mercredi 25 juillet 2018

Entretien du Santissimo Padre avec le Père Oxyd

Une conversation qui a pu
être entendue à la Casa Santa Marta...




Par : Peter A. Kwasniewski PhD (Philosophie)
Professeur, Wyoming Catholic College

Le 25 juillet 2018
SOURCE : One Peter Five



Santissimo Padre : Qui est-ce ?

Garde Suisse : Saint-Père, c'est le Père Oxyd, qui désire prendre une tasse de thé avec vous.

S.P. : Bien sûr, envoyez-le.

[ La porte s'ouvre et un prêtre d'âge moyen entre vêtu d'une chemise cléricale bleu clair et d'un jean ]

S.P. : C’est si bon de vous voir. Asseyez-vous. La sœur apportera le thé sous peu. Qu'est-ce qui préoccupe vos méninges ?

Père Oxyd : Votre Sainteté, réalisez-vous que les sondages montrent que 87% des Catholiques pratiquants approuvent la contraception artificielle ? En dehors de ceux qui ignorent peut-être l'enseignement de l'Église — une possibilité distincte de nos jours puisque l'enseignement n'est presque plus jamais mentionné —, qu'est-ce qui, selon vous, explique cette division étonnante entre la Doctrine officielle et la pratique actuelle ?

Santissimo Padre : Je me le demande justement. Il est clair que 99% des Catholiques qui assistent encore à la Messe vont à la Forme Ordinaire, mais il est également clair que les 1% qui assistent à la Liturgie préconciliaire acceptent l'enseignement sur la contraception artificielle. Alors j'essaie de comprendre la situation. Je me retrouve face à des gens trop laxistes, qui ont une attitude de laxisme. Et je me demande : comment se fait-il qu’il y ait tant de laxisme ? Tu creuses, tu creuses, ce laxisme cache toujours quelque chose, un manque de Foi en Christ. Le vrai amour n'est pas laxiste.

P.O. : Pourquoi avez-vous amené la liturgie dans la conversation ? Pensez-vous que cela a quelque chose à voir avec ce problème ?

S.P. : Problème ? Pourquoi pas une opportunité pour la miséricorde ?

P.O. : Tout à fait raison. Doublement raison.

S.P. : Eh bien, vous connaissez le vieil axiome : « Lex orandi, lex credendi » auquel certains anti-1968 — vous savez, ceux qui portent des Burkenstocks [ marque de scandales ] — ajoutent lex vivendi. [Soupirs ]. Je suppose que je devrai traduire cette phrase vu que le clergé a à peine assez de Latin pour comprendre les termes Novus Ordo. En violation des exigences claires du Droit Canonique, je pourrais ajouter.

P.O. : Cela ne nous a pas arrêtés auparavant.

S.P. : Vous passez trop de temps avec Coccopalmerio, qui devrait se retirer à ce stade de sa carrière. Ah, ma sœur, merci pour le thé !

P.O. : Et je sais ce que veut dire Novus Ordo.

S.P. : Donc, comme je le disais : lex orandi, lex credendi, lex vivendi. Cela signifie que la loi de la prière établit la loi de la croyance, qui à son tour établit la loi de la vie. En d'autres termes, nous croyons ce que nous prions, et nous vivons ce que nous croyons.

P.O. :'ai peur de ne pas suivre.

S.P. : Alors vous devriez devenir davantage une brebis ! La majorité des Catholiques sont des dissidents de l'interdiction de la contraception et la plupart d'entre eux assistent au Novus Ordo du super-saint toujours béni, mon vénérable prédécesseur en innovations, Paul VI. En effet, à peu près la seule chose sur laquelle il n'a pas innové a été cette question épineuse du contrôle des naissances. D'autre part, un minuscule nombre de Catholiques rigides qui assistent à des liturgies ridiculement rigides ne sont pas en désaccord avec ce que Paul VI ( qu'il soit béni ! ) a enseigné sur la contraception. Et je me demande : pourquoi est-ce que les gens rigides suivent l'enseignement de l'Église alors que les fidèles qui participent activement à l'esprit et à la vérité et qui se régalent à la table de l'abondance ne le sont pas ? Il semble que ce devrait être l'inverse. Non ?

P.O. : Humm, n'est-ce pas parce que l'enseignement sur la contraception est rigide, sans amour et sans sécurité ? Cela expliquerait pourquoi les personnes avec la droite liturgie utilisent la contraception tandis que les personnes avec la liturgie erronée refusent. Cela prend tout son sens. Ça va de pair avec la normalité d'un groupe et le caractère excentrique de l'autre. Je savais que nous irions au fond des choses si nous essayions assez fort.

S.P. : Ah, mais ce n'est pas si facile que cela. Même moi, avec mes équivoques jésuitiques, je peux faire croire que l'Église n'a pas toujours enseigné l'interdiction d'interférer avec l'aspect procréatif de l'acte conjugal. Ça semble quelque chose que nous devrions au moins apporter un soutien de façade...

P.O. : Vous avez peut-être raison à ce sujet.

