mardi 10 avril 2018

De Mattei

Tu es Petrus
La vraie dévotion à la Chaire de Saint Pierre

Conférences intégrales données aux USA les 8 et 10 avril 2018



Par : Roberto de Mattei, vaticaniste
Corrispondenza Romana

Le10 avril 2018
SOURCE : Rorate Caeli

Traduction de l'Italien vers l'Anglais :
Contributeur : Brendan Young


Le samedi 8 avril 2018, à Deerfield ( Illinois ) à l'invitation de Catholic Family News, et lundi 9 avril à Norwalk dans le Connecticut, en tant qu'invité de la Société de Saint Hugues de Cluny, le Professeur Roberto de Mattei, a prononcé des allocutions sur le thème : Tu es Petrus : la vraie dévotion à la Chaire de Saint Pierre. Voici le texte de ses conférences.

Tu es Petrus : la vraie dévotion à la Chaire de Saint Pierre

Nous nous trouvons devant l'un des moments les plus critiques que l'Église ait jamais connu dans son histoire, mais je suis convaincu qu'une véritable dévotion à la Chaire de Saint Pierre peut nous offrir les armes pour sortir de cette crise de façon victorieuse.

La vraie dévotion. Parce qu'il y a une fausse dévotion de la Chaire de Pierre, tout comme — selon Saint Louis Marie Grignion de Montfort — il y a une vraie et une fausse dévotion à la Très Sainte Vierge Marie.

La promesse de Notre Seigneur à Simon Pierre dans la ville de Césarée de Philippe est claire : Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam ( Matthieu 16 : 15-19).

« Tu es Pierre ; et sur cette pierre, Je bâtirai Mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre Elle ».

La Primauté de Pierre constitue le fondement sur lequel Jésus-Christ a institué son Église et sur laquelle elle restera solide jusqu'à la fin des temps. La promesse de la victoire de l'Église, cependant, est aussi l'annonce d'une guerre. Une guerre qui, jusqu'à la fin des temps, sera menée par l'enfer contre l'Église. Au centre de cette guerre féroce est la Papauté. Les ennemis de l'Église, tout au long de l'histoire, ont toujours cherché à détruire la Primauté de Pierre parce qu'ils ont compris qu'elle comprend le fondement visible du Corps Mystique. Le fondement visible, parce que l'Église a une fondation primaire et invisible qui est Jésus-Christ dont Pierre est le Vicaire.

La véritable dévotion à la Chaire de Pierre est, sous cet aspect, le dévouement à la visibilité de l'Église et constitue, comme l’observe le Père Faber, une partie essentielle de la vie spirituelle Chrétienne. [1]

Les attaques contre la Papauté dans l'histoire

Febronius a affirmé ne pas vouloir défier le Pape, mais le centralisme de la Curie Romaine, qu'il voulait contrer, avec les Synodes Épiscopaux Nationaux ou Provinciaux. Pie VI a condamné ses thèses avec le décret Super soliditate Petrae du 28 novembre 1786.

En Italie, des idées analogues ont été exprimées par l'Évêque Janséniste de Pistoia, Scipione de' Ricci. En 1786, Scipione de' Ricci a convoqué un Synode diocésain, avec l'intention de réformer l'Église, en réduisant le Pape à être le Chef ministériel des Communautés des Pasteurs du Christ. Alors la Révolution Française a éclaté et Pie VI, avec la lettre Quod Aliquantum du 10 mars 1791 condamne la Constitution Civile du Clergé, qui affirme que les Évêques sont indépendants du Pape, que les prêtres sont supérieurs aux Évêques et que les prêtres de paroisse sont élus par les simples fidèles. Avec la Bulle Auctorem fidei du 28 août 1794, les erreurs ecclésiologiques du Synode de Pistoia furent également condamnées. [2] Pie VI, cependant, a été submergé par la Révolution. En 1796, la flotte de Bonaparte envahit la péninsule, elle occupe Rome et le 15 février 1798, Bonaparte a proclamé la République Romaine. Le Pape a été arrêté et amené à la ville de Valence en France, où il est mort le 29 août 1799, épuisé par ses souffrances.

La Révolution semblait avoir triomphé de l'Église. Le corps de Pie VI a été laissé sans sépulture pendant plusieurs mois quand il a été apporté au cimetière local dans une malle utilisée comme cercueil pour les pauvres sur lequel était écrit « Citoyen Gianangelo Braschi — dont le pseudonyme était « Pape » ». La municipalité de Valence notifia le Directoire Français de la mort de Pie VI, ajoutant que le dernier Pape de l'histoire avait été enterré.

Dix ans plus tard, en 1809, le successeur de Pie VI, Pie VII, vieux et infirme, fut également arrêté et, après deux ans d'emprisonnement à Savone, fut conduit à Fontainebleau, où il resta jusqu'à la chute de Napoléon, contraint de se plier à sa volonté. Jamais auparavant la Papauté n'avait semblé si faible au monde. Mais dix ans plus tard, en 1819, Napoléon était parti de la scène et Pie VII était revenu sur le Trône Pontifical, reconnu comme l'autorité morale suprême par les Souverains Européens. Cette année-là, le livre Du Pape fut publié à Lyon en 1819 , chef-d'œuvre du Comte Joseph de Maistre, ouvrage qui comptait des centaines de réimpressions et qui anticipait le Dogme de l'Infaillibilité papale, plus tard définie par le Premier Concile du Vatican.

Le livre Du Pape est considéré comme un manifeste de la pensée contre-révolutionnaire, qui s'oppose au Libéralisme Catholique des XIXe et XXe siècles. Ici aujourd'hui, je voudrais être un écho de cette école de pensée Catholique [3].

