samedi 26 mai 2018

De Mattei... révisité

IRLANDE
Un examen post-mortem



Perdants aux yeux des hommes mais gagnants aux yeux de Dieu


Par : Roberto de Mattei, vaticaniste
Corrispondenza Romana

Le 27 mai 2015
SOURCE : Rorate Caeli

Traduction de l'Italien vers l'Anglais :
Contributrice : Francesca Romana


Préambule

IRLANDE
un examen post-mortem
par Roberto de Mattei ( revisité )

Il y a presque exactement trois ans, en mai 2015, à la suite du référendum sur le « mariage entre personnes de même sexe » en Irlande, Roberto de Mattei avait fait un « examen post-mortem » du château fort Catholique d’autrefois.

En ce triste samedi, alors que les résultats de vote confirment qu'une majorité écrasante des électeurs Irlandais ont choisi de retirer le 8e amendement de la Constitution Irlandaise, nous prenons un moment pour revisiter son article.

Qu'est-ce que le 8e amendement Irlandais dit exactement ? Les mots suivants :

« L'État reconnaît le droit à la vie de l'enfant à naître et, compte dûment tenu du droit égal à la vie de la mère, garantit dans ses lois le respect et, autant que possible, par ses lois de défendre et de faire valoir ce droit ».

Beau, noble, sain, correct, Catholique : tout ce que l'Irlande a cessé d'être.



Dans son chef-d'œuvre « L'Âme de l'Apostolat », Dom Jean-Baptiste Chautard (1858-1935), Abbé Trappiste de Sept-Fons, a exprimé cette maxime : « Un saint prêtre coïncide avec une population fervente ; un prêtre fervent — une population pieuse ; un prêtre pieux — une population honnête ; un prêtre honnête — une population impie ». S'il est vrai qu'il y a toujours un degré de moins dans la vie spirituelle entre le clergé et le peuple Catholique, après le vote de Dublin le 22 mai, nous devons ajouter : « Un prêtre impie coïncide avec un peuple apostat ».

L'Irlande, en effet, est le premier pays où la reconnaissance légale des unions homosexuelles a été introduite non par le haut mais par le bas, à travers un référendum populaire ; pourtant l'Irlande est aussi l'un des plus anciens pays avec une Tradition Catholique profondément enracinée, où l'influence du clergé est encore relativement forte dans une partie de la population.

Ce n'est pas une nouveauté que le « oui » au « mariage homosexuel » ait été soutenu par toutes les parties : la droite, la gauche et le centre. Il n'est pas surprenant que tous les médias aient soutenu la campagne LGTB, ni qu'il y ait eu un financement massif de l'étranger pour cette campagne ; les faits prévus étaient, que, sur 60% de la population ayant voté, seulement 37% des citoyens ont exprimé leur « oui » et que le gouvernement avait habilement mélangé leurs cartes en introduisant une loi en janvier 2015, autorisant l'adoption par les couples homosexuels, avant la reconnaissance du mariage pseudo-homosexuel. Ce qui provoque le plus grand scandale, ce sont les silences, les omissions et les complicités des prêtres et des Évêques Irlandais tout au long de la campagne électorale.

Un exemple est suffisant pour tout le reste. Avant les élections, l'Archevêque de Dublin, Diamund Martin, a déclaré qu'il aurait voté contre le mariage homosexuel, mais n'aurait pas dit aux Catholiques comment voter ( Life Site News.com, 21 mai ). Après le vote, il a déclaré à la télévision nationale Irlandaise que « l'évidence ne peut être niée » et que l'Église Irlandaise « a besoin d'une prise de conscience ». Sur les mérites de ce qui venait de survenir, Mgr Martin a ajouté : « Ce n'est pas seulement le résultat d’une campagne pour un « oui » et un « non » mais cela témoigne d'un « phénomène beaucoup plus profond », donc « il faut revoir la pastorale auprès des jeunes : le référendum a été gagné avec le vote des jeunes et 90% des jeunes qui ont voté fréquentent les écoles Catholiques ». ( www.corriere.it/esteri/ 24 mai 2015 )

Cette position reflète, en général ( sauf quelques exceptions ), le clergé Irlandais qui a adopté la ligne que Mgr Nunzio Galantino, Secrétaire Général de la Conférence Épiscopale d'Italie, avait espérée : à savoir, éviter à tout prix les polémiques et les affrontements : « Il ne s'agit pas de savoir qui fait les plus fortes protestations, les pasdaran [* les gardiens Iraniens de la Révolution Islamique] des deux camps s'excluent eux-mêmes » ( « Corriere della Sera », 24 mai).

