jeudi 14 juin 2018

Un spécialiste chevronné du Vatican

Il y a une guerre civile en cours dans l'Église
François le sait




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 14 juin 2018


Les Évêques Progressistes Allemands sont unanimement indignés et déçus par la récente lettre de l'Archevêque Ladaria, qui leur a dit de ne pas rendre publiques leurs directives controversées sur l'intercommunion. Dans une nouvelle interview, un spécialiste du Vatican explique qu'il y a, en effet, une guerre civile dans l'Église et que le Pape lui-même a dû prendre du recul en raison du manque de soutien de l'épiscopat mondial.

« Dans l'Église, il y a une guerre civile ». Tel est le titre d'une interview du spécialiste du Vatican, Marco Politi, telle qu'elle a été publiée aujourd'hui, le 14 juin, par le journal Allemand Die Zeit ( section religion Christ & Welt ). Politi est un journaliste Italo-Allemand et un auteur de livres qui a travaillé pendant vingt ans pour le journal Italien La Repubblica ( fondé par Eugenio Scalfari ) et qui travaille maintenant pour Il Fatto Quotidiano. Politi est bien informé sur les événements au Vatican et peut donc nous donner une perspective valable sur les événements récents à Rome.

Politi explique maintenant pourquoi le Pape François a reculé devant l’approbation du document d'intercommunion Allemand même si cela correspondait en grande partie à ses propres souhaits, et il a donc dit aux Évêques Allemands de ne pas le publier.

Aux yeux de ce journaliste de 71 ans, le Pape François est « dans une situation difficile », car « ses adversaires maintiennent la pression contre lui ». Cela se voit dans les nombreux « appels et lettres des Conservateurs contre Amoris Laetitia » au cours des deux dernières années, selon Politi. « On a même été à critiquer davantage le Pape en disant que certaines parties d'Amoris Laetitia pourraient être hérétiques, c'est-à-dire une hérésie [ Allemand : Ketzerei ]. « C'est la toile de fond », la plus grande dimension de la lutte au sein de la Conférence Épiscopale Allemande », explique-t-il. « C'est pourquoi le Pape fait un pas en avant et un pas en arrière ».

Politi décrit le conflit actuel dans l'Église comme une « guerre civile dans l'underground » entre les Progressistes et les Conservateurs. « La Conférence des Évêques Allemands peut bien être, dans sa majorité, Progressiste ; mais l'Église Universelle ne l'est pas ». Il existe, selon ce journaliste, « une majorité restrictive » à la Curie Romaine ainsi que dans l'Église Universelle. Certaines de ces forces restrictives sont motivées par la peur, d'autres sont « paresseuses », d'autres « archi-Conservatrices ». Pour l'Allemagne, ces deux camps sont personnifiés par le Cardinal Reinhard Marx d'un côté et le Cardinal Rainer Woelki de l'autre selon Politi. Tous deux ont reçu le soutien et l'approbation du Pape François. C'est François personnellement qui a souhaité que Rainer Woelki devienne l'Archevêque de Cologne.

Interrogée sur l'Archevêque Luis Ladaria Ferrer, nouveau Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Politi répond : « Il fait ce que décide François ». « Ladaria a été choisi » ajoute-t-il, « parce que son prédécesseur, le Cardinal Müller , a toujours été le controcanto du Pape — la contre-mélodie du Pape ». « Ladaria est complètement différent : il est loyal ».

En général, la Curie Romaine est « divisée » et les gens au Vatican sont « confus », ajoute le journaliste. Revenant au problème de la résistance au sein de l'Église, Politi dit que « la vérité est que le Pape n'a pas dans l'Église Universelle une majorité pour son programme de réforme. Il voit maintenant qu'il en est ainsi ». Expliquant le comportement du Pape dans ce contexte, Politi ajoute :

« C'est pourquoi il a d'abord fait un pas en avant en ce qui concerne le débat Allemand sur l’intercommunion ; mais alors, quand est venue la résistance d’au delà des frontières de l'Allemagne, les freins de Ladaria ont alors été appliqués.

Politi répond à la question de savoir si le Pape ne pouvait pas suivre les Allemands « parce que le monde aurait été contre ce geste » avec les mots « Oui. Le Vatican a peur de la scission, c'est sa plus grande peur ». Si le Pape avait accepté le document d'intercommunion Allemand, d'autres Conférences des Évêques auraient demandé : « Le Magistère Universel a-t-il changé ou non ? ! » Selon l'auteur, le Pape sait qu'il ne peut pas simplement changer le Magistère : »

« Le Pape ne veut pas changer publiquement le Magistère. Ou il ne peut pas le faire. Ce n'est pas comme au temps du Concile [ de Vatican II ] dans les années 60 quand la majorité des Évêques étaient en faveur du changement ».

