jeudi 3 mai 2018

Tribune libre

La Constitution du Concile sur la Liturgie ...
Réforme ou révolution ?



Rédigé par : Wolfram Schrems
Le 3 mai 2018
SOURCE : Rorate Caeli



Rorate Caeli est heureux de rendre disponible une traduction anglaise d'une conférence donnée à Vienne par Wolfram Schrems le 2 avril 2017, lors du lancement de l'édition Allemande de Peter Kwasniewski « Resurgent in the Midst of Crisis » [ Renaître au milieu de la crise ]. Schrems est un théologien, philosophe, catéchiste et activiste pro-vie et un signataire de la correction filiale. Le texte ci-dessous est une version entièrement révisée de la présentation originale. L'auteur tient à remercier M. Stuart Chessman de la Société Saint-Hugues de Cluny pour la traduction en anglais.



La Constitution du Concile sur la Liturgie : réforme ou révolution ?
Wolfram Schrems
Vienne, le 2 avril 2017

Révérends Pères, Mesdames et Messieurs et Chers amis,

C'est un plaisir pour moi de faire une contribution à la présentation de la traduction Allemande du livre du Professeur Kwasniewski, « Renaître au milieu de la crise : Liturgie Sacrée, Messe Latine Traditionnelle et Renouveau dans l'Église » . J'ai lu la traduction Allemande et je peux la recommander chaleureusement — même si je ne suis pas d'accord avec elle à 100%, surtout en rapport avec l'évaluation optimiste des actions du Pape Benoît XVI concernant la liturgie. Ce qui me frappe, c'est que ce livre est parmi les critiques les plus pointues du Novus Ordo Missae que j'ai lu en dehors de la FSSPX [ Fraternité Sacerdotale Saint Pie X ]. Il semble maintenant être devenu généralement connu que le Missel de Paul VI est un désastre pour l'Église. À cet égard, la forte critique faite par le Cardinal Sarah à la Conférence Liturgique de Herzogenrath est très pertinente à cet égard. Malheureusement, je n'ai pas pu incorporer dans mes remarques sa présentation qui a été lue en son absence.

Le présent Pontificat souligne le caractère de ce désastre. Le Pape François pousse l'esprit de la prétendue réforme liturgique à la limite. La célébration papale, déjà extrêmement diminuée, est appauvrie et ennuyante. La génuflexion à la Consécration est absente. Certains murmurent même la venue d'une pseudo-Messe œcuménique qui, en ce moment, est planifiée dans les coulisses. Cela ne me surprendrait pas du tout.

Il est clair que de nombreux fidèles Catholiques sont de plus en plus mécontents de la liturgie « renouvelée », des abus liturgiques ( qui sont systématiques ) et du Pontificat actuel. Le mécontentement grandit aussi à propos des justifications qu'on entend toujours : « Le Pape a l'intention de faire ceci ou cela — et non ce qu'il dit. Vous devez l'interpréter de telle ou telle façon ». Et ainsi de suite. La même chose est vraie pour la liturgie. Nous avons entendu les mêmes justifications depuis de nombreuses années — et elles deviennent de plus en plus forcées et farfelues.

Non, la « réforme liturgique » est un désastre. Ses fruits sont maintenant vraiment évidents pour tout le monde.

Par conséquent, nous devons remercier les organisateurs de la conférence de cet après-midi. Nous devons surtout remercier le Professeur Kwasniewski, qui a rendu des services remarquables dans le traitement des thèmes liturgiques. Ses contributions à Rorate Caeli sont un guide pour diffuser la connaissance liturgique et le sens liturgique. Son livre, que j'aime beaucoup, est un jalon dans l'activité du Professeur Kwasniewski. Et, comme c'est si souvent le cas, ce sont les laïcs qui, dans les questions de la foi et de la liturgie, incarnent et affirment le sensus fidei.

Le message fondamental de ma présentation est le suivant : Sacrosanctum Concilium — la Constitution sur la Sainte Liturgie ( nommée après « SC » ) — n'est pas une réforme mais une révolution. Ce document a initié une révolution permanente. Il ne ramène pas le rite de la Messe — qui a peut-être perdu sa forme ou nécessitait des améliorations — à la forme correcte, ce qui, après tout, est le sens du réformisme. Il a plutôt jeté les bases de vastes changements. Mais, ce faisant, l'élan révolutionnaire du document conciliaire est revêtu d'un langage traditionnel, quoique verbeux, et il est donc difficile de le comprendre à première vue. C'est le produit d'une conspiration qui s'est efforcée de saper la foi de l'Église. Il en va de même pour les autres documents de Vatican II, comme l'admettent ouvertement Karl Rahner et Herbert Vorgrimler ( Kleines Konzilskompendium ).

