vendredi 20 juillet 2018

Un historien Catholique explique l'histoire troublante
derrière la « nouveauté » de la rhétorique de François




par : Diane Montagna

SOURCE : Life Site News
Le 17 juillet 2018




LAC DE GARDE, Italie, 17 juillet 2018 ( Life Site News ) — Les homélies pontificales sur le « Dieu des surprises », sur ses discours sur les « idéologues de la Doctrine » et sur le besoin pressant d'écouter « les voix » à l'intérieur et en dehors de l'Église dans le cadre du Synode sur les Jeunes à venir afin de discerner l'Esprit, peut sembler nouveau pour beaucoup de Catholiques.

Mais pour un historien éminent, ce langage n'est pas nouveau du tout mais il est imprégné d'un « esprit fasciste » qui a émergé dans les cercles Catholiques au cours de l'entre-deux-guerres des années 1920-30, et il a été avancé par des figures controversées comme Teilhard de Chardin, et ce langage est maintenant exalté.

Selon le Dr John Rao, cet esprit est inconciliable avec la Tradition Catholique, il implique « un démantèlement de la Foi absolue » et refuse de permettre à quiconque « d'enquêter sur l'histoire et de mettre en examen des idées ». Ironiquement, dit-il, ce langage utilise aussi une « force dictatoriale » pour museler ceux qui le questionnent, en bannissant ses adversaires comme des « ennemis de l'Esprit » et des « fascistes ».

Diplômé en histoire de l'Europe moderne à l'Université d'Oxford, M. Rao est professeur à l'Université St. John's de New York et directeur du Forum Romain. Ses livres comprennent Luther et sa progéniture : 500 ans de Protestantisme et ses conséquences pour l'Église, l'État et la société , et Enlever le bandeau : les Catholiques du 19ème siècle et le mythe de la liberté moderne .

Le Forum Romain a été créé en 1968 par Dietrich von Hildrebrand afin de défendre Humanae Vitae, puis s'est développé au fur et à mesure que d'autres aspects de l'enseignement et de la pratique de l'Église ont été attaqués. En tant que jeune homme, Rao est devenu étroitement impliqué dans le projet et, en 1991, il lui a été confié sa direction. Observant une vision parfois étroite chez les Catholiques Traditionnels, Rao a cherché à élargir le programme en introduisant systématiquement les gens à l'ensemble de la Tradition, de la culture, de la philosophie et de la théologie de la Tradition de l'Église.

Life Site News s'est entretenu avec le Dr. Rao à l'issue de son symposium annuel d'été sur la Riviera de Gardone [ Italie ] pour discuter de la connexion entre l'entre-deux-guerres et l'Église de nos jours.

LifeSite : Dr Rao, dans votre dernière conférence au Forum Romain, vous avez fait un lien intéressant entre l'entre-deux-guerres et les idées qui prévalaient alors et l’Église de nos jours.

Dr. Rao : Eh bien, permettez-moi de commencer par l'incident que j'ai mentionné au sujet d'une Messe pour la commémoration d'un carabinieri [ un officier de police Italien ] assassiné en 1992 — une Messe du Novus Ordo . Le prêtre a dit la Messe correctement, mais tout était très participatif, avec tout le monde s’applaudissant les uns les autres et étant appelé pour donner des témoignages d'une sorte ou d'une autre ; et la personne assise à côté de moi, en Italien, m'a dit : « Tout comme les fascistes ». Et je ne savais pas de quoi il parlait.

Après, il m'a dit que le prêtre qui avait dit la Messe avait été un fasciste très, très fervent dans la période fasciste. Il a dit que tout l'esprit démocratique du fascisme — dans le sens où tout le monde devait faire partie d'une communauté unifiée où ils avaient été tous des soldats de première ligne transférés à la communauté en temps de paix — lui rappelait toujours la nouvelle Messe.

J'ai été intrigué par cela, alors j'ai commencé à faire des recherches et j'ai découvert un historien nommé John Hellman de l'Université McGill à Montréal. Il avait écrit sur des sujets qui m’a révélé la vérité de ce commentaire. Par exemple, il a un livre intitulé Emmanuel Mounier et la Nouvelle Gauche Catholique. Il en a un autre appelé Les Moines du Chevalier d'Uriage.