Quand, en 1869, le Premier Concile du Vatican s'ouvrit, deux partis s'affrontèrent : d'un côté, les Catholiques Ultramontains ou contre-révolutionnaires, soutenus par Pie IX, qui combattirent pour l'approbation du Dogme de la Primauté de Pierre et de l'Infaillibilité papale. Parmi eux se trouvaient d'illustres Évêques, comme le Cardinal Henry Edward Manning, Archevêque de Westminster, Louis Pie, Évêque de Poitiers, Konrad Martin, Évêque de Paderborn, rejoints par les meilleurs théologiens de l'époque comme les Pères Giovan Battista Franzelin, Joseph Kleutgen et Henri Ramière. Du côté opposé, se trouvaient les Catholiques Libéraux dirigés par Mgr Maret, Doyen de la Faculté de théologie de Paris, et par Ignaz von Döllinger, Recteur de l'Université de Munich.

Les Libéraux, faisant écho aux thèses Conciliaristes et Gallicanes, soutenaient que l'autorité de l'Église ne résidait pas seulement dans le Pontife mais dans le Pape uni aux Évêques, et jugeait le Dogme de l'infaillibilité erroné, ou du moins inopportun. Pie IX, le 8 décembre 1870, avec la Constitution Pastor aeternus, définit les Dogmes de la Primauté de Pierre et de l'Infaillibilité papale. [4] Aujourd'hui, ces Dogmes sont pour nous une référence précieuse sur lesquels fonder une véritable dévotion à la Chaire de Pierre.

Le Concile Vatican II et la nouvelle conception de la Papauté

Les Catholiques Libéraux ont été vaincus par le Premier Concile du Vatican, mais après un siècle, ils sont devenus les protagonistes et les gagnants du Concile Vatican Deux.

Les Gallicans, les Jansénistes et les Fébronistes ont ouvertement déclaré que la structure de l'Église devait être démocratique, dirigée par le bas, par des prêtres et des Évêques, dont le Pape ne serait qu'un représentant. La Constitution Lumen Gentium, promulguée le 21 novembre 1964 par le Concile Vatican II, était comme tous les documents du Concile, un document ambigu, qui reconnaissait ces tendances, mais sans les amener à leurs résultats finaux.

La Nota explicitativa praevia, [ note explicative préliminaire ] souhaitée par Paul VI pour sauver l'orthodoxie du document, était un compromis entre le principe de la Primauté de Pierre et celui de la Collégialité des Évêques. Ce qui se passa avec Lumen Gentium eut aussi lieu avec la Constitution Conciliaire Gaudium et Spes, qui plaçait au même niveau les deux fins du mariage : procréatif et unitif. L'égalité dans la nature n'existe pas. L'un des deux principes est destiné à s'affirmer sur l'autre. Et, comme dans le mariage, le principe unitif prévaut sur la procréation, ainsi dans le cas de la Constitution de l'Église, le principe de la Collégialité s'est imposé à celui de la Primauté du Pontife Romain.

La synodalité, la collégialité, la décentralisation sont les mots qui expriment aujourd'hui la tentative de transformer la Constitution monarchique et hiérarchique de l'Église en une structure démocratique et parlementaire.

Un « manifeste » programmatique de cette nouvelle ecclésiologie, est le discours donné par le Pape François le 17 octobre 2015, lors de la cérémonie du Cinquantenaire de l'Institution du Synode des Évêques. Dans ce discours, François a utilisé l'image de la « pyramide à l'envers » pour décrire la « conversion » de la Papauté déjà annoncée dans l'Exhortation Evangelii Gaudium de 2013 ( n ° 32 ). Il semble que le Pape Bergoglio veuille substituer l'Église centro-Romaine en une Église polycentrique ou à plusieurs côtés, selon une image qu'il utilise souvent. Une Papauté renouvelée, conçue comme une forme de ministère au service des autres églises, renonçant à la Primauté juridique ou au gouvernement de Pierre.

À vouloir démocratiser l’Église, les innovateurs cherchent à la dépouiller de son aspect institutionnel et à la réduire à une dimension purement sacramentelle. C'est la transition d'une Église juridique à une Église sacramentelle, une Église de communion. Quelles sont les conséquences ? Sur le plan sacramentel, le Pape, en tant qu'Évêque, est égal à tous les autres Évêques. Ce qui le place au-dessus de tous les Évêques et lui confère un pouvoir suprême, plein et immédiat sur toute l'Église, c'est son office juridique. Le munus spécifique du Souverain Pontife ne consiste pas dans son pouvoir de l’Ordre, qu'il a en commun avec tous les Évêques du monde, mais dans son pouvoir de juridiction ou de gouvernement qui le distingue de tous les autres Évêques. L’Office du Pape qu’il détient ne représente pas le quatrième niveau des Saints Ordres après le diaconat, le sacerdoce et l'épiscopat. Le Ministère Pétrinien n'est pas un Sacrement, mais un Office, car le Pape est le Vicaire visible de Jésus-Christ. L'Église-Sacrement dissout, avec la visibilité de l'Église, la Primauté de Pierre.

La visibilité de l'Église

Jésus-Christ a confié la mission de gouverner à Pierre, après la Résurrection, lorsqu'il a dit : « Pais mes agneaux, prends soin de mes brebis » ( Jean 21 : 15-17 ). Par ces paroles, Notre-Seigneur confirma la promesse faite au Césarée de Philippe au Prince des Apôtres et fit de lui Son Vicaire visible sur la terre avec les pouvoirs de chef suprême de l'Église et de pasteur universel. La vraie dévotion à la Chaire de Pierre n'est pas le culte de l'homme qui occupe cette Cathèdre, mais l'amour et la vénération pour la mission que Jésus-Christ a donnée à Pierre et à Ses Successeurs. Cette mission est une mission visible, perceptible par les sens, comme l'ont expliqué Léon XIII dans l'Encyclique Satis cognitum (1896) et Pie XII dans son Encyclique Mystici Corporis Christi (1943).

