et la mort. Il raconte la touchante histoire du jeune Peter Schmidtlein, victime d’une tumeur du cerveau et qui, à l’âge de quatre ans, demande à recevoir la Communion, et la reçoit effectivement. Cette histoire met clairement en évidence combien sont grandes les grâces reçues dans ce Sacrement.

À la fin de l’exposé, un moment de silence absolu a régné dans la salle, avant que n’éclatent des applaudissements puissants traduisant la profonde émotion des participants, et toute leur reconnaissance pour l’immense réconfort spirituel que leur avait apporté l’Évêque auxiliaire du Kazakhstan.