dimanche 24 juin 2018

Le Cardinal Brandmüller remet les pendules à l’heure
concernant le document d'intercommunion Allemand




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 23 juin 2018


À la lumière des remarques du Pape François du 21 juin concernant le document d'intercommunion Allemand permettant à quelques conjoints Protestants de Catholiques de recevoir la Sainte Communion, le Cardinal Brandmüller rappelle aux Catholiques les principes fondamentaux en la matière. Il nous rappelle qu'il n'y a que peu de cas d'extrême urgence où les Chrétiens de l'Église Orthodoxe Orientale peuvent recevoir la Sainte Communion. Il dit aussi : « Seule la vérité nous rend libres ».

Le 21 juin, le Pape François a donné une nouvelle interview en vol à des journalistes lors de son vol de retour de Genève à Rome. Dans cette nouvelle interview, il a fait cette sortie soudaine pour défendre la polémique concernant le fascicule d’intercommunion Allemand controversé, l'appelant « bien fait » et « bien pensé, avec un esprit ecclésial [ sic ] ». Il prétend maintenant que le fascicule d'intercommunion Allemand est en accord avec le Code de Droit Canonique de 1983 ( CIC ), en disant : « Ce que voulaient les Évêques [ Allemands ] était de dire clairement ce que contient le Code de Droit Canonique ». Le Pape ajoute que ce qui ne va pas avec le document Allemand, c'est que cela a été fait par la Conférence des Évêques Allemands elle-même, déclarant en outre qu'au Code de Droit Canonique, il n'est pas prévu que la Conférence des Évêques décide de ces questions. François déclare : « La chose a glissé là, c'est-à-dire en disant que cette question est pour la Conférence Épiscopale Allemande. Et il y a un problème ici parce que le Code de Droit Canonique ne le prévoit pas. Il le permet à l'Évêque diocésain, mais pas à la Conférence Épiscopale ». [ emphase ajoutée ] Ce n’était « pas tellement le contenu » qui était le problème, a dit le Pontife. Il semble maintenant annoncer que le fascicule Allemand sera publié avec maturité après tout : « Je crois que ce [ fascicule Allemand ] sera un document d'orientation », ce qui implique qu'il va bientôt sortir, et plus ou moins comme il est. L'objectif est « que chacun des Évêques diocésains puisse gérer ce qui est déjà autorisé par le Droit Canonique ».

Comme nous le verrons, le Cardinal Walter Brandmüller remet les pendules à l'heure en ce qui concerne plusieurs déclarations faites par le Pape, même s'il ne le mentionne pas nommément dans son commentaire. Dans la déclaration de Brandmüller, intitulée « La Sainte Communion pour les conjoints non Catholiques dans des mariages mixtes ? » et publiée aujourd'hui par le site d'information Catholique Autrichien Kath.net, il clarifie trois points importants :

  1. L’article du Code du Droit Canonique #844 §4 prévoit qu'un Chrétien non Catholique peut recevoir la Sainte Communion en « danger de mort » ou dans une « autre grave nécessité » similaire, à la condition « qu'ils le demandent de leur plein gré pourvu qu'ils manifestent la Foi Catholique sur ces Sacrements lorsqu'ils ne peuvent pas avoir recours à un ministre de leur communauté et qu'ils soient dûment disposés ». Comme le rappelle Brandmüller, cette « autre grave nécessité » doit être évaluée « selon le jugement de l'Évêque local ou de la Conférence des Évêques ».

  2. L'Église Catholique avait en tête « des Chrétiens Orthodoxes et les anciens du Proche-Orient, qui de toute façon partagent déjà la croyance Eucharistique Catholique » et qui vivent souvent dans des situations de diaspora où ils rencontrent rarement un de leurs propres prêtres.

  3. Ce canon ne peut pas être appliqué aux conjoints Protestants des Catholiques dans les situations de la vie quotidienne : « Il est évident que les conditions préalables à l'application du canon # 844 §4 ne sont nullement donnés pour le cas spécifique des conjoints non Catholiques de Catholiques ».

Le Cardinal Brandmüller revient ensuite sur le fait que le canon s'applique aux « situations extrêmes » ( telles que la guerre, la persécution, les catastrophes naturelles ) et que l'Évêque local ou la Conférence des Évêques peuvent juger de la nature de ces situations. Il ajoute ensuite qu'une telle « situation d'urgence » « ne s'applique pas dans le cas du document d'intercommunion Allemand et de sa prétention d'admettre des conjoints de Catholiques qui sont non Catholiques à la Sainte Communion en faisant référence à leur détresse spirituelle ».

De plus, le Cardinal Allemand soulève également la question de savoir pourquoi ces conjoints non Catholiques ne demandent pas simplement d’être admis dans l'Église Catholique. « Ou bien quelqu’un est complètement Catholique ou bien il ne l‘est pas du tout ; un Catholicisme « à la carte » n'est pas possible ». Aux yeux du Cardinal Brandmüller, cependant, il y a beaucoup de Chrétiens pour qui « la question de la vérité ne joue aucun rôle ou, si oui, seulement un rôle secondaire ». La petite colle d'un pragmatisme qui a oublié la vérité ne peut pas restaurer l'unité brisée dans la Foi. Seule la vérité nous rend libres » conclut-il.

