mardi 1 mai 2018

Xi Jinping met l'Église Catholique en Chine
sous le contrôle direct du Parti



Rédigé par : Steven W. Mosher

Steven W. Mosher est le Président de l'Institut de Recherche sur la Population et l'auteur de « Bully of Asia: Why China’s Dream is the New Threat to World Order » [ La brute de l’Asie : Pourquoi le rêve de la Chine est la nouvelle menace pour l'Ordre Mondial ] ( Regnery )


Le 30 avril 2018
SOURCE : Rorate Caeli

Cette décision signifie que l'accord proposé entre le Vatican et la Chine ne serait pas simplement une reddition des fidèles Chinois au Parti Communiste — ce serait une trahison totale de la Foi.


Le 22 mars, le Parti Communiste Chinois a annoncé que toutes les « affaires religieuses » en Chine seraient dorénavant supervisées par un obscur bureau du Parti appelé « United Front Department » [ Département du Front Uni ]. L'ancien organisme gouvernemental responsable des croyants Catholiques et autres — l'Administration d'État du Bureau des Affaires Religieuses (AEBAR) — a été aboli de façon sommaire.

La réorganisation a attiré peu d'attention à l'extérieur de la Chine, mais il est certain qu'elle aura des répercussions désagréables pour les croyants Chinois. Je crois que ce mouvement signifie que la persécution des Catholiques et des autres croyants est sur le point de devenir beaucoup plus intense, atteignant peut-être des niveaux jamais vus depuis les jours sombres des années 1950.

Le changement signifie également que, selon toute vraisemblance, le projet d'accord entre le Vatican et Pékin qui est en discussion depuis des années est maintenant lettre morte. En fait, signer ce projet d'accord maintenant signifierait plus que l'abandon de l'autorité papale sur la nomination des Évêques à l'État Chinois, aussi mauvais que cela serait. Le signer maintenant serait une trahison des fidèles entre les mains d'un nouvel Empereur Rouge qui semble avoir une animosité particulière envers les Chrétiens, surtout les Catholiques, et qui semble déterminé à étouffer et à éteindre la Foi dans tout son empire.

Ce n'est pas un secret que la liberté religieuse — malgré le fait qu'elle soit garantie par la Constitution de la République Populaire de Chine — a toujours été sévèrement restreinte dans la République. Mais pour comprendre pourquoi mettre les affaires religieuses entre les mains du Département du Front Uni du Parti Communiste Chinois est si mauvais pour les Catholiques, vous devez comprendre le but du Département et son travail.

Le Département du Front Uni a été créé par le Président Mao Zedong pour coopter et contrôler les organisations non-Communistes et les individus pendant la guerre civile Chinoise. Ses efforts ont été si couronnés de succès que Mao l'a appelé l'une des trois « armes magiques » qui ont contribué à la révolution pour réussir. ( Ses deux autres « armes magiques » étaient la propagande et, sans surprise, l'Armée Rouge ).

Après la guerre civile, le Front Uni a été chargé de servir les dirigeants du Parti en contraignant divers groupes tels que les intellectuels et les hommes d'affaires à collaborer activement avec la « dictature démocratique populaire » nouvellement créée. Maintenant que les Catholiques ont été placés sous l’égide de ce ministère, le même genre de pression et le même genre de collaboration active seront exigés de l'Église Catholique Patriotique avec le régime et ses objectifs.

En d'autres termes, le travail du Département du Front uni ne se limitera pas à garantir que les Évêques Catholiques, les prêtres et les laïcs se conforment aux règlements régissant l'activité religieuse. Si c'était le seul problème, alors l'Administration d'État du Bureau des Affaires Religieuses (AEBAR), qui appliquait déjà de tels règlements sur les Catholiques, n'aurait pas été abolie.

Ce mouvement ne signifie pas non plus que l'Église perdra la liberté d'action ( déjà très limitée ) qu'elle avait autrefois, bien que ce soit aussi absolument le cas.

Plutôt, en confiant le Département du Front Uni aux affaires religieuses, les dirigeants du Parti sont déterminés à faire de l'Église Patriotique Catholique un « agent de contrôle » actif du régime dans un seul but : renverser et miner la Foi de millions de Catholiques en Chine et de les empêcher de répandre la Foi aux autres, y compris leurs propres enfants. Ce n'est rien de moins qu'une prise de contrôle hostile — une expropriation si vous voulez — de l'Église Catholique en Chine.

À l'instar du Président Mao, Xi Jinping souhaite ardemment le contrôle de la société Chinoise et se tourne vers le Front Uni pour y parvenir. Dans la foulée de l'ancien Président, M. Xi a également déclaré dans son discours d'octobre 2017 à l'Assemblée Nationale du Peuple que « le travail du Front Uni est une arme magique importante pour la victoire de la cause du Parti ».

Même les responsables Chinois, qui essaient de vendre la réorganisation comme un moyen de renforcer « l'efficacité du gouvernement », reconnaissent qu'il s'agit d'un effort pour s’assurer le contrôle des croyants. « Cela signifie que la gestion des affaires religieuses et les questions ethniques seront renforcées » a déclaré Yang Shu de l'Université de Lanzhou. « Et nous pourrions voir les autorités prendre une plus forte emprise qu'avant ».

Une prise plus serrée, en effet.

