dimanche 19 février 2017

QUE VEULENT LES JEUNES ?
Lettre ouverte au Pape François qui a demandé à être dérangé


* * * * Mardi, 14 février 2017.

QUE VEULENT LES JEUNES ?
Lettre ouverte au Pape François qui a demandé à être dérangé

François,

C’est volontairement et en pleine connaissance de cause que j’emploierai le tutoiement en écrivant cette lettre, manquant sciemment ainsi à la déférence que tout fidèle devrait avoir en s’adressant au successeur du Prince des Apôtre. J’obéis de cette manière à l’esprit ambiant que tu as toi-même encouragé et qui pousse toujours plus au nivellement par le bas, à la fausse familiarité et à la plus banale des vulgarités. Ne vois là aucune malveillance d’aucune sorte à ton égard : il ne s’agit, hélas que d’un constat que chacun peut tirer des premières années de ton pontificat qui ne sont que les tristes reflets de l’état moral des sociétés occidentales.

J’en viens à présent au fait : tu as demandé au jeunes, dans ton allocution préparatoire à l’ouverture du Synode sur les jeunes et la foi, de faire résonner jusqu’à toi leur cri exprimant leurs préoccupations, leurs doutes et leurs souhaits les plus profonds. Cette lettre ouverte se veut la réponse, ou du moins une des réponses à cette demande.

Faire s’exprimer un jeune de la génération actuelle sur ce qu’il souhaite vraiment et ce qu’il attend de l’Église en ce début de XXIe siècle n’est pas chose aisée. Nous autres, jeunes, avons été élevés et avons grandi dans une société qui nous a plus habitués - c’est le moins que l’on puisse dire - à avoir ce que nous voulons tout de suite qu’à savoir ce nous voulons véritablement ; une société riche en loisirs et en biens de consommation, mais pauvre en valeurs spirituelles ; une société riche en possibilités d’assouvir nos caprices sur le court-terme, mais pauvre en racines identifiables et en repères moraux clairs et lisibles ; une société de la confusion, du provisoire et de l’éphémère.

Le drame, toutefois, n’est pas tellement pour nous dans le fait d’avoir grandi dans une telle société ; le véritable drame réside dans le fait que l’Église, qui devrait nous offrir une voie alternative et radicalement différente, semble elle aussi, depuis plusieurs décennies - mais peut-être plus encore sous ton impulsion - participer à cet état d’esprit de dissolution générale. Cette “culture du déchet” que tu sembles dénoncer d’un côté, tu la prônes de l’autre : comment ne pas voir, en effet, qu’une liturgie qui rejette la notion de sacré, qui repose sur l’arbitraire du célébrant dans le mépris des règles objectives fixées par l’Église et qui fait fi du patrimoine liturgique hérité de vingt siècles d’histoire chrétienne, comment ne pas voir qu’une telle liturgie devient elle-même “jetable”, puisque fondée sur l’arbitraire et le provisoire de modes passagères ? Comment ne pas comprendre qu’un jeune ayant grandi dans la société de ce début de XXIe siècle a avant tout besoin de clarté : clarté dans les repères moraux, clarté dans la foi, bref, besoin de tout ce que tes deux prédécesseurs nous ont donné, l’un avec “Veritatis splendor”, l’autre avec “Spe salvi” mais que toi, tu sembles incapable de nous offrir avec “Amoris Laetitia” et tes déclarations à l’emporte-pièce qui permettent d’affirmer tout et le contraire de tout ?

Nous autres jeunes attendons de l’Église qu’elle tienne non le langage de la démagogie et du jeunisme, qui est une insulte à notre intelligence, mais le langage de la vérité : A est A ; B est B ; A n’est point B.

Nous autres jeunes attendons de l’Église qu’elle tienne non le discours du monde, dont nous sommes abreuvés quotidiennement et qui repose sur la mondanité du provisoire, mais qu’elle nous tienne un autre langage, lui bien plus rare : celui de l’Éternité. Car c’est d’un breuvage vraiment spirituel et non de très conformistes “valeurs humanitaires” dont nous avons soif, désespérément soif !

Nous autres jeunes attendons de l’Église non qu’elle nous invite à toujours plus de déracinement dans une société déjà largement déracinée mais qu’au contraire elle nous aide à comprendre que nous ne sortons pas de nulle part et qu’en tant que chrétiens nous sommes héritiers - et donc dépositaires - d’un patrimoine culturel et cultuel deux fois millénaire, d’une richesse et d’une profondeur spirituelle sans égal et qui a porté la foi de millions de fidèles, depuis les premiers siècles de l’Église jusqu’à aujourd’hui. Et qui le fera encore, pour peu que nous consentions à ne pas le reléguer aux oubliettes…

La jeunesse catholique n’a que faire de ce christianisme mou, évanescent et consensuel que tu donnes l’impression de soutenir et qui a provoqué tant de dégâts en Europe occidentale : c’est de sel et non de sucre d’orge dont la jeunesse actuelle a besoin.