J'ai commencé à lire et par la suite je me suis rendu compte que tout l'esprit qui alors — je dirais — prenait possession de l'Église dans les années 1960, et beaucoup des figures mêmes qui étaient impliquées dans les commissions d'orientation pour mettre en pratique les décisions du Concile, étaient des gens qui étaient liés à des mouvements ainsi qu’à des idées des années 1920 et 1930 et qui étaient très imprégnés de l'idée de l'énergie, de la volonté et de la force, d'une manière qui a rendu le fascisme attrayant pour eux — mais jamais le nazisme par contre parce qu'il était raciste — cependant le fascisme dans son thème central que tous les fascistes soulignent, qui est l'importance de la volonté, du leader ou des éléments dirigeants de la société et la nécessité d'encourager l'énergie ainsi que de cultiver et perfectionner l'énergie des gens que le leader guide.

Qu'est-ce que cela a fini par faire fut de démontrer, alors que j'ai fait de plus en plus de recherches sur cet aspect, toutes sortes de problèmes des missionnaires, et les problèmes relatifs à ce qu'on appelle « l'action Catholique spécialisée », c’est-à-dire comment traiter avec les jeunes ? Comment traitez-vous avec les jeunes travailleurs dans les usines ? Comment traitez-vous avec les jeunes étudiants ? Et aussi les problèmes au sein du mouvement liturgique qui a créé des liens avec le mouvement œcuménique. Ces problèmes ont été très bien traités et interprétés et les réponses apportées par divers représentants de ce qu'on appelle très largement le personnalisme et la nouvelle théologie qui étaient alors très actifs à Vatican II et très influents dans la formation des hommes autres qu'eux-mêmes qui étaient actifs dans Vatican II.

Quel était leur thème principal ?

Ce qui devait être fait pour convertir avec succès la population du monde au Catholicisme, c'était d'abandonner ce qu'ils considéraient comme une compréhension trop individualiste et trop intellectuelle, une compréhension collée à la Doctrine de ce qu’impliquait de devenir un Catholique afin de comprendre ce que l'énergie vitale de différents groupes qui expliquait tout finalement. Et ils ont popularisé les termes « milieu » et « mystique » à cet égard.

Ils ont donc affirmé que ce que les fascistes faisaient était de comprendre qu'il y avait une énergie dans un peuple, ou dans le terme Allemand « folk », et que ce qui était nécessaire était de plonger dans cette énergie et ensuite guider cette énergie vers sa perfection. Mais ce qu'ils ont fait a été de donner une interprétation Catholique de sorte que votre travail — afin de rendre le monde Catholique — était de découvrir ce que la mystique de la jeunesse était, ce que la mystique des jeunes travailleurs était, ce que la mystique d'une paroisse donnée était, ce qu’était la mystique d'un peuple donné que vous vouliez convertir, comme les Chinois ou les Musulmans, et ensuite de ne pas s’y approcher pas avec une sorte de doctrine et de désir de faire changer ces gens, mais de reconnaître que leur force, leur énergie et leur vitalité et leur résistance à vos activités de conversion étaient un signe que le Saint-Esprit se manifestait dans ces personnes, et que ce que vous deviez faire plutôt que de les convertir en leur faisant accepter une doctrine et d’une certaine façon d'adorer Dieu, était de plonger dans ce milieu ou cette mystique, d'écouter ce qu'ils avaient à dire et d'accepter cela comme la voix du Saint-Esprit dans votre temps. Et d'où le souci d'écouter les « signes des temps ».

Ensuite, quand vous pouviez contrer cet argument en vous disant que le très grand nombre de milieux ou de mystiques dans lesquels vous étiez censés plonger étaient contradictoires, vous deviez reconnaître que vous ne pouviez pas comprendre les oeuvres du Saint-Esprit, mais ils étaient tous « convergents » vers un but ultime — et c'est l' argument de Teilhard de Chardin — et que lorsque ça apparaîtra, vous comprendrez pourquoi le Saint-Esprit voulait que vous acceptiez ces choses.

Et cela a impliqué la mystique ou le milieu de la manière qu’il a alors pénétré alors dans d’autres milieux de fascisme et de Marxisme ainsi que de beaucoup d'autres phénomènes. Et afin de pouvoir orienter ces personnes dans une direction Catholique, vous deviez alors développer des liturgies qui répondaient à ces différences mystiques. La seule chose est que dans les années 20 et 30, ils ont été empêchés d'aller trop loin dans le développement du fait qu'il y avait une forte autorité dans l'Église et, ce qui s'est finalement passé, c’est que, au cours de la Seconde Guerre Mondiale et l’effritement d’alors des structures de base, notamment en France à cause de la défaite de la France, leurs idées ont réussi à avoir de plus en plus de prise sur les gens. La seule chose est que leur intérêt fasciste d'origine s'est estompé parce qu'ils ont vu l'énergie, la force et la vitalité dans les forces qui ont vaincu le fascisme. Le plus grand défaut du fascisme est qu'il a perdu. S’il n'avait pas perdu, ça aurait été quelque chose qui aurait continué à être intéressant.