Comme son Fondateur, l'Église consiste en un élément humain, visible et externe, et en un élément Divin, spirituel et invisible. Elle est une société, visible et spirituelle, temporelle et éternelle à la fois, humaine pour les membres dont elle est composée et Divine pour son origine, sa fin et ses moyens surnaturels. L'Église a une première visibilité parce qu'elle n'est ni un courant spirituel ni un mouvement d'idées, mais une véritable société dotée d'une structure juridique ; et une seconde visibilité parce qu'elle est une société surnaturelle reconnaissable par ses marques extérieures par lesquelles elle est toujours Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine [5].

Le Pape est celui en qui cette visibilité de l'Église est concentrée et condensée. C'est le sens de la phrase de Saint Ambroise Ubi Petrus ibi ecclesia [6] , ( Là où est Pierre, là est l'Église ) qui présuppose l'autre dicton, attribué à Saint Ignace d'Antioche : Ubi Christus, ibi ecclesia [7]. ( Là où est est le Christ, là est l'Église ). Il n'y a pas de véritable Église en dehors de celle fondée par Jésus-Christ qui continue de la guider et de l'assister invisiblement tandis que son Vicaire la domine visiblement sur la terre.

Aujourd'hui, il y a une infiltration Moderniste à l'intérieur de l'Église, mais il n'y a pas deux églises. C'est la raison pour laquelle le Père Gleize, parlant de « l'Église Conciliaire », dit que c’est inexact, affirmant que deux églises, la Romaine et la Conciliaire, n'existent pas [8]. Et c'est aussi la raison pour laquelle nous devons faire attention de parler de « l'église Bergoglienne », ou de « la nouvelle Église ». L'Église est aujourd'hui occupée par des hommes d'Église qui trahissent ou déforment le message du Christ, mais elle n'a pas été remplacée par une autre église. Il n'y a qu'une seule Église Catholique, dans laquelle aujourd'hui cohabitent de manière confuse et fragmentaire, des théologies ainsi que des philosophies différentes et contrebalancées. Il est plus correct de parler d'une théologie Bergoglienne, d'une philosophie Bergoglienne et, si l'on veut, d'une religion Bergoglienne ( ou d'une irréligion ! ), sans en arriver à définir le Pape Bergoglio, les Cardinaux, la Curie et les Évêques parce que, si nous devions imaginer que le Pape, les Cardinaux, la Curie, les Évêques du monde constituent dans leur ensemble une nouvelle Église, nous devrions légitimement nous demander : « Où est l'Église du Christ ? Où est sa visibilité sociale et surnaturelle ? »

Et c'est le principal argument contre le sédévacantisme. Mais c'est aussi un argument contre ce Traditionalisme exacerbé qui, tout en ne déclarant pas la vacance du Siège de Pierre, se croit capable de chasser de l'Église le Pape, les Cardinaux et les Évêques et réduire de facto le Corps Mystique du Christ à une réalité purement spirituelle et invisible.

L'erreur de la papolâtrie

L'Église, en tant que société visible, a besoin d'une hiérarchie visible, d'un Vicaire du Christ qui la gouverne visiblement. La visibilité est, avant tout, celle de la Chaire de Pierre, sur laquelle 266 Papes ont siégé jusqu'à aujourd'hui.

Le Pape est une personne qui occupe une Chaire, une Cathèdre : il n'y a pas de Cathèdre sans qu’il y ait une personne, mais le danger existe que la personne conduise les autres à oublier l'existence de la Chaire, c'est-à-dire l'institution juridique qui précède la personne.

La papolâtrie est une fausse dévotion qui ne voit pas dans le Pape régnant l'un des 265 Successeurs de Pierre, mais le considère comme un nouveau Christ sur terre, qui personnalise, réinterprète, réinvente et impose le Magistère de ses Prédécesseurs, en élargissant et en perfectionnant la Doctrine du Christ.

La papolâtrie, avant d'être une erreur théologique, est une attitude psychologique et morale déformée. Les papolâtres sont généralement des conservateurs ou des modérés qui se trompent sur la possibilité d'atteindre de bons résultats dans la vie sans se battre, sans effort. Le secret de leur vie, c'est toujours de s'adapter, de tirer le meilleur parti de chaque situation. Leur mot d'ordre est que tout gît dans le calme, il n'y a pas besoin de s'inquiéter de quoi que ce soit. La réalité, pour eux, n'a jamais les caractères d'un drame. Les modérés ne veulent pas que la vie soit un drame car cela les obligerait à assumer des responsabilités qu'ils ne veulent pas assumer. Mais parce que la vie est souvent dramatique, leur sens de la réalité est bouleversé, dans une irréalité absolue. Face à la crise actuelle dans l'Église, le modéré la nie instinctivement. Et le moyen le plus efficace de calmer sa propre conscience, c'est d'affirmer que le Pape a toujours raison même lorsqu'il se contredit lui-même ou ses Prédécesseurs. À ce stade, l'erreur passe inévitablement du niveau psychologique au niveau doctrinal et elle se transforme en papolâtrie, à savoir à la position qui stipule que le Pape doit toujours être obéi, quoi qu'il dise ou fasse, parce que le Pape est la seule et infaillible loi de la Foi Catholique.