En résumé, nous autres jeunes attendons de l’Église qu’elle nous donne l’exemple d’une foi vivante, assumée et enracinée dans sa Tradition, et non l’image d’une institution condamnée en permanence à s’excuser d’être elle-même. L’avenir du christianisme européen en dépend.

Un jeune catholique



* * * * NOUVEAU Dimanche, 19 février 2017. PRÉCISION. Aux personnes qui, essentiellement sur le site du “Forum catholique”, doutent de l’authenticité de la “lettre ouverte au Pape François” (voir ci-dessous, 14 février), je tiens à dire que ce courrier est authentique. Il a été écrit par un jeune que je connais bien et qui me l’a communiqué après un séjour de plusieurs mois à l’étranger.

Denis Crouan, Président.



Et cette seconde lettre d'un autre jeune...

* * * * NOUVEAU Dimanche, 19 février 2017. D’un jeune internaute :

« Puisque le Pape François nous a demandé, au début de son pontificat, de “bousculer tous les pasteurs” - donc lui-même - il acceptera de grand cœur que je lui fasse quelques remarques à propos de ses messes du matin à Sainte-Marthe. Les voici :

- alors que les règles liturgiques prévoient de se mettre à genoux à certains moments de la messe, rien n’est prévu pour s’agenouiller. Etant donné que l’on peut douter que les gens s’agenouillent à même le sol, cela signifie-t-il que tout le monde reste debout, y compris pendant la Consécration ? Est-ce volontairement que des agenouilloirs n’ont pas été prévus dans une chapelle du Vatican ? Le Pape Benoît XVI nous avait rappelé que “la foi apprend aussi à nous agenouiller. C’est pourquoi une liturgie qui ne connaîtrait plus l’agenouillement serait intrinsèquement malade.” Et il ajoutait : “Il faut réapprendre à nous agenouiller, réintroduire l’agenouillement partout où il a disparu afin que, par notre prière, nous restions en communion avec les apôtres et les martyrs, en communion avec le cosmos tout entier, en union avec Jésus-Christ.”

- la présence des prêtres au premier rang est plus qu’ambiguë : ils sont en tenue “liturgique” (aubes sacs !) mais sont assis avec les fidèles. Est-ce qu’ils concélèbrent ou sont-ils là en simples spectateurs ? On ne sait pas. S’ils concélèbrent, ne devraient-ils pas se tenir dans l’espace sacré aux côtés du célébrant principal ?

- il ne semble pas y avoir de servant de messe. C’est donc une liturgie a minima qui est célébrée au cœur de la chrétienté.

- l’autel est posé à même le sol, contrairement aux prescriptions liturgiques officielles. Il n’est pas aménagé conformément à la théologie Catholique de la messe (symétrie, nombre de cierges, etc.) mais conformément à la théologie de la Cène protestante qui insiste sur le repas fraternel et laisse de côté l’aspect sacrificiel de l’Eucharistie. Par ailleurs, il suffit de voir la position du micro pour se rendre compte que la célébration “versus Deum” n’est jamais prévue. Reconnaissons que ce type de décorum appauvri n’est pas une nouveauté au Vatican : il était courant sous S. Jean-Paul II qui ne semblait pas y prêter attention. Cette malheureuse chapelle hideuse doit certainement dater de ce pontificat.

- enfin - et c’est peut-être le pire - cette messe comprend systématiquement une “homélie” et est systématiquement filmée. La conséquence, c’est que la messe quotidienne du Pape, qui devrait être un moment de recueillement et d’intimité dans la prière pour le monde entier, est instrumentalisée pour permettre au célébrant - François - de bavarder, bavarder, et bavarder encore, s’épancher, exprimer des idées personnelles. On en tire l’impression que les personnes présentes à cette célébration matinale ne sont pas là pour célébrer le Christ avec le Pape, mais pour écouter François et être vues de lui.

Ces rassemblements du matin à Sainte-Marthe ressemblent donc d’avantage à des mises en scène papolâtriques sur fond d’Eucharistie “à la Luther” qu’à des messes au cours de laquelle le célébrant doit s’effacer.

Saint-Père, ne le prenez pas mal si je vous demande de mieux respecter la liturgie de l’Église par laquelle s’exprime notre foi en Dieu ; c’est avant tout pour que vous puissiez donner le bon exemple à nos prêtres : ils n’aspirent qu’à vous imiter. »

SOURCE : PRO LITURGIA sous l'onglet ACTUALITÉS en date du 19 février 2017