lundi 27 juillet 2015

François et les 800 millions d'Évangéliques :

Oecuménisme ? Fusion ? Intégration ?

Accord signé par les dirigeants Évangéliques

mais pas connu de la base

Que fera François ?






François peut-il surmonter des décennies d'antagonisme entre les Catholiques et les Évangéliques ?


SOURCE : Écrit par Luke Coppen — Éditeur — Catholic Herald


Quelque part dans le bureau du Pape François, il y a un document qui pourrait changer le cours de l'histoire chrétienne. Ce document déclare la fin des hostilités entre les Catholiques et les Évangéliques et affirme que les deux traditions sont désormais « unies dans la Mission parce que nous professons le même Évangile ». Le Saint-Père pense signer le texte en 2017, à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme, aux côtés des dirigeants Évangéliques qui représentent environ un quart des Chrétiens dans le monde aujourd'hui.

François est convaincu que la Réforme est déjà achevée. Il pense qu'elle a pris fin en 1999, l'année où l'Église Catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale a publié une déclaration conjointe sur la justification, la doctrine qui est au cœur de la protestation de Luther.

Le perturbateur allemand avait accusé l'Église Catholique d’enseigner que l'homme était sauvé par la foi et les bonnes œuvres plutôt que « par la foi seule ».

En 1999, après des discussions approfondies, les théologiens catholiques et luthériens ont conclu que les deux communions partageaient désormais « une compréhension commune de notre justification par la Grâce de Dieu par la foi dans le Christ ».

En 2006, le Conseil Méthodiste Mondial a également adopté la déclaration. Mais pas un des grands chefs de file des Chrétiens « nés de nouveau » ont publiquement approuvé le texte. Ainsi, la plupart des 600 millions d'Évangéliques dans le monde ne réalisent pas que la protestation est terminée. Des bidonvilles de São Paulo aux gratte-ciel de Séoul, les Évangéliques et les Catholiques se regardent encore avec méfiance.

Beaucoup d’Évangéliques hésitent même à décrire les Catholiques comme Chrétiens tandis que les Catholiques rejettent souvent les groupes Évangéliques comme étant des « sectes ».

Mais ce n’est pas tout le monde qui se résigne à l'inimitié. Dès 1984, un influent magazine charismatique a publié un essai intitulé « Trois Ruisseaux, Une Rivière ». L'auteur, Richard Lovelace, a fait valoir que le Catholicisme, l'Évangélisme et le Pentecôtisme étaient trois affluents formant un grand torrent du Christianisme. (Beaucoup d'observateurs considèreraient l’Évangélisme et le Pentecôtisme comme un courant unique étant donné que la plupart des Pentecôtistes sont Évangéliques.)

Lovelace a écrit : « Il y aura beaucoup de noeuds à être déliés avant que nous ayons une Église unie qui est vraiment catholique, évangélique et pentecôtiste ».

« Beaucoup de noeuds à être déliés » : cette phrase aujourd'hui rappelle le Pape François. Il a popularisé la dévotion à Marie qui dénoue les nœuds, dévotion qui demande l'aide de Notre-Dame dans la résolution des problèmes apparemment insolubles. Le fossé entre Catholiques et Évangéliques a longtemps semblé appartenir à cette catégorie.

Pour une grande partie de sa vie, François doit avoir vu les Évangéliques avec suspicion. En Jésuite de la vieille école argentine, il les aurait regardés avec consternation alors que son troupeau glissait vers les églises Évangéliques (près d'un sur cinq Latino-Américains se décrit maintenant comme Protestant).

Vous pouvez imaginer son malaise quand, en 1999, il a célébré sa première messe pour les Catholiques Charismatiques. Ils parlaient en langues, comme leurs homologues les Pentecôtiste lorsqu’il a élevé l'hostie. Mais, comme Archevêque de Buenos Aires, il a commencé à assister à des rassemblements bruyants remplis de louanges des Évangéliques et des Catholiques. Au début, il s’est assis discrètement sirotant son maté ( boisson nationale argentine --- ressemble à du thé).

Mais, en 2006, il est monté sur scène et s’est agenouillé alors que les dirigeants protestants ont prié sur lui. Un pasteur avec un microphone a crié : « Remplissez-le avec votre Saint-Esprit et de votre Puissance, Seigneur ! Au nom de Jésus ! » L'image du Cardinal s’agenouillant avec la tête baissée, sous les mains tendues des Évangéliques était si surprenante qu'un magazine traditionaliste titrait : « Buenos Aires, sede vacante ( le Siège est vacant). L'Archevêque commet le péché d'apostasie ».