Ce qui signifie : mettons de côté la prédication de l'Évangile et les valeurs de la Foi et de la Tradition Catholique afin de chercher un point de rencontre et de compromis avec les adversaires. Et pourtant, le 18 mars 2010, Benoît XVI dans sa « Lettre aux Catholiques d'Irlande » avait invité le clergé et le Peuple Irlandais à revenir « aux idéaux de sainteté, de charité et de sagesse transcendante », ce qui a rendu grande l'Europe dans le passé et peut encore la refonder » ( n ° 3 ) et « s'inspirer des richesses d'une grande tradition religieuse et culturelle » ( n ° 12 ), qui ne s'est pas éteinte, même si « un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l'égard de l'enseignement et des valeurs Catholiques » ( n ° 4 ) s'y oppose. Dans sa « Lettre aux Catholiques d'Irlande », Benoît XVI déclare que dans les années 70, c’était « significatif » « la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, à adopter des façons de penser et à considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l'Évangile ». Cette tendance est la même que celle que nous trouvons aujourd'hui.

Elle a été la cause d'un processus de dégradation qui, depuis les années du Concile Vatican II, comme une avalanche, a balayé les coutumes et les institutions Catholiques. Si les Irlandais aujourd'hui, même en restant pour la plupart Catholiques, abandonnent la Foi, la cause n'est pas seulement la perte de prestige et de consensus de l'Église suite aux scandales d'abus sexuels. La vraie cause est la soumission morale et culturelle au monde de la part de leurs pasteurs qui acceptent cette dégradation comme preuve sociologique, sans poser le problème de leurs propres responsabilités. En ce sens, leur comportement a été impie, manquant de miséricorde et offensant à l'égard de la religion, même si ce n'est pas formellement hérétique. Pourtant, tous les Catholiques qui ont voté « oui », et donc la majorité des Catholiques Irlandais qui se sont rendus aux urnes, se sont souillés d'apostasie. L'apostasie d'un peuple dont la constitution s'ouvre encore par une invocation à la Très Sainte Trinité.

L'apostasie est un péché beaucoup plus grave que l'impiété, car elle implique une répudiation explicite de la Foi et de la morale Catholiques. Cependant, la responsabilité la plus lourde de ce péché public incombe aux pasteurs qui l'ont encouragé et toléré avec leur comportement. Les conséquences de ce référendum Irlandais seront maintenant dévastatrices.

Quarante-huit heures après le vote, les principaux représentants des Conférences Épiscopales Allemande, Suisse et Française, sous la direction du Cardinal Reinhard Marx, se sont réunis à Rome pour planifier leur action en vue du prochain Synode. Selon le journaliste présent aux rencontres, « le mariage et le divorce », « la sexualité comme expression de l'amour » sont les thèmes abordés. ( « La Repubblica » 26 mai 2015 ). La ligne est celle tracée par le Cardinal Kasper : la sécularisation est un processus irréversible auquel la réalité pastorale doit s'adapter. Et pour Mgr Bruno Forte, qui a demandé « la codification des droits homosexuels » lors du dernier Synode et qui a été confirmé par le Pape comme Secrétaire spécial du Synode sur la Famille, « c'est un processus culturel de sécularisation forcée dans lequel l’Europe est pleinement impliquée ». ( « Corriere della Sera », 25 mai 2015 ).

Il y a une dernière question qui ne peut être éludée : le silence sépulcral du Pape François sur l'Irlande. Au cours de la Messe pour l'ouverture de l'Assemblée de Caritas le 12 mai, le Pape a tonné contre « les puissants du monde » leur rappelant que « Dieu les jugera un jour et montrera s'ils ont vraiment essayé de Lui fournir de la nourriture pour chaque personne et si elles ont travaillé pour que l'environnement ne soit pas détruit afin qu'il puisse produire cette nourriture ». Le 21 novembre 2014, commentant l'extrait de l'Évangile où Jésus chasse les marchands du Temple, le Pape a lancé son anathème contre une Église qui ne pense qu'aux affaires et commet « le péché du scandale ».

François peste souvent contre la corruption, c'est-à-dire le trafic d'esclaves et d'armes ainsi que la vanité du pouvoir et de l'argent. Le 11 juin 2014, en référence aux politiciens corrompus, c'est-à-dire ceux qui exploitent le « travail esclavagiste » et les « marchands de la mort », le Pape a exhorté « que la crainte de Dieu leur fasse comprendre qu'un jour tout finira et qu'ils auront à rendre compte à Dieu ». La « crainte de Dieu » ouvre le cœur des hommes « à la bonté, à la miséricorde et à la caresse de Dieu », mais « c'est aussi une alarme face au péché obstiné ».

Mais est-ce que l'application des lois sur les vices contre la nature n'est-elle pas incomparablement plus grave que les péchés que le Pape rappelle si souvent ? Pourquoi le Pape n'a-t-il pas lancé un appel vigoureux et sincère aux Irlandais dans les jours précédant le vote, leur rappelant que la violation de la Loi Divine et Naturelle est un péché social pour lequel le peuple et ses pasteurs devront un jour rendre compte à Dieu ? Avec ce silence, n'est-il pas aussi complice de ce scandale ?