mardi 24 juillet 2018

Une étrange histoire des jours
du Pape François à Buenos Aires


Deux prêtres emprisonnés




Par : Henry Sire
Auteur du « Pape Dictateur »

Le 23 juillet 2018
SOURCE : One Peter Five




La question des relations du Père Jorge Bergoglio avec le régime militaire Argentin, qui était au pouvoir de 1976 à 1983, a été traitée en 2005 par le journaliste Horacio Verbitsky, qui accusait Bergoglio de trahir délibérément deux de ses prêtres, les Pères Yorio et Jalics. Les accusations ont été rejetées, en grande partie à cause des préjugés Marxistes et anti-cléricaux de Verbitsky, et je ne suis pas intéressé ici à revenir sur cette question de fait. Il est utile, cependant, d'étudier l'histoire que Verbitsky raconte, sur la base des récits des deux Jésuites relativement à la révélation qu'ils donnent du caractère de Bergoglio.

Ce qui suit est un résumé d'un article publié par Horacio Verbitsky à Salta, le 12 avril 2010, alors que Bergoglio était Cardinal-Archevêque de Buenos Aires. Le titre est : « 'Mentiras y Calumnias '. Acusaciones de Yorio y Jalics contre le Cardinal Bergoglio » — « 'Mensonges et calomnies'. Les accusations de Yorio et Jalics contre le Cardinal Bergoglio ». L'article peut être lu ici.

Le contexte de l'histoire est le suivant : en 1976, alors que le Père Jorge Bergoglio était Provincial Jésuite, un coup d'État a établi une dictature militaire en Argentine. Deux des Pères Jésuites sujets de Bergoglio, le Père Orlando Yorio et le Père Francisco Jalics, étaient des prêtres de gauche qui poursuivaient une mission dans les bidonvilles du pays où des actions terroristes ont eu lieu dans les premiers jours du régime. Ils ont été kidnappés par l'armée et torturés avant d'être relâchés. En 1995, après la chute du régime militaire, le Père Jalics a écrit un livre, Ejercicios de meditación, dans lequel il a fait de fortes accusations contre Bergoglio sans le nommer ouvertement. Comme toile de fond de son arrestation, il note que, lorsque les prêtres de gauche travaillaient dans les bidonvilles, les sympathisants du régime militaire voulaient les dénoncer comme des terroristes.

De plus :

« Nous savions d'où venait le vent et qui était responsable de ces calomnies. Je suis donc allé parler à la personne en question et j'ai expliqué qu'il jouait avec nos vies. L'homme m'a promis qu'il ferait savoir aux militaires que nous n'étions pas des terroristes. Par des déclarations ultérieures d'un officier et par une trentaine de documents auxquels nous avons ensuite eu accès, nous avons pu découvrir sans le moindre doute que cet homme n'avait pas tenu sa promesse mais au contraire avait présenté une fausse dénonciation à l'armée ».

Dans une autre partie du livre, Jalics ajoute que cette personne « a rendu la calomnie crédible en utilisant son autorité » et « a témoigné aux officiers qui nous ont kidnappés que nous avions travaillé sur les lieux de l'action terroriste. Peu de temps auparavant, j'avais dit à cette personne qu'elle jouait avec nos vies. Elle devait savoir qu'elle nous envoyait à une mort certaine avec ses déclarations ».

Pour l'identification de la personne anonyme, Verbitsky a fait référence à une lettre que le Père Orlando Yorio écrivit en novembre 1977, peu après les événements, au Père Moura, l'assistant du Général de la Compagnie de Jésus à Rome. Le récit de Yorio est évidemment parallèle à celui de Jalics ; il raconte que le Père Bergoglio, en tant que Provincial, lui a dit dans une conversation qu'il avait reçu des rapports défavorables à son sujet, et il a nommé trois collègues Jésuites, les Pères Oliva, Vicentini, et Scannone, comme les sources de ces rapports. Cependant, quand le le Père Yorio a parlé à ces trois personnes, ils lui ont dit qu'ils avaient donné des opinions non pas contre lui, mais en sa faveur. Yorio déclare dans sa lettre que le le Père Bergoglio avait promis de contenir les rumeurs au sein de la Compagnie de Jésus et de parler aux militaires pour les assurer de l'innocence du Père Yorio et du Père Jalics, mais en tant que Provincial, il n'a rien fait pour les défendre, et « nous avons commencé à avoir des soupçons sur son honnêteté ». Yorio affirme que, pendant des années, le Père Bergoglio les a soumis à un harcèlement clandestin, n'adoptant jamais ouvertement les accusations contre eux, qu'il a toujours attribuées à d'autres prêtres ou à d’autres Évêques. Ces ecclésiastiques ont nié de telles accusations lorsqu'ils en ont été confrontés.

