lundi 7 mai 2018

Cardinal Müller

À la rencontre sur l'intercommunion :
« Plus de clarté et de courage »


Sommaire

Nous vous épargnons une partie introductive du texte d'Edward Pentin qui nous résume à la fois les acteurs ainsi que la nature des délibérés qui ont eu lieu lors de la rencontre du 3 mai à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi entre des représentants Allemands en faveur et en défaveur de la publication d'un guide pastoral au bénéfice des couples dont un des conjoints non-Catholiques qui pourraient accéder à l'Eucharistie. Cette délégation rencontrait des représentants des Dicastères Romains. Le Pape était absent.

Pour ceux qui désirent se mettre au parfum de cette situation, vous pouvez consulter les articles ici et ici.

Le présent article est un entretien que le vaticaniste Edward Pentin a mené avec le Préfet Émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Gerhard Müller, le lendemain de cette rencontre portant sur l'intercommunion. Celui-ci, comme vous le lirez, n'est pas tendre envers aucun des acteurs et, plus particulièrement, envers celui qui brillait pas son absence : le Pape.



Par : Edward Pentin
Le 4 mai 2018

SOURCE : National Catholic Register





Un Préfet postier

Mais à la surprise de plusieurs, rien n'est arrivé à cette rencontre du 3 mai. Après que les deux parties eurent fait valoir leur point de vue, Mgr Luis Ladaria, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ( CDF ), a transmis aux participants que le Pape François a apprécié « l'engagement œcuménique des Évêques Allemands et leur demande de trouver un résultat unanime, dans un esprit de communion ecclésiale, si possible ».

Le Cardinal Gerhard Müller, Préfet Émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a exprimé sa déception à l'issue de ces propos, déclarant que la déclaration était « très pauvre » car elle ne contenait « aucune réponse à la question essentielle et centrale ». « Il n'est pas possible, a-t-il souligné, d'être dans « la Communion sacramentelle sans la Communion ecclésiale ».

Pour le bien de l'Église, a-t-il ajouté, une « expression claire de la Foi Catholique » est nécessaire pour que le Pape « affirme la Foi », en particulier le « pilier de notre Foi, l'Eucharistie ». Le Pape et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a-t-il continué, sont supposés « donner une orientation très claire » et non pas par le biais « d'opinion personnelle mais selon la Foi Révélée ».

Une source proche des deux Évêques opposés à la proposition a déclaré au National Catholic Register le 4 mai que « la réponse officielle est qu'il n'y a pas de réponse ». Le Saint-Père, a-t-il dit « a manqué à son obligation en tant que Pape sur une question de Dogme à propos de laquelle son Office doit décider ».

Le Pape a « refusé » de prendre position, a-t-il souligné, « et la CDF a été laissée à agir comme un postier, non pour affirmer la Foi, mais pour annoncer cette information ». Les dicastères, a-t-il dit, « sont inutiles » si tout est confié aux Conférences Épiscopales pour fins de décision. Il a reconnu que le terme « unanimité » n'est pas correctement défini dans ce contexte, mais s'attend à ce que le Cardinal Marx cherche à réduire le nombre d'Évêques opposés à la proposition afin d'atteindre l'exigence unanime d'aller de l'avant.

« Notre travail consiste maintenant à renforcer les sept Évêques, à renforcer nos prêtres dans l'argumentation » a déclaré cette même source. « Ce sera un long combat au cours des six prochains mois, c'est ce à quoi nous allons nous consacrer ».

Mais le Cardinal Marx et la Conférence des Évêques Allemands ont également été déçus. La réunion a eu lieu à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, indiquant ainsi que le Vatican considère cela comme une question doctrinale, pas simplement comme une pratique pastorale que le Cardinal Marx a essayé de faire valoir ( il a insisté en février que c’était un « guide pastoral » et que ce n’était pas destiné à « changer toute doctrine que ce soit »).