Il y a six ou sept ans, une certaine phrase de SC a attiré mon attention alors que je préparais une conférence. Cette phrase est discrète et courte, mais elle contient un potentiel révolutionnaire. C'est un signal, comme un mot de code ou un mot de passe pour une opération secrète. Cette phrase est dans la section traitant de l'Office Divin, paragraphe 89 ( d ) : « L'Heure de Prime sera supprimée ».

Aussi discrète et succincte que puisse paraître cette phrase, elle est le symptôme d'une révolution. J'aimerais préciser cela plus en détail. Ma ligne de pensée comprend les trois points suivants :

1. Si l'on peut supprimer l’Heure de Prime, on peut supprimer n’importe quoi d’autre. Et beaucoup d'autres suppressions ont été faites.

2. L'Église n'abolit pas les rites qui ont été sanctifiés par les anciennes coutumes de prière. Le Mouvement Liturgique du 20ème siècle, autrement pas du tout unifié, n'a jamais voulu cela non plus.

3. Une « Réforme de la Réforme » n'est pas valable. Le Missel et le bréviaire devraient revenir à l'ancien usage. La question de savoir à quelle version revenir reste non résolue. ( Jean XXIII avait déjà changé le Canon en insérant le nom de Saint Joseph et avait révisé l'intercession du Vendredi Saint pour les Juifs ).


En introduction, j'aimerais décrire une de mes expériences symboliques. Cela correspond bien à notre sujet et fournit même une clé d'interprétation pour comprendre le thème de la conférence d'aujourd'hui.

Il y a six ans, j'ai participé à une Messe à l'Église des Capucins de Vienne un vendredi à quatre heures de l'après-midi. C'était la Messe habituelle du Novus Ordo des Capucins. Au moment de la Préface, j'ai remarqué deux vendeurs d'un journal de rue de gauche ( qui est destiné à être vendu par des chômeurs ), qui essayaient de vendre leurs produits de la manière agressive habituelle. S'il vous plaît, notez ceci : ça se passait pendant la Messe. Les deux hommes — évidemment des Gitans — se sont agenouillés pendant la Consécration, puis ont ensuite continué leurs affaires. Je me suis opposé à leurs demandes et j'ai forcé l'un des deux à retourner à l'entrée. Il est devenu très hostile et m'a apparemment maudit ( dans une langue que je ne pouvais pas identifier ).

Cet événement montre à quel point les actions sacrées sont encore peu respectées. Il n’empêche que les deux Gitans ont attendu à la fin de la Consécration avant de reprendre leurs affaires. Néanmoins, c'est un manque grossier de respect envers le Christ dont le Sacrifice est rendu présent à nouveau dans la Messe.

Pourquoi avons-nous ce manque de respect ? Dans cela il y a une logique interne. L'Église elle-même a dépouillé le respect du Mystère de l'Eucharistie. Le nouveau Missel lui-même prévoit beaucoup moins de manifestations de respect par rapport à la Messe Traditionnelle. Même sans excès liturgiques qui occupent une zone grise canonique ( comme la Communion dans la main, des ministres extraordinaires de l'Eucharistie, des servants de messe qui s’ennuient et des vielles dames agissant comme des pseudo-prêtres ), le Novus Ordo lui-même est dans une certaine mesure désacralisant.

Ensuite, il y a souvent des accents sociaux dans les Messes : le Dimanche des Migrants, le Dimanche des Charités Catholiques, etc.

Si des bandes de mendiants des Balkans l'ont analysée de cette manière n'est pas le point. Ils savent qu'ils peuvent déranger une Messe suivie par des Autrichiens sans aucune conséquence. Personne ne les confrontera sérieusement, encore moins s'engagerait dans une lutte physique. La plupart dans l’assemblée des fidèles sont trop âgés, trop lâches ou trop faibles pour se battre. Peut-être que perturber la Messe Croate dans l'Église « Am Hof » où la Messe Byzantine Ukrainienne à Sainte-Barbe entraînerait des conséquences plus perceptibles pour ces auteurs.

