vendredi 29 juin 2018

Au lecteur de juger...

Les Évêques Allemands publient une lettre confidentielle
de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi
qui leur a été envoyée le 10 avril 2018




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 28 juin 2018


Hier ( 27 juin 2018 ), quand ils ont finalement publié leurs lignes directrices controversées sur l'intercommunion, les Évêques Allemands ont également publié huit documents relatifs à la discussion avec Rome sur ce texte. Parmi ces documents se trouve la première lettre écrite par le Responsable de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l'Archevêque Luis Ladaria, qui a été envoyée au début du conflit, le 10 avril 2018, en réponse à la lettre des sept Évêques Allemands qui s’y opposaient.

L'existence de cette lettre du 10 avril envoyée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) avait d'abord été rapportée le 19 avril par le site Internet Catholique Autrichien Kath.net. One Peter Five a également repris par la suite cette histoire et la lettre qui indiquait que le Pape François souhaitait que les Évêques Allemands ne publient pas encore leur document pastoral contesté permettant à certains époux Protestants de recevoir régulièrement, dans des cas individuels, la Sainte Communion. ( Cette première lettre a été suivie plus tard par une deuxième lettre envoyée par la CDF, en date du 25 mai ).

À l'époque, la Conférence Épiscopale Allemande ne semblait pas très heureuse de la fuite d'informations concernant cette lettre temporairement restrictive de Rome. Dans un communiqué de presse officiel daté du 19 avril, les Évêques Allemands déclarent que « les rapports selon lesquels le document [ sur l’intercommunion ] a été rejeté au Vatican par le Saint-Père ou certains dicastères, sont faux ».

Comment cette phrase va-t-elle de pair avec le contenu de cette même lettre qui a été publiée par les Évêques Allemands eux-mêmes, même si elle est appelée « strictement confidentielle » ? Dans cette lettre de la CDF, signée par l'Archevêque Luis Ladaria, il est écrit qu'à la réception de la lettre du 22 mars des sept Évêques Allemands qui s’opposaient et qui demandaient l'aide de Rome, plusieurs dicastères Romains s'étaient réunis pour « discuter de la délicate question » » et afin de préparer des propositions pour une future procédure de gestion de ce conflit. « Le 6 avril 2018, le Pape François a été largement informé sur l'ensemble du sujet » explique Ladaria. Voici maintenant le paragraphe décisif :

« Au cours de cette audience [ avec le Pape ], le Saint-Père a clairement indiqué qu'il ne considérait pas approprié que ce document [ le document d'intercommunion ] mentionné ci-dessus soit publié maintenant. [ Nous soulignons ]

Nous laissons à nos lecteurs le soin de savoir si le propre communiqué de presse des Évêques Allemands et la négation de cette lettre sont en accord avec le contenu de cette lettre telle qu'elle a été publiée. Comme Kath.net l'indique aujourd'hui dans son propre rapport sur cette lettre nouvellement publiée : « Au moins, on peut diagnostiquer une tentative claire, du côté de la Conférence Épiscopale Allemande, de limiter les dégâts ».

La lettre du 10 avril continue, invitant plusieurs Évêques Allemands — dont le Cardinal Reinhard Marx ( Munich ) et le Cardinal Rainer Woelki ( Cologne ) — à venir à Rome pour une rencontre à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Cette rencontre a ensuite eu lieu le 3 mai.

Il a été très difficile — et effectivement impossible depuis plus de deux mois maintenant — d'obtenir une copie de cette lettre du 10 avril. Ainsi, nous sommes heureux de connaître enfin son contenu, ce qui indique bien sûr que le Pape n'était pas tellement opposé au fascicule pastoral en tant que tel, mais plutôt au timing et à la « maturité » de la date de publication.

Maintenant, fin juin, il semble que le Pape François approuve sa publication après tout, comme on peut le voir dans l'avis que le Cardinal Marx a écrit le 12 juin, après avoir rencontré le Pape le 11 juin, lors de la réunion du Conseil des Neuf Cardinaux à Rome, selon le correspondant à Rome Edward Pentin. Cet avis résume la conversation de ces deux hommes et est signé par le Cardinal Marx, puis contresigné ( avec un « F » et une date ) et approuvé par le Pape François lui-même. ( Nous avons rapporté ici la note du 12 juin ). Cette note indique clairement que le Pape approuve maintenant la publication du document d'intercommunion Allemand, car il a dit : « Puisque le texte de la Conférence des Évêques Allemands sera un guide d'orientation pour les Évêques individuels, il peut également être rendu public pour l'usage des Évêques ». Le terme « fascicule » a ainsi été remplacé par « guide d'orientation ».