Sur le plan doctrinal, la papolâtrie a ses racines idéologiques dans le volontarisme de Guillaume d'Okcham ( 1285-1387 ) qui, paradoxalement, était un adversaire féroce de la Papauté. Alors que Saint Thomas d'Aquin affirmait que Dieu, la Vérité Absolue et le Bien Suprême, ne pouvait ni ne voulait rien faire de contradictoire, Ockham soutenait que Dieu ne pouvait faire ni ne ferait rien, même de mal, paradoxalement, parce que le mal et le bien n'existent pas mais sont faits de cette façon par Dieu. Pour Saint Thomas, quelque chose est ordonné ou interdit dans la mesure où il est ontologiquement bon ou mauvais ; pour les adeptes d'Ockham, c'est le contraire : quelque chose est bon ou mauvais, dans la mesure où Dieu l'a commandé ou interdit. Une fois ce principe admis, non seulement la morale devient relative, mais le représentant de Dieu sur la terre, le Vicaire du Christ, peut alors exercer son autorité suprême d'une manière absolue et arbitraire et les fidèles ne peuvent que lui obéir inconditionnellement.

En réalité, l'obéissance à l'Église implique pour le sujet le devoir de satisfaire non pas la volonté du supérieur, mais seulement la Volonté de Dieu. Pour cette raison, l'obéissance n'est jamais aveugle et inconditionnelle. Elle a ses limites dans les Lois Divines et naturelles ainsi que dans la Tradition de l'Église dont le Pape est le gardien et non le créateur.

Pour le papolâtre, le Pape n'est pas le Vicaire du Christ sur la terre qui a le devoir de transmettre la Doctrine qu'il a reçue, mais il est un Successeur du Christ qui perfectionne la Doctrine de ses Prédécesseurs, l'adaptant au changement des temps. La Doctrine de l'Évangile est en perpétuelle évolution, car elle coïncide avec le Magistère du Pontife régnant. Le Magistère « vivant » substitue le Magistère pérenne, exprimé par l'enseignement pastoral qui change tous les jours et a sa regula fidei ( règle de la foi ) dans le sujet de l'autorité et non dans l'objet de la Vérité transmise.

Une conséquence de la papolâtrie est le prétexte de canoniser tous et chacun des Papes du passé de sorte que rétroactivement chacune de leurs paroles, chaque acte de gouvernement sont rendus « infaillibles ». Cependant, cela ne concerne que les Papes après Vatican II et non ceux qui ont précédé ce Concile.

À ce stade, se pose la question : l'âge d'or de l'histoire de l'Église est le Moyen Age et, pourtant, les seuls Papes médiévaux canonisés par l'Église sont Grégoire VII et Célestin V. Aux XIIe et XIIIe siècles, il y avait de grands Papes mais aucun d'entre eux n'a été canonisé. Pendant sept cents ans, entre le quatorzième et le vingtième siècle, seuls Saint Pie V et Saint Pie X furent canonisés. Tous les autres étaient-ils des Pontifes indignes et des pécheurs ? Certainement pas. Mais l'héroïsme dans la gouvernance de l'Église est une exception, pas la règle, et si tous les Papes étaient des Saints, alors personne ne serait un saint. La Sainteté est une telle exception qu'elle perd son sens lorsqu'elle devient la règle. Il y a un doute, qu'aujourd'hui ils veulent canoniser tous les Papes, parce qu'ils ne croient pas en la sainteté d’aucun.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce problème, ils peuvent lire à leur profit l'article publié dans The Remnant par Christopher Ferrara intitulé : «La Crise des Canonisations ». [9]

Une bicéphalie papale est-elle possible ?

La papolâtrie n'existe pas dans un sens abstrait : aujourd'hui, par exemple, nous devons parler d'une manière plus précise de la Françoisolatrie, mais aussi de Benedictolotrie, comme Miguel Ange Yáñez a bien observé, dans Adelante la fé [10]. Cette papolâtrie peut venir faire contrepoids d’un Pape contre un autre Pape : les partisans, par exemple, du Pape François contre ceux du Pape Benoît XVI, mais aussi de rechercher l'harmonie et la coexistence entre les deux Papes, imaginant une éventuelle division de leurs rôles. Ce qui s'est passé à l'occasion du cinquième anniversaire de l'élection du Pape François a été significatif et troublant. Toute l'attention des médias a porté sur le cas d'une lettre de Benoît XVI au Pape François : une lettre qui s'est révélée manipulée et a provoqué la démission du chef des communications du Vatican, Monseigneur Dario Viganò. La discussion révéla cependant l'existence d'une fausse prémisse, acceptée par tous : l'existence d'une sorte de bicéphalie papale dont le Pape François remplit ses fonctions, et puis il y a un autre Pape, Benoît, qui sert la Chaire de Pierre par la prière, et si nécessaire, comme conseil. L'existence des deux Papes est admise comme un fait accompli : seule la nature de leur relation est discutée. Mais la vérité est qu'il est impossible que deux Papes puissent exister. La Papauté n'est pas démontable : il ne peut y avoir qu'un seul Vicaire du Christ.

Benoît XVI avait la capacité de renoncer à la Papauté, mais par conséquent, il aurait dû abandonner le nom de Benoît XVI, renoncer de s'habiller en blanc et de porter le titre de Pape Émérite : en un mot, il aurait dû cesser définitivement d'être Pape, quittant également la Cité du Vatican. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Parce que Benoît XVI semble être convaincu d'être toujours Pape bien qu'il soit un Pape qui a renoncé à l'exercice du Ministère Pétrinien. Cette conviction est née d'une ecclésiologie profondément erronée, fondée sur une conception sacramentelle et non juridique de la Papauté. Si la Munus Pétrinienne est un sacrement et non un office juridique, elle a un caractère indélébile mais, dans ce cas, il serait impossible de renoncer à l'Office. La démission présuppose la révocabilité de l'Office et elle est alors inconciliable avec la vision sacramentelle de la Papauté.