Le nouveau « Règlement sur les Affaires religieuses » entré en vigueur le 1er février est déjà rigoureusement appliqué. Les étudiants et les membres du Parti ont été avertis de ne pas participer à des activités religieuses. On a dit aux Églises d'empêcher les mineurs d'assister à la Messe et les cours de catéchisme et les camps d'été sont maintenant interdits.

Les Églises continuent à être défigurées en ayant leurs Croix et leurs statues enlevées voire même entièrement démolies. Les prêtres de l'Église clandestine ont reçu l'ordre de se faire enregistrer pour obtenir un « certificat d'ecclésiastique » afin qu'ils puissent être surveillés et supervisés. Même la vente de Bibles a été interdite à mesure que le Département du Front Uni prépare une version « Sinisée », c'est-à-dire approuvée par le Parti.

À l'instar des autres organisations contrôlées par le Front Uni, l'Église Patriotique devrait désormais se comporter comme une branche du Parti Communiste Chinois dans la réalisation de la volonté de la « dictature démocratique populaire ». Les homélies devraient faire l'éloge de l'ordre existant ( dirigé par « le chef de file » Xi Jinping ) et promouvoir l'idéologie officielle ( connue sous le nom de « pensée Xi Jinping » ).

Quant à l'Église clandestine, elle sera simplement annihilée dans la mesure où c’est dans le pouvoir du régime de le faire.

Il n'est pas difficile de voir qu'il y a une contradiction irréconciliable entre les demandes imminentes du Front Uni et les exigences de la Foi Catholique.

Les tactiques du Front Uni seront utilisées comme elles l'ont été à la fin des années 1950 afin de compléter la subversion de l'Église Patriotique Catholique en agent de l'État. Ensuite, l'Église elle-même sera utilisée pour forcer l'assimilation idéologique de tous les Catholiques Chinois dans l'ordre politique — la dictature démocratique populaire — que contrôle Xi Jinping. Il est impossible de ne pas conclure que le but ultime de Xi est le même que celui de Mao, à savoir l'éradication totale de cette religion « étrangère » du sol de la Chine.

Les agents de cette subversion seront des Évêques Catholiques Patriotes comme l'Évêque Peter Tang Fang Jianping de Tangshan, l'un des trois Évêques compromis qui sont membres du Parlement Chinois, le Congrès National du Peuple.

L'Évêque Fang promeut avec enthousiasme l'appel de Xi Jinping pour la « sinisation de la religion », qui est l'idée que la religion devrait servir principalement les intérêts du Parti Communiste Chinois que Xi lui-même dirige. La raison pour laquelle les Catholiques devraient soutenir le Parti et son chef, selon Fang, est « parce que nous, en tant que citoyens du pays, devrions d'abord être un citoyen et ensuite avoir une religion et des croyances ».

Une telle formulation — qui donne sa place au César Chinois — ne laisse aucun doute là où réside la loyauté primaire de Mgr Fang.

Face à un choix similaire entre l'autorité laïque et sacrée, Saint Thomas More a dit : « Je suis le bon serviteur du Roi, mais je suis en premier à Dieu ».

Mgr Fang inverserait l'affirmation de la Foi de More. Il dit en effet : « Je suis le bon serviteur de Dieu, mais je suis en premier à l'Empereur Xi ».

S'il est vrai que les Évêques Anglais, à l'exception du Cardinal John Fisher, martyr, suivirent Henri VIII dans le schisme, on pourrait ajouter qu'au moins Henri VIII se prétendait encore Chrétien.

Fang et certains de ses collègues Évêques Patriotiques, plusieurs ordonnés illicitement, approuvent en effet la création d'une Église d'État dirigée par un dictateur Communiste dans l'intention de la détruire.

Ceci est évidemment non viable pour les Catholiques Chinois fidèles dont la loyauté primaire est au Magistère, pas à l'actuel chef du Parti Communiste. Alors que Mgr Fang peut insister sur le fait que tous les Catholiques Chinois le suivent dans le schisme, c’est certain d’affirmer que la plupart ne le feront pas. Beaucoup continueront à pratiquer leur Foi Catholique dans l'Église souterraine tandis que d'autres délaisseront la Foi entièrement.

Si le Vatican signe un accord avec la direction du Parti acceptant la nouvelle Église Patriotique « sinisée », cela ne fera qu'exacerber une situation qui s'aggrave déjà. Ce sera considéré comme une pure trahison par les fidèles Chinois et ça pourrait bien accélérer leur exode de l'Église.

En revanche, les nouveaux marionnettistes de Mgr Fang, au Front Uni, seraient ravis de voir le Vatican endosser l'Église Nationale schismatique qu'ils contrôlent maintenant. La démoralisation des fidèles qui suivrait la signature d'un tel accord serait un atout supplémentaire, car elle les aiderait à atteindre leur but ultime : l'élimination totale du Catholicisme Chinois.

Le Vatican doit cesser de harceler les membres de l'Église Patriotique tels que Mgr Fang, qui collaborent sans réserve avec la même direction du Parti Communiste qui resserre chaque jour les vis de nos co-croyants en Chine.

Au lieu de cela, le Saint-Père devrait nous guider en offrant des prières ferventes et une aide concrète à l'Église souffrante en Chine. Si le passé est un guide, la souffrance et la persécution de nos co-croyants en Chine est sur le point de devenir bien pire.