jeudi 5 juillet 2018

Ce que vous n'entendrez jamais

Sermon sur le Péché originel





Le 5 juillet 2015
SOURCE : Rorate Caeli

Sermon sur le Péché originel
Par le Père Konrad zu Loewenstein, FSSP
Sermon prononcé le Quatrième Dimanche après la Pentecôte, 2018

Mes chers fidèles, si le clergé a enseigné certaines doctrines depuis près de 2 000 ans et qu'il a maintenant cessé de les enseigner, cela ne peut être qu'une conséquence du fait que ces doctrines ne sont plus considérées comme « pertinentes ». Mais quand nous les examinons en détail, nous découvrons en fait qu'elles sont d'une importance essentielle, concernant, comme elles le font, la Vie Éternelle et comment l'atteindre, ainsi que la Damnation Éternelle.

Des exemples de ces doctrines sont :

Que le diable existe ; que l’enfer existe et qu’il est éternel ; que si quelqu'un meurt dans un péché mortel, il ira en enfer ; que si quelqu'un meurt en état de Grâce, au contraire, il ira au Ciel ou au Purgatoire et ensuite au Ciel. Les exemples de péché mortel sont les actes impurs de tous les types ( y compris celui qui se pratique seul et la contraception ), le blasphème, la Sainte Communion dans un état de péché mortel, la dissimulation d'un péché mortel dans la confession ( Pour être mortel, nous devons bien sûr, y souscrire en pleine conscience avec un consentement délibéré ).

D'autres exemples : il n'y a qu'une Foi, qu’une seule Religion et c'est la Foi et la Religion Catholique. Seulement celles-ci mèneront au Ciel. Il n'y a qu'une seule Église et c'est l'Église Catholique : les autres sont toutes fausses et ne mènent pas au Ciel. Oui, il n'y a qu'une seule Église, mes chers fidèles, et c'est notre glorieuse Église Catholique : immaculée, sans péché, infaillible, et celle qui possède de toute la Vérité. Il n'y a pas de Salut en dehors de l'Église Catholique ( Extra Ecclesiam non est salus ).

Le sens de la vie est la sanctification de l'âme, il n'y a pas d'autre sens. À cette fin, la Foi et la Grâce sont nécessaires ainsi que la pratique des vertus, dont l'une des plus glorieuses est la chasteté. La mortification, la pénitence, les mérites et la prière sont également nécessaires. La prière de méditation ( et je ne parle pas ici de méditation de type Bouddhiste ), la contemplation et la pratique de la présence de Dieu sont d'une grande importance. Les indulgences sont également d'une grande valeur pour notre sanctification. La Grâce apporte avec elle la plus grande Trinité dans l'âme. Dieu aime chaque personne avec un amour inégal, selon le degré de sainteté de la personne ou, en d'autres termes, l'amabilité : meilleure est la personne, plus Dieu l'aime, et plus élevé sera le degré de gloire que cette personne recevra pour toute l'éternité au Paradis.

Pourquoi ces doctrines ne sont-elles plus considérées comme « pertinentes » ? Parce qu'elles sont « négatives ». Le diable, l’enfer, le péché, le purgatoire, la mortification ; la pensée que tout ne sera pas sauvé, que les autres « religions » ne sont pas salvifiques ; que certaines sont meilleures que d'autres et ainsi de suite, est évidemment dérangeant et représente un défi pour un style de vie insouciant, doux et facile où il suffit d'être « gentil » et où le Ciel est comme cette vie et seulement mieux.

Parmi les Doctrines qui ne sont plus prêchées, il y a la doctrine du péché originel. Cette doctrine est considérée comme éminemment négative, dans sa relation avec la mort, la souffrance, l'enfer, le diable, la nature déchue, la nécessité de l'ascétisme et ainsi de suite. Et pourtant, parce qu'elle a toujours été prêchée par l'Église ( jusqu'à récemment ) et partout, et en raison de son lien nécessaire avec les dogmes définis tels que la nécessité du Baptême pour le salut et celui de l'Immaculée Conception, elle doit être considérée comme infaillible.