Marco Politi donne une preuve supplémentaire de la position affaiblie du Pape François lorsqu'il se réfère aux deux Synodes sur la Famille. « Il [François] estime qu'il n'a pas une masse d'Évêques suffisamment forte pour son programme de réforme générale. Lors du Synode sur la Famille, il y a quelque temps, il n'y a pas eu de majorité pour la proposition très Progressiste du Cardinal Kasper et de la Conférence des Évêques Allemands : « Le document final de ce Synode, explique Politi, n'incluait pas la proposition de Kasper », « cette avancée Allemande ». « Il n'y avait pas de majorité des deux tiers [ au Synode ] pour tant de progressisme », explique-t-il. Les Modernistes « n'ont pas pu mettre en œuvre leurs positions » dit Politi, et il conclut ainsi : « Le Pape n'est tout simplement pas sûr d'avoir la majorité pour une réforme au niveau de l'Église Universelle ».

Expliquant le dilemme actuel du Cardinal Marx à propos de sa proposition d'intercommunion, Politi dit que ce prélat venait de suivre la propre proposition du Pape pour une Église plus décentralisée. « Marx a pris François au mot ». Marx, ajoute-t-il, est « un membre du groupe orienté vers la réforme qui soutient le Pape », et « François respecte Marx ». Par conséquent, « le panneau stop n'est plus dirigé contre Marx. Ça révèle [ plutôt ] le souci de François pour la situation de l'Église Universelle ». Politi explique aussi que le Pape « a laissé une porte de derrière » à la réforme en ce qui concerne l'intercommunion :

« Dans la lettre Ladaria, il y a une petite porte dérobée, tout comme dans Amoris Laetitia aussi : l'Évêque local doit décider des « graves situations d'urgence ». [...] Quand le Pape dit maintenant que l'Évêque local décide toujours s’il existe une situation d'urgence grave [ dans le cas d'un couple spécifique dans un mariage mixte ], et non pas Rome, alors il laisse au moins la possibilité aux Évêques locaux d'être libres de prendre des décisions pastorales — sans leur donner d'instructions ».

Politi explique que c'est la méthode du Pape François : si de toute façon il n'a pas la majorité de son côté dans un point précis de son programme de réformes, il laisse aux Évêques locaux ou aux prêtres le soin de prendre des décisions. Le journaliste dit : « Si quelqu'un n'a pas la majorité, ne prescrivons pas tout à Rome ; plutôt, laissons les Évêques, respectivement les confesseurs individuels, prendre leur propre décision ».

En ce qui concerne le débat sur l'intercommunion en Allemagne, Politi dit ainsi : « Maintenant c'est la responsabilité des Évêques. Ils connaissent la situation des couples concernés ; ils doivent faire le discernement de l'esprit, comme disent les Jésuites.

Lorsqu'on lui demande si le Pape deviendra plus Conservateur dans la seconde moitié de son Pontificat, le journaliste Germano-Italien répond : « Le Pape aime les surprises ». Mais il montre aussi que le Pape est conscient des divisions dans l'Église. Comme l'explique Politi, certains Évêques qui s'opposent maintenant à la réforme de l'intercommunion ne se sont pas préoccupés des réformes concernant Amoris Laetitia. Ainsi, les lignes de démarcation changent, selon le sujet. « Le Cardinal Woelki, par exemple, quand il s'agissait du Synode sur la Famille, était du côté des Progressistes qui étaient en faveur de la Communion pour les divorcés remariés » dit-il, ajoutant : « Et maintenant il est contre la majorité Progressiste dans la question de la Communion pour les Protestants. Ce n'est pas si simple ».

En outre, Politi souligne également que même quelqu'un comme le Cardinal Woelki a déclaré qu'il ne refuserait pas un conjoint Protestant à la Table de Communion — car c'est quelque chose qui n'est pas fait, selon une « loi non écrite ». Lui-même ne désire pas mettre ces « exceptions » dans une « règle de droit », selon le journaliste. ( Nous avions brièvement rapporté cette déclaration de Woelki ).

Revenant à la fin de cette longue interview sur les craintes du Vatican d'une éventuelle scission — schisme — dans l'Église, Politi se réfère à l'exemple Anglican où il y a maintenant le danger que la branche Africaine rompe avec l'Église Anglicane sur la question de permettre des Évêques homosexuels. Le journaliste conclut : « Le Vatican a peur d'une scission. Et beaucoup à la Curie pensent que les Catholiques ne doivent en aucun cas faire l'expérience de ce que les Anglicans traversent maintenant ».