Comme l'écrit aujourd'hui le site d'information des Évêques Allemands Katholisch.de, Mgr Rudolf Voderholzer ( Ratisbonne ), l'un des membres du Conseil permanent qui a décidé de publier le guide d'intercommunion Allemand, a déclaré que cette décision avait été prise à l'unanimité, avec l'approbation des sept Évêques opposés à l'origine. Cependant, Voderholzer insiste également sur le fait qu'il revient maintenant à Rome de clarifier ce que signifient réellement les mots « grave situation d'urgence », dans lesquels les Chrétiens non Catholiques peuvent, sous certaines conditions, recevoir la Sainte Communion. Il voit également « une grande insécurité » sur la question de savoir quels sont les éléments requis de la Foi Catholique dans la Sainte Eucharistie comme condition préalable à la réception de la Sainte Eucharistie de la part des Chrétiens non Catholiques.

En tant que première réponse Protestante à la publication de ce guide pastoral, l'Église Évangélique en Allemagne (EKD) a maintenant fait une déclaration dans laquelle elle insiste sur le fait que c'est « seulement la moitié du chemin », soulignant que « les frères et les sœurs Catholiques » « ne peuvent pas » ( encore ) accepter l'invitation « à recevoir la Dernière Cène Protestante. Il est donc clair que les Protestants attendent maintenant des Évêques Allemands un mouvement plus général vers une pleine intercommunion.

À la lumière de ces équivoques et ces manques de loyauté croissantes à l'égard de la Doctrine et de la réalité de la Sainte Eucharistie promues par les Évêques Allemands, il pourrait être intéressant de considérer ce que le Cardinal Gerhard Müller a déclaré un jour avant la publication du guide Allemand. Dans une interview avec Catholic World Report, le Prélat Allemand a fait des commentaires stricts et incisifs sur la situation en Allemagne. Nous allons maintenant citer longuement les paroles du Cardinal Müller pour terminer notre rapport :

Un groupe d'Évêques Allemands, avec en tête leur Président ( c'est-à-dire la Conférence Épiscopale Allemande ), se considère comme un faiseur de tendances de l'Église Catholique dans sa marche vers la modernité. Ils considèrent la laïcisation et la déchristianisation de l'Europe comme un développement irréversible. Pour cette raison, la Nouvelle Évangélisation — les programmes de Jean Paul II et de Benoît XVI — est à leurs yeux une bataille contre le cours objectif de l'histoire, ressemblant à la bataille de Don Quichotte contre les moulins à vent. Ils cherchent pour l'Église une niche où elle peut survivre en paix. Par conséquent, toutes les Doctrines de la Foi qui s'opposent au « courant dominant », au consensus sociétal, doivent être réformées.

Une conséquence de ceci est la demande de la Sainte Communion même pour les personnes sans la Foi Catholique et aussi pour les Catholiques qui ne sont pas dans un état de grâce sanctifiante. Sont également à l'ordre du jour : la bénédiction pour les couples homosexuels, l'intercommunion avec les Protestants, la relativisation de l'indissolubilité du mariage sacramentel, l'introduction des viri probati [ prêtres mariés ordonnés ] et l'abolition du célibat sacerdotal, l'approbation des relations sexuelles avant et hors mariage. Ce sont leurs objectifs et, pour les atteindre, ils sont prêts à accepter même la division de la Conférence des Évêques.

Les fidèles qui prennent la Doctrine Catholique au sérieux sont considérés comme des conservateurs, ils sont expulsés de l'Église et ils sont exposés à une campagne de diffamation des médias libéraux et anti-Catholiques.

Pour de nombreux Évêques, la vérité de la Révélation et de la Profession de Foi Catholique n'est qu'une variable de plus dans la politique du pouvoir intra-ecclésial. Certains d'entre eux citent des accords individuels avec le Pape François et pensent que ses déclarations dans des entretiens avec des journalistes et des personnalités publiques loin d’être des Catholiques justifient même l'édulcoration de vérités définies et infaillibles de la Foi ( = dogmes ). Tout compte fait, nous avons affaire à un processus flagrant de Protestantisation.

L'œcuménisme, au contraire, a pour but la pleine unité de tous les Chrétiens, ce qui est déjà sacramentellement réalisé dans l'Église Catholique. La mondanité de l'Épiscopat et du clergé au XVIe siècle a été la cause de la division du Christianisme, qui est diamétralement opposé à la volonté du Christ, fondateur de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. La maladie de cette époque est maintenant censée être la médecine avec laquelle la division doit être surmontée. L'ignorance de la Foi Catholique à cette époque était catastrophique, surtout parmi les Évêques et les Papes, qui se consacraient plus à la politique et au pouvoir qu'à témoigner de la Vérité du Christ.

Aujourd'hui, pour de nombreuses personnes, être accepté par les médias est plus important que la Vérité pour laquelle nous devons aussi souffrir. Pierre et Paul ont souffert le martyre pour le Christ à Rome, le centre du pouvoir à leur époque. Ils n'étaient pas célébrés par les dirigeants de ce monde comme des héros, mais plutôt moqués comme le Christ sur la Croix. Nous ne devons jamais oublier la dimension martyrologique du ministère pétrinien et du bureau épiscopal.