La Commission Biblique créée par Saint Pie X, l'un des plus grands saints de la modernité et de tous les temps, a déclaré que le récit du péché originel dans la Genèse doit être pris au sens littéral en ce qui concerne les éléments suivants :

1. Dieu a donné l'ordre au premier homme de faire preuve de son obéissance ;

2. L'homme a transgressé le commandement, séduit par le diable sous la forme d'un serpent ;

3. Les premiers parents ont été exclus de l'état originel de l’innocence.

La première chose à noter, mes chers fidèles, c'est qu'Adam et Ève sont de vraies personnes, les premiers parents de toute la race humaine. La race humaine ne descend pas de différents couples dans des endroits différents, mais d'un couple, ce couple ; il ne descend pas d'une série de singes non plus. Je n'aurais guère besoin de dire ça ... mais je le ferai.

Quand la Commission de la Bible nous dit qu'ils étaient « exclus de l'état originel de l'innocence », qu'est-ce que cela signifie ? Pour comprendre les effets du péché originel, nous devons d'abord comprendre la nature de l'innocence originelle. Adam et Éve avaient reçu certains dons qui transcendent toute la capacité de la nature humaine, à savoir :

a ) La Grâce Surnaturelle — qui unit l'homme à Dieu ;

b ) la capacité de ne pas souffrir ni de mourir ;

c ) la clarté de l'intellect et la force de la volonté ;

d ) le contrôle complet de toutes les facultés inférieures de l'âme, c'est-à-dire les mouvements de l'esprit et des sens : les passions et les émotions.

Tout cela ils les ont perdus pour eux-mêmes ; et parce qu'ils ont agi en tant que représentants de toute la race humaine, ils les ont perdus aussi pour toute la race humaine. Mes chers amis, pensez à la signification de cette doctrine. Sans le péché originel, nous n'aurions jamais eu à souffrir, ni à mourir. Nous aurions été en contrôle total de toutes nos émotions, avec une intelligence claire et une volonté forte. Tel que c’est maintenant, nous sommes conçus sans la Grâce ; nous souffrons et nous mourons ; nous avons du mal à comprendre, à exercer notre volonté ; nous reculons à cause des difficultés ; nos sentiments et nos émotions nous assaillent comme des enfants gâtés en quête de satisfaction ( comme le dit saint Jean de la Croix ) — la colère, la peur, la luxure, le désespoir, la joie inepte, la tristesse, le désir démesuré de voir, de savoir et de posséder. Une autre conséquence du péché originel est notre soumission, au moins en partie, à l'influence et au pouvoir du diable.

Vu d'une autre façon, nous pourrions nous demander pourquoi Dieu aurait créé l'homme avec tous ces défauts ? La question est souvent posée à propos de la souffrance, mais elle peut aussi bien être posée à propos de la mort, un processus tout à fait odieux et qui concerne aussi les émotions et les appétits désordonnés. La réponse est bien sûr que Dieu créa tout bien, comme nous le lisons dans la Genèse, mais l'homme, par son péché, y introduisit un principe de dégradation.

L'autre jour, mes chers fidèles ( si vous voulez bien excuser une note biographique ), je voyageais dans un train à travers la Suisse. Dehors : il y avait la belle campagne verdoyante, les collines et les arbres, les lacs et les montagnes. À l'intérieur, moins joliment, une citation écrite sur une sorte de frise sur le mur du train : « La nature humaine est bonne » signé par Jean-Jacques Rousseau ( un soi-disant « penseur » moderne, du soi-disant « siècle des Lumières » » — alors que nous pouvons dire selon les paroles de l'Écriture : « La lumière est prise pour les ténèbres et les ténèbres pour la lumière » ).