Le Cardinal Brandmüller a jugé à juste titre comme inintelligible la tentative d'établir une sorte de parallélisme contemporain d'un Pape régnant et d'un Pape en prière. « Un Pape à deux têtes serait une monstruosité » [11] , a dit le Cardinal Brandmüller, qui ajoute : « Le Droit Canon ne reconnaît pas la figure d'un Pape Émérite » (...) « Le cessionnaire, par conséquent », « n'est plus Évêque de Rome, même pas un Cardinal » [12]

En ce qui concerne les doutes, à propos de l'élection du Pape François, le Professeur Geraldina Boni [13], se souvient que les Canonistes ont toujours enseigné que la pacifique « universalis ecclesiae adhaesio » ( acceptation ecclésiale universelle ) est un signe et un effet infaillible d'une élection valide et d'une Papauté légitime, et l'adhésion ou l'acceptation du Pape François par le Peuple de Dieu n'a pas encore été mise en doute par aucun des Cardinaux qui ont participé au Conclave. L'acceptation d'un Pape par l'Église universelle est un signe infaillible de sa légitimité et guérit à la racine tous les défauts de l'élection papale ( par exemple, les machinations illégales, les conspirations, etc. ). C'est aussi une conséquence du caractère visible de l'Église et de la Papauté.

Un nemine est judicandus, nisi a fide devius...

Le caractère juridique de l’Office Pétrinien est bien décrit par un Canoniste, au-dessus de tout soupçon, l'ancien Recteur de l'Université Grégorienne, le Père Jésuite Gianfranco Ghirlanda, quand, pendant la période de transition entre les deux derniers pontificats, il a écrit un article clair dans Civiltà Cattolica sur « La vacance du Siège Romain ». « La vacance du Siège Romain se produit en cas de cessation de la fonction de la part du Pontife Romain, ce qui arrive pour quatre raisons : 1) La mort, 2) Une folie perpétuelle et certaine ou une complète infirmité mentale ; 3) l’apostasie notoire, l’hérésie, le schisme ; 4) la démission ».

Le Père Ghirlanda explique : « Dans le premier cas, le Siège Apostolique est vacant à partir du moment de la mort du Pontife Romain ; dans la deuxième et dans la troisième à partir du moment de la déclaration de la part des Cardinaux ; dans le quatrième à partir du moment du renoncement ».

À ce stade, le Père Ghirlanda s'attarde sur le cas d'un Pape hérétique. Il n'y avait pas alors de référence à un Pape car, lors de sa rédaction au mois de février 2013, personne n'avait encore été élu. Le Père Ghirlanda se réfère à un « exemple académique » : « Il y a le cas, admis par la Doctrine, d'une apostasie notoire, d'une hérésie et d’un schisme dans lequel le Pontife Romain pourrait tomber, mais en tant que « docteur privé », c’est-à-dire qui n'exige pas l'assentiment des fidèles parce que, par la foi dans l'infaillibilité personnelle que le Pontife Romain a dans l'accomplissement de sa fonction, et donc dans l'assistance du Saint-Esprit, nous devons dire qu'il ne peut pas faire d'affirmations hérétiques, souhaitant utiliser son autorité primatiale parce que s'il le faisait, il tomberait ipso jure de son Office. Cependant, dans de tels cas, parce que « le Premier Siège n'est jugé par personne » ( Canon 1404 ), personne ne pourrait déposer le Pontife Romain, mais seulement une déclaration du fait serait prononcée, et qui devrait être faite par les Cardinaux, au moins de ceux présents à Rome. Une telle éventualité, bien que prévue dans la Doctrine, est considérée comme totalement improbable, par l'intervention de la Divine Providence en faveur de l'Église ». [14].

Le Père Ghirlanda est dans cette présentation, ni traditionaliste ni progressiste, mais un érudit qui a rassemblé mille ans de tradition canonique.

Si, dans le domaine de la philosophie et de la théologie, le sommet incontesté de la pensée Chrétienne est représenté par Saint Thomas d'Aquin, dans le domaine du Droit Canonique, l'équivalent de cette école est représenté par Gratien ( Magister Gratianus ) et ses disciples.

Rappelant une affirmation de Saint Boniface, Évêque de Mains, Gratien affirmait que le Pape «nemine est iudicandus, nisi deprehendatur a fide devius » ( n'est jugé par personne, sauf quand il s'écarte de la Foi ). [15]

Ce principe est réitéré dans Summa decretorum, par Huguccio, ou Hugues de Pise [16], considéré comme le plus célèbre magister decretorum, Maître des Décrets, du XIIème siècle.

Le Père Salvatore Vacca, qui a retracé l'histoire de l'axiome Prima Sedes a nemine judicatur ( le Premier Siège n'est jugé par personne ), a rappelé que « la thèse de la possibilité d'un Pape hérétique serait retenue en considération... pendant toute la durée du Moyen Age jusqu'à l'époque du Schisme Occidental ( 1379-1417 ) » [17].

Dans le cas d'un Pape hérétique, le principe selon lequel Prima Sedes a nemine judicatur n'est pas violé, d'abord parce que, selon la Tradition Canonique, ce principe n'admet qu'une seule exception, le cas de l'hérésie ; en second lieu parce que les Cardinaux se borneraient à certifier seulement le fait d'hérésie, comme cela arriverait dans le cas de la perte des facultés mentales, sans exercer aucune déposition du Pontife Romain. La cessation de l'Office primatial ne serait reconnue et déclarée que par eux.

Les théologiens argumentent si la perte du Pontificat arriverait au moment où le Pape tomberait dans l'hérésie ou seulement dans le cas où l'hérésie deviendrait manifeste ou notoire et se répandrait publiquement.

