lundi 9 juillet 2018

Mgr Athanasius Schneider

Mgr Athanasius Schneider discute de la liturgie, du sacerdoce,
de la confusion doctrinale, de l'immigration
et du Synode sur la Jeunesse


Mgr Athanasius Schneider, Évêque auxiliaire d'Astana au Kazakhstan ( centre) et le Cardinal Américain Raymond L. Burke ( à droite ), Patron des Chevaliers et des Dames de Malte, et d'autres membres du clergé participent à la 6e Marche Annuelle de Rome en mai 2016. ( CNS photo / Paul Haring)



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« Quand les gens sont vraiment persécutés, vous devez les aider. Mais quant au phénomène de la soi-disant immigration Européenne, il est clair et évident par ce que nous pouvons observer, qu'il s'agit d'une action orchestrée ... »



Entretien mené par : Paul Senz
Le 6 juillet 2018

SOURCE : Catholic World Report

Mgr Athanasius Schneider a été ordonné prêtre le 25 mars 1990 et a été consacré Évêque à l'autel de la Chaire de Saint Pierre à la Basilique Saint-Pierre de Rome, le 2 juin 2006, par le Cardinal Angelo Sodano. Depuis 2011, il est Évêque auxiliaire de l'Archidiocèse d'Astana au Kazakhstan. Il est Secrétaire Général de la Conférence des Évêques du Kazakhstan et Évêque titulaire de Celerina en Suisse. Il est membre des Canons Réguliers de la Sainte Croix de Coimbra.

L'Évêque Schneider a longtemps été une voix forte de la Foi Catholique Orthodoxe et, ces dernières années, il est devenu encore plus important et influent dans le monde entier. En décembre 2017, Mgr Schneider était signataire — avec l'Archevêque Tomash Peta d'Astana et l'Archevêque de Karaganda Jan Pawel Lenga de Karaganda, également du Kazakhstan — d'une « Profession des Vérités Immuables sur le Mariage Sacramentel », qui visait à clarifier de nombreuses questions soulevées à la suite de l'Exhortation apostolique post-synodale du Pape François, Amoris Laetitia.

L'Évêque Schneider a récemment passé une entrevue avec Catholic World Report [ CWR ] à la Sacred Liturgy Conference [ Conférence de la liturgie sacrée ] à Salem, Oregon, où il était l'un des nombreux conférenciers distingués.

Catholic World Report ( CWR ) : Avez-vous toujours été un ardent défenseur de la beauté dans la liturgie, ou est-ce que vous y êtes arrivé plus tard ?

Mgr Athanasius Schneider : Depuis mon enfance. J'ai grandi dans l'Église clandestine, avec de saints prêtres qui étaient très dévoués à une célébration respectueuse de la liturgie. Avoir le désir de la beauté dans la liturgie est, à certains égards, inné ; la joie dans la beauté est innée. Quand les gens observent une belle campagne, par exemple, un beau phénomène dans la nature, de belles fleurs et ainsi de suite, chacun de toutes les cultures, de tous les âges dira spontanément « C'est beau ».

C'est pareil pour les questions spirituelles. C’est dirigé vers la beauté spirituelle, vers des valeurs spirituelles — le premier et le plus important devoir est l'adoration de Dieu. Et par conséquent, la Foi profonde et l'intégrité de la Foi Catholique, de la vie morale et de la vie spirituelle, ouvrent instinctivement l'âme à la beauté dans la liturgie.

CWR : Dans votre diocèse ( l'Archidiocèse d'Astana, au Kazakhstan ), quelle est la situation ? Est-ce une lutte pour assurer une révérence dans la liturgie ?

Mgr Schneider : Nous devons distinguer dans cette affaire les simples fidèles et le clergé. Les fidèles sont généralement plus remplis d'un sentiment de crainte, de respect, de révérence ; ils aiment la beauté, la révérence dans l'Église et dans la liturgie ; surtout les fidèles qui vivaient dans l'Église clandestine. Mais presque tous ont déjà émigré en Europe, en Allemagne et en Pologne. Nous avons maintenant de nouveaux convertis dans nos paroisses. Ils ont aussi ce désir de révérence et de sainteté dans la liturgie. Le problème est le clergé. La majorité de notre clergé vient de l'étranger, des pays Occidentaux et, parfois, ils apportent leurs propres styles de liturgie, avec un style liturgique, parfois négligent et superficiel — presque un style de divertissement — et ils manquent souvent de sensibilité pour la vraie liturgie, la beauté et la révérence.