La nature humaine, mes chers fidèles, n'est pas bonne ou pas tout à fait bonne. Elle est tombée et elle est corrompue — pas totalement, comme l'aimait dire l'hérésiarque Martin Luther, mais en partie corrompue. La nature humaine conserve son orientation vers Dieu comme Vérité et Bien absolus, mais elle est désordonnée et a acquis des propriétés et des tendances qui la distancient de Lui — de la Vérité et du Bien — et l'attachent au moi, aux choses finies et limitées de ce monde — aux biens, à l'information, à la satisfaction de soi et à la fierté, qui ne mènent finalement qu'à des imperfections, au péché, à l'enfer et au néant.

L'époque actuelle, mes chers fidèles — nous n'avons qu'à regarder autour de nous — représente l'épanouissement final de la Nature déchue dans une fleur incommensurable de mal, exsudant partout ses miasmes empoisonnés et asphyxiants. « La nature humaine est bonne » crient ses « penseurs », ses masses déchues avec leurs yeux morts et douloureux, leurs drogues, leur promiscuité labyrinthique, leurs « théories » du genre, leur massacre des innocents, leur musique et tous leurs arts caractérisés par un manque singulier d'harmonie et d'ordre divin. « La nature humaine est bonne » font écho les psychiatres, prenant leurs honoraires avec dextérité alors qu’ils cherchent à apaiser les passions désordonnées de leurs clients avec des maximes mondaines, des somnifères et des antidépresseurs, comme si la paix et le bonheur étaient simplement une question du choix de la bonne pilule.

Et les ecclésiastiques d'aujourd'hui en général, mes chers fidèles, sont silencieux, mais si vous souhaitez entrer dans une bibliothèque de théologie et aller à la section portant sur la spiritualité, vous trouverez un consensus complet de la part de tous les hommes d'Église du passé sur ce point ainsi que de tous les Pères et Docteurs de l'Église et de tous les Saints qui ont jamais vécu.

La nature humaine est tombée. Notre tâche est de la combattre avec discipline et patience, et de poursuivre la tendance opposée de l'âme qui conduit à Dieu ; de réorienter l'âme vers le Vrai et le Bien, de la ramener à la vie, la guérir et l'éclairer de la Grâce et de tous les Sacrements ; de pratiquer les vertus Cardinales de la prudence, de la justice, de la force et de la modération, et spécialement dans la partie de la modération qui est la chasteté ; de combattre la faiblesse de l'intellect et de la volonté et notre recul devant les difficultés ainsi que toutes nos passions désordonnées ; croître dans la Foi, l'Espérance et la Charité pour que, par suite de notre discipline et de notre patience, les facultés inférieures de l'âme puissent être de nouveau soumises aux facultés supérieures — à l'intellect et à la volonté — et que l'intellect et la volonté soient soumis à la Foi et que la Foi soit soumise à Dieu.

La conséquence en sera que l'âme, maintenant bien ordonnée, sera en paix, ce qui, dans ce monde, est la plus grande partie du bonheur ; et sous la conduite de la Foi, l'Espérance et la Charité, nous trouverons toujours moins d'amertume, même dans la souffrance et dans la mort — ces deux blessures corporelles profondes infligées à nous par Adam.

« La créature a été assujettie à la vanité » dit Saint Paul dans l'Épître d'aujourd'hui, « car nous savons que toute créature gémit et est dans le travail de l’enfantement jusqu’à cette heure ... non seulement elle, mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous gémissons en nous-mêmes, attendant l’adoption des enfants de Dieu, la rédemption de notre corps, en Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Nous sommes soumis à la vanité parce que, ayant perdu la clarté de l'intellect et la force de la volonté, nous sommes attirés par nos sens et nos émotions vers le néant et le vide. Nous gémissons parce que nous souffrons dans cette vie : nous gémissons comme une femme en travail d'enfant, travaillant comme nous pour donner naissance à une nouvelle vie, la vie de la gloire. Cette vie existe déjà en nous, mais nous devons l'amener à son terme, à sa réalisation parfaite dans le Ciel.