Selon Yorio, le Père Bergoglio lui avait garanti à lui et au Père Jalics trois ans de travail dans le district de Bajo Flores, mais à l'Archevêque de ce district, Juan Carlos Aramburu, Bergoglio a déclaré qu'ils étaient là sans autorisation. Ils ont appris cela par le Père Rodolfo Ricciardelli, qui l'a entendu de l'Archevêque Aramburu lui-même. Le Père Yorio a donc défié le Père Bergoglio qui a répondu en disant que l’Archevêque Aramburu était un menteur.

Les circonstances entourant leur enlèvement par les autorités militaires ont été expliquées par les Pères Yorio et Jalics comme suit : Bergoglio leur conseilla, une fois qu'ils quitteraient la Compagnie de Jésus, d'aller voir l'Évêque de Morón, Miguel Raspanti, dans le diocèse duquel ils pourraient conserver leur sacerdoce et leur vie, et il proposa d'envoyer un rapport favorable afin qu'ils soient acceptés. Mais les Pères Yorio et Jalics ont entendu du vicaire et de divers prêtres du diocèse de Morón que la lettre du Père Bergoglio à Mgr Raspanti contenait des accusations « suffisantes pour s'assurer que nous ne devions pas continuer à exercer le sacerdoce ». En répliquant au Père Yorio, le Provincial a déclaré : « Ce n'est pas vrai. Mon rapport était favorable. Le problème, c'est que Raspanti est une personne âgée qui s'embrouille parfois ». Pourtant, Bergoglio a répété ses accusations à Mgr Raspanti lors d'une autre rencontre qu'il a eue avec lui, comme ce dernier lui-même l'a révélé à un autre prêtre de Bajo Flores, le Père Dourrón. Le Père Yorio a donc de nouveau défié Bergoglio, et cette fois le Provincial a répondu : « Raspanti dit que ses prêtres s'opposent à votre venue dans le diocèse ».

L'alternative a été alors proposée que les Pères Yorio et Jalics rejoignent une équipe pastorale dans l'Archidiocèse de Buenos Aires. Le chef de l'équipe pastorale a informé ceci à l'Archevêque Aramburu dont la réponse a été : « Impossible. Il y a de très graves accusations contre eux. Je ne veux même pas les voir ». Un des prêtres de l'équipe s'est plaint auprès du vicaire épiscopal du district de Flores, le Père Serra, qui a répondu : « Les accusations viennent du Provincial », et il a dit au Père Yorio qu'il était privé de son permis d'exercer le sacerdoce dans l'Archidiocèse parce que le Provincial lui avait dit qu'il quittait la Compagnie de Jésus.

Quand on l'a interrogé à ce sujet, le Père Bergoglio a répondu : « Ils n'avaient pas besoin de vous retirer votre permis. C'est l’action d'Aramburu. Je vous donne une permission de continuer à dire la Messe en privé jusqu'à ce que vous trouviez un Évêque ».

La dernière tentative de trouver un Évêque pour incardiner les deux prêtres a été faite par le Révérend Eduardo González, qui, en mai 1976, a approché l'Archevêque de Santa Fe, Mgr Vicente Zazpe. L'Archevêque a répondu : « Il n'est pas possible de les accepter parce que le Provincial dit qu'il les congédie de la Compagnie de Jésus ». Sur ce, l'équipe pastorale a envoyé une lettre de protestation au Père Bergoglio, avec des copies à l'Archevêque Aramburu, à l'Évêque Raspanti, et le Nonce, Pio Laghi, mais ils n'ont reçu aucune réponse.