Incidemment, les dérangements dans les services liturgiques par les radicaux de gauche et les activistes de l'avortement sont devenus assez communs. Nous apprenons aussi qu'à Ottakring ( 16ème arrondissement, Vienne ) l'Église est fermée de l'intérieur pendant la Messe — autrement les jeunes Musulmans la dérangeraient.

Retour à l'expérience ci-dessus : j'ai demandé au frère sacristain si les marchands de journaux poussaient souvent leurs marchandises pendant la Messe. Il a dit oui et, malgré les avertissements, ils reviennent encore et encore.

Oui, c'est un symptôme de notre temps. Les Bergers de l'Église ne semblent pas intéressés à défendre la Messe et les fidèles rassemblés pour la Messe. Je n'ai jamais rien entendu de nos Bergers à ce sujet.

Après cette expérience, je suis allé, en colère et agité, à un rendez-vous pour dîner avec un prêtre. Je lui ai parlé de ce que je venais de voir. Nous sommes devenus absorbés par le sujet de la liturgie. Cependant, je n’arrivais pas à sortir pas de mon état d'étonnement. Alors lui, un membre d'une organisation Catholique de fraternités d'étudiants et de diplômés universitaires, m'a parlé d'un événement dans l'une de leurs fraternités de membres. Un Franc-Maçon de haut rang avait été invité. Selon le prêtre, cet invité a déclaré lors de l'événement que la réforme liturgique était « leur » travail ( des francs-maçons ). J'étais étonné que ce membre d'une société secrète l'ait dit si ouvertement — et que le prêtre l'ait répété si facilement. « La réforme liturgique est notre travail ». Cela résonne encore dans ma tête. Bien sûr, déjà avant, je n’avais pas pu pas m'empêcher de l’avoir suspecté. On a souvent dit que l'architecte du Novus Ordo, Annibale Bugnini, avait été transféré comme nonce à Téhéran parce que son appartenance à la loge avait été accidentellement découverte. Mais c’est encore tout aussi remarquable qu'un Franc-Maçon revendique la réforme liturgique pour son organisation devant une fraternité d'étudiants Catholiques et de diplômés universitaires.

Maintenant venons-en au premier point :

1. Si l'on peut supprimer l'Heure de Prime, on peut tout supprimer.

J'insiste fortement sur ce point, car il me semble symbolique et symptomatique pour le document SC et pour l'ensemble du Concile. Une ancienne coutume de prière est simplement supprimée, sans aucune explication. Cela rend la situation d'autant plus étonnante. Quelle est la justification de cela ?

Il semble qu'une bombe à retardement a été insérée ici. Une crevasse dans le mur s’est ouverte. Car si l’on peut supprimer l’Heure de Prime, pourquoi ne pas les petites Heures de tierce, sexte et none ou les Laudes ou les Matines ( une suppression qui en effet de facto a eu lieu depuis que les Matines tel qu'elles existaient ont disparu et ont été remplacées par ce qui est appelé l'Office des Lectures ) ? Ou supprimer le double Confiteor, les prières de l'Offertoire, le Dernier Évangile ou quoi que ce soit d'autre ? Et, comme nous le voyons, tout cela est en fait arrivé.

Pour être honnête, je ne connaissais l'existence de l’Heure de Prime qu'à partir de sa lecture. Le prêtre converti anglais et auteur Robert Hugh Benson — en passant, un favori du Professeur Kwasniewski — dans son roman Lord of the World[ Le Seigneur du Monde ] a fait martyriser un groupe d'hommes qui avait été découvert par la police en priant l'Heure du Prime. J'ai personnellement fait l'expérience de l'Heure du Prime lors d'une visite chez les Bénédictins de Norcia qui, comme on le sait, interprètent et vivent une fois de plus la Règle de Saint Benoît d'une manière aussi fidèle que possible à l'originale.

De se débarrasser de cette ancienne prière coutumière ne peut être considéré que comme un sacrilège.

Nous savons maintenant à travers la recherche du Père Brian Harrison, OS, qu'aucun désir révolutionnaire par rapport à la Messe n'a existé parmi l'épiscopat du rite Latin à la veille du Concile. En ce qui concerne le bréviaire, je ne peux rien dire — probablement des conclusions analogues peuvent être faites.

