dimanche 1 juillet 2018

Pour comprendre la guerre contre l'Occident




Écrit par Dr Boyd D. Cathey
Le 28 juin 2018
SOURCE : The Remnant




Alors que nous célébrons le 242e anniversaire de la Déclaration d'Indépendance de notre pays par rapport à la Grande-Bretagne, il est peut-être utile et productif de réfléchir sur certaines questions qui continuent de nous affecter profondément en tant que pays en 2018.

Entre la fin des années 1940 — début de ce que nous appelons la « guerre froide » — et la chute du Communisme Soviétique en 1991, l'Amérique et ses alliés se sont engagés dans une défense militaire, économique et idéologique mondiale de ce que nos dirigeants politiques appellent quelque peu de manière nébuleuse : « liberté », « mode de vie démocratique », ou, mieux dit encore, « notre civilisation Chrétienne Occidentale ». Bien que nous ne soyons pas totalement d'accord sur ce que nous défendions, nous savions, ou du moins la plupart d'entre nous savait contre quoi nous nous défendions : le Communisme international, un système tyrannique de gouvernement et de la vie, antithétique à tout ce que nous considérions noble, digne et sacré.

Le Communisme avait des avantages certains, au moins sur papier : il possédait une unité de but, un récit idéologique standard, un contrôle généralement centralisé de son appareil politique émanant de Moscou ( avec d'éventuelles exceptions comme la Chine, de la Yougoslavie et peut-être quelques autres états ), une ferveur révolutionnaire et une certaine attractivité dans les pays en développement ou du « tiers-monde ». Il a fait face à un Occident souvent désuni dans sa stratégie et dans son approche de la menace Communiste, de ceux qui prônaient la victoire sur lui et à d'autres qui désiraient ardemment trouver un modus vivendi avec lui.

Mais ses faiblesses inhérentes ont amené l'ancienne Union Soviétique à une fin ignominieuse. Dans les années 1980, l'État Soviétique et la plupart de ses satellites Européens ont souffert de politiques économiques désastreuses, de l'ossification de leurs cadres dirigeants et de leur incapacité à relever les défis croissants du nationalisme intériorisé recrudescent ou à relancer la croyance religieuse traditionnelle. Cela a provoqué la disparition sans gloire du système que de nombreux écrivains désabusés dans les années 1930 avaient proclamé comme le « brillant avenir de l'Humanité ». À la fin, ces facteurs combinés avec la puissance économique Américaine, la détermination politique de l'administration Reagan et la montée des forces aussi puissantes que Solidarnosz [ Solidarité en Pologne ] et l'opposition accrue de l'Église Catholique ( par exemple en Pologne aussi ) témoignent de l'expression poétique de TS Eliot : « Comment le monde se termine-t-il, non pas avec un bang, mais avec un gémissement ».

Pourtant, comme l'a montré le Professeur Paul Gottfried dans ses études, plus particulièrement dans The Strange Death of Marxism [ La mort étrange du Marxisme ], une vague virulente du Marxisme a continué et a prospéré, ironiquement, en même temps qu'un Communisme ossifié semblait périr. Comme il l'explique, cette variante du Marxisme était dédiée de façon moins myope à l'éradication du capitalisme en autant qu'elle pouvait contrôler et manipuler le capitalisme au niveau international. Ce qui était singulièrement important pour cette nouvelle variante était la subversion révolutionnaire et la transformation des institutions culturelles, éducatives et religieuses. Et dans ses efforts pour atteindre cet objectif en Europe et aux États-Unis, cette variante a singulièrement réussi.

Je me souviens clairement de l'épidémie de manifestations étudiantes des années 1960 et 1970 ( lorsque j'étais à l'Université de Virginie ). Beaucoup de mes camarades diplômés, certains profondément impliqués dans les organisations gauchistes et Marxistes, enseignent maintenant dans des universités prestigieuses. Les idées et les récits qu'ils ont absorbés et développés à l'époque forment le corpus de ce qu'ils imprègnent dans l'esprit des étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs aujourd'hui. Et ces idées n'ont en aucune façon été modérées depuis lors ; plutôt elles sont devenues encore plus prononcées.

