jeudi 24 mai 2018

Les Darwiniaques Catholiques



par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Le Centre de Fatima
Le 24 mai 2018


Le regretté Joe Sobran, auteur en 2010, a inventé le terme « Darwiniaque » pour décrire les idéologues fanatiques qui promeuvent l'évolutionnisme Darwinien et néo-Darwinien dans les écoles publiques et qui ont réussi à persuader un juge fédéral que l'enseignement du « design intelligent » dans la nature comme alternative à l'insistance des Darwiniaques sur l'évolution aveugle des molécules jusqu’aux hommes constitue la « religion ».

Le « dogme du Darwinisme » écrit Sobran, « passe pour être « la neutralité religieuse » ( au moins parmi le courant dominant moderne de l'irréligieux ). Comme toujours, le libéralisme joue son vieux jeu de « Compromettons mon chemin ». Le juste milieu entre le théisme et l'athéisme est l'athéisme. En autant que vous ne l'appelez pas athéisme, bien sûr. ( Vous devriez l'appeler Science ) ».

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

Mais cette soi-disant science, qui ne peut même pas expliquer l'origine de la première cellule vivante, est en réalité une pseudo-science dissimulant à peine une idéologie. C'est ce que le généticien évolutionniste Richard Lewontin a admis, avec une remarquable franchise, dans sa critique d'un livre de son confrère idéologue, le regretté Carl Sagan :

« Notre volonté d'accepter des affirmations scientifiques contraires au bon sens est la clé de la compréhension de la véritable lutte entre la science et le surnaturel ».

« Nous prenons le parti de la science malgré l'absurdité patente de certaines de ses constructions, en dépit de son échec à remplir bon nombre de ses promesses extravagantes de santé et de vie, malgré la tolérance de la communauté scientifique pour des histoires parfaitement non-fondées, parce que nous avons un engagement préalable, un engagement envers le matérialisme ».

« Ce n'est pas que les méthodes et les institutions de la science nous obligent à accepter une explication matérielle du monde phénoménal, mais, au contraire, que nous soyons contraints par notre adhésion a priori aux causes matérielles pour créer un appareil d'investigation et un ensemble de concepts qui produisent des explications matérielles, même si elles sont contre-intuitives, aussi mystifiantes soient-elles pour les non-initiés ».

« De plus, ce matérialisme est absolu, car nous ne pouvons pas laisser un pied divin entrer dans la porte ».

Et pourtant, assez ironiquement, c'est précisément la véritable science de la génétique qui a bouleversé la notion pittoresque de Darwin, au XIXe siècle, relativement à la transformation d'une espèce en une autre à travers de petites mutations conservées par la sélection naturelle. La génétique, avec la biologie moléculaire, a démontré l'impossibilité de changer un plan corporel pour un organisme en un autre à travers ce qui est essentiellement copier des erreurs ou des omissions dans le code génétique. Tout comme d’ailleurs même l'athée Thomas Nagel l’a observé ce développement dans son livre « Esprit et Cosmos » :

« Plus nous en apprenons sur les bases chimiques de la vie et l'intrication du code génétique, plus le compte-rendu historique devient incroyable ... »

« J'ai plaidé patiemment contre la forme dominante du naturalisme, un matérialisme réducteur qui prétend capturer la vie et l'esprit à travers son extension néo-Darwinienne ...»

« Je trouve cette vue précédente incroyable — un triomphe héroïque de l'idéologie sur le sens commun ».

Mais attendez ! Tout comme il devient évident que les évolutionnistes n'ont pas vraiment la moindre idée de l'origine des espèces, mais qu'ils se contentent de transmettre des histoires douteuses comme étant de la science, les Catholiques Darwiniaques, se croyant illuminés, se précipitent vers la défense de la théorie ratée de Darwin, déclarant que Dieu a « dirigé » 3,5 milliards d'années d'évolution. Ce qui est juste une autre façon de dire que l'évolution est impossible sur le plan naturel.