L'analyse des schémas des Évêques présentés au Secrétariat pour la préparation du Concile montre que la seule chose désirée était plus de lectures dans les langues nationales. Il n'y a rien à propos de l'invention d'un nouveau Canon de la Messe ( sans parler de trois nouveaux Canons [ Prières Eucharistiques ] ) ; rien sur la suppression des prières de l’Offertoire, pas de désir pour un « autel du peuple », rien sur la Communion dans la main ou des filles d'autel. Pourtant, toutes ces déformations de la Messe arrivèrent peu après le Concile.

À mon avis, l'élimination de l'Heure du Prime sans aucun commentaire est un symbole de la révolution et a ouvert la porte à de nombreuses autres actions désastreuses.

Maintenant venons-en à notre deuxième point.


Saint Pie V


2. L'Église n'élimine aucun rite sanctifié par une ancienne coutume de prière. Le Mouvement Liturgique du 20ème siècle, même s'il n'était pas du tout uniforme, n'a jamais voulu cela.

Dans sa conférence légendaire à l'Académie d'été théologique du Cercle des prêtres de Linz ( qui est une initiative privée des prêtres diocésains ) tenue à Aigen en 1997, Robert Spaemann, peut-être le Catholique prééminent et même le philosophe Allemand du présent, a cité le Cardinal John Henry Newman, qui a dit un jour dans un sermon pour la Fête de la Circoncision du Seigneur, que l'Église n'abolit jamais les prières coutumières sanctifiées par un long usage. C'est toujours un sacrilège et un grave dommage pour la foi d'abolir une vieille coutume de prière.

Même après la Pentecôte, les Chrétiens allaient encore au Temple, y priaient et participaient aux services du Temple. Ils l'ont fait jusqu'à ce que le Temple soit détruit ou jusqu'à ce qu'ils soient chassés de Jérusalem par les Juifs.

C'est toujours un sacrilège et une grave atteinte à la foi lorsqu'une ancienne coutume sanctifiée de prière est abolie. Le Pape Saint Pie V, dont la réforme Tridentine du Missel était tout sauf révolutionnaire, déclara que dorénavant tous les rites dans l'Église Latine étaient interdits sauf ceux qui avaient plus de 200 ans. Pie V connaissait les limites du pouvoir papal.

Donc, s'il est possible d'abolir l'Heure du Prime sans autre justification, il est possible d'abolir ou de remodeler ( ce qui revient souvent à la même chose ) toute autre chose.

Je voudrais dire à ce stade un mot sur le Mouvement Liturgique. Je ne suis pas du tout un expert en la matière. Ici et là, cependant, j'ai obtenu diverses impressions. ( Je demande un peu de patience pour les excursions historiques et les nombreux noms. )

Ni Romano Guardini ni Odo Casel, OSB, ni Pius Parsch, Can. Reg., avaient des plans destructeurs ou révolutionnaires, selon Petrus Tschinkel, Can. Reg., Dans une interview avec Dr. Rupert Klötzl.

Odo Casel a été critiqué dans une déclaration de la FSSPX sur la liturgie et liée à des tendances destructrices. Permettez-moi de passer en un article que j’ai rédigé en revue de cette déclaration de la FSSPX. En lisant aujourd'hui des textes de ou sur Odo Casel, on a l'impression que ce moine était pieux, fidèle, respectueux et, selon les critères actuels, « ultra conservateur ». Il n'est pas crédible que le présent chaos liturgique aurait été accepté par Odo Casel et encore moins voulu par lui. Mais, comme on peut le lire ailleurs, Casel était, en tant que penseur intuitif, quelque peu étranger à la pensée discursive. Cela pourrait malheureusement aussi signifier qu'il n'a pas suffisamment expliqué son point de vue. Les penseurs intuitifs s’adonnent souvent à un vocabulaire euphorique et peuvent être apodictiques [ Se dit d'un jugement ou d'une démonstration caractérisés par la nécessité logique et l'universalité. ]. Un certain manque de sobriété apparaît souvent tout comme l'obstination. Mes connaissances sont insuffisantes pour juger si c'était bien le cas avec Casel. Mais d'après ce que je sais, je peux rejeter l'insinuation selon laquelle Odo Casel a agi de mauvaise foi. Dans toute sa vie et son comportement, dans ses rapports avec ses semblables et dans sa mort pendant la liturgie de Pâques, il a ouvertement affiché sa foi et son caractère exemplaire.