Arnaldo Xavier da Silveira [18] soutient que bien qu'il existe une incompatibilité en radice ( à la racine ) entre l'hérésie et la juridiction papale, le Pape ne perd pas son poste jusqu'au moment où son hérésie se manifeste. L'Église étant une société visible et parfaite, la perte de la Foi par son chef visible devrait être un fait public. Comme un arbre peut vivre pendant un certain temps après que ses racines ont été coupées, la compétence peut être maintenue précairement par le possesseur, même après une chute dans l'hérésie. Jésus-Christ maintient provisoirement la personne du Pontife hérétique dans sa juridiction jusqu'à ce que l'Église reconnaisse la déposition.

Ce qui est certain, c'est que reconnaître la possibilité pour un Pape de tomber dans l'hérésie ne signifie en aucune manière diminuer l'amour et la dévotion à la Papauté. Cela veut dire admettre que le Pape est le Vicaire, pas toujours impeccable et pas toujours infaillible, de Jésus-Christ, seul Chef du Corps Mystique de l'Église.

Contre le catacombisme

Le thème de la visibilité de l'Église est un argument pour combattre une autre tentation aujourd'hui répandue : celle du catacombisme. Le catacombisme est l'attitude de ceux qui se retirent du champ de bataille et se cachent dans l'illusion de pouvoir survivre sans se battre. Le catacombisme est le refus de la conception militante du Christianisme.

Le catacombiste ne veut pas se battre, car il est convaincu d'avoir déjà perdu la bataille ; il accepte la situation de l'infériorité des Catholiques comme un fait donné sans revenir aux causes qui l'ont déterminée. Mais si les Catholiques sont aujourd'hui minoritaires, c'est parce qu'ils ont perdu une série de batailles ; ils ont perdu ces batailles parce qu'ils ne les ont pas combattues ; ils ne les ont pas combattues parce qu'ils ont éliminé l'idée même d '« ennemis », tournant leurs dos au concept Augustinien des deux villes se combattant dans l'histoire, le seul concept qui puisse nous offrir une explication de ce qui se passe et de ce qui s'est passé. Si l'on rejette ce concept militant, on accepte le principe de l'irréversibilité du processus historique et du catacombisme, on passe inévitablement au progressisme et au modernisme. Les catacombistes opposent l'Église Constantinienne à l'Église Minoritaire et Persécutée des trois premiers siècles. Mais Pie XII dans son discours à l’Action Catholique le 8 décembre 1947, réfute cette théorie, expliquant que les Catholiques des trois premiers siècles n'étaient pas des catacombistes, mais des conquérants :

« L'Église des premiers siècles n’a pas rarement été représentée comme « l'Église des catacombes » comme si les Chrétiens de l'époque avaient l'habitude de vivre là, cachés. Il n'y a rien de plus inexact : ces nécropoles souterraines, destinées principalement à l'enterrement des fidèles, ne servaient pas de lieux de refuge, sinon, peut-être, parfois, devant de violentes persécutions. La vie des Chrétiens, dans ces siècles marqués par le sang, s'est déroulée au milieu des rues et des maisons, en plein air. Ceux-ci « n'ont pas vécu à l'écart du monde ; ils fréquentaient, comme les autres, le forum, les bains, les ateliers, les boutiques, les marchés, les places publiques ; ils exerçaient leurs professions de marins, de soldats, de fermiers et de marchands ». ( Tertullien, Apologeticum, vers 42). Souhaitant dépeindre cette Église valeureuse, toujours prête à vivre au premier plan, une communauté de réfractaires, se cachant pour ne pas être embarrassés ou par lâcheté, serait une insulte à leurs vertus. Ils étaient pleinement conscients de leur devoir de conquérir le monde pour le Christ, de transformer la vie privée et publique selon la Doctrine et la Loi du Divin Sauveur, où une nouvelle civilisation pourrait naître, une autre Rome, jaillissant des tombeaux des deux Princes des Apôtres. Et ils ont atteint leur objectif. Rome et l'Empire Romain sont devenus Chrétiens ».

Avant, on disait que le Sacrement de la Confirmation nous avait faits des « soldats du Christ » et Pie XII, s'adressant aux Évêques des États-Unis, a dit : « Le Chrétien, s'il honore le nom qu'il porte, est toujours un apôtre ; il n'est pas permis au Soldat du Christ de quitter le champ de bataille car seule la mort met fin à son service militaire. [19]

Nous devons retrouver ce concept militant de la vie Chrétienne.

La force du silence et la force du discours

Il y a ceux qui disent que nous devons abandonner l'action et la lutte parce qu'il n'y a plus rien à faire sur le plan humain. Nous devons attendre une intervention extraordinaire de la Divine Providence. Certainement c'est Dieu, et Lui seul, Qui guide et change l'histoire. Mais Dieu exige la coopération des hommes et si les hommes cessent de travailler, la Grâce Divine cessera également d'agir. En fait, comme l'observait Ambroise, « Les Bienfaits Divins ne sont pas transmis à celui qui dort, mais à celui qui veille ». [20].

Il y a ceux qui disent que nous devons renoncer non seulement à l'action, mais même à la parole. Parfois, nous rencontrons quelqu'un qui, le doigt sur les lèvres et les yeux levés vers le Ciel, nous dit que nous devons garder le silence et prier. Rien d'autre. Mais ce serait une erreur de faire du silence une règle de comportement car, au Jour du Jugement, nous répondrons non seulement aux vaines paroles, mais aussi aux silences coupables.

Il y a des vocations au silence, comme celles de nombreux moines et nonnes contemplatifs ; mais les Catholiques, des Pasteurs jusqu'au dernier des Fidèles, ont le devoir de témoigner de leur Foi, avec des paroles et des exemples. C'est par la Parole que les Apôtres ont conquis le monde et que l'Évangile s'est répandu d'un bout à l'autre de la terre.