Quelques jours plus tard, les Pères Yorio et Jalics ont été enlevés et torturés par les forces militaires. Ils ont ensuite été libérés après la négociation d'un accord entre le gouvernement et l'Église. La question s'est alors posée de les faire sortir du pays. Le Père Bergoglio, en tant que Provincial Jésuite, ne voulait pas les envoyer à Rome. Le Père Yorio a été hébergé par une religieuse, Norma Gorriarán, jusqu'à ce que le Père Bergoglio lui demande de lui dire où était le Père Yorio, ostensiblement dans le but de le protéger. Sœur Gorriarán n'était pas convaincue et a refusé. Bergoglio, raconta-t-elle, « frémit de fureur qu'une religieuse insignifiante se dresse devant lui. Il m'a pointé du doigt et m’a dit : « Vous êtes responsable des risques encourus par Orlando, où qu'il se trouve ». Enfin, le Nonce a obtenu des papiers pour le Père Yorio et le Père Bergoglio a autorisé le paiement pour son voyage à Rome.

En arrivant à Rome, le Père Yorio a entendu du Père Gaviña, le secrétaire du Général Jésuite, les nouvelles qu'il avait été renvoyé de la Société de Jésus et aussi que la raison pour laquelle lui et le Père Jalics avaient été capturés par l'armée, c'est que le gouvernement Argentin avait été informé par leurs supérieurs religieux qu'au moins l'un d'entre eux était un combattant de la guérilla. Cette information a été fournie par l'Ambassadeur d'Argentine, qui l'a confirmée par écrit.

Quant au Père Jalics, il a déclaré qu'après sa libération, le Père Bergoglio s'est opposé à son séjour en Argentine et a parlé avec les Évêques afin qu'ils ne l'acceptent pas comme prêtre dans leurs diocèses. Le Père Jalics raconta cette histoire plus tard, quand Bergoglio est devenu Évêque et Archevêque, et il nota que Bergoglio avait pris l'habitude de le chercher et de lui parler dans le cadre de l'opération de blanchiment qu'il perfectionnait à l'époque.

Des informations ont également été données à Verbitsky par le frère du Père Yorio, Rodolfo, qui a pu dire à l'auteur de sa propre connaissance que le Père Bergoglio avait des contacts personnels avec le régime militaire. Il se souvient d'une rencontre avec le Provincial qui lui a dit qu'il allait recevoir une visite de l'armée et, après qu'il eut quitté la maison, il a vu une voiture s'arrêter devant la porte et trois officiers en sortir. Rodolfo Yorio a ajouté que le Père Bergoglio a parfois utilisé ces contacts pour protéger les gens : « Je connais des gens qu'il a aidés. Cela montre ses deux visages et sa proximité avec les autorités militaires. Sa façon de gérer l'ambiguïté est magistrale. S'ils étaient tués, il en était débarrassé, s'ils étaient sauvés, c'était lui qui les avait sauvés. C'est pourquoi il y a des gens qui le considèrent comme un saint et d'autres qui ont peur de lui ».

Comme j'ai commencé par le dire, ce n'est pas mon propos de discuter si le Père Bergoglio a en fait trahi les Pères Yorio et Jalics au régime militaire. Il est généralement admis que Verbitsky n'a pas réussi à prouver ses accusations bien qu'elles n'aient pas non plus été réfutées de manière concluante. Ce qui me concerne ici est l'image du personnage de Bergoglio qui émerge du récit ci-dessus. Une accusation politiquement motivée de collaboration avec le régime militaire serait facile à inventer, mais il serait difficile de fabriquer à partir de rien l'impression omniprésente de duplicité et les accusations et contre-accusations de mensonges qui marquent l'histoire racontée par les Pères Yorio et Jalics. De plus, ils correspondent étroitement aux récits de Bergoglio provenant d'autres sources. Les fidèles de l'Église sont donc mis au défi d'envisager la possibilité qu'ils aient comme Pape une personne qui ne respecte pas les normes d'intégrité que nous avons toujours assumées pour ce poste et qui a mené une campagne de blanchiment minutieuse et très réussie pour se présenter comme une figure spirituelle limpide, d'abord auprès du public Argentin puis dans le monde entier.

Note de l'éditeur : Cet article a été écrit en annexe aux éditions en langues étrangères du Pape Dictateur.