Il est clair que des mesures intermédiaires étaient nécessaires pour les catastrophes de la réforme liturgique de 1969 — des auteurs et des agitateurs qui voulaient partir dans une direction différente. Après tout, Odo Casel était mort en 1948. Il ne pouvait donc plus arrêter ceux qui auraient pu utiliser ses idées. La même chose peut être dite pour Romano Guardini, Pius Parsch, et tous les autres qui sont considérés comme faisant partie du Mouvement Liturgique. Par exemple, après avoir lu L'Esprit de la Liturgie Romaine de Guardini, on ne peut imaginer qu'il aurait approuvé les méfaits liturgiques d'aujourd'hui. Par conséquent, il ne faut pas faire injustice à ces hommes.

La question est cependant de savoir si, considérés objectivement, leurs œuvres présentent des faiblesses et un manque de clarté. Si oui, cela doit être mis en lumière. Heinz-Lothar Barth, un spécialiste en lettres classiques à l'Université de Bonn et attaché à la FSSPX, a écrit avec beaucoup de compétence sur le thème de la liturgie. Dans sa publication la plus récente, La Messe de l'Église, il a défendu Odo Casel contre les accusations de la FSSPX. Il écrit sur comment le Mystère Pascal, décrit par Casel dans sa théologie du Mystère, est un élément légitime de la liturgie

Maintenant en Autriche. Grâce à Dr. Rupert Klötzl, une entrevue avec le Révérend Petrus Tschinkel de Klosterneuburg, un étudiant de Pius, a été conservée. Cela doit être particulièrement souligné puisque Parsch est considéré en Autriche comme le membre le plus important du Mouvement Liturgique. Ce que nous lisons ici est extrêmement surprenant ! Alors, examinons-le de plus près. Tschinkel a en effet parlé de manière très critique de la « réforme liturgique » post-conciliaire. Selon lui, ce n'était pas une « réforme » mais un « changement ». Selon Tschinkel, les préoccupations fondamentales de Pius Parsch étaient saines. Ses préoccupations n'étaient pas seulement la « transmission des textes bibliques », mais le fait d’attirer le croyant dans le Mystère.

Voici les propres paroles de Petrus Tschinkel : l'interview est inédite :

« Maintenant, je peux vous dire que Pius Parsch n'aurait pas du tout accepté les changements de l'ère post-conciliaire. Ce n'est pas ce qu'il voulait. Oui — ( la liturgie ) dans la langue maternelle. C'est tout, cependant. Mais aussi, la Messe comme Mystère, comme une réalité hic et nunc, ici et maintenant. Et les merveilleux péricopes devraient être choisis comme images du Mystère qui a lieu. C'était sa préoccupation ».

C'est très intéressant. Car s'il est encore connu d'un groupe plus large parmi les fidèles, il est considéré comme un « progressiste ». En effet, il faut bien réfléchir sur la direction vers laquelle on veut progresser !

Le plus étonnant est l'évaluation sans fard des formes liturgiques post-conciliaires. Ici Guardini est à nouveau mentionné. Je cite encore Tschinkel :

« Après le Concile Vatican II, ces formes liturgiques ne sont rien d’autre qu’au ralenti : seulement des textes après des textes. Pas une trace de disposition interne ni de Mystère. Guardini, si le nom vous dit quelque chose, est une personne que je vénère beaucoup. Il y a de nombreuses années, lorsque Guardini était encore en vie, j'avais un visiteur à Sainte-Gertrude de Munich. Il voulait étudier à propos de Sainte Gertrude. Je lui ai demandé — c'était juste après le Concile — s'il savait ce que Romano Guardini pensait des nouveaux textes. Il a répondu que, oui, il pouvait me le dire car il le rencontrait souvent. Quand ( Guardini ) a lu les nouveaux textes, il les a étudiés pendant longtemps et m'a alors dit : « Un travail de plombiers » ! »

Et :

« Le Novus Ordo Missae est, après tout, juste à peine, je pourrais le dire, encore classable comme étant une hérésie. Si vous vouliez être absolument méchant, vous pourriez même l'appeler hérétique ».

Dans des temps comme le nôtre, ce sont des paroles absolument surprenantes. Mais elles ne sont pas surprenantes si l'on regarde l'architecte du changement de la liturgie : l’Archevêque Annibale Bugnini, CM.