Nous n'avons, Dieu merci, aucun abus liturgique dans mon diocèse. Mais parfois nous devons dire à certains prêtres qui viennent de l'étranger de faire plus attention, de respecter les traditions locales de notre peuple qui vivait dans l'Église clandestine.

C'est une question d'éducation et de formation continue, que les Évêques doivent donner au clergé et, je le répète, le peuple est plus pieux que le clergé.

CWR : Quels défis l'Eglise doit-elle relever au Kazakhstan ? Il y a un petit nombre de Catholiques ( 90 000 ) par rapport à la population ( 18 millions ) dans le pays ; comment cela pose-t-il un défi ?

Mgr Schneider : Le premier défi consiste à reconstruire de nouvelles familles Catholiques. Nous avions des familles Catholiques intégrales, mais surtout des Allemands et des Polonais, et ils sont retournés dans leurs pays d'origine. Une famille Catholique complète et intégrale est la base de la vie de l'Église. Sans cela, vous pouvez difficilement construire une vie d'Église vraie et stable et avoir suffisamment de vocations sacerdotales. La nouvelle situation est que la majorité de nos fidèles sont des convertis, et ils viennent souvent de familles divisées ou divorcées. Le divorce était très largement pratiqué à l'époque Communiste. Ou bien ils viennent de familles, où une partie est Chrétienne et une autre partie est non-Chrétienne, ou une partie est Catholique et une autre est non-Catholique. C'est notre défi. Il faut du temps pour reconstruire de nouvelles familles Catholiques intégrales. Nous essayons de développer un apostolat pour les familles et le mariage. C'est le premier défi.

Le deuxième défi est la formation des prêtres locaux. Nous n'avons pas encore un clergé local numériquement suffisant. Il n'y a pas un seul Évêque qui soit local, sauf moi. Je suis né et j'ai vécu dans mon enfance au Kirghizistan, dans la même région culturelle que le Kazakhstan. Plus ou moins 80% de l'ensemble du clergé sont des étrangers. Le clergé local est vraiment une minorité. Et c'est un problème : une Église locale grandira et sera forte quand il y aura un bon clergé local — pas seulement numériquement, mais qualitativement bon. C'est notre deuxième défi : nous n'avons pas beaucoup de vocations parce que nous n'avons pas de familles Catholiques intégrales. D'elles viendront les vocations.

Le troisième défi est que nos communautés sont très dispersées à distance. Par conséquent, elles ne sont pas parfois pastoralement bien servies à cause de ces grandes distances et de la pénurie de prêtres.

Un autre défi est la société dans laquelle nous vivons, un pays majoritairement Musulman et post-soviétique où l'Église ou bien les groupes religieux n'ont pas la possibilité ou même le droit d'évangéliser sur la place publique. C'est en quelque sorte une diminution de nos chances, ou même de la possibilité, d'évangéliser sur la place publique.

Je dirais que ce sont, plus ou moins, les défis les plus importants.

CWR : Lors d'une conférence à Rome en 2010, vous avez suggéré qu'un nouveau « syllabus » était nécessaire dans lequel le Pape pourrait corriger les interprétations erronées des documents du Concile Vatican II. Huit ans plus tard, beaucoup de choses ont changé, y compris celui qui est Pape, et nous sommes confrontés à des problèmes plus récents. Quelles sont vos pensées sur cette idée maintenant ? Est-ce qu'un tel syllabus, ou un syllabus d'erreurs différent, est nécessaire aujourd'hui ?