Avec ses commentaires polis, le Cardinal Brandmüller corrige ainsi l'affirmation du Pape selon laquelle, en vertu du Droit Canonique, la Conférence des Évêques ne doit pas être impliquée dans cette question de la Sainte Communion pour les non-Catholiques. Il corrige également l'affirmation du Pape selon laquelle le document Allemand est conforme au Droit Canonique. Et, enfin, il rend une fois de plus clair qu'une réception habituelle de la Sainte Communion par un non-Catholique n'est pas du tout prévue ou permise par cette loi particulière de l'Église.

Fait important, même le site Web des Évêques Allemands, Katholisch.de, soulève aujourd'hui la question de l'exactitude et de la cohérence des récents propos du Pape concernant le fascicule d'intercommunion Allemand. Roland Juchem — le même journaliste qui a demandé au Pape, lors du vol de retour de Genève, la question sur l'intercommunion Allemande — commente avec indulgence cet entretien papal, soulignant que de tels propos spontanés du Pape ne sont pas aussi bien préparés que ses déclarations officielles . Par la suite, Juchem souligne certaines erreurs commises par le Pape, par exemple que le Pape a dit confusément : « Parce que quelque chose qui est approuvée dans une Conférence Épiscopale devient immédiatement universelle ». Juchem commente : « Implicitement, cela signifie que c’est « pertinent » pour l'Église Universelle ». Parce qu'une décision prise par une plus grande Conférence des Évêques a un autre effet sur l'Église Universelle, plus qu’une décision par un seul Évêque ».

La « deuxième difficulté » causée par le Pape François est aux yeux de Juchem à l’effet que le Pape a prétendu qu'une Conférence Épiscopale ne pouvait, selon le Droit Canonique, faire un tel jugement sur ce que sont ces « situations d'urgence ». « L'affaire est claire » conclut Juchem : « Une Conférence Épiscopale, selon le Droit Canonique, peut également régler de telles questions ».

Comme nous l'avons déjà signalé, le journal Catholique Allemand Die Tagespost a récemment donné un aperçu du nombre de Conférences Épiscopales nationales qui ont déjà publié des directives pastorales spécifiques concernant la nature de ces « situations d'urgence ». Elles sont au nombre de vingt et un. Comme l'a précisé Die Tagespost : aucune de ces directives n'a donné la permission aux conjoints Protestants de Catholiques de recevoir la Sainte Communion.

En examinant cette question de la Sainte Communion pour les non-Catholiques, il pourrait être utile de considérer l'ethos et la Doctrine de la Tradition dans cette affaire. Le correspondant de Rome Edward Pentin vient de publier sur son compte Twitter une comparaison entre le Code de Droit Canonique de 1917 et le nouveau Code de Droit Canonique de 1983 ( canon # 844 ). Le Code de Droit Canonique de 1917 ( # 574 ) déclarait clairement qu’« il est interdit d'administrer les Sacrements de l'Église aux hérétiques et aux schismatiques, même s'ils sont de bonne foi et les demandent, sauf s'ils ont d'abord renoncé à leurs erreurs et se sont réconciliés avec l’Église ». ( Nous rappelons ici à nos lecteurs que Mgr Athanasius Schneider, dans une récente interview donnée à One Peter Five, a critiqué le canon # 844 en parlant du « principe problématique et contradictoire du canon # 844 du Code du Droit Canonique ». )

Au vu des nouvelles affirmations du Pape François sur le fascicule d'intercommunion Allemand, on peut se demander à quoi se rapportent toutes ces lettres récentes de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et des rencontres à Rome sur ce sujet ?

One Peter Five a tendu la main à Christian Weisner, le porte-parole du groupe Progressiste Allemand Wir sind Kirche ( « Nous sommes l’Église » ), lui demandant de commenter la récente déclaration papale. Il répond que « même si les déclarations orales du Pape sur son retour [ vers Rome ] ne sont pas absolument claires » elles indiquent encore que le Pape François « approuve fondamentalement l'initiative pour une réglementation de la Sainte Communion pour les couples dans des mariages mixtes ». Weisner dit que cela « me fait plaisir » et il voit que, dans l'avenir, « au lieu d'un fascicule pour tous les diocèses » « il y aura une directive commune qui doit ensuite être appliquée et mise en pratique par chaque Évêque local ». En conclusion, Weisner déclare que « beaucoup d'irritations des dernières semaines auraient pu être évitées si la lettre interne du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi [ Archevêque Ladaria ] avait été formulée différemment et surtout si elle n'avait pas été mise entre les mains de certains cercles de média [ qui ont publié la lettre ] ». Il espère maintenant que les Évêques Allemands, « si possible immédiatement », arrivent à une « action unanime, s'ils ne veulent pas perdre davantage de leur réputation ».

Les Évêques Allemands se réuniront lundi et mardi prochain pour leur réunion régulière du Conseil Permanent. Nous entendrons alors ce qu'ils ont eux-mêmes à dire sur l'avenir et la nature de leur propre charte d'intercommunion prétendument pastorale.

Donc, à la lumière de tous ces messages confus venant du Pape, nous devrons attendre une autre clarification du Vatican sur ce que le Pape voulait vraiment dire et sur ce que le Droit Canon — selon la Tradition — a réellement à dire.