jeudi 19 juillet 2018

De Mattei critique le livre

« La naissance de Humanae Vitae à la lumière des Archives du Vatican »



Par : Roberto de Mattei, vaticaniste
Corrispondenza Romana

Le 19 juillet 2015
SOURCE : Rorate Caeli

Traduction de l'Italien vers l'Anglais :
Contributrice : Francesca Romana


Début 2017, le Pape François a mis en place « un comité d'étude » pour préparer le 50ème anniversaire de l'Encyclique Humanae Vitae ( 25 juillet 2018 ). L'existence de ce comité « secret » a été mise en lumière quelques mois plus tard par deux publications Catholiques : Stilum Curiae * et Corrispondenza Romana **

Le comité, coordonné par Monseigneur Gilfredo Marengo, a pour mission de retrouver la documentation des Archives du Vatican, relative aux travaux préparatoires à Humanae Vitae, qui ont eu lieu pendant et après le Concile Vatican II. Le premier fruit de cet ouvrage est le volume de Mgr Marengo : « La naissance d'une Encyclique. Humanae Vitae à la lumière des Archives du Vatican » publié par la Libreria Editice Vaticana. D'autres publications suivront peut-être et d'autres documents seront vraisemblablement soumis, en privé, au Pape François.


D'un point de vue historiographique, le livre de Mgr Marengo est décevant. Sur la genèse et les conséquences de l'Encyclique Humanae Vitae, insérée dans le contexte de la révolution contraceptive, le meilleur livre reste, à mon avis, celui de Renzo Puccetti : « Les poisons de la contraception » ( Edizioni Studio Domenicano, Bologne 2013 ). L'étude de Mgr Marengo contient néanmoins de nouvelles choses. Le plus pertinent est la publication de l'ensemble du texte d'une Encyclique « De Nascendi Prolis » ( pp. 215-238 ), que Paul VI, après cinq ans de travail pénible, a approuvé le 9 mai 1968, fixant la date de sa promulgation pour la Solennité de l'Ascension ( 23 mai ).

L'Encyclique que Monseigneur Marego définit comme « une prononciation rigoureuse de la Doctrine morale » ( p.194 ) était déjà imprimée en Latin lorsqu'il y a eu une tournure inattendue des événements. Les deux traducteurs Français, Mgr Jacques Martin et Mgr Paul Poupard, ont exprimé de fortes réserves quant à l'approche trop « traditionnelle » du document. Paul VI, bouleversé par les critiques, travailla personnellement sur de nombreuses modifications du texte, changeant surtout son ton pastoral, devenu plus « ouvert » aux sollicitations culturelles et sociales du monde moderne. Deux mois plus tard, De Nascendi Prolis, avait été transformé en Humanae Vitae. Le souci du Pape était que cette encyclique « soit reçue de la manière la moins problématique possible » ( p.121 ), non seulement grâce aux reformulations de son langage, mais aussi à l'abaissement de sa nature dogmatique ( p.103 ).

Mgr Marengo rappelle que Paul VI n'a pas accepté l'invitation que l'Archevêque de Cracovie de l'époque, Karol Wojtyla, lui avait adressée, de publier « une instruction pastorale, réaffirmant en des termes non équivoques, l'autorité de la Doctrine de Humanae Vitae, face au mouvement de contestation généralisé à laquelle elle a été soumise.

L'objectif, ou tout au moins le résultat du livre de Mgr Marengo, semble être de relativiser l'Encyclique de Paul VI, qui apparaît comme une phase d'un parcours historique complexe et qui n'a pas été conclue par la publication de Humanae Vitae, ni avec les discussions qui ont suivi. On ne peut pas « affirmer avoir dit le « dernier » mot et clore, si cela était nécessaire, des décennies de débat » ( p.11 ).

Sur la base de la reconstruction historique de Mgr Marengo, les nouveaux théologiens, qui se réfèrent à Amoris Laetitia, diront que l'enseignement de Humanae Vitae n'a pas changé, mais doit être compris dans son ensemble sans le réduire à la condamnation de la contraception qui est seulement un aspect. La pastorale — en plus — est le critère pour interpréter un document qui se réfère à la Doctrine de l'Église sur le contrôle des naissances, mais aussi la nécessité de l'appliquer selon un sage discernement pastoral. En dernière analyse, s'agit-il de lire Humanae Vitae à la lumière d'Amoris Laetitia ?