Était-il l'informateur du franc-maçon que j'ai mentionné plus haut — celui invité par la fraternité Catholique ? Naturellement, je ne peux pas dire ça. Mais voici la difficulté : Bugnini a explicitement désigné la transformation de la Messe de 1969/70 comme transitoire. Donc, il allait y avoir d'autres étapes révolutionnaires ! Son transfert à Téhéran était après tout lié à la découverte fortuite de sa carte de membre maçonnique. Et cela fait que la réforme liturgique de 1969/70 et le Concile sont des entreprises fourbes. Selon sa propre confession, c’étaient des étapes intermédiaires. Ce que la forme finale aurait été n’est pas divulguée.

Un auteur est d'avis que cette façon de procéder a fait du Concile et de la réforme de la Messe un projet « occulte ». Occulte dans le sens que ce n'est pas le libellé des décrets pertinents qui est déterminant, mais leur signification cachée. C'est pourquoi la demi-vie du Novus Ordo est si courte. Elle continue à se désintégrer. À l'heure actuelle, nous vivons l'effondrement complet de la liturgie. Le Pape François a, comme Jean XXIII avant lui, changé les Canons [ les prières Eucharistiques ] spécifiquement par l'ajout de Saint Joseph. Dans ses propres Messes, il a aboli la génuflexion et ne distribue pas la Communion. Il fait du lavement des pieds le Jeudi Saint un spectacle avec un message politiquement correct et, dans ses sermons, il interprète les Écritures contre le sens des mots. Est-ce soutenu par le Concile ? SC est-il derrière toute cette folie ? Dans un certain sens, oui.

Comme d'habitude pour les textes du Concile Vatican II, SC est verbeux et rempli de tensions. On ne sait souvent pas ce que ça signifie vraiment et quelle était l’intention. Comme nous le savons tous, les documents conciliaires respirent l’esprit d’un optimisme euphorique et d’un désir enthousiaste de renouveau. Ici aussi, dans SC 23, où une phrase chargée de sens a été insérée :

23. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement...

47 ans après la promulgation du Missel de Paul VI et compte tenu du désordre qu'il a créé, il faut dire : pas de changement qui s'écarte du Missel de Jean XXIII de 1962 ou du Missel éphémère de 1965 ( qui selon à Spaemann, était une réforme prudente ) peut prétendre être un tel « véritable et certain bien ».

Pour conclure le deuxième point : l'abolition des anciens rites — symbolisée par l'abolition de l’Heure de Prime dans le texte conciliaire lui-même sans aucune discussion — s'est révélée être un désastre et un grave préjudice à la foi. Aucun protagoniste du Mouvement Liturgique n'aurait pu imaginer ce qui se passe maintenant. Aussi, au meilleur de ma connaissance, aucun d'entre eux n'avait réellement l'intention d’une telle chose.

Certes, il faut conjecturer que les éléments subversifs à l'époque du Mouvement Liturgique avaient été longtemps insérés dans la Curie. La conspiration était depuis longtemps en cours. Elle s'est conduite discrètement, cependant, afin de ne pas être remarquée immédiatement. Le changement dans le Canon de la Messe sous Jean XXIII devrait être vu dans cette perspective. Le Pape voulait apparemment démontrer que l'Église pouvait altérer la partie la plus sacrée de la liturgie. En d'autres termes, c'était une tromperie pieuse.


Révérend Pius Parsch

3. Une « Réforme de la Réforme » est sans valeur. Le Missel et le bréviaire devraient revenir aux utilisations anciennes et la question de savoir avec quelle version reste ouverte.

Je voudrais maintenant arriver à ma conclusion. J'ai noté que l'attitude du professeur Kwasniewski à l'égard des actions du Pape Benoît XVI est un peu plus optimiste que ce qui, à mon avis, peut être soutenu. Car avec l'échec du Pape Benoît XVI et sa démission extrêmement douteuse, deux leitmotivs du Pape ont également échoué : l’herméneutique de la continuité et la réforme de la réforme.

D'après leurs propres déclarations, les forces motrices du Concile étaient clairement indifférentes à la continuité avec la Tradition. Leurs protagonistes se sont clairement exprimés à ce sujet ( voir Ralph Wiltgen, SVD, The Rhine Flows into the Tiber [ Le Rhin coule dans le Tibre ] ). Il est insensé maintenant, quelque cinquante ans après le Concile, d'essayer de se fendre les cheveux en quatre et de rechercher la quadrature du cercle. Roberto de Mattei en 2011 a déjà exigé que les textes du Concile soient testés contre la Tradition ( dans son livre Apologia della Tradizione ).