Alors, quel est le but de cet exercice ? Comme je l'ai soutenu récemment dans un débat sur le sujet, aucun modèle d'évolution biologique ne peut être concilié avec le récit de la Genèse sur la création de toutes choses, y compris l'homme, au début des temps, pas après des milliards d'années d'évolution. Il serait nécessaire de réduire la Genèse à une simple allégorie, contredisant ainsi l'enseignement constant de l'Église sur les éléments du récit de la Genèse qui doivent être compris dans un sens historique littéral.

907, la Commission Biblique Pontificale sous le Pape Saint Pie X a défendu l'enseignement constant du Magistère quant au « sens historique littéral » du récit de la Genèse « dans le cas des faits racontés dans les mêmes chapitres qui touchent aux fondements de la religion Chrétienne ». La Commission a précisé ces faits comme suit :

  • la création de toutes choses par Dieu au commencement des temps ;

  • la création spéciale de l'homme ;

  • la formation de la première femme à partir du premier homme ;

  • l'unité de la race humaine [descendante d'Adam et Ève] ;

  • la félicité originelle de nos Premiers Parents dans l'état de justice, d'intégrité et d'immortalité ;

  • l'ordre donné par Dieu à l'homme d’éprouver son obéissance ;

  • la transgression du commandement divin à l'instigation du diable sous la forme d'un serpent ;

  • la dégradation de nos Premiers Parents de cet état primitif d'innocence ...

De plus, dans Humani Generis, le Vénérable Pie XII, tout en permettant la discussion des affirmations évolutionnistes par des experts, à condition qu'ils ne soient pas présentés comme des faits, interdit formellement aux croyants de croire que la race humaine descend d'un groupe de proto-humains, cette notion ne peut pas être réconciliée avec le Dogme du péché originel comme l'héritage de nos deux premiers parents. Pie XII a également affirmé la croyance bimillénaire de l'Église qu'Adam a été fait du limon de la terre et qu'Ève a été faite d'Adam, la création d'Ève ex Adamo étant un enseignement infaillible du Magistère ordinaire et universel, comme l'a montré le Père Brian Harrison.

Personne n'a mieux exprimé la folie de l'entreprise Catholique Darwiniaque que le brillant scientifique-philosophe Wolfgang Smith :

« Au lieu de laisser l'hypothèse Darwiniaque échouer sur des bases scientifiques, elle cherche à renforcer cette théorie maintenant chancelante par le postulat ad hoc de l'intervention divine pour lequel, pour ne pas dire, il n'y a pas une once de logique théologique ».

« En un mot : l'évolutionnisme théiste combine la mauvaise science avec la fausse théologie ... »

« N'est-ce pas le comble de la folie, de la part des apologistes Chrétiens, de soutenir l'hypothèse athée et maintenant discréditée à travers le postulat non moins gratuit que Dieu intervient pour consommer le scénario anti-Dieu ? On a du mal à nommer une doctrine stupide de façon aussi flagrante ! »

Juste à quel point stupide c’est montré par une révision évolutionnaire proposée de la Genèse sur un site Web risiblement nommé thomisticevolution.org — un abus éhonté du nom et de l'enseignement de Saint Thomas d'Aquin, qui, étant un Docteur de l'Église, a bien sûr retenu le sens littéral de l’histoire de la Genèse sur les points indiqués ci-dessus. Vous pouvez lire cette absurdité dans son intégralité sur ce site, mais elle se réduit aux propositions suivantes et à leurs implications nécessaires, toutes contraires à la Foi :

  • Adam avait des parents subhumains avec des corps humains mais pas d'âmes.

  • Ève n'a pas été faite à partir d'Adam mais avait aussi des parents subhumains sans âme.

  • La race humaine n'est pas descendue d'Adam et Ève, mais plutôt d'un groupe de « bipèdes parlants » d’Afrique Australe, dont certains ont reçu des âmes.

