samedi 11 février 2017

Une campagne super organisée pour dénigrer le Cardinal Burke

Blâmez le messager
dans ce cas le Cardinal Burke



Par: Phil Lawler

Phil Lawler a été journaliste Catholique depuis plus de 30 ans. Il a édité plusieurs revues Catholiques et écrit huit livres. Fondateur de World Catholic News, il est le directeur des nouvelles et analyste en chef à CatholicCulture.org.

SOURCE : Catholic Culture
Le 10 février 2017


Une théorie de la conspiration bizarre a surgi, suggérant que les tensions croissantes au sein de l'Église sont le résultat d'une conspiration de la droite contre un Pape innocent. La théorie implique des caractérisations inexactes de trois personnes : dans un cas absurde, dans un autre cas délirant et dans le troisième cas vicieux.

La première erreur réside dans l'idée que Steve Bannon, stratège de la Maison Blanche dans l'administration Trump, a élargi ses visées politiques pour inclure une campagne contre le Pape. Comme je l'ai expliqué plus tôt cette semaine, cette idée est entièrement basée sur une rencontre entre Bannon et le Cardinal Raymond Burke qui a eu lieu il y a près de trois ans — longtemps avant que quelqu'un (y compris Bannon, je soupçonne), avait rêvé d'une campagne présidentielle Trump sans compter un poste pour Bannon à la Maison Blanche. Dans une chronique du Washington Post, E.J. Dionne insiste sur l'absurdité pour laisser supposer que Bannon - un homme surtout inconnu dans les cercles de l'Église jusqu'à il y a quelques mois — est maintenant un acteur majeur dans une lutte dramatique « pour définir le sens de l'Américanisme et du Catholicisme ». Si vous êtes prêt à croire qu'une seule réunion amicale suffit à servir de preuve d’une conspiration, je doute que je puisse vous faire changer d'avis. Mais c'est absurde.

La deuxième erreur est la notion — maintenant soutenue par certains des partisans les plus avides du Pape — que le Pape François est exceptionnellement serein, tolérant devant le désaccord et prêt à répondre à ses critiques. Cette caractérisation va à l'encontre des histoires où le Pape a appelé les fonctionnaires de l'Église à se présenter pour les réprimander parce qu’ils étaient en désaccord avec lui, qu’il a amputé des membres du personnel du Vatican pour la même raison et qu’il a donné des discours véhéments à la Curie romaine et au Synode des Évêques, dénonçant ceux qui ont résisté à ses propositions. Cela contredit les nombreux rapports selon lesquels les fonctionnaires du Vatican travaillent dans un climat de peur. Ça contredit surtout le refus clair et évident du Saint-Père de répondre à ses critiques sur la question la plus controversée de ce pontificat : à savoir les quatre Cardinaux qui ont soumis des dubia concernant Amoris Laetitia. La vague de récents récits de Rome, mettant l'accent sur la supposée sérénité du Pontife, semble délibérément conçue pour contrecarrer l'impact de la nature certes impétueuse du Pape.

Mais le troisième aspect de la théorie de la conspiration est de loin le plus méchante : la tentative de diffamer le Cardinal Burke, de le présenter comme un extrémiste, un haineux, un révolutionnaire de palais. L'exemple le plus grotesque de cette tactique est à nouveau un article du Washington Post, cette fois par Emma-Kate Symons, qui lance un jet complet de vitriol vers le prélat Américain. Elle décrit le Cardinal Burke comme un « prêtre renégat », un « prince rebelle » qui « utilise sa position dans les murs du Vatican pour légitimer les forces extrémistes qui veulent abattre la démocratie libérale occidentale ». L'intempérance de son langage est vraiment remarquable :

Burke est impénitent et même défiant, en continuant à présider une escouade joyeuse d’extrême droite, néo-fasciste normalisante hors du Saint-Siège.

Où est la preuve pour ces charges sauvages et sensationnelles ? La somme des preuves est la suivante : le Cardinal Burke a rencontré Bannon avec un éminent politicien conservateur italien. Il a exprimé son inquiétude au sujet de l'influence de l'Islam radical. Et il a défendu l'enseignement Catholique Traditionnel sur l'indissolubilité du mariage — dans le processus remettant en cause l'enseignement du Pape François dans Amoris Laetitia. Encore une fois, la preuve ne vient pas près de soutenir les accusations.

Mais il y a quelque chose de plus insidieux sur la diffamation du Cardinal Burke. Prenez note, s'il vous plaît, que parmi les différents chefs d'accusation contre lui, le seul qui implique un conflit avec le Pape François est le débat sur Amoris Laetitia. Les rencontres avec des personnalités politiques conservatrices ne sont pas pertinentes à ce débat et la discussion de l'enseignement de l'Église sur le Mariage a très peu à voir avec les aspirations politiques de Bannon. Alors pourquoi les journalistes font-ils un tel effort, en s’étirant si loin, pour inventer un lien entre le débat politique et la discussion théologique ?

Permettez-moi de répondre à ma propre question. La théorie de la conspiration en trois volets est promue par les défenseurs les plus ardents du Pape. (Si vous doutez de moi, inscrivez-vous au compte Twitter du Père Antonio Spadaro et notez combien de fois il fait ou encourage des coups bas au Cardinal Burke.) De là, ces coups bas sont ramassés par des journalistes laïques qui ne comprennent pas la controverse catholique et qui sont beaucoup plus confortables dans des termes politiques. Le but des théoriciens de la conspiration est de discréditer le Cardinal Burke — dans ce cas, exploiter l'image négative de Bannon et utiliser la culpabilité par association pour transférer cette image sur le Cardinal. Et pourquoi discréditer le Cardinal Burke ? Parce que le Pape François ne peut pas et / ou ne répondra pas à ses questions.

Il y a de graves discordes au sein de l'Église Catholique aujourd'hui. C'est indéniable. Qui les cause ? Si le blâme ne peut être imputé sur Bannon et Burke, il devient difficile d'éviter la conclusion que le Pape lui-même est la source de la division.