Et qui peut oublier la révolution radicale dans les arts, et, en particulier, dans la musique à peu près en même temps. Dans les années 1950, à la télévision ( seulement trois réseaux nationaux : ABC, NBC et CBS ), il y avait des programmes comme « Voice of Firestone », « Bell Telephone Hour » et des artistes classiques ( Joan Sutherland, Beverly Sills ) qui ont fréquemment apparu sur Ed Sullivan et à beaucoup d'autres programmes. Le Metropolitan Opera était diffusé sur des centaines de stations de radios commerciales à travers le pays — dans la région de Raleigh, Caroline du Nord, il n'y avait que trois stations, et le plus grand, WPTF ( affilié à NBC ) présentait le Metropolitan Opera chaque samedi pendant la saison. Les deux autres présentaient des sélections de musique Country authentique et ce que j'appellerais de la musique « big band » [ de grande orchestre ]. Même Elvis Prestley, alors pionnier du rock-and-roll, était également célèbre pour ses chansons gospel. Il y avait, pour résumer, un lien entre les citoyens Américains moyens et leurs traditions musicales qu’ils avaient héritées.

Pourtant, c'est sur le programme Ed Sullivan que les Beatles ont fait leur première apparition Américaine, suivie par les Rolling Stones et d'innombrables autres. C'était le signe sonore que « les choses étaient en train de changer », que finalement beaucoup de ces « liens » avec notre passé seraient rompus, et que les traditions héritées et la culture qui étaient autrefois familières à nos pères et grands-pères seraient mises au rancart et que cet héritage sècherait. En 1940, quarante-cinq millions d'auditeurs Américains, venus de tous les horizons, syntonisaient le Metropolitan Opera un samedi après-midi et écoutaient la soprano Lily Pons, sur scène et en direct, chanter « La Marseillaise » et se connecter émotionnellement avec elle sur la chute de la France. Dans les années 1970, cette unité semblait être suspendue à un fil et elle n'a fait qu'empirer depuis.

En quelques années, l'héritage et le lien avec la « haute culture Occidentale » avaient été coupés et expulsés de la vue populaire, et la « Voix de Firestone », du « Bell Telephone Hour » et du Metropolitan Opera, n’étaient plus sur les ondes ou exilés dans la niche lointaine de la « radio publique ».

Les années 1960 à 1970 sont devenues des périodes de « drogue, de sexe et de rock and roll ». Des changements radicaux ont eu lieu dans la façon dont cette nation comprenait le mariage, la famille et le sexe, et comment nous percevions l'expérimentation et l'usage de drogues. Les actions morales et les croyances autrefois jugées hors de propos étaient maintenant propagées, d'abord prudemment, comme normales, ou du moins acceptables.

Et cette transformation a eu son écho turbulent dans la religion, en particulier, dans le Christianisme dominant. De 1962 à 1965, l'Église Catholique a convoqué le Concile Vatican II. Comme le Professeur Roberto de Mattei l'a soigneusement documenté dans son étude magistrale, Le Concile Vatican II : Une histoire non écrite ( 2012 ), le Concile a été détourné presque depuis le début par un bloc Libéral-Moderniste centré en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. En effet, comme l'écrivait le Père Ralph M. Wiltgen deux ans après le Concile : « Le Rhin s'était définitivement déversé dans le Tibre ». Et les résultats pratiques, quoique présentés comme une mise à jour pastorale et non doctrinale nécessaire, étaient, en fait, désastreux à la fois pour la mission d'enseignement et la stabilité doctrinale de l'Église.

Dans le Protestantisme, les réverbérations étaient, s’il y a quelque chose, encore pires. L'Église Anglicane mondiale, à l'exception de certains pays Africains, semblait essentiellement renoncer à toute prétention d'orthodoxie. Les Luthériens de la ligne dominante, les Méthodistes, les Presbytériens, les Disciples du Christ et d'autres ont emboîté le pas. Même les Baptistes du Sud, un bastion du conservatisme Chrétien, semblent ces derniers jours suivre de façon désagréable la voie de la primevère florissante vers l'adoption d'une bouillie de « gospel social » politiquement correct.

