dimanche 29 avril 2018

De Mattei

La guerre religieuse du IVe siècle et de notre temps



Par : Roberto de Mattei, vaticaniste
Corrispondenza Romana

Le 25 avril 2018
SOURCE : Rorate Caeli

Traduction de l'Italien vers l'Anglais :
Contributrice : Francesca Romana


L'Église avance à travers l'histoire pour toujours victorieuse, conformément aux plans merveilleux de Dieu. Les trois premiers siècles ont atteint leur apogée sous l'empereur Dioclétien ( 284-305 ). Tout semblait être perdu. Le découragement était une tentation pour beaucoup de Chrétiens et parmi eux il y avait ceux qui avaient perdu la Foi. Mais ceux qui ont persévéré ont eu l'immense joie, pas beaucoup d'années plus tard, de voir la Croix du Christ flamboyer sur les bannières de Constantin lors de la bataille de Saxa Rubra ( 312 ). Cette victoire a changé le cours de l'histoire. L'édit de Milan-Nicomédie de 313, accordant la liberté aux Chrétiens, a renversé le Senatus Consultum de Nero, qui avait proclamé le Christianisme une « superstitio illicita ». La Christianisation publique de la société a débuté dans un climat d'enthousiasme et de ferveur.

En 325, le Concile de Nicée, semble marquer la renaissance doctrinale de l'Église, avec la condamnation d'Arius, qui a nié la Divinité de la Parole. À Nicée, grâce au rôle décisif du Diacre, Athanase ( 295-373 ), qui par la suite devint l’Évêque d'Alexandrie, il fut définie la doctrine de la « consubstantialité » de la nature parmi les Trois Personnes de la Très Sainte Trinité.

Dans les années qui suivirent, entre la position orthodoxe et les hérétiques Ariens, un « tiers parti » fit son entrée : celui des « Semi-Ariens », à leur tour divisés en divers courants, qui reconnaissaient une certaine analogie entre le Père et le Fils, mais niait qu'il avait été « engendré, non fait, d'un seul Être avec le Père », comme il était affirmé dans le Credo de Nicée. Ils ont substitué le mot « omousios », qui signifie « de la même substance » avec le terme « omoiusios », qui signifie « de substance similaire ».

Les hérétiques, les Ariens et les semi-Ariens avaient compris que leur succès dépendrait de deux facteurs : le premier était de rester dans l'Église ; le second d’obtenir le soutien des pouvoirs politiques, donc de Constantin et ensuite de ses successeurs. Et. en effet, il en fut ainsi : ce fut une crise, jusqu'alors sans précédent, à l'intérieur de l'Église qui a duré plus de soixante ans.

Personne ne l'a mieux décrite que le Cardinal Newman dans son livre « Les Ariens du IVe siècle » ( 1833 ) dans lequel il a rassemblé toutes les nuances doctrinales de la question. Un érudit Italien, le Professeur Claudio Pierantoni a récemment présenté un parallèle éclairant entre la controverse Arienne et le débat actuel sur l'Exhortation Apostolique, Amoris Laetitia. Cependant, même en 1973, Monseigneur Rudolf Graber ( 1903-1992 ), Évêque de Ratisbonne, en rappelant la figure de Saint Athanase à l’occasion du XVIe centenaire de sa mort, avait comparé la crise du IVe siècle à celle qui suivit celle du Second Concile du Vatican ( Athanasius und die Kirche unserer Zeit : zu seinem 1600 Todestag, Kral 1973 ).

Athanase a été durement persécuté même par ses confrères pour sa fidélité à l'orthodoxie et, entre 336 et 366, il a été forcé cinq fois d'abandonner la ville dans laquelle il était Évêque, passant ainsi de longues années en exil et dans un combat acharné dans la défense de la Foi. Deux assemblées d'Évêques, à Césarée et à Tyr ( 334-335 ), le condamnèrent pour rébellion et fanatisme. En outre, en 341, alors qu'un Concile de cinquante Évêques à Rome proclamait Athanase innocent, le Concile d'Antioche, auquel participèrent plus de quatre-vingt-dix Évêques, ratifia les Actes des Synodes de Césarée et de Tyr et plaça un Arien à la place d’Athanase comme Évêque.

Le Concile suivant de Serdica, en 343, se termina par une scission : les Pères Occidentaux déclarèrent illégale la déposition d'Athanase et reconfirmèrent le Concile de Nicée : ceux d'Orient condamnèrent non seulement Athanase, mais aussi le Pape Jules Ier ( canonisé ensuite ), qui l'avait soutenu. Le Concile de Sirmium, en 351, cherchait un terrain d'entente entre l'orthodoxie Catholique et l'Arianisme. Au Concile d'Arles en 353, les Pères, y compris le légat représentant Libère, qui avait succédé à Saint Jules Ier comme Pape, signèrent une nouvelle condamnation contre Athanase.

