vendredi 31 juillet 2015

Théologien personnel de Jean-Paul et Benoît XVI

il a du gros bon sens dans l'affaire des divorcés/remariés


La Civiltà Cattolica, périodique Jésuite, interviewe le Théologien émérite pontifical : l’expression « divorcés/remariés » est trop générique et est appliquée dans des situations fondamentalement différentes ».


Par Iacopo Scaramuzzi
Vatican Insider
Cité du Vatican

« Dans le rigorisme, il y a une brutalité innée qui va à l'encontre de la douceur Dieu qu’Il a pour guider chaque personne » dit le Dominicain Georges Cottier, théologien émérite papal (il fut nommé à ce poste par Jean-Paul II et vit son « mandat » prolongé par Benoît XVI) dans une interview avec le directeur du périodique jésuite italien La Civiltà Cattolica, le père Antonio Spadaro. Le thème de l'interview — qui paraîtra dans le prochain numéro du bimensuel périodique — est la Miséricorde étant donné les prochains Synode et Jubilé. La Civiltà Cattolica a également interviewé Jean Miguel Garrigues, un autre théologien dominicain dans les derniers mois.

« La Miséricorde est la doctrine, elle est au cœur de la Doctrine Chrétienne » a dit le cardinal suisse. « Seule une personne bornée peut défendre le légalisme et imaginer que la Miséricorde et la Doctrine sont deux choses distinctes. En ce sens, l'Église d'aujourd'hui a réalisé que personne, quel que soit leur poste, ne peut être laissé seul. Nous avons besoin de guider les gens, les justes comme les pécheurs… tous les deux.

Cottier a déclaré : « Il semble que les gens d'aujourd'hui ne sentent plus la nécessité de se marier, de faire un engagement public pour la vie. La cohabitation semble maintenant être une affaire privée qui est toujours ouverte au changement. « D'un point de vue chrétien, le mariage est « l'institution naturelle élevée à la dignité de sacrement. Cela ne signifie pas qu’un élément surnaturel devrait être ajouté à une réalité qui demeure essentiellement naturelle ; cela signifie que la sacramentalité donne cette réalité —qui se présente alors comme une cause matérielle — une nouvelle forme, une nouvelle essence et identité. « Quelqu’un peut se demander, a continué le Théologien, si certains représentants de l'autorité ecclésiale peuvent avoir été influencés par le premier concept lorsqu'ils agissent, comme si la chose qui nécessite la plus grande attention est le soutien que l’on croit que les structures législatives de la société temporelle devraient donner aux chrétiens dans leur foi ecclésiale ». Ce qui préoccupe le plus le théologien suisse est « le fait qu’il n’y ait pas eu de véritables innovations introduites sur le plan ecclésial pour mettre en œuvre une nouvelle pastorale pour la préparation au mariage, un programme qui répondrait aux crises dans le sacrement. La pratique actuelle est devenue souvent inadéquate et apparaît comme une simple formalité plutôt qu’une éducation vers un engagement pour la vie ».

En ce qui concerne le terme « divorcés/remariés », le Théologien le voit comme « malheureux » d'un point de vue canonique : « Il est trop générique et est appliqué dans des situations fondamentalement différentes. Ça indique qu'une ou plusieurs personnes qui ont divorcé d'un mariage sacramentel indissoluble ont conclu un mariage civil. Ce second mariage n’annule pas le premier ni ne se substitue à celui-ci parce que le premier reste le seul mariage et l'Église n'a pas le pouvoir de le dissoudre. Le jugement pastoral ne peut pas ignorer l'origine de chacune de ces deux unions, c’est purement une question d'équité ». Cottier décrit deux cas très différents qui relèvent de la catégorie des « divorcés/remariés » : un cas est celui d'une personne qui a été abandonnée par son conjoint et qui détient la garde de leurs enfants. Cette personne rencontre quelqu'un qui lui offre de l’aide et de la sécurité, et les deux se marient. L'autre cas concerne une personne mariée avec des enfants adolescents qui « rencontre un brillant et jeune célibataire. Ils sont emportés par la passion, abandonnent leurs familles, divorcent et contractent un mariage civil » et « prennent part à la vie paroissiale ». « Ce sont des cas différents. Le second implique un « scandale » tandis que le premier est lié à la solitude, une difficulté d’avancer, une vulnérabilité, un besoin, y compris un besoin de compagnie ». « En général, dans chaque situation, la justice exige que certains facteurs importants soient pris en compte » : « Le devoir qu’un conjoint a envers le conjoint abandonné qui reste souvent fidèle à ses vœux sacramentels », « les droits des enfants nés pendant la premier mariage légitime » ( « Curieusement, le Synode de 2014 a peu porté sur cet aspect du moins en termes de couverture médiatique » ).

Ce qui est nécessaire plutôt, c’est « un jugement prudent ». Cottier a déclaré : « Je crois que la solution à certains problèmes devraient venir du jugement prudent de l'évêque. Je dis cela non sans hésitation et de doute quand je vois la division entre les évêques. Ma première prétention réfère en premier et avant tout à certaines situations où il y a une grande probabilité que le premier mariage soit nul, mais il est difficile d’en fournir une preuve canonique ». Plus généralement, « conformément à sa mission pastorale, l'Église a toujours besoin d'être attentive aux changements historiques et à l'évolution des mentalités. Non pas parce qu’elle devrait se subordonner à ces changements et à cette évolution, mais dans le but de surmonter les obstacles qui peuvent empêcher les autres d'embrasser ses conseils et ses lignes directrices ».

Selon Cottier, « les coordonnées existentielles de la vie spirituelle des peuples doivent être respectées ». « Dans le rigorisme, il y a une brutalité innée qui va à l'encontre de la douceur de Dieu qu’Il a de guider chaque personne » a-t-il ajouté.

« Il ne fait aucun doute » donc « que l'Année de la Miséricorde va éclairer le travail du Synode 2015 et le façonner. Il y a encore des gens qui sont scandalisés par l'Église, des hommes et des femmes qui, en raison d'un jugement négatif qui leur a été exprimé d'une manière impersonnelle et insensible, ont ressenti un rejet terrible. C’est là où les confesseurs ont une énorme responsabilité. À chaque fois qu’ils expriment un jugement et quelque soit ce jugement, il doit être exprimé et expliqué d'une manière qui communique la sollicitude maternelle de l'Église. À plusieurs reprises, le Pape François a parlé de la beauté et la joie de la vie chrétienne que l'Église a besoin de transmettre. Par la voix de ses pasteurs, l'Église doit toujours montrer qu'elle est guidée par la Miséricorde Divine » a conclu Cottier.