vendredi 6 avril 2018

De Mattei

Le Pape François et le destin éternel des âmes



Par : Roberto de Mattei, vaticaniste
Corrispondenza Romana

Le 4 avril 2018
SOURCE : Rorate Caeli

Traduction de l'Italien vers l'Anglais :
Contributrice : Francesca Romana


Le but de l'Église est la gloire de Dieu et le salut des âmes. Le salut de quoi ? La damnation éternelle, qui est le destin qui attend ceux qui meurent en état de péché mortel. Pour le salut des hommes, Notre Seigneur a offert sa Passion rédemptrice. Notre-Dame nous le rappelait à Fatima : le Premier Secret, transmis aux trois petits bergers le 13 juillet 1917, commençait par la vision terrifiante d'une mer des feux de l'enfer. S'il n'y avait pas eu la promesse de Notre-Dame de les emmener au Paradis — écrit Sœur Lucie — les visionnaires seraient morts de choc et de peur. Les Paroles de Notre Dame sont bouleversantes et sévères : « Vous avez vu l'Enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à Mon Cœur Immaculé ». Un an auparavant, l'Ange de Fatima avait enseigné cette prière aux trois petits bergers : « O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous des feux de l’enfer et conduisez toutes les âmes au ciel, spécialement celles qui ont le plus besoin de Votre Miséricorde ».

Jésus parle à plusieurs reprises de « Géhenne » et du « feu inextinguible » ( Mt 5, 22; 13, 42; Mc 9, 43-49 ) qui est réservé à ceux qui refusent de se convertir même à la fin de leur vie. Ce premier feu, le spirituel, est la dépossession de Dieu. C'est la punition la plus terrible et ce qui constitue essentiellement l'enfer puisque la mort desserre les liens terrestres de l'âme, qui aspire de toutes ses forces à atteindre Dieu, mais ne peut le faire, si elle a librement choisi de se séparer de Lui par le péché.

La deuxième punition est celle mystérieuse où l'âme ne souffre pas de façon métaphorique, mais du feu réel, qui est de façon inextinguible accompagné par la souffrance spirituelle de la perte de Dieu. En outre, puisque l'âme est immortelle, la punition due au péché mortel sans repentance, dure aussi longtemps que la vie de l'âme dure, c'est-à-dire, pour toujours, pour l'éternité. Cette Doctrine est définie par le IV Concile de Latran, II et ceux de Lyon, de Florence et de Trente. Dans la constitution Benedictus Deus du 29 janvier 1336, le Pape Benoît XII condamne les erreurs de son prédécesseur Jean XXII sur la vision béatifique, affirmant : « Nous définissons cela selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en véritable péché mortel descendent en enfer immédiatement après la mort et souffrent la douleur de l'enfer » ( Denz-H 1002 ).

Le 29 mars 2018, Jeudi Saint, une interview donnée par le Pape François au quotidien La Repubblica est parue dans ce journal. Son intervieweur habituel, Eugenio Scalfari, lui demande :

« Vous ne m'avez jamais parlé des âmes qui sont mortes dans le péché et qui iront en enfer pour y souffrir pour l'éternité. Vous m'avez pourtant parlé des bonnes âmes, admises à la contemplation de Dieu. Mais qu'en est-il des mauvaises âmes ? Où sont-elles punies ? »

Le Pape François répond ainsi :

« Elles ne sont pas punies, celles qui se repentent obtiennent le pardon de Dieu et entrent dans le rang des âmes qui Le contemplent, mais celles qui ne se repentent pas et qui ne peuvent donc pas être pardonnées, il y a disparition des âmes pécheresses ».

La façon dont ces paroles sonnent, constitue une hérésie. L'agitation [ qu’elle a causée ] avait déjà commencé à se répandre [ dans le monde ] lorsque le Bureau de Presse du Vatican est intervenu avec un communiqué dans lequel nous lisons : Le Pape François « a récemment reçu le fondateur du journal La Repubblica à l'occasion de Pâques sans cependant lui accorder un entretien. Ce qui est rapporté par l'auteur dans l'article d'aujourd'hui est le fruit de sa reconstruction dans laquelle les paroles précises prononcées par le Pape ne sont pas citées. Aucune citation dans l'article susmentionné ne devrait donc être considérée comme une transcription fidèle des paroles du Saint-Père ».