Les Évêques ont été forcés de choisir entre la condamnation d'Athanase et l'exil. Saint Paulin, Évêque de Trèves, fut presque le seul dans la bataille pour le Credo de Nicée et fut exilé en Phrygie où il mourut à la suite de mauvais traitements de la part des Ariens. Deux ans plus tard, au Concile de Milan ( 355 ), plus de trois cents Évêques d'Occident signèrent la condamnation d'Athanase et d'un autre Père orthodoxe, Saint Hilaire de Poitiers, banni en Phrygie pour sa fidélité intransigeante à l'orthodoxie.

En 357, le Pape Libère, vaincu par les souffrances de l'exil et sur l'insistance de ses amis, mais aussi animé par « amour de la paix », signa la formule semi-Arienne de Sirmium et rompit la communion avec Saint Athanase, le déclarant séparé de l'Église Romaine, pour son utilisation du terme « consubstantiel », comme en témoignent quatre lettres que nous a transmises St Hilaire ( Manlio Simonetti, La crisi Ariana del IV secolo, Institutum Patristicum Augustinianum, Roma 1975, pp. 235-236 ). ).

Sous le Pontificat du même Libère, les Conciles de Rimini ( 359 ) et de Séleucie ( 359 ), qui constituaient un Grand Concile, représentatif de l'Ouest et de l'Est, abandonnèrent le terme « consubstantiel » de Nicée et établirent une « voie mitoyenne équivoque » » entre les Ariens et Saint Athanase. Il semblait que l'hérésie rampante avait conquis l'Église.

Les Conciles de Séleucie et de Rimini ne sont pas comptés par l'Église aujourd'hui dans les huit Conciles œcuméniques de l'Antiquité : il y avait néanmoins 560 Évêques présents, presque la totalité des Pères du Christianisme, qui ont été définis comme « œcuméniques » par leurs contemporains. C'est alors que Saint Jérôme a inventé la phrase qui affirme que « le monde entier a gémi et s'est étonné de se retrouver Arien » ( Dialogus adversus Luciferianos, n ° 19, PL, 23, col 171 ).

Ce qui est important à souligner, c'est qu'il ne s'agissait pas d'une dispute doctrinale limitée à un théologien, ni d'un simple conflit entre Évêques où le Pape devait agir comme arbitre. C'était une guerre religieuse dans laquelle tous les Chrétiens étaient impliqués, du Pape jusqu'aux derniers fidèles. Personne ne s'est refermé sur lui-même dans un bunker spirituel, personne ne regardait par la fenêtre en spectateur muet du drame. Tout le monde était dans les tranchées, combattant des deux côtés des lignes de bataille.

Il n'était pas facile à l'époque de comprendre si votre propre Évêque était orthodoxe ou non, mais le « sensus fidei » était la boussole pour s'orienter. Le Cardinal Walter Brandmüller, en parlant à Rome le 7 avril 2018, a rappelé que « le « sensus fidei » agit comme une sorte de système immunitaire spirituel par lequel les fidèles reconnaissent ou rejettent instinctivement toute erreur. Sur ce « sensus fidei » repose alors — en dehors de la Promesse Divine — l'infaillibilité passive de l'Église, ou la certitude que l'Église, dans sa totalité, ne pourra jamais subir une hérésie ».

Saint Hilaire écrit que pendant la crise Arienne, les oreilles des fidèles qui interprétaient dans un sens orthodoxe les affirmations ambiguës des théologiens semi-Ariens étaient plus saintes que les cœurs des prêtres. Les Chrétiens qui, depuis trois siècles, avaient résisté aux Empereurs résistaient maintenant à leurs propres Bergers, dans certains cas au Pape, coupable, sinon d'une hérésie ouverte, mais pour le moins d'une grave négligence.

Monseigneur Graber se réfère aux paroles de Joseph von Görres ( 1776-1848 ) dans son livre « Athanasius » ( 1838 ) écrit lors de l'arrestation de l'Archevêque de Cologne, mais c’est encore aujourd'hui d'une véracité extraordinaire : « La terre tremble sous nos pieds. Nous pouvons prévoir avec certitude que l'Église sortira indemne d'une telle ruine, mais personne ne peut dire et conjecturer qui et quoi survivra. Nous, en conseillant donc, en recommandant et en levant la main, désirons empêcher le mal en montrant ses signes. Même les mules qui portent les faux prophètes, s’irritent, se reculent et, avec un langage humain, relancent l'injustice à la face de ceux qui les frappent, à la face de ceux qui ne voient pas l'épée tirée ( par Dieu ) qui leur ferme le chemin ( Nombres, XXII, 22-35 ). Travaillez alors pendant qu'il fait jour puisque pendant la nuit personne ne le peut. Cela ne sert à rien d'attendre : l'attente n'a fait qu'aggraver les choses ».

Il y a des moments où un Catholique est obligé de choisir entre la lâcheté et l'héroïsme, entre l'apostasie et la sainteté. C'est ce qui s'est passé au IVème siècle et c'est ce qui se passe encore aujourd'hui.