samedi 14 avril 2018

Quand les Papes s'entrechoquent



par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Le Centre de Fatima
Le 13 avril 2018


Un aspect étonnant de la crise ecclésiale que le Pape François a provoquée avec Amoris Laetitia (AL) est l'opposition diamétralement opposée de son programme à l'enseignement du Pape même qu'il a canonisé. Jamais auparavant, dans l'histoire de l'Église, un Pape n'a contredit de façon flagrante l'enseignement de l'un de ses prédécesseurs sur une question de Foi et de morale.

Amoris Laetitia annonce la nouveauté absolue — et donc la fausseté absolue — de l'enseignement moral selon lequel le Sixième Commandement représente un « idéal » auquel on ne peut s'attendre dans tous les cas des divorcés et « remariés ». Pour citer le paragraphe 303 déjà tristement célèbre :

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.


« Mais cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif. De toute manière, souvenons-nous que ce dis- cernement est dynamique et doit demeurer tou- jours ouvert à de nouvelles étapes de croissance et à de nouvelles décisions qui permettront de réaliser l’idéal plus pleinement ».

Pour défendre son propre enseignement dans Familiaris Consortio, en soutenant la discipline bimillénaire de l'Église, enracinée dans la Loi Divine, qui interdit la Sainte Communion aux adultères publics, Jean-Paul II enseignait précisément le contraire en accord avec tous ses prédécesseurs :

« Ce serait une erreur très grave que d’en conclure que la règle enseignée par l’Église est en elle-même seulement un « idéal » qui doit ensuite être adapté, proportionné, gradué, selon, dit-on, les possibilités concrètes de l’homme : selon un « équilibrage des divers biens en question ». Mais quelles sont les « possibilités concrètes de l’homme » ? Et de quel homme parle-t-on ? De l’homme dominé par la concupiscence ou bien de l’homme racheté par le Christ ? Car c’est de cela qu’il s’agit : de la réalité de la rédemption par le Christ.? Ainsi, c'est ce qui est impliqué: la réalité de l'homme racheté par le Christ. Le Christ nous a rachetés ! Cela signifie : il nous a donné la possibilité de réaliser l’entière vérité de notre être ; il a libéré notre liberté de la domination de la concupiscence ».

De plus, dans Veritatis Splendor, Jean Paul rejette précisément le faux appel à la conscience d' Amoris Laetitia et une disjonction inexistante entre les préceptes moraux négatifs sans exception et leur application « pastorale » :

« Les préceptes négatifs de la loi naturelle sont universellement valables : ils obligent tous et chacun, toujours et en toute circonstance. En effet, ils interdisent une action déterminée semper et pro semper, sans exception, parce que le choix d'un tel comportement n'est en aucun cas compatible avec la bonté de la volonté de la personne qui agit, avec sa vocation à la vie avec Dieu et à la communion avec le prochain. Il est défendu à tous et toujours de transgresser des préceptes qui interdisent, à tous et à tout prix, d'offenser en quiconque et, avant tout, en soi-même la dignité personnelle commune à tous ».

« Certains ont proposé une sorte de double statut de la vérité morale. En plus du niveau doctrinal et abstrait, il faudrait reconnaître l'originalité d'une certaine considération existentielle plus concrète. Celle-ci, compte tenu des circonstances et de la situation, pourrait légitimement fonder des exceptions à la règle générale et permettre ainsi d'accomplir pratiquement, avec une bonne conscience, ce que la loi morale qualifie d'intrinsèquement mauvais ».

« Ainsi s'instaure dans certains cas une séparation, voire une opposition, entre la Doctrine du précepte valable en général et la norme de la conscience de chacun, qui déciderait effectivement, en dernière instance, du bien et du mal. Sur ce fondement, on prétend établir la légitimité de solutions prétendument « pastorales », contraires aux enseignements du Magistère, et justifier une herméneutique « créatrice », d'après laquelle la conscience morale ne serait nullement obligée, dans tous les cas, par un précepte négatif particulier ».

« Il n'est personne qui ne comprenne qu'avec ces positions on se trouve devant une mise en question de l'identité même de la conscience morale face à la liberté de l'homme et à la Loi de Dieu.... »

Les « normalistes », avec leurs tentatives torturées de défendre l'indéfendable, ne peuvent plus cacher la vérité indéniable de ce Pontificat : il représente, assez incroyablement, la tentative d'un Pape de renverser l'enseignement infaillible de l'Église sur la loi morale. Les fidèles doivent non seulement rejeter cette tentative, mais s'y opposer activement de toutes les manières possibles selon leurs positions dans l'Église. Nous devons obéir à Dieu plutôt qu'à l'homme, même si l'homme en question est assis sur la Chaire de Pierre. Car le Pape n'est qu'un serviteur de la Vérité qui nous rend libres, pas l'Oracle de Rome.