Un biographe du Pape a dit qu’après la bénédiction, « le Cardinal était en feu ». Il commença à rencontrer les Pasteurs Évangéliques mensuellement. Il arrivait en transport public et les rejoignait avec enthousiasme à leurs sessions de prières improvisées. Ils n’ont jamais discuté d’indulgences ou de l'Immaculée Conception. Il croyait maintenant que le baptême qu’ils partageaient était plus important que leurs différences.

Comme Pape, il a continué à contourner les disputes théologiques. Contrairement à l'ancien chien de garde doctrinal du Vatican, Benoît XVI, il est prêt à dire : « Laissons cela aux théologiens ».

À Buenos Aires, il rencontra un ministre sud-africain d'origine britannique appelé Tony Palmer. Palmer appartenait au « Mouvement de convergence » qui cherche à fondre la dévotion charismatique à une compréhension fondamentale plus historique de la liturgie et des Sacrements.

Le Cardinal est devenu le « Père spirituel » de Palmer, mais l'aurait supposément découragé de devenir catholique, argumentant qu’il était appelé à servir comme un « bâtisseur de ponts » entre les Catholiques et les Évangéliques. (François aurait dit à un leader évangélique récemment : «Je ne suis pas intéressé à convertir les Évangéliques au Catholicisme. Je veux que les gens trouvent Jésus dans leur propre communauté. Soyons donc affairés à montrer l'amour de Jésus ...»)

Comme son mentor, Palmer croyait que la Réforme était déjà achevée. Il a carrément défié les héritiers spirituels de Luther de rejeter l'étiquette « Protestant ». « C’est comme dire que vous êtes un raciste même si vous vivez dans un pays qui n'a plus un système d'apartheid en place » a-t-il soutenu.

Lorsque François a voulu atteindre les Évangéliques après avoir été élu Pape, il n’a pas fait les démarches normalement attendues. Il n’a pas demandé au Conseil Pontifical pour l'Unité des Chrétiens d'organiser une conférence ou demander l'avis du groupe Ensemble Évangéliques et Catholiques d’Amérique — sans doute un tel dialogue est le plus avancé dans le monde. Au lieu de cela, il a appelé son vieil ami. Lors d'une réunion détendue au Vatican, Palmer a enregistré une bande vidéo du Pontife sur son iPhone.

Désigné comme un « représentant apostolique pour l'unité chrétienne » par François, Palmer a apporté le film à une conférence des ministres au Texas organisée par Kenneth Copeland, prédicateur évangéliste réputé. Palmer a présenté le film ( italien avec sous-titres anglais, 12 minutes) qui doit être considéré comme l'un des grands discours Chrétiens du 21e siècle. « Frères et sœurs, la protestation de Luther est terminée », a-t-il dit. Il a dit à haute voix à l'auditoire stupéfait qu’il leur parlait « dans l'esprit d'Élie » qui a préparé la voie à quelque chose de beaucoup plus grand que lui.

Palmer n’était pas au courant, bien sûr, alors qu’il se tenait au lutrin qu’il n’avait que quelques mois à vivre. Mais avec le recul, il y a eu dans l’assemblée un moment de frisson quand il a annoncé qu’il voulait présenter la bande vidéo papale avec une courte prière. « Ce fut la prière d'un homme mourant » dit-il. « Et quand vous savez que vous êtes sur le point de mourir, vous priez certainement les prières les plus importantes ».

Palmer a lu Jean 17 : 20-22, dans lequel Jésus a prié que Ses disciples « soient un ». Le visage de François apparut sur un grand écran, tout près de l'objectif et pas nécessairement du meilleur angle. Dans son message bref et improvisé, le Pape a référé à Palmer, qui appartenait à un groupe anglican indépendant de l'Archevêque de Canterbury, vu comme son « frère évêque ».

Puis François a proclamé « le miracle de l'unité avait commencé ». Le public accueilli la bande vidéo avec des cris de joie, des rires et certains parlaient en langues. Copeland a invité Palmer à revenir sur scène et à enregistrer une réponse sur son iPhone. La bande vidéo se termine avec tous les ministres — dont certains ont pu croire que le Pape était un faux enseignant quelques minutes plus tôt — avec leurs mains levées et s’adressant à l'unisson à François en criant : « Soyez béni ».

Peu de temps après, Palmer a emmené les poids lourds Évangéliques représentant des millions de fidèles au Vatican pour rencontrer François. La rencontre a été remarquablement décontractée.

Le Pape a parlé de la nécessité pour tous les Chrétiens d'avoir une relation personnelle avec Jésus. « Monsieur, en tant qu’évangéliste, cela mérite un tope là », a déclaré James Robison, qui a aidé à inspirer la montée de droite religieuse en l'Amérique dans les années 1980. Alors un interprète a expliqué ce qu’était un « tope là », le Vicaire du Christ a claqué à son tour la main du télévangéliste tout rayonnant.