Saint Athanase et Saint Hilaire ne sont pas restés silencieux contre les Ariens, Sainte Catherine de Sienne ne s'est pas tue devant les Papes de son temps et, dans ces temps récents, ceux-ci ne se sont pas tus mais ont parlé : l'Évêque de Münster, Clemens August von Galen face au Nazisme et le Cardinal Josef Mindszenty, Primat de Hongrie, confrontés au Communisme.

Aujourd'hui, d'ailleurs, le silence n'est pas utilisé comme un moment de recueillement et de réflexion qui prépare à la bataille, mais comme une stratégie politique, une alternative au combat. Un silence qui nous prédispose à la dissimulation, à l'hypocrisie et à la reddition finale. Jour après jour, mois après mois, année après année, la politique du silence est devenue une prison qui emprisonne de nombreux conservateurs. En ce sens, le silence n'est pas seulement un péché d'aujourd'hui, mais c'est aussi un châtiment pour les péchés d'hier. Aujourd'hui, ceux qui sont restés silencieux pendant trop longtemps sont prisonniers du silence. Cependant, il est libre celui qui, au cours des cinquante dernières années, n'a pas gardé le silence mais a parlé ouvertement et sans compromis, parce que seule la Vérité nous rend libres. ( Jean 8 :32 ).

Tempus est tacendi, tempus loquendi dit Ecclésiaste (3 : 7) : « Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler ». Et aujourd'hui, c'est le moment de parler.

Parler signifie avant tout témoigner publiquement de sa propre fidélité à l'Évangile et aux Vérités Catholiques immuables, en dénonçant les erreurs qui s'opposent à elle. En temps de crise, la règle est celle que Benoît XV de l'Encyclique Ad Beatissimi Apostolorum Principis du 1er novembre 1914 déclarait contre les Modernistes : « Notre volonté est que la Loi de nos ancêtres soit toujours sacrée : « Qu'il n’y ait pas d'innovation, gardons ce qui a été transmis : « Nihil innovetur nisi quod traditum est » ». [21] La Tradition Sacrée reste le critère pour discerner ce qui est Catholique et ce qui ne l'est pas, en rendant resplendissantes les marques visibles de l'Église. La Tradition est la Foi de l'Église que les Papes ont maintenue et transmise au cours des siècles. Mais la Tradition vient avant le Pape et non le Pape avant la Tradition.

Se limiter, alors, à une dénonciation générique des erreurs qui s'opposent à la Tradition de l'Église, ne suffit pas. C'est à nous d'appeler par leur nom tous ceux qui, à l'intérieur de l'Église, professent une théologie, une philosophie, une morale, une spiritualité en contraste avec le Magistère pérenne de l'Église, quelle que soit la fonction qu'ils puissent occuper. Et aujourd'hui, nous devons admettre que le Pape lui-même favorise et propage les erreurs et les hérésies dans l'Église. Nous devons avoir le courage de le dire, avec toute la vénération qui est due au Pape. La vraie dévotion à la Papauté s'exprime dans une attitude de résistance filiale, comme cela s'est produit dans les adresses de la Correction Filiale au Pape François en 2017.

Mais il n'y a pas seulement un tempus loquendi ( un temps pour parler ). Il y a aussi un modus loquendi ( façon de parler ), une façon dont le Catholique s'exprime. La correction doit être filiale, respectueuse, dévote, sans sarcasme, sans irrévérence, sans mépris, sans zèle amer, sans gratification, sans orgueil, avec un profond esprit de charité, qui est amour pour Dieu et amour pour l’Église.

Dans la crise de nos jours, toute Profession de Foi et toute Déclaration de Fidélité qui néglige la responsabilité du Pape François, manque de force, de clarté et de sincérité. Nous devons avoir le courage de dire : Saint-Père, vous êtes le premier responsable de la confusion qui existe aujourd'hui dans l'Église ; Saint-Père, vous êtes le premier responsable des hérésies qui circulent dans l'Église aujourd'hui.

La responsabilité, finalement, ne peut pas ne pas impliquer les Cardinaux qui se taisent et qui gardent le silence, ne remplissent pas leur devoir en tant que conseillers et collaborateurs du Pape.

Mais il ne suffit pas de dénoncer les Pasteurs qui démolissent ou favorisent la démolition de l'Église. Nous devons réduire au minimum indispensable la cohabitation ecclésiastique avec eux comme cela se produit dans un accord de séparation matrimoniale. Si un père exerce une violence physique ou morale contre sa femme et ses enfants, l'épouse, tout en reconnaissant la validité du mariage et sans demander de nullité, pour se protéger et protéger ses enfants, peut demander une séparation. L'Église le permet. Renoncer à vivre ensemble signifie s'éloigner des enseignements et des pratiques des Pasteurs diaboliques, refusant de participer aux programmes et activités promus par eux.

Mais nous ne devons pas oublier que l'Église ne peut pas disparaître. Par conséquent, il est nécessaire de soutenir l'apostolat des bergers qui restent fidèles aux enseignements traditionnels de l'Église, participant à leurs initiatives et les encourageant à parler, à agir et à guider le troupeau désorienté.

Il est temps de nous séparer des mauvais Pasteurs, et de nous unir aux bons, à l'intérieur de l'unique Église où vivent aussi, dans le même champ, le blé et l’ivraie. ( Matthieu 13 : 24-30 ), se souvenant que l'Église est visible et ne peut se sauver en dehors de ses Pasteurs légitimes.