Bien sûr, notre industrie du divertissement, Hollywood et la programmation télévisuelle en particulier, ont suivi cette voie révolutionnaire dans les productions et les présentations. Il suffit de quelques minutes pour passer en revue ce qui se joue au cinéma local, ou quels films ou émissions de télévision sont les plus populaires et les plus regardés sur le câble pour le comprendre. Passez du temps à regarder, disons, TCM ou la chaîne Encore Westerns spécialisée dans les films classiques des années 1930 jusque dans les années 1960, puis utilisez votre télécommande pour virer vers les émissions diffusées à heures de grande écoute ou vers les films « à succès » de l’heure sur câble ou satellite. Les différences saisissantes ne peuvent être manquées.

En 1975, CBS avait pris la décision exécutive de mettre brusquement fin à ce qu'il appelait sa « concentration sur la programmation rurale » : des émissions populaires telles que « Gunsmoke » et « The Andy Griffith Program » ont été retirées et ont été remplacées par des émissions « à sensibilité sociale » comme « Maude » ( vous rappelez-vous de la controverse sur l'avortement ? ) qui ont fait éclater les anciennes limites sur la façon dont le sexe et la morale pouvaient être présentés ... ou acceptés.

De 1934 à 1965, le cinéma et les films étaient régis par un code de production et un comité d'examen national [ censure ] ( le « conseil Breen », d'après son principal instigateur Joseph Breen, qui avait travaillé avec le Cardinal Dougherty de Philadelphie dans les années 1930 pour fixer certains paramètres et certaines normes sur le divertissement cinématographique ). Les productions cinématographiques devaient passer ce code pour être diffusées. Bien sûr, les plaintes au sujet de la « censure » ont percolé tout au long de cette période — le conseil étouffait l'expression artistique et la liberté de parole selon l'argumentation du temps. Mais est-ce que quelqu'un qui a soigneusement regardé et examiné en détail la production cinématographique artistique de ces premières années et qui l'a ensuite comparée à ce qui prévaut aujourd'hui dans tant de cas, peut-il affirmer que le plus récent est meilleur ?

Il serait trop facile de blâmer ces changements révolutionnaires en Occident simplement sur le Marxisme culturel. Pourtant, il existe des contours clairs de la filiation qui relient les transformations radicales que nous observons autour de nous avec cette variante Progressiste de la théorie Marxiste. Certes, dans l'éducation à partir des années 1960 et suivantes, il y a eu une transition vraiment effrayante : de nombreuses institutions d'enseignement supérieur, jadis supposées des oasis de débats ouverts et des enquêtes, sont maintenant transformées en serres d'endoctrinement d'extrême gauche et de rectitude politique multiculturelle dogmatique. Et à partir de ce nouveau dogmatisme, il ne peut y avoir aucune dissension.

À la fin des années 1950 et 1960, la montée d'un « anticolonialisme » et d'un « racisme anti-blanc » dans le Tiers-Monde s'accompagnait d'une réponse révolutionnaire sur les campus universitaires face à une « oppression » Européenne « blanche ». Je me rappelle avoir lu ( en 1971 ) Les misérables de la terre du Marxiste Franco-Africain Frantz Fanon dans une classe de théorie politique. Avec l'influent philosophe Marxiste culturel Michel Foucault, Fanon a créé un modèle de révolution culturelle qui, à son tour, a engendré une idéologie de « libération » qui, en quelques décennies, dominerait la pensée académique Occidentale. Dans les années 1980, d'autres manifestations sont apparues : la « théorie critique » dans les études sur la race et le genre. La transformation des structures économiques et des fondements de l'Occident suivra — ce sera le résultat de ces machinations, avec la collaboration d'un Christianisme dominant converti ( mieux dit, subverti ), et l'établissement d'un modèle linguistique Progressiste, récemment dogmatisé.

Ce nouveau Marxisme devait beaucoup plus à la théorisation mondialiste de Léon Trotsky qu'aux commissaires éculés de Moscou. Le message évangélique de Trotsky s'est bien mélangé avec l'accent mis par la Nouvelle Gauche sur la transformation sociétale et culturelle. Contrairement à l'ancienne variante Soviétique, le nouveau Marxisme remportera la victoire par l'infiltration et la conversion des institutions occidentales — les collèges et les écoles, l'église, le divertissement et, finalement, le discours politique — et l'application d'un code de discours strict et, éventuellement, de la pensée.