J'ajouterais : il faut alors prendre une décision sur ce qui reste et ce qu'il faut faire. Le Pape Benoît était trop hésitant ici ; il est resté piégé dans une mentalité qui ne pouvait pas remédier aux déviations. Il en va de même pour la « Réforme de la Réforme ». Cette phrase a été utilisée par Klaus Gamber et le Cardinal Ratzinger — je ne sais pas qui a été le premier.

Dans le slogan, la « Réforme de la Réforme », par ailleurs, la deuxième « réforme » est entendue comme la révolution de Paul VI, la première « réforme » de la restauration de ce qui s'était déformé, de ce qui s’était dégénéré. Le mot « réforme » signifie donc deux choses différentes, voire opposées. Alors que ce slogan contient une équivoque déroutante, c’est quand même problématique.

Le Professeur Kwasniewski nous donne aussi à comprendre qu'il est inutile de « réformer à recul » la Messe du Pape Paul VI et de perdre ainsi beaucoup de temps et d'énergie. Comme on peut le voir à la suite de l'échec de Benoît XVI, cela ne fonctionne pas non plus. Les Évêques l'ont saboté — en particulier dans le cas du monde Germanophone, la première directive de 2006 pour traduire correctement les Paroles de Consécration avant l’élévation du Calice. Après tout, il y a un chaos dans le monde entier concernant les Paroles de Consécration avant l’élévation du Calice. D'autres corrections, comme le retour aux anciennes prières de l'Offertoire et le transfert du « signe de paix » à l'Offertoire, sont restés dans des étapes de planification [ seulement ].

Summorum Pontificum, lui aussi, est resté à certains égards timide. Les ordres mineurs et le sous-diaconat n'ont pas été restaurés, et encore, sous la pression extérieure, l'intercession du Vendredi Saint pour les Juifs a été changée.

Je pense donc, en compagnie de la plupart des Catholiques Traditionnels, qu'il vaut mieux recommencer à partir du moment où la réforme liturgique a commencé à s'écarter du chemin, à savoir cette révision malavisée et mal conçue de la Semaine Sainte sous Pie XII. Ainsi, l'adoption de la dernière édition du Missel avant 1955, mais permettant la célébration de toutes les fêtes universelles ou locales introduites par la suite, nous donnerait une « table rase » sur la base de laquelle procéder avec la confiance que nous recevrions avec gratitude et en veillerions avec vigilance sur l'héritage liturgique de nos ancêtres.

Après tout, cela concerne Dieu — et le salut et le bonheur éternel de l'homme. On ne peut pas prendre ça à la légère. Car : Lex dubia non obligat [ Une loi douteuse ne lie pas ].

Chaque obscurcissement magistériel de ce qui se passe dans la liturgie produit de la confusion. Les exigences imprécises n'ont aucune autorité contraignante : lex dubia non obligat. La situation confuse ne peut, par exemple, faire que ceux qui sont disposés à se convertir s'intéressent à la foi Catholique. Si l'Église elle-même se moque de la clarté dogmatique des Sacrements, un catéchiste ne peut expliquer la doctrine Catholique qu'avec de plus grands efforts. Cela met en danger le salut des âmes. Cela porte atteinte à la révérence envers Dieu. Cela doit cesser.

En conclusion

Dans quelques semaines, ce sera le centième anniversaire de la Première apparition de Notre-Dame à Fatima [ 13 mai 2017 ]. La condition apocalyptique de l'Église et du monde démontre que les remèdes donnés à Fatima — le Rosaire, la réparation, les premiers samedis, la Consécration de la Russie — n'ont pas été employés de façon appropriée.

La liturgie sacrée est dans une condition catastrophique. La Messe paroissiale habituelle n'est plus guère reconnaissable comme liturgie. Les Ordres religieux ont également connu une forte baisse dans leur liturgie. Les promesses de Fatima sont toujours valables, mais les avertissements et les menaces aussi. Le Pape Benoît XVI a dit en 2010 à Fatima que celui qui pense que le Message prophétique de Fatima est terminé commet une grande erreur. Nous ne pouvons ici que lui demander de dévoiler toute la vérité sur Fatima et d'amener le Pape régnant à une application dramatique des directives de Notre-Dame. Alors, le chaos de la liturgie se serait presque résolu. Sinon, nous en subirons tous les conséquences. Je vous remercie !