Mgr Schneider : Oui, vraiment nécessaire. Car, comme l'a dit le défunt Cardinal Carlo Caffarra de Bologne, l'un des signataires des dubia, seul un aveugle peut nier que l'Église traverse une très grande confusion, en particulier une confusion doctrinale. Cela ne peut être nié, c'est évident. Contra factum not valet argumentum [ on n’argumente pas contre des faits ]. La situation dans l'Église, quant à la Doctrine, la morale, la liturgie et d'autres questions est devenue encore plus confuse. Par conséquent, il est évident qu'il y a encore plus besoin d'une sorte de syllabus. Cela signifie d'indiquer les erreurs majeures qui ont été répandues. Il y a la question non seulement des mauvaises interprétations de Vatican II mais aussi de certaines affirmations problématiques du Concile lui-même.

À mon avis, certaines affirmations du Concile doivent être corrigées ou complétées par d'autres explications ou formulations. En effet, le Concile n'avait pas l'intention de faire des déclarations dogmatiques définitives et, donc, selon l'intention du Concile lui-même, leurs propres textes sont ouverts à d'autres améliorations et clarifications. À mon avis, c'est possible et même nécessaire. À partir de formulations ambiguës, beaucoup d'erreurs se produisent maintenant et que nous observons depuis les 50 dernières années ; non seulement de mauvaises interprétations, mais aussi des formulations ambiguës en elles-mêmes.

Je pense qu'il serait utile de faire ce genre de syllabus en commençant par le bas, par les fidèles laïcs. Vatican II a lancé un appel pour que les fidèles soient conscients de leur vocation dans l'Église, de leur contribution à la vie et à la Foi de l'Église, en vertu de leur Baptême et de leur Confirmation. Par conséquent, ils doivent utiliser les dons du Saint-Esprit, qu'ils ont reçus dans la Sainte Confirmation, pour faire de telles contributions pour le bien de toute l'Église.

Peut-être qu'un tel programme peut commencer avec les théologiens laïcs, et même avec de simples laïcs qui connaissent bien la Foi. Ils pourraient faire un brouillon d'un syllabus et, ensuite, peut-être des prêtres pourraient se joindre, puis des Évêques, et enfin le Pape. L'Église est une famille. Ce devrait être un processus de style familial pour rédiger un nouveau syllabus, ou un nouveau serment de Foi, un serment, d'une manière ou d'une autre, contre les erreurs doctrinales les plus répandues de notre temps.

CWR : Je suis curieux de connaître vos pensées sur le prochain Synode sur la Jeunesse. Comme vous le savez, le Vatican a récemment publié l'Instrumentum Laboris [ document de travail ]. Quels sont vos espoirs, vos préoccupations ou autres réflexions concernant le prochain Synode ?

Mgr Schneider : Ce qui me préoccupe, sur la base même de ce document de travail, c'est qu'il accepte la terminologie de la propagande des LGBT. Ceci est pour moi impossible qu'un document officiel du Saint-Siège accepte une telle terminologie de propagande, ce qui est contraire à la saine raison et à la Loi révélée de Dieu. Je crains que ce document et le Synode ne soient utilisés pour une propagande de l'idéologie homosexuelle qui conquiert presque le monde entier. Nous devons résister à ces choses et énoncer clairement ce problème.

À mon avis, l'adoption de la terminologie de propagande de l'idéologie homosexuelle dans un document de l'Église est une offense aux jeunes. Ils sont ainsi en quelque sorte automatiquement liés à la question de l'idéologie de l'homosexualité. C'est mon opinion que, si j'étais un jeune homme, ce serait une offense pour moi. Comment se peut-il, en parlant des jeunes dans un document synodal, qu’ils sont en quelque sorte automatiquement liés au langage et à l'idéologie LGBT ? C'est pour moi un outil de propagande clair. Je crains que le Synode puisse être une machination pour faire avancer le programme des LGBT et que ce soit une offense pour les jeunes. J'espère que cela n'arrivera pas, mais c'est ma peur.

CWR : Après avoir beaucoup évolué en tant qu'enfant — vous êtes né au Kirghizistan, puis vous êtes allé en Estonie, puis en Allemagne, et vous avez rejoint votre Ordre en Autriche — que pensez-vous de l'idée d'immigration en Europe, aux États-Unis ou en général ?