Humanae Vitae était une encyclique qui causait une grande angoisse ( c'est ainsi que Paul VI lui-même la définissait ) et était certainement courageuse. L'essence de la révolution de 68 était, en effet, de rejeter toute autorité et toutes lois, au nom des instincts et des désirs libérateurs. Humanae Vitae, en réitérant la condamnation de l'avortement et de la contraception, rappelait que tout ne pouvait pas être permis, qu'il y avait une loi naturelle et une autorité suprême, l'Église, qui a le droit et le devoir de la garder.

Humanae Vitae n'était pas une encyclique « prophétique ». Cela aurait été le cas, si elle avait osé s'opposer aux faux prophètes néo-Malthusiens avec les paroles divines « Croissez et multipliez-vous » ( Genèse 1, 28; 9,27 ). Il ne l'a pas fait, car Paul VI, craignant d'entrer en conflit avec le monde, a accepté le mythe de l'explosion démographique, lancé en 1968 par le livre de Paul Erlich, The Population Bomb [ La Bombe P ]. En 2017, ce même Erlich a été invité par Mgr Marcelo Sánchez Sorondo à répéter ses théories sur la surpopulation au congrès organisé par l'Académie Pontificale des Sciences sur le thème : « Extinction biologique. Comment sauver le monde naturel dont nous dépendons » ( 27 février - 1er mars 2017 ). L'auteur dans ce volume décrit les scénarios catastrophiques qui attendaient les habitants de la Terre s'ils n'avaient pas réussi à prendre des mesures pour contenir la croissance démographique. Ce que l'encyclique condamne correctement, c'est la contraception artificielle, mais sans rejeter le nouveau « dogme » d'une réduction nécessaire des naissances. Humanae Vitae remplace ainsi la Divine Providence, qui jusqu'alors avait régulé les naissances dans les familles Chrétiennes, par le calcul humain de la « parentalité responsable ».

Le Magistère de l'Église affirme cependant, de manière dogmatique, que la contraception doit être condamnée non seulement parce qu'elle est une méthode non naturelle, mais aussi parce qu'elle est en opposition directe avec la fin première du mariage qui est la procréation. Si le but procréatif n'est pas déclaré prévaloir sur l'unitif, il sera possible de soutenir la thèse que la contraception peut être licite quand elle met en péril l'« intima communitas » des époux. Jean-Paul II affirmait vigoureusement l'enseignement de Hunanae Vitae, mais la conception de l'amour conjugal durant son pontificat est à l'origine de nombreuses ambiguïtés. À cet égard, je ferai référence à l'analyse précise faite par Don Pietro Leone, un excellent théologien contemporain, dans son livre « La famille attaquée : une défense philosophique et théologique de la société humaine » ( Loreto Publications, 2015 ) pour lequel Maike et Robert Hickson ont écrit un bon commentaire chez Rorate Caeli. ***

Au cours des cinquante dernières années, en raison d'une conception trompeuse des buts du mariage, les enseignements pontificaux n'ont pas été appliqués et la pratique de la contraception et de l'avortement, les cohabitations hors mariage et l'homosexualité se sont largement répandues parmi les Catholiques. L'Exhortation post-synodale représente l'aboutissement d'un itinéraire qui a pris beaucoup de temps à se faire.

Répétant presque textuellement les paroles prononcées le 29 octobre 1964 par le Cardinal Leo-Jospeh Suenens dans la salle du Conseil : « Nous avons peut-être accentué les paroles des Écritures : « Croissez et multipliez-vous » au point de négliger l'autre parole divine : « Et les deux ne feront qu’une seule chair ». Le Pape François a affirmé dans Amoris Laetitia : « D’autre part, nous avons souvent présenté le mariage de telle manière que sa fin unitive, l’appel à grandir dans l’amour et l’idéal de soutien mutuel ont été occultés par un accent quasi exclusif sur le devoir de la procréation ». [ 36 ].

En transformant ces paroles, nous pourrions dire que, dans les dernières décennies, nous avons mis l’accent sur les paroles bibliques : « Les deux ne feront qu’une seule chair » presque exclusivement, au point de négliger les autres paroles divines : « Croissez et multipliez-vous ». C'est aussi à partir de ces Paroles, riches en signification, qu'il faut recommencer, non seulement pour une renaissance démographique mais pour une régénération spirituelle et morale de l'Europe et de l'Occident Chrétien.



* http : //www.marcotosatti.com/2017/05/11/humanae-vitae-voci-su-una-commissione-di-studio-vaticana-per-esaminare-lenciciclica-di-paolo-vi/
** https : //www.corrispondenzaromana.it/il-piano-di-reinterpretazione-della-humanae-vitae/
*** https : //rorate-caeli.blogspot.com/2014/12/extensive-book-review-don-pietro-leones.html