Plus important encore, les partisans de la proposition n'ont pas réussi à obtenir l'approbation du Pape. Au lieu de cela, conformément à son souhait exprimé dans sa première Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, François poursuit ses efforts pour décentraliser la gouvernance de l'Église en donnant plus de « pouvoir doctrinal » aux Conférences Épiscopales. Il remet donc la balle dans la cour des Évêques Allemands.

« Dans un sens, cela équivaut à un refus [ de la proposition ] » a déclaré le commentateur de l'Église Allemande, Mathias von Gersdorff. « Cela ressemble à quelque chose comme ça : Vous [ Cardinal Marx ] avez créé un énorme problème. Voyez donc par vous-même à essayer de vous en sortir. Et si cela ne mène pas à l'unanimité, le problème est résolu ».

La bataille perdue de Marx

Le parti du Cardinal Marx a également été déçu par l'opposition du Cardinal Kurt Koch, Président du Concile Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens. Le Cardinal Suisse, qui n'avait pas été informé de la proposition avant ou après son vote, s'est montré sympathique aux préoccupations des sept Évêques.

La désillusion de la Conférence des Évêques Allemands était également évidente lorsque, après la réunion, son porte-parole, Matthias Kopp, a déclaré qu'il ne tiendrait pas de conférence de presse, ni de déclarations ou d'interviews. « Ce fut une bataille perdue pour eux, mais pas une guerre perdue » a déclaré la source proche des pourparlers. « Kopp ne veut pas parler d'une bataille perdue ».

Mais les sept Évêques et leurs alliés éprouvent les plus grandes préoccupations. Bien qu'ils pensent que la réunion aurait pu être « bien pire », selon la source proche des pourparlers, et que la proposition ne puisse pas être publiée comme un guide comme l'entendait la Conférence des Évêques Allemands, ils voient cela comme une « révolution ecclésiologique ».

« Le vrai problème n'est pas la question en elle-même, mais le refus du Pape de remplir ses obligations en tant que Pierre, et cela pourrait avoir de lourdes conséquences » a déclaré cette source. « Pierre n'est plus le Roc qu'il était, mais le Berger qui dit aux brebis : « Allez vous chercher vous-mêmes quelque chose à manger ».

Il prévoyait qu'un processus similaire serait adopté pour introduire des nouveautés comme le clergé marié et que la dérive générale vers la décentralisation de la Doctrine ferait ressembler davantage l'Église à la Communion Anglicane.

Le Cardinal Müller, se référant à Lumen Gentium, a rappelé que les Conférences Épiscopales ont une « importance secondaire » pour le Pape et qu'il n'est pas possible de voter unanimement sur une question de Doctrine qui contredirait les « éléments fondamentaux » de l'Église. « Nous devons résister à cela » a-t-il dit, avertissant que si le principe de l'identité Catholique consistant à la fois en la Communion sacramentelle et ecclésiale sont détruites, « alors l'Église Catholique est détruite ». L'Église, a-t-il souligné, « n'est pas un acteur politique »

« J'espère que d'autres Évêques feront entendre leur voix et feront leur devoir » a déclaré le Cardinal Müller. « Chaque Cardinal a le devoir d'expliquer, de défendre, de promouvoir la Foi Catholique, non selon les sentiments personnels ou les oscillations de l'opinion publique, mais en lisant l'Évangile, la Bible, les Saintes Écritures, les Pères de l'Église et les connaître. Et aussi les Conciles afin d’étudier les grands théologiens du passé et d’être en mesure d'expliquer et de défendre la Foi Catholique, pas avec des arguments sophistiqués pour plaire à tous les parties et d'être le chéri de tout le monde ».

À l'avenir, le Cardinal Müller a prédit avec regret que l'affaire « continuera sans la nécessité évidente d'une déclaration sur la Foi Catholique ».

Il a déclaré que les Évêques doivent « continuer à expliquer la Foi » et il espère que la CDF remplira son rôle, non seulement en tant que médiateurs des différents groupes, mais en dirigeant le Magistère du Pape.

« Plus de clarté et de courage doivent être encouragés » a-t-il déclaré.