  • La capacité antérieure de parler et de raisonner n'exigeait pas une âme spirituelle, mais avait déjà émergé de la matière après des milliards d'années de mutations génétiques, et non issu de la création spéciale de Dieu.

  • Les « bipèdes parlants » ont donné des âmes engagées dans des relations bestiales avec leurs contemporains subhumains, anatomiquement compatibles mais sans âme, de la même tribu d'Afrique Australe.

  • Il n'y avait pas de tentation de nos deux premiers parents par le diable sous l'apparence d'un serpent ni aucun commandement divin spécifique qu'ils ont désobéi au Paradis.

  • Il n'y avait pas de paradis, mais seulement une tribu de premiers humains en Afrique Australe dont la capacité de parole leur conférait un avantage Darwinien de survie.

  • Le péché originel n'est pas nécessairement le péché de deux premiers parents, mais pourrait être le péché non spécifié de divers membres de la tribu Africaine.

  • Certains membres de la communauté Africaine originelle de « bipèdes parlants » avec des âmes n'auraient peut-être pas péché mais auraient pu conserver leur état originel d'absence de péché, auquel cas il pourrait y avoir des lignées humaines non corrompues par le péché originel à moins que l’on assume que chacun des premiers humains ayant reçu une âme a été amené à commettre son propre « péché originel » par d'autres membres de la tribu.

  • Il n'y a eu aucun meurtre d'un dénommé Abel par un dénommé Caïn, les fils d'Adam et Ève, mais seulement des péchés non spécifiés commis par des membres inconnus de la tribu Africaine aborigène, ce qui signifie que la généalogie de la descendance d'Adam et Ève après leur expulsion du Paradis jusqu’à Abraham est fictive.

C'est triste à dire, les rangs des Catholiques Darwiniaques semblent inclure l'occupant actuel de la Chaire de Pierre. Dans son encyclique environnementaliste sans précédent Laudato si ', qui aborde toutes sortes de sujets scientifiques au sujet desquels les Papes n'ont aucune compétence pour se prononcer, François insère une référence totalement gratuite à l'évolution comme un fait indiscutable :

« Bien que le changement fasse partie de la dynamique des systèmes complexes, la rapidité que les actions humaines lui imposent aujourd’hui contraste avec la lenteur naturelle de l’évolution biologique ».

Qu'est-ce qu'un tel verbiage a à voir avec l'enseignement du Magistère sur les questions de Foi et de morale ? Rien, bien sûr. De quelle autorité un Pape doit-il assumer comme un fait réel « la lenteur de l'évolution biologique » alors que l’affirmation même qu'un type d'être peut évoluer en un autre est vivement contestée par des experts dans le domaine de la biologie et de la philosophie et même par des athées philosophes tels que Thomas Nagel ? Aucun, bien sûr.

Puis il y a la déclaration de Francis « Je plaisante. C'était une blague » immédiatement après avoir fait référence « au fait que cette femme a été prise d'une côte » dans le contexte d'une discussion sur la prétendue misogynie dans l'Église. Il semble donc que nous ayons un Pape qui considère la création d'Ève à partir d'Adam comme une plaisanterie bien que ce soit l'un des faits dogmatiques dans le récit de la Genèse que l'Église a toujours défendu comme littéralement vrai. Pour citer le Pape Léon XIII sur ce point :

« Nous rappelons donc des choses qui sont connues de tous et ne font doute pour personne. Après avoir, au sixième jour de la création, formé l'homme du limon de la terre, et après avoir envoyé sur sa face le souffle de vie, Dieu voulut lui adjoindre une compagne, qu'il tira merveilleusement du flanc de l'homme endormi ».

Considérez les Catholiques Darwiniaques comme un autre symptôme d'une crise ecclésiale comme l'Église n'en a jamais vue, au milieu d'un Pontificat pour lequel, comme mon ami l'historien John Rao l'a observé, il n'y a pas de comparaison adéquate en 2000 ans de l'histoire de l'Église.