Il ne s'agit pas alors d'une interview, mais d'une conversation privée que le Pape savait pourtant bien qu’elle aurait été transformée en entretien, comme cela s'était produit lors de ses quatre rencontres précédentes avec Scalfari. Et si, malgré les controverses suscitées par les précédents entretiens avec le journaliste de La Repubblica, le Pape persiste à le considérer comme son interlocuteur privilégié, cela signifie que le Pape, à travers ces entretiens, a l'intention d'exercer une sorte de Magistère Catholique par le biais des médias, entraînant des conséquences inévitables.

Aucune phrase — dit le Saint-Siège — ne doit être considérée comme une transcription fidèle, mais aucun contenu spécifique de l'interview n'est nié ; de cette façon, nous ne savons pas quel est tel ou tel aspect de la pensée Bergoglienne qui est mal interprété. Dans les cinq années du Pontificat de François, il n'a jamais mentionné l'enfer comme châtiment éternel pour les âmes qui meurent dans le péché. Afin de clarifier sa pensée, le Pape ou le Saint-Siège devraient confirmer publiquement la Doctrine de l'Église en couvrant tous les points de l'entretien dans lequel ça a été nié. Malheureusement, cela ne s'est pas produit et nous avons eu l'impression que la nouvelle de La Repubblica n’est pas une fausse nouvelle [ fake news ], mais un plan délibéré, pour augmenter la confusion chez les fidèles.

La thèse selon laquelle la vie éternelle est réservée aux justes alors que les méchants disparaissent, est une ancienne hérésie, niant non seulement l'existence de l'enfer, mais l’immortalité de l'âme définie comme vérité de la Foi par le Vème Concile de Latran ( Denz- H, n ° 1440). Cette opinion bizarre a été adoptée par les Sociniens, les Protestants libéraux, par quelques sectes Adventistes et, en Italie, par le Pasteur Vaudois Ugo Janni ( 1865-1938 ), théoricien du « Pan-Christianisme » et grand maître de la Loge Maçonnique Mazzini à Sanremo.

Pour ces auteurs, l'immortalité est un privilège concédé par Dieu seulement aux âmes des justes. Le destin des âmes obstinées dans le péché n'est pas la punition éternelle mais la perte totale de l'être. Cette doctrine est aussi connue sous le nom d '« immortalité optionnelle » ou de « conditionnalisme » car elle maintient que l'immortalité est conditionnée par la conduite morale. La fin d'une vie vertueuse est la perpétuité de l'être ; la fin d'une vie coupable est l'auto-anéantissement.

Le « conditionnalisme » va bien avec l'évolutionnisme puisqu'il soutient que l'immortalité est la conquête de l'âme dans une sorte d'ascension humaine, semblable à la « sélection naturelle », qui fait que les organismes inférieurs se transforment en organismes supérieurs. Nous nous trouvons face à une idée au moins implicitement matérialiste puisque la raison de l'immortalité de l'âme est sa spiritualité : ce qui est spirituel ne peut pas se dissoudre et ceux qui affirment la possibilité de sa décomposition attribuent une nature matérielle à l'âme. Une substance simple et spirituelle comme l'âme ne pourrait être perdue que par l'intervention de Dieu, mais cela est niée par les « conditionnalistes » car cela signifierait admettre la sanction d'un Dieu juste qui récompense et punit dans le temps et l'éternité.

Leur idée d'un Dieu uniquement miséricordieux, à la place, accrédite la volonté de l'homme avec la faculté d'autodétermination, en choisissant de devenir une étincelle qui se perd dans le feu divin ou s'éteint dans le néant absolu. Le panthéisme ou le nihilisme sont les options laissées à l'homme dans cette cosmologie qui n'a rien à voir avec la Foi Catholique et le bon sens. De plus, pour un athée, déjà convaincu qu'il n'y a rien après la mort, le « conditionnalisme » supprime cette possibilité de conversion qui est donnée par Timor Domini : le principe de la Sagesse (Psaume 110, v.10), la Crainte du Seigneur, dont personne n'échappera de Son Jugement. Ce n'est qu'en croyant en la justice infaillible de Dieu que nous pourrons nous abandonner à Son immense Miséricorde.

La prédication sur le destin final des âmes que l'Église enveloppe dans les Quatre Fins Dernières ( la Mort, le Jugement, l'Enfer et le Ciel ) n'a jamais été aussi nécessaire qu'à l'heure actuelle. Notre Dame Elle-Même, voulut nous le rappeler à Fatima, en prévoyant la défection des Pasteurs, mais en nous assurant aussi que nous ne serons jamais privés de l'aide du Ciel.