Ce jour-là, Palmer a donné à François un projet de texte appelé la « Déclaration de la foi dans l'Unité pour la Mission » qu’il espérait que le Pape allait signer avec les leaders Évangéliques en 2017. Un mois plus tard, Palmer est mort suite à un accident de moto en Angleterre - un événement si choquant qu’il a inspiré une théorie de la conspiration hallucinante sur YouTube.

François n'a pas donné aucun signe public s’il allait signer la déclaration. Mais il a pris des mesures qui semblent préparer le terrain pour cela. Des jours après la mort de son ami, il est devenu le premier Pape à visiter une église Pentecôtiste, offrant une excuse pour la persécution du mouvement Catholique en Italie. Le mois dernier, il demandait pardon aux Vaudois, une communauté considérée comme la plus ancienne église évangélique du monde.

Mais même si le Pape signe la déclaration dans un délai de deux ans, l'unité pleine et visible entre Catholiques et Évangéliques restera peu probable. Comme Fr Dwight Longenecker, un prêtre catholique américain qui a été élevé comme évangélique, explique : il n'y a pas un seul organisme faisant corps d’autorité unique qui pourrait être réconcilié avec Rome.

« Les Évangéliques pourraient inclure les plus enragés anti-catholiques, les télévangélistes Évangéliques fondamentalistes jusqu’aux télévangélistes de la prospérité, les Anglo-Catholiques « Évangéliques », les Charismatiques et les Modernistes Protestants » a-t-il dit.

Il croit que peu d’entre eux sont vraiment intéressés à l'unité avec l'Église Catholique. « Car pour la plupart des Évangéliques, toute réunion avec Rome est très faible dans leur l'ordre du jour si jamais elle est là » dit-il. « Et ceci pour deux raisons : malgré la convivialité actuelle envers les Catholiques, ils ont encore une méfiance profonde à l’égard de Rome. Ils ne peuvent tout simplement pas concevoir l'idée que « le Catholicisme Romain » a beaucoup de bien en lui. Ils peuvent nous percevoir en tant que Chrétiens, mais nous sommes selon eux encore profondément erronés.

« Deuxièmement, leur ecclésiologie est celle de l'Église invisible seulement. Ils ne voient pas les milliers d'églises protestantes comme un problème parce que l’« église institutionnelle » est artificielle et temporaire, donc ça n'a pas vraiment d'importance à laquelle vous appartenez. Une réunion formelle de toute nature, pour eux, n'a tout simplement pas d'importance. «

Ulf Ekman, un pasteur d’une méga-église suédoise est devenu un catholique l'an dernier, il reconnaît que de nombreux Évangéliques ont peur d'une « Super-Église ». Pourtant, il estime que les vieilles blessures peuvent être guéries par ce qu’il appelle « une approche parallèle ». « Autrement dit, les deux parties se rapprochent dans des conditions d'égalité et se reconnaissant l’une et l'autre dans une approche qui évite toute apparence de soumission et de triomphalisme, plus convergente puis ensuite une conversion ». Ceci, bien sûr, convient bien à la pensée propre de François qu’il a formulée dans des expressions lapidaires à savoir la « diversité réconciliée » et l’« unité sans uniformité ».

Afin de préserver la diversité, François pourrait offrir aux Évangéliques dans l’esprit plus liturgique du « Mouvement de convergence » quelque chose semblable à l'ordinariat, qui a permis à des groupes d'anciens Anglicans d'être réunis avec Rome tout en conservant des éléments de leur patrimoine. Alternativement, le Pape pourrait créer un « Apostolat évangélique » qui permettrait aux Évangéliques réconciliés de promouvoir leur style distinctif de culte et d'étude des Écritures dans l'Église catholique.

Fr Longenecker dit que François pourrait également encourager les ex-Évangéliques à fonder leurs communautés religieuses, en donnant l'exemple du chanteur-compositeur-interprète américain John Michael Talbot, qui dirige une communauté religieuse informelle appelée les « Évangéliques Catholiques ».

Mais il n'y a aucune preuve que François ne considère une de ces options. Peut-être qu’il pense que ce sera à ses successeurs d'explorer ces chemins vers l'unité. Il peut croire que Sa propre mission est limitée à « bulldozer » les débris qui bloquent actuellement la route.

Pendant ce temps, le Pape encourage les Catholiques à être plus évangéliques avec un petit « e ». Il semble vouloir que les fidèles deviennent plus comme des Chrétiens « nés de nouveau » i.e. abandonner leurs visages de « funérailles », rayonner de joie et sortir l'Évangile des églises et l’amener dans les rues.

Grâce à François et au Mouvement du Renouveau Charismatique Catholique, les fidèles sont susceptibles de ressembler considérablement plus aux Évangéliques d'ici la fin du siècle qu'ils ne l'ont fait à son début. Mais à savoir si les Évangéliques seront plus Catholiques, ça reste à voir.