C'est ce que nous faisons par le travail de discipline sur nous-mêmes que j'ai essayé de décrire, par lequel notre âme, ordonnée à Dieu, peut naviguer dans le calme à travers les chemins dangereux de l'océan terrestre jusqu'au port de la béatitude éternelle alors que nous prions avec les sublimes et souveraines paroles dans la Collecte d'aujourd'hui : « Donnez-nous, nous vous en prions, Seigneur : que le cours du monde soit pour nous paisible sous la conduite de votre providence ; et que votre Église vous serve avec joie dans la tranquillité »

Pour la fête de Saint Éphrem, le jour suivant :

« Car le temps viendra où les gens ne voudront plus écouter le véritable enseignement, mais ils suivront leurs propres désirs et s'entoureront d'une foule de maîtres qui leur diront ce qu'ils aiment entendre. Ils fermeront leurs oreilles à la vérité pour se tourner vers des légendes ». Et c’est ce texte de l'Épître d'aujourd'hui, mes chers fidèles, pour la Fête du Docteur de l'Église Saint Éphrem, le Syrien.

Saint Paul ne parle-t-il pas aussi de notre temps présent ? Les doctrines Catholiques ne sont plus enseignées, elles sont considérées comme négatives : le diable, l'enfer, la mortification, même la discipline. Au lieu de cela de nouvelles idées : l'Église n'est pas nécessaire, toutes les religions mènent à Dieu, nous serons tous sauvés de toute façon, personne n'ira en enfer, ou ça n'existe pas, ou c'est vide de toute façon ... après tout, Dieu est bon. Dieu est bon, nous sommes tous bons, la nature humaine est bonne, X ou Y est bon — d'accord, ils vivent ensemble non mariés, mais ils sont bons. Impureté ? Qu'est-ce que ça a à voir avec ça ? Ils ne nuisent à personne, n'est-ce pas ?

Voici quelques nouveaux enseignants : Teilhard de Chardin, un prêtre Jésuite, prêchant le Panthéisme : Tout est Dieu. Dieu est le monde. Nous sommes en évolution pour devenir Dieu. Le Christ Cosmique. Darwin : Nous venons des singes, des « pré-hominidés ». Cela semble scientifique, n'est-ce pas ? Alors qu'est-ce que nous sommes, alors ? Des singes ou Dieu ? Ou des singes qui deviennent Dieu ?

De nouvelles idées et de nouveaux enseignants entassés selon nos désirs afin que nous puissions faire ce que nous aimons. Après tout nous sommes des singes — ou Dieu. Moralement, cela revient à la même chose. Et les Catholiques autoproclamés croient de telles choses, se démangent les oreilles pour ces nouveautés, se détournent de la Vérité pour se tourner vers des Fables ... se détournant de la Vérité qui est Dieu : Étant Lui-même, la Très Sainte Trinité, avec tous les dogmes Catholiques centrés sur Lui ; ils se tournent vers des fables : des constructions de l'intellect, des créations de l'imagination nées des désirs passagers, des châteaux dans l'air, de la vapeur dans l'air dissipée par les rayons du soleil matinal, sans substance, transitoire, ne laissant rien derrière, comme des flèches qui traversent l'air autour duquel l'air se referme, ou comme les sillons d'un navire dans l'océan infini, passant, s’affaissant, se dissolvant dans le néant.

Et ceci plutôt qu'une vie basée sur la réalité : sur la Vérité qui est Dieu, sur le Rocher qu'est le Christ, dans la maison qui ne tombera pas dans la tempête, dans le bateau qui survivra seul à l'inondation, menant une vie sérieuse et disciplinée selon la réalité, selon les canons objectifs du Vrai et du Bien, amassant des trésors dans le Ciel où les mites n'entreront pas, ni la rouille, ni les voleurs, mais qui, avec notre patience, notre discipline et nos sacrifices assureront notre héritage éternel dans le Cœur éternel de Dieu, avec Notre Mère Bénie, Saint Éphrem, Docteur de l'Église, et tous les Anges et les Saints.

Que le Saint Nom de Jésus soit loué pour toujours ! Amen.