Mgr Schneider : Nous devons distinguer les différents types d'immigration. J'étais un migrant, avec ma famille, parce que nous étions persécutés et expulsés. Quand les gens sont vraiment persécutés, vous devez les aider. Mais en ce qui concerne le phénomène de la soi-disant immigration Européenne, il est clair et évident, d'après ce que nous pouvons observer, qu'il s'agit d'une action orchestrée par les puissantes organisations politiques internationales. C'est le but, le but clair, d'enlever à l'Europe son identité Chrétienne et nationale. C’est destiné à diluer le caractère Chrétien et le caractère national de l'Europe. La majorité des soi-disant migrants sont des Musulmans, donc il y a aussi une Islamisation de l'Europe.

Bien sûr, ces gens ne sont pas coupables, mais ils sont utilisés comme moyens par de puissantes organisations. Cela nous ne pouvons pas accepter. Nous devons déclarer que ce n'est pas seulement pour détruire l'identité Chrétienne et nationale de l'Europe au moyen de cette immigration artificielle. Les puissances politiques internationales ont stimulé et favorisé la guerre en Syrie afin d'avoir quelques occasions de commencer le grand processus d'immigration. L'immigration en provenance d'Afrique via la Méditerranée est aussi artificiellement créée : ils mettent les gens à bord de bateaux et de navires et ils créent ensuite des situations de naufrage. C'est déjà très évident. Nous ne pouvons pas, en tant qu'Église, être instrumentalisés dans le processus de destruction de l'identité Chrétienne et nationale de l'Europe.

CWR : Pour en revenir à la liturgie, quelle est votre expérience des liturgies Catholiques Orientales ? Comment cela joue-t-il un rôle dans l'Église dans son ensemble, le fait de respirer avec deux poumons ?

Mgr Schneider : Providentiellement, en tant que jeune prêtre vivant à Rome, j'ai eu la permission de célébrer aussi le Rite Byzantin. Pendant plus ou moins 10 ans, j'ai célébré à Rome au Collegium Russicum la liturgie Byzantine, donc je la connais et je l'apprécie.

Cette liturgie est imprégnée de respect, de révérence, d'esprit surnaturel et d'adoration. La même chose que c'était toujours dans la forme traditionnelle et constante du Rite liturgique de l'Église Romaine jusqu'aux réformes liturgiques après le Concile Vatican II. Nous pouvons apprendre beaucoup des fidèles des Églises Orientales. Ils ont un profond respect pour ce qui est sacré. Tout ce qui appartient à la liturgie est sacré. Vous ne pouvez pas changer la liturgie par les goûts de l'époque. La liturgie est intemporelle. Il y a un sentiment très fort quand vous entrez dans l'église, que vous venez maintenant en contact avec quelque chose qui est saint. Vous devez vous comporter de manière sainte.

L'attitude spirituelle de base des Chrétiens Orientaux, — je suis en contact avec les Orthodoxes et les Catholiques Grecs au Kazakhstan — est un profond sentiment d'humilité devant Dieu. Une telle attitude nous manque d'une certaine façon dans le monde Occidental. Dieu exalte l'humble et, à l'humble, Dieu donne Sa grâce. Nous sommes petits devant Dieu ; nous sommes des pécheurs devant Dieu. Les Chrétiens avec une telle attitude sont moins tentés d'être Pharisiens qui se tiennent au premier rang dans le Temple et qui méprisent le révérencieux et l’humble, qui est à l'arrière du Temple, et qui n'ose pas ouvrir les yeux sur Dieu et qui se frappe la poitrine. Notre Seigneur l'a félicité pour cette attitude. Ce comportement du pauvre et repentant pécheur dans le Temple est à mon avis une attitude très claire aussi des Chrétiens Orientaux.

Et puis il y a le sens de la pénitence, qui fait également défaut dans la vie actuelle de l'Église dans le monde Occidental : les pénitences corporelles et le jeûne, par exemple. Nous pouvons apprendre d'eux aussi. Et puis, il y a aussi une profonde vénération de Notre-Dame, bien sûr. Ce sont les attitudes positives des Chrétiens des Églises Orientales que j'apprécie beaucoup.