mercredi 23 mai 2018

Comment l'attention du Pape sur le Chili
affectera-t-elle d'autres cas d’abus
en Amérique Latine?


Sommaire

Les cas qui ont été rapportés ne sont considérés que comme la pointe de l'iceberg.



Par : Edward Pentin
Le 23 mai 2018

SOURCE : National Catholic Register





L'attention du Pape François a naturellement été attirée sur le Chili ces dernières semaines, mais qu'arrivera-t-il maintenant ailleurs en Amérique Latine où des cas d'abus cléricaux ont été révélés, notamment en Argentine et au Honduras ?

Le Vatican a annoncé mardi que le Saint-Père rencontrera cinq prêtres et deux laïcs — toutes victimes de l'agresseur en série Chilien, le Père Fernando Karadima. La rencontre confidentielle, qui aura lieu individuellement et en groupe dans sa résidence de Santa Marta, du 1er au 3 juin, intervient après que le Pape eut rencontré trois victimes laïques du Père Karadima le mois dernier.

Le Pape souhaite « les accompagner dans leur douleur et écouter leurs précieux points de vue pour améliorer les mesures préventives actuelles et la lutte contre les abus dans l'Église » a déclaré mardi le Vatican.

Depuis que le Pape a rencontré tous les Évêques du Chili la semaine dernière et a reçu leur démission en bloc suite à la mauvaise gestion grave des cas d'abus historiques qui ont émergé ces dernières semaines, un parcours de justice semble avoir été mis en place dans le pays suite aux révélations et à une vague de mauvaise publicité. Jusqu'ici, le Pape François n'a pas annoncé l'acceptation des démissions des Évêques Chiliens.

D'autres événements se sont déroulés au cours du week-end lorsque l'Évêque Chilien Alejandro Goić Karmelić a suspendu douze prêtres après que des allégations d'inconduite sexuelle aient été formulées contre eux. L'Évêque s'est excusé pour son inaction lorsqu'il a entendu parler des accusations.

Mais ailleurs en Amérique Latine, les cas d'abus sexuels cléricaux restent largement non déclarés par les médias du monde entier. Et même au Chili, le Saint-Père n'a changé de direction qu'après son voyage en janvier, au cours duquel il a provoqué des critiques acerbes en qualifiant de « calomnies » certaines accusations de victimes d'abus. Il s'est par la suite excusé de s’être trompé sérieusement sur l'affaire Karadima et a donné suite à cela avec son intervention dramatique de la semaine dernière pour remédier aux échecs systémiques de l'Église Chilienne en ce qui concerne le traitement des abus sexuels.

« Maintenant, enfin, le Pape François semble avoir entrevu la profondeur de la crise mondiale » a déclaré aujourd'hui le New York Times dans un éditorial.

C'est peut-être le cas, mais si c'est le cas, d'autres mesures plus rigoureuses seront-elles prises dans d'autres pays ? Des cas se révèlent peu à peu, l'un des derniers en Argentine natale du Pape François, où un prêtre a été emprisonné lundi pendant 25 ans pour avoir abusé de sept enfants.

De tels cas en Amérique Latine, cependant, ne sont considérés que comme la pointe de l'iceberg.

En outre, aucune mesure n'a été prise en ce qui concerne l'un des cas les plus urgents au Honduras. L'Évêque Auxiliaire Juan José Pineda de l'Archidiocèse de Tegucigalpa est accusé d'avoir abusé sexuellement des séminaristes et de marginaliser leurs critiques.

Une enquête pontificale a été menée l'année dernière par l'Évêque Émérite Argentin Jorge Casaretto ( qui, en tant qu'Évêque du Diocèse de San Isidro, aurait omis d'enquêter et de retirer un prêtre reconnu coupable par la Congrégation de Doctrine de la Foi d'abus sexuels ). Le Vatican a refusé de commenter l'enquête menée dans l'Archidiocèse de Tegucigalpa et aucune mesure n'a été prise. Mgr Pineda et le Cardinal Maradiaga ont eu des audiences privées avec le Pape il y a deux semaines, mais aucune information n'a été communiquée.

Après avoir entendu parler de tous les actes de réparation au Chili, une source de l'Église au Honduras a demandé : « Combien de temps encore les victimes doivent-elles encore attendre pour obtenir justice ? »

Il semble que le décompte en Amérique Latine sur les abus sexuels cléricaux ne fait que commencer.