L'Église est visible et se sauvera avec le Pape, et non sans le Pape. Nous devons renouveler le lien d'amour et de vénération qui nous unit au Successeur de Pierre par la prière afin que Jésus-Christ lui donne, ainsi qu'à tous les prélats, la force nécessaire pour ne pas trahir le Dépôt Sacré de la Foi et, si ça peut avoir lieu, pour revenir à la direction de la bergerie abandonnée.

Et pourtant, si le Vicaire du Christ trahissait sa mission, le Saint-Esprit ne cesserait jamais d'assister, même pas un instant, Son Église, dans laquelle, même en temps de défection de la Foi, un reste, même un petit, des Pasteurs et des fidèles continueront toujours à garder et transmettre la Tradition, en faisant confiance à la Promesse Divine : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du monde ». ( Matthieu 28 :20 ).

Pie XII dans son encyclique Fulgens radiatur, du 21 mars 1947, pour le quatorzième centenaire de la mort de Saint Benoît a déclaré que : « Quiconque considère la célébration de sa vie et de ses études ( Saint Benoît ) à la lumière de la vérité de l'histoire, du temps sombre et orageux où il a vécu, se rendra sans doute compte de la Vérité de la Promesse Divine que le Christ a fait aux Apôtres et à la société qu’Il a fondée : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du monde ». [ Matthieu 28 : 20 ]. À aucun moment de l'histoire, cette promesse ne perd de sa force ; elle est vérifiée au cours de tous les âges qui passent, comme ces âges le font, sous la direction de la Divine Providence. Mais quand les ennemis assaillent le nom Chrétien plus violemment, quand la Barque fatidique de Pierre est ballottée plus violemment et quand tout semble chanceler sans espoir de soutien humain, c'est alors que le Christ est présent, Garant, Consolateur, Source du pouvoir surnaturel, et Il élève de nouveaux champions pour protéger le Catholicisme, pour le rendre à sa vigueur antérieure, et lui donner un plus grand accroissement sous l'inspiration et l'aide de la Grâce Céleste.

Pour ceux qui restent fidèles à la Tradition en temps de crise, leur Modèle est la Très Sainte Vierge Marie qui, seule, a gardé la Foi le Samedi Saint, et qui, après l'Ascension de Notre Seigneur au Ciel, ne s'est pas tue mais a soutenu par toute la fermeté et la clarté de Ses paroles, l'Église naissante. Son Cœur était et demeure le Coffre aux Trésors de l'Église. [22]

Les vrais dévots à Marie, dont parle Saint Louis-Marie de Grignion de Montfort, sont aussi les vrais dévots de la Papauté, qui, en temps de défection par les autorités et d'obscurcissement de la Foi, n'hésiteront pas à brandir « l’épée à deux tranchants de la Parole de Dieu » ( Hébreux 4 :12), avec laquelle « ils perceront à travers et encore à travers, pour la vie et pour la mort, ceux contre qui ils sont envoyés par le Dieu Tout-Puissant ». [23]

Leur combat contre les ennemis de Dieu rapprochera le Triomphe du Cœur Immaculé de Marie, qui sera aussi le Triomphe de la Papauté et de l'Église rétablie.


1 FREDERICK WILLIAM FABER, La devozione e fedeltà al Papa , in AA. VV., Il Papa nel pensiero dÉgli scrittori religiosi e politici, La Civiltà Cattolica, Roma 1927, II, pp. 231-238.

2 S. LUIGI MARIA GRIGNION DI MONTFORT, Trattato della vera devozione alla Santissima Vergine Maria, n. 57.

DENZ-H , 2601-2612.

3 For a synthesis of this thought, see PLINIO CORRȆA DE OLIVEIRA , Revolution and Counter Revolution , The American Society for the Defense of Tradition, Family, Property, York (PA) 1993.

4 DENZ-H , 3050-3075.

5 LOUIS BILLOT, De Ecclesia Christi, I, Prati, Giachetti, 1909, pp. 49-51.

6 S. AMBROSE, Expositio in Psalmos , 40.

7 S. IGNATIUS OF ANTIOCHIA , Smirnnses, 8, 2.

8 FR. JEAN-MICHEL GLEIZE, SSPX, « Angelus », July 2013.

9 https ://remnantnewspaper.com/web/index.php/articles/item/3753-the-canonization-crisis-part-1

10 https ://adelantelafe.com/benedictolatras/

11 WALTER BRANDMÜLLER, Renuntiatio Papae. Alcune riflessioni storico-canonistiche (« Archivio Giuridico », 3-4 (2016), pp. 655- 674, p. 660.

12 Ivi, pp. 661, 660.

13 GERALDINA BONI , Sopra una rinuncia. La decisione di papa Benedetto XVI e il diritto, Bononia University Press, Bologna 2015.

14 GIANFRANCO GHIRLANDA, Cessazione dall'ufficio di Romano Pontefice , « La Civiltà Cattolica » q. n 3905 March, 2 th 2013, p. 445.

15 GRATIANUS, Decretum, Pars I, Dist. XL.

16 HUGUCCIO PISANUS, Summa Decretorum , Pars I, Dist.. XL, c. 6.

17 SALVATORE VACCA, Prima Sedes a nemine judicatur. Genesi e sviluppo storico dell'assioma fino al Decreto di Graziano, Pontificia Università Gregoriana, Roma 1993, p. 254.

18 ARNALDO XAVEIR DA SILVEIRA, Ipotesi teologica di un Papa eretico, Solfanelli, Chieti 2016.

19 PIO XII, Discours to the Bishops of United States of 1 November 1939.

20 S. AMBROSE, Expos. Evang. sec. Luc., IV, 49.

21 S. STEPHEN I, Letter to Saint San Cyprien, in DENZ-H , n. 110. 4.

22 S. BONAVENTURA , De Nativitate B. Virginis Mariae Sermo V , in Opera , cit., IX, p. 717).