mercredi 27 juin 2018

Un expert liturgiste remet les pendules à l'heure





Lu chez Pro Liturgia en date du 27 juin 2018

* * * *NOUVEAU Mercredi, 27 juin 2018. Le site internet « Dieu et moi le nul sans lui » reprend une intervention de Christopher A. Ferrara où est reprise l’idée éculée selon laquelle si la liturgie héritée de Trente - et de S. Pie V - n’avait pas été changée par Vatican II, il n’y aurait pas eu dans l’Eglise la crise que l’on connaît actuellement. Il faudrait donc, pour la juguler, revenir à la « messe tridentine ».

On excusera M. Ferrara de tenir de tels propos : il est avocat de profession et non théologien ou spécialiste de l’histoire de la liturgie romaine. On se bornera donc de lui rappeler que :

  1. La baisse des vocations sacerdotales et de la pratique dominicale a commencé bien avant Vatican II, bien avant la « réforme liturgique », alors que dans les paroisses n’existait que la « liturgie tridentine ». Pour mémoire : de 1963 à 1971, en France, le nombre des séminaristes subit une baisse de 89%, tandis que le nombre des ordinations sacerdotales tombe de 573 à 237 ; soit une baisse de 58%. Et dans le même temps, de nombreux clercs demandent leur réduction à l’état laïc.

  2. On ne peut pas juger des effets - positifs ou négatifs - de la liturgie voulue par Vatican II puisque dans les paroisses, elle n’existe pas (sauf rares exceptions). Par contre, là où cette liturgie est mise en œuvre avec compétence, dignité et intelligence, on ne ressent pas les effets d’une quelconque crise. Au contraire, serions-nous tentés d’écrire.

  3. Tout historien sérieux sait que la liturgie voulue par Vatican II n’est que (lorsqu’elle est respectée !) la liturgie romaine dépouillée d’ajouts accumulés au cours des siècles qui ont suivi la réforme Tridentine. L’honnêteté intellectuelle voudrait qu’on prenne le descriptif de la messe le plus ancien et le plus complet que nous ayons et que nous le comparions avec la liturgie qui se fait, par exemple, à Solesmes où le missel « de Paul VI » est mis en œuvre en valorisant l’expression du sacré. On verrait que les différences sont minimes et que Vatican II n’a pas « créé une nouvelle messe » à proprement parler.

  4. L’affirmation selon laquelle il suffirait de remettre la « messe tridentine » dans les paroisses pour voir les églises à nouveau se remplir semble assez audacieuse lorsqu’on sait que ce sont plutôt les « messes de cirques » ou les célébrations « à la sauce Glorious » qui font actuellement le plein... bien qu’elles n’aient aucun avenir.