S.P. : J'ai toujours raison. Je suis le Pape.

P.O. : Vrai. Et c’est une bonne chose sinon il pourrait y avoir beaucoup de confusion dans l'Église.

S.P. : Ne tournons pas autour du pot. Les Traditionalistes sont incroyablement têtus. Ils jettent des bâtons dans les roues de nos travaux tout le temps. Je ne sais pas comment les faire taire. Et ils possèdent quelque chose que les Catholiques normaux n'ont pas. [ Il regarde par la fenêtre pensivement ]

P.O. : Qui est ... ?

S.P. : Ils ont des enfants, espèce d’idiot ! Vous souvenez-vous de ce dont nous parlions il y a deux minutes ? « Ta femme sera comme une vigne féconde dans ta maison ; tes enfants seront comme des pousses d'olivier autour de ta table ... » Ils croient encore à tout ça.

P.O. : Croire encore à ça de nos jours !

S.P. : C'est pire que ça. Ils ont aussi des vocations. Et beaucoup d’ailleurs.

P.O. : Cela semble, Votre Sainteté, presque comme un compliment aux Traditionalistes.

S.P. : Je n'avais pas prévu une telle chose. Qui suis-je pour changer d’avis ? Je ne change pas d'avis si facilement.

P.O. : Mais ... si cela ne vous dérange pas que je dise ... dans votre dernier entretien d'avion —

S.P. : Lequel est-ce ? J'en ai fait tellement, c'est difficile à retenir.

P.O. : Celui en route vers Pékin pour l'inauguration de la Cathédrale Patriotique Catholique Chinoise.

S.P. : Continuez.

P.O. : Dans cette interview, vous avez répondu à certaines questions différemment de la façon dont vous y avez répondu auparavant, ce qui a donné lieu à une croyance, partagée par tous les grands journaux libéraux, que votre magistère papal évolue maintenant vers un niveau de conscience plus élevé. Peut-être même assez haut pour saisir les secrets de la Banque du Vatican !

S.P. : Les entretiens papaux n'ont pas seulement une autorité magistérielle, mais dans de nombreux cas, aucun intérêt, sauf pour les psychiatres et les biographes. Je suis surpris, je dois admettre que beaucoup de gens n'ont pas compris ce fait important. Vous avez remarqué, d'ailleurs, que j'ai un biographe officiel ? Il a un accès régulier à ma personne sacrée.

P.O. : C'est une Bonne Nouvelle, car nous ne voudrions pas perdre une miette de tant de sagesse Argentine qui tombe de votre table d'abondance.

S.P. : Vous me copiez maintenant. Ceci n'est pas autorisé car la Libreria Editrice Vaticana détient les droits d'auteur sur tout ce qui est papal. Y compris la dernière Expectoration Apostolique, Daemonis Inundatio.

P.O. : Merveilleux ! Est-ce un nouveau type de document ? Pouvez-vous m’en dire plus ?

S.P. : Tout le monde n'est pas encore prêt, mais cela va sûrement changer. Le développement de la Doctrine se passe sous nos yeux à un rythme exponentiel. Tout est en mouvement, comme l'a dit Héraclite. Personne ne fait deux pas dans le même Tibre.

P.O. : Je comprends, votre Sainteté : le nouveau paradigme, Hegel, Teilhard ...

S.P. : Exactement. L'évolution est la règle du jeu. Nous le savons depuis longtemps au sujet du monde naturel et du monde des cultures et des civilisations. La liturgie, il va sans dire, était plus difficile à craquer, avec tous ces imbéciles qui pensaient que nous devions continuer à faire ce qui avait toujours été fait. Montini s'en est occupé avec un casse-noix monumental ou, devrais-je dire, une masse. La moralité et le Dogme ont été les plus difficiles à faire tomber, comme vous pouvez vous y attendre, mais l'élan de l'évolution les a finalement rattrapés et les a également englobés comme un tsunami irrésistible.

P.O. : En parlant d'évolution, si vous me le pardonnez, je dois renoncer à cette chaise très confortable et manifestement dénuée de pauvreté, me tenir debout et utiliser mes deux jambes de façon hominide pour aller voir le Secrétaire d'État, qui a besoin de me voir.

S.P. : Vraiment ? Quel péril a levé Parolin de sa manche ?

P.O. : Quelque chose à propos de ... je ne sais pas ... peut-être supprimer un Ordre religieux quelconque ou un autre.

S.P. : N’y prenez pas trop plaisir ou je devrai faire un exemple de vous.

P.O. : Oh, ne faites pas ça — ça pourrait me qualifier pour une canonisation accélérée ! [ Rire gras du ventre ]. Avec mes meilleurs souhaits, Santo Padre, je vous laisse à cette formidable pile de correspondance que vous avez là. Ciao.

[Le Père Oxyd serre la main du Pape et se retire. Le Garde Suisse ferme la porte derrière lui, laissant le Pape avec son maté.]

P.O. : [ songeur ] Monseigneur, ah, un homme utile. [ Pause ] Je pensais avoir aboli ce titre.