Alors ils ont changé et ils se sont réorientés dans la direction Marxiste et, avec l'aide de Jacques Maritain et son appréciation du pluralisme en Amérique comme un moyen d'organiser politiquement et socialement les choses qui ont permis à différents milieux d'avoir la liberté, ils ont pu comprendre cette attaque contre l'autorité que le système Américain offrait et ça a permis une sorte d'anarchie, si vous pouviez permettre à ce genre de vision de pénétrer dans la vie de l'Église. Cela a permis une sorte d'anarchie par laquelle le message du milieu a pu se manifester et les gens qui prétendaient comprendre où cela allait se diriger seraient alors capables de développer l'enseignement aux différents milieux donnés et ensuite les liturgies nécessaires pour convenir à ces différents milieux respectifs d'une manière qui permettrait au Saint-Esprit de finalement porter fruit.

Et, ironiquement, ils pouvaient utiliser la poussée anti-autorité de toute la vision pluraliste Américaine pour attaquer quiconque voudrait demander à l'autorité de l'Église de contrôler les mouvements dans cette direction. Ironiquement, ils pouvaient alors attaquer quiconque en affirmant que c'était un personnage fasciste dans son caractère, de manière à s'approprier l'opprobre qui est tombé sur le fascisme à cause de l'expérience Nazie qu'ils n'ont jamais partagée, et ensuite ils effrayaient les gens au silence de peur qu'ils ne soient identifiés comme fascistes, et ensuite ils permettaient à toutes les figures prophétiques qui étaient supposées plonger dans ces différents milieux de les mener à bien, de répondre à la demande du Saint-Esprit de faire leur travail. Et tout ce qui est développé depuis — ça se développait déjà mais ça s'est développé depuis le Concile en termes de théologie du Tiers-Monde, de théologie de la libération et d’une demande de liturgies et de changements dans la Doctrine et la morale Catholiques pour s’adapter à chaque milieu particulier comme le milieu « LGBT » et tous les autres genres — c’est connecté dans une ligne que vous pouvez démontrer avec des noms, avec des individus spécifiques dans les années 1960 et ensuite, avec le recul, jusqu’aux années 20 et 30. C'est en gros ce qui se passe ici.

Qui était impliqué dans ce mouvement ?

Pour donner un nom particulier à cet égard, le Dominicain Marie-Dominique Chenu , l'un des supporteurs de la Nouvelle Théologie, est un exemple classique. À la fin des années 1930, il faisait la promotion de diverses idées de ce genre. En 1941 et 1942, il était en relation avec l'école principale qui faisait la promotion de ces idées dans un lieu appelé Uriage, en dehors de Grenoble en France, qui était soutenu par le gouvernement Pétain. Puis ils ont rompu comme tous les autres ont fait, ils ont rompu avec Vichy une fois occupée par les Allemands et ils furent de nouveau impliqués dans des politiques racistes qui ne les intéressaient pas. Ils ont ensuite adopté une attitude plus amicale à l'égard du Marxisme et ensuite à l'égard du tous ces développements du Tiers Monde. Ils ont enseigné les gens — je parle de Chenu — qui est devenu actif dans les mouvements de théologie de la libération, dans les mouvements de théologie du Tiers Monde et autres. Et il y a des noms après des noms après des noms du même genre.

Vous avez dit que ce mouvement cherchait à identifier les nouvelles oeuvres du Saint-Esprit dans différents milieux, œuvres parfois même contradictoires. Comment les partisans de cette vision concilient-ils leur approche avec la Tradition ?

Ils ne le peuvent pas.

Alors qu'est-ce que la Tradition signifie pour eux ?

La Tradition est un phénomène en constante évolution jusqu'à ce que vous « convergiez », je suppose, en utilisant le terme de Teilhard , à son « Point Omega » ». Par exemple, un écrivain nommé Emile Poulat , qui a écrit une histoire sur le mouvement des prêtres-ouvriers, est en fait une sorte de continuateur de toute cette vision, et il fait le travail de l'Église : ce que vous avez à faire pour enseigner et guider les gens qui est analogue au mouvement des Israélites hors d'Egypte dans la terre promise de sorte que toute questionnement sur ceci exigeait votre errance dans le désert. Vous deviez juste l'accepter.

