lundi 9 juillet 2018

Le Vatican retire ses accusations
contre l'ancien vérificateur général

Le Pape François avec Libero Milone, premier vérificateur général du Vatican. ( CTS )


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Le Vatican retire ses accusations contre l'ancien vérificateur général.

On dit à Libero Milone qu'il ne sera « pas l'objet de poursuites pénales ou de condamnations ». Il prétend avoir été victime d'une preuve falsifiée parce qu'il enquêtait sur une faute financière grave dans la hiérarchie du Vatican.



Par : Edward Pentin
Le 7 juillet 2018

SOURCE : National Catholic Register





Le Vatican a retiré ses accusations contre son premier vérificateur général, Libero Milone, qui avait prétendu que son arrestation en juin 2017 était une tentative de bloquer ses enquêtes sur les finances du Vatican où il aurait découvert des preuves de corruption.

Dans une interview diffusée samedi sur la chaîne de télévision Italienne SKY TG24, Milone a révélé que le Promoteur de Justice du Vatican et le Président du Tribunal du Vatican l'avaient informé qu'il n'était plus « l'objet de poursuites pénales ou de condamnations ».

Le National Catholic Register a appris que l'enquête séparée menée par le Promoteur de la Justice du Vatican auprès des avocats de Milone a conclu qu'il n'existait aucune preuve à l'appui des accusations qui avaient été portées contre lui.

Milone, un ancien partenaire de Deloitte, cabinet d'audit et de conseil multinational, a été nommé en 2015 premier auditeur général du Vatican avec un effectif de 12 personnes. Employé dans le cadre des réformes financières du Pape, il a été renvoyé sans préavis après un raid de la police du Vatican dans son bureau en juin de l'année dernière.

La principale responsabilité du vérificateur général est de superviser la vérification des procédures, des contrôles internes et des lois de la part des dicastères et d'autres institutions du Saint-Siège, y compris le gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican. Entre autres tâches, il est tenu de soumettre des rapports d'audit annuels et d'effectuer des examens et des vérifications spécifiques à la demande du Conseil de l'Économie ou du Secrétariat à l'Économie.

Depuis son limogeage, Milone a maintenu son innocence, déclarant aux journalistes en septembre dernier qu'« un petit groupe de puissants » essayait de diffamer sa réputation.

« J'ai été menacé d'arrestation » a-t-il déclaré en septembre. « Le chef de la gendarmerie ( la police du Vatican ) m'a intimidé pour me forcer à signer une lettre de démission qu'ils avaient déjà préparée des semaines à l'avance ».

Milone a dit en septembre qu'il « voulait faire du bien à l'Église, contribuer au processus de réforme comme on me l'avait demandé, mais ils ne m'ont pas laissé faire ». Il a ajouté que le Pape François commençait ses réformes financières avec les meilleures intentions : « Il a été bloqué par la vieille garde qui est toujours très présente au Vatican ».

Il a dit que ceux qui résistaient à la réforme se sentaient « menacés quand ils ont compris que je pouvais dire au Pape [et au Secrétaire d'État — le Cardinal Parolin ] ce que j'avais vu de mes yeux vus dans leurs départements et dans leurs comptes ».

Le Cardinal Giovanni Angelo Becciù, alors sous-secrétaire d'État du Vatican et aujourd'hui Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, a déclaré en septembre 2017 que les affirmations de Milone étaient « fausses et injustifiées ».

« Il est allé à l'encontre de toutes les règles et espionnait la vie privée de ses supérieurs et de son personnel, y compris moi » a déclaré l'Archevêque Becciù à Reuters. « S'il n'avait pas accepté de démissionner, nous l'aurions poursuivi ».

S'exprimant au National Catholic Register le 3 juillet, un haut responsable de la police du Vatican a déclaré que Milone avait été licencié pour les raisons que le Cardinal Becciù avait données à l'époque. « Il n'avait pas la permission de poursuivre les enquêtes qu'il menait et, plus important encore, il n'avait pas la compétence » a indiqué la source.

Mais une autre source ayant une connaissance détaillée de la question a déclaré au National Catholic Register le 5 juillet que Milone « avait apparemment trébuché sur des abus de fonds certains et clairs et qu’ils ne pouvaient plus attendre pour le limoger ».

La source a ajouté : « Dès le début de son mandat, le vérificateur général a été marginalisé et son travail entravé : la vieille garde ne donnait pas de mandats à son personnel, ils s'efforçaient d'user les nerfs de son personnel et le privaient d’accès au Pape ».

Au cours des premiers mois de son mandat, Milone a été obligé de porter plainte auprès de la gendarmerie du Vatican après avoir découvert que son ordinateur avait été piraté physiquement. La révélation de cette histoire a fait place au scandale connu sous le nom de Vatileaks II.

La source du National Catholic Register a dit qu'ils auraient laissé Milone continuer s'il n'avait pas persisté avec son « approche professionnelle » mais, avec le Cardinal George Pell, le Préfet du Secrétariat pour l'Économie, il devenait « de plus en plus efficace » et « est venu aussi près de découvrir des choses dangereuses ».

« En fin de compte, des mesures ont dû être prises pour l'arrêter » a ajouté cette source.

La question est maintenant de savoir quelles mesures le Vatican prendra pour remédier à la situation. Depuis son licenciement l'année dernière, des sources affirment que Milone a eu sa réputation ternie et injustement ternie, le laissant incapable d'obtenir d'autres nominations professionnelles ou engagements.

« Dans le monde réel, un cas comme celui-ci entraînerait bien plus que des excuses, il en résulterait une réintégration automatique, la réception d'un arriéré de paiement et l'octroi de dommages et intérêts » a déclaré la source au National Catholic Register.

Le National Catholic Register a contacté le bureau du Cardinal Becciù pour commentaire, mais son secrétaire a déclaré le 5 juillet qu'il ne pouvait pas être rejoint car il était en vacances.