Et ce qui est ironique dans ce processus, c'est qu'ici en « Occident », alors que nous sommes trempés dans cette révolution culturelle aux multiples facettes, des nations comme la Hongrie, la Russie, la Pologne et certains pays autrefois sous le joug Communiste en Europe de l'Est émergent de décennies de tyrannie comme si le temps, semblait-il, avait été reculé de cinquante ans, vers une sorte de statu quo ante bellum [ statut quo avant la guerre ]. Les vieilles croyances, les anciennes traditions et idées, les sentiments de fierté nationale et la Foi religieuse des Peuples de Hongrie, de Pologne, de Slovaquie et de Russie, qui avaient paru autrefois réprimés et enterrés, se sont épanouies comme si très peu s'était passé depuis que les troupes Soviétiques les avaient occupées en 1945. Et étrangement, c'était l'existence même d'un « rideau de fer » sur une grande partie de l'Europe, une sorte de prophylaxie protectrice qui a abrité ces pays pendant cinq décennies contre les pires effets du mercantilisme crasse importé du style Américain, contre les normes morales en déliquescence et la destruction des croyances religieuses et culturelles. Ce n'est donc pas un hasard si des nations comme la Hongrie, la Pologne et surtout la Russie, ayant échappé aux pires influences et retourné à des traditions plus anciennes, sont maintenant les plus forts opposants à la contagion décadente qui étouffe l'Europe Occidentale et, de plus en plus les États Unis.

Comme Pat Buchanan a écrit :

C'est comme si le monde était à l’envers, avec une Russie s'opposant fermement à la laïcité et à la destruction culturelle alors que l'Amérique et l'Europe Occidentale les adoptent ».

C'est ainsi que les États-Unis et l'Europe Occidentale sont à la croisée des chemins. Il est vrai qu'il y a eu quelque chose d'une contre-révolution. Le succès du mouvement « Brexit » en Grande-Bretagne, la montée des mouvements nationalistes et populistes en Italie, en Russie, en Hongrie et dans d'autres pays Européens, ainsi que l'élection de Donald Trump en sont des indications évidentes. C'était une faille majeure dans la stratégie Progressiste : des millions de citoyens ont été laissés à la traîne alors que les victoires institutionnelles de la révolution culturelle Marxiste continuaient, et ces millions de citoyens se sont maintenant rebellés, peut-être tardivement. Mais même le succès modeste de ces efforts contre-révolutionnaires a suscité une réaction zélée et parfois hystérique de la part de ceux qui ont utilisé le Marxisme culturel et ses multiples manifestations pour faire avancer la révolution Progressiste.

Il y a près d'un siècle, les théoriciens Marxistes comme le Communiste Italien Antonio Gramsci ont compris que pour vaincre le « hégémon » de l'Occident Chrétien, il ne suffisait pas de le défier militairement, ni aux urnes. Une vaste stratégie d'infiltration et de subversion continue était nécessaire. Ce processus révolutionnaire prendrait des décennies pour atteindre ses objectifs. Les Commissaires Communistes fossilisés et découragés qui examinaient leurs troupes tous les 1er mai sur la Place Rouge ne réussiraient pas, mais la destruction des institutions traditionnelles de soutien et de base qui donnaient vie à l'Occident le serait.

Et, ainsi, en novembre 2016, des millions de citoyens Américains désespérés — surtout ceux qui étaient laissés à l’arrière comme étant des « déplorables » — en avaient finalement assez et votaient pour un milliardaire iconoclaste autodidacte, un éléphant dans la boutique de porcelaine, qui promettait de « drainer les marécages ».

Le Marxisme a commencé une « longue marche » à travers nos institutions il y a un siècle. Maintenant, 242 ans après la proclamation de l'Indépendance des Fondateurs, notre Peuple doit absolument continuer sa contre-révolution et ses efforts pour préserver ce qui reste de notre héritage et, avec l'aide de Dieu, commencer la tâche ardue, apparemment impossible de redressement.