J'ai mentionné dans la conférence que j'ai donnée que l'un des éléments qui jouent un rôle dans le développement de ces arguments sont certaines souches de la pensée Orthodoxe Russe qui étaient très actives et influentes dans les cercles de Maritain en France, puis à Londres et à Oxford qui argumentaient contre la position intellectuelle et doctrinale prétendument exagérée de l'Église Romaine, le besoin de faire confiance au Saint-Esprit. Il n'y a aucun moyen, finalement, de juger si c'est vraiment le Saint-Esprit ou pas, de sorte qu'un homme comme Jacques Maritain, qui écrit sur un grand nombre de ces thèmes sur le plan philosophique, ne peut jamais descendre dans cette même direction. J'ai mentionné dans ma conférence qu'il avait une critique d'une position plus radicale d'un homme comme Emmanuel Mounier parce qu'il a dit que puisqu'ils enlèvent les catégories intellectuelles de tout cela, ils sont spirituellement stériles devant quel que Ramakrishna.

J'ai aussi soutenu que je ne crois pas que Maritain aurait jamais accepté le genre d'idées que je viens de mentionner en tant que telles. Pas plus pour Paul VI non plus, car ils sont trop liés à toute la position doctrinale Chrétienne. Mais sur un plan pratique, avec leur retrait de l'usage de l'autorité et ensuite leur ouverture au pluralisme, ils ont créé précisément les conditions dans lesquelles ce milieu anarchique — et ensuite les témoins prophétiques supposés — à l'Esprit du milieu pourrait créer un million des sortes de théologie Catholique avec un million de liturgies qui y répondaient, attaquant quiconque qui se référerait à tout ce qui était arrivé avant le Concile Vatican II en tant qu'« ennemi du Saint-Esprit » et fasciste. Je ne veux pas dire ça comme une blague. Il se cache derrière leurs arguments que si vous soulevez quelque chose qui a eu lieu avant le Concile, il y a quelque chose dans votre esprit qui vous conduit à Auschwitz.

Le Vatican accueille un Synode sur la Jeunesse en octobre. Lors d'une récente conférence de presse pour présenter son document de travail [ Instrumentum Laboris ], les organisateurs du Synode ont qualifié le nouveau document de « moment de convergence dans l'écoute de toutes les composantes de l'Église et des différentes voix qui ne lui appartiennent pas ». Les voix, disaient-ils, incluaient celles des jeunes Catholiques, des non-Catholiques, des Musulmans, des athées et des soi-disant « Jeunes LGBT ». Comment les gens devraient-ils voir et comprendre cela à la lumière de ce que vous avez dit ?

Que c’est en continuité avec quelque chose de ce qui est finalement à la base de l'esprit fasciste. Je pense que, d'une manière ou d'une autre, toutes les manifestations de la modernité ont ce caractère : elles sont toutes impliquées dans un démantèlement de la raison et de la valeur de la raison. Ils sont tous un démantèlement de la Foi absolue qui a été rendue vivante par la Grâce, liée à un événement historique spécifique et à ce qui découle de cet événement historique spécifique — l'Incarnation, puis la Passion et la Résurrection. Cela implique de cacher son passé à cause de son refus de permettre à quiconque d'enquêter sur l'histoire ainsi que de mettre en examen des idées et de crier plus fort que les autres. J'ai lu quelques citations dans ma conférence sur des personnes liées à cette école qui existaient depuis quelques années à Uriage, où toutes ces diverses influences ont eu leur impact. DeLubac était là à cette école. Les idées de personnes comme Yves Congar, qui n'était pas à l'école, étaient présentes. Les idées de Teilhard de Chardin étaient influentes et Mounier était très impliqué dans cette école jusqu'à ce que les problèmes politiques l'en éloignent.

J'ai cité certaines citations impliquant une attaque contre la Doctrine Chrétienne, une attaque contre les pratiques Chrétiennes et la dévotion qui ressemblait exactement à certaines attaques très désagréables contre le « dévotionisme » Chrétien et les pratiques venant de très hautes sources en effet aujourd'hui. Exactement la même chose.

Et pendant que je parle de cela, à cet égard — et c'est après avoir été pointé dans cette direction par d'autres personnes — je pense personnellement que les attaques sur le Pape François comme étant en quelque sorte un Marxiste sont déplacées. Je pense qu'il est fasciste. C'est un Peroniste et il a cette même mentalité. La seule chose est que la seule façon de savoir ce que le fascisme signifie réellement par opposition à la façon dont les gens utilisent ce terme pour simplement dénigrer ceux qu'ils n'aiment pas, c'est en étudiant l'histoire et les idées, et c'est ce qui ne vous est pas permis par cela. Vous êtes contre le Saint-Esprit si vous faites cela.

Et la solution ?

Le retour à la Tradition. C'est soit la victoire de la volonté brute et de la force — une force dictatoriale — soit un retour à la Tradition, ce qui signifie un retour à la Foi, à la Grâce et à la raison tout ensemble. Comment cela arrivera, je n'ai aucune idée.