dimanche 24 juin 2018

Au Synode à venir sur l'Amazonie

Les problèmes avec les « hommes avérés »
( viri probati )




Rédigé par : Père Gerald Murray
Docteur en Droit Canon


SOURCE : The Catholic Thing
Le 23 juin 2018





L'Assemblée Spéciale 2019 du Synode des Évêques pour la Région Pan-Amazonienne pourrait devenir l'occasion d'un changement important dans la vie de l'Église. Le document préparatoire, publié ce mois-ci, semble indiquer que le Synode discutera de la question de l'ordination des hommes mariés, les viri probati (« hommes avérés »), au sacerdoce pour servir dans la région Amazonienne. Reuters rapporte que « pressé par des journalistes lors d'une conférence de presse sur les « viri probati », le Cardinal Lorenzo Baldisseri a déclaré : « L'Église n'est pas statique. . . Il y a des possibilités de mouvement ».

Le mouvement, dans ce cas, signifie la fin de l'exigence du célibat pour les prêtres du Rite Latin en raison du désir de fournir des services sacerdotaux dans une région où il y a relativement peu de prêtres. Le désir de fournir des prêtres pour le Peuple de Dieu est louable. Mais est-ce louable de mettre fin à l'exigence du célibat ?

Le Cardinal Robert Sarah s'est opposé avec véhémence à cette proposition dans un sermon qu'il a prononcé à la Cathédrale de Chartres en mai :

« Chers frères prêtres, gardez toujours cette certitude : être avec le Christ sur la Croix, c'est cela que le célibat sacerdotal proclame au monde ! Le projet, de nouveau émis par certains, de détacher le célibat du sacerdoce en conférant le sacrement de l’Ordre à des hommes mariés ( les « viri probati » ) pour, disent-ils, « des raisons ou des nécessités pastorales », aura pour graves conséquences, en réalité, de rompre définitivement avec la Tradition apostolique. Nous allons fabriquer un sacerdoce à notre taille humaine, mais nous ne perpétuons pas, nous ne prolongeons pas le sacerdoce du Christ, obéissant, pauvre et chaste. En effet, le prêtre n’est pas seulement un « alter Christus », mais il est vraiment « ipse Christus », il est le Christ lui-même ! Et c'est pour cela qu'à la suite du Christ et de l’Église, le prêtre sera toujours un signe de contradiction !

Si le besoin de plus de prêtres est la justification pour mettre fin à l'exigence du célibat en Amazonie, le même argument sera certainement utilisé pour ordonner des hommes mariés partout ailleurs dans le monde. Il est peu probable que le Saint-Siège limiterait ce « remède » à une région géographique en cas de pénurie de prêtres en Europe, en Amérique et ailleurs.

L'ordination de viri probati en Amérique du Sud ouvrirait la porte à l'ordination d'hommes mariés dans n'importe quel diocèse où l'Évêque est enclin à le faire. Faut-il s'attendre à ce qu'un Évêque dans un diocèse Européen qui n'a pas ordonné de nouveaux prêtres depuis des décennies soit arrêté par Rome s'il annonçait des plans pour ordonner des hommes mariés ?

Nous devrions également examiner la question des qualifications requises pour ordonner des « hommes avérés » mariés. Seront-ils tenus de suivre une formation de séminaire telle que prévue par le Droit Canonique ? Seront-ils tenus de remplir les conditions requises pour étudier la philosophie et la théologie et tous les autres sujets requis pour les séminaristes, tels que la Sainte Écriture, le Droit Canonique, l'histoire de l'Église, la patristique, la liturgie, le conseil pastoral, etc.

Cela sera pratiquement impossible pour les hommes vivant dans des communautés isolées qui doivent aussi travailler pour subvenir aux besoins de leurs femmes et de leurs enfants. Ils auront nécessairement un cours drastiquement réduit.

Ce que cela signifie, c'est que l'Église ordonnerait des hommes qui manquent de connaissances adéquates pour accomplir la mission sérieuse de prêcher, d'enseigner et d'entendre des confessions. Ils seraient l'équivalent moderne de ce qu'on appelait le prêtre simplex, qui n'avait que la permission de célébrer la Messe, mais qui ne pouvait pas prêcher ou entendre des confessions. Le viri probati, cependant, prêcherait et entendrait des confessions sans la formation philosophique et théologique complète que l'Église exige sagement de tous les candidats au sacerdoce.

Cette déficience ne sera pas un problème pour beaucoup de candidats ( probablement mariés ) pour le sacerdoce en Europe ou en Amérique du Nord qui étaient soit des séminaristes à un moment donné ou qui ont le temps et les qualifications pour aller au séminaire.

Qu'en est-il des prêtres qui ont quitté le sacerdoce pour se marier ? Il y aura une pression sur le Saint-Siège pour ré-admettre ces hommes qui sont encore prêtres mais qui ont été interdits d'exercer le ministère sacerdotal. Nous pouvons nous attendre à ce que certains Évêques les accueillent à bras ouverts. Si cela se produit, qu'en est-il des prêtres célibataires qui déclarent qu'ils aimeraient se marier et continuer à fonctionner comme prêtres ? Est-il juste de leur refuser ce qui est maintenant donné aux autres, c'est-à-dire la chance d'être un homme marié et prêtre à la fois ?

Quel en sera l'effet sur les Catholiques et les autres ? Le célibat sacerdotal est l'un des signes les plus forts aux yeux du monde qui est possible et raisonnable et que l'Église Catholique considère comme un grand sacrifice le fait d'abandonner le mariage et la famille pour le Christ. C'est une manière bénie d'adorer Dieu et de rappeler Jésus-Christ aux gens. Jésus agit à travers ses prêtres et ils sont appelés à vivre à l'imitation de son mode de vie. Jésus n'était pas marié. Le prêtre est une icône vivante du Christ Souverain Sacrificateur.

Abandonner le célibat comme étant trop difficile et donc un obstacle à la diffusion de l'Évangile, c'est vendre le Christianisme à rabais. Les gens verront ceci comme une capitulation à l'esprit non-religieux de notre temps.

Le sacerdoce célibataire est l'une des gloires de l'Église Catholique. C'est un don qui inspire les gens à dire : « Si les dirigeants de l'Église Catholique sont disposés à vivre sans épouse et sans famille pour imiter Jésus-Christ, ils doivent être totalement convaincus que c'est la vraie religion et que Dieu les récompensera pour leur sacrifice ». Si tout cela est mis de côté, alors nous apparaîtrons au monde comme doutant de nous-mêmes et incertains de la valeur de ce que l'Église a toujours enseigné comme un grand bien et bénéfice pour le prêtre et pour le toute l'Église.

Le mouvement pour abandonner le célibat doit être contré par une vigoureuse défense de la discipline de l'Église qui demande à ses prêtres d'imiter le Christ dans leur don de soi au Père dans une vie consacrée au service célibataire du Peuple de Dieu.