vendredi 12 août 2016

Cardinal Schönborn

« François veut gagner l’opposition à Amoris Laetitia
"avec amour" »



Par Maike Hickson
Le 11 août 2016

SOURCE : One Peter Five







Le 17 juillet, le Cardinal Christoph Schönborn, Archevêque de Vienne, en Autriche — l'un des théologiens préférés du Pape et son interprète désigné de Amoris Laetitia — a donné une interview au journal Autrichien Der Standard. Pour la première fois depuis les nombreux signes récents d'une résistance sérieuse envers le document papal Amoris Laetitia — comme la lettre des 45 Théologiens et la critique très récente du Professeur Josef Seifert — Schönborn suggère lui-même une petite réponse de François, mais en grande partie indirecte, à ces critiques publiques.

De nombreux observateurs se sont en effet demandé pourquoi le Pape n'a pas encore entrepris d’être beaucoup plus direct et public pour répondre à ces oppositions moralement sérieuses et charitables envers son texte Amoris Laetitia — à l'exception, peut-être, du commentaire assez surprenant du Pape à l’occasion d’une entrevue en juillet 2016 à savoir qu’il n'aime pas « décapiter » ses opposants.

Le 29 juillet, le Global Press Magazine a publié un article à propos d’un entretien avec le Cardinal Schönborn tenu le 17 juillet, après avoir traduit de grandes sections de l'entrevue originale.

Dans cette interview, le Cardinal Schönborn reconnaît « l'existence d'une opposition farouche et organisée au Pape François [qui est] effectuée dans certains milieux Catholiques. Et il [Schönborn] nous a averti que l’Exhortation fomente une polarisation importante au sein de l'Église », selon le magazine Global Pulse. Schönborn dit aussi : « Nous assistons actuellement à des débats internes intenses dans l’Église— non pas tant en Autriche, mais au niveau international — alors qu’il y a tout à fait évidemment une très forte opposition significative au Pape François ». Il ajoute que cette opposition au Pape a été « très active et très forte » même si une nette majorité des Catholiques soutiennent le Pape François et ses diverses réformes proposées.

De manière significative — et ce sera ici désormais ma propre traduction que j’ai ajoutée — le Cardinal Autrichien admet : « Alors que le Pape François a eu une grande acceptation dans les milieux qui ont sinon rien à voir avec l'Église, il existe une polarisation au sein de l'Église.» [mon soulignement]

Cardinal Schönborn révèle également dans cette interview du 17 juillet qu’il venait tout juste de parler, la semaine précédente, avec le Pape François au sujet de cette résistance manifeste et forte qui a pris racine contre ses réformes. Le Cardinal dit, de plus, qu’il fut « très impressionné » par la réponse immédiate de François : « Nous devons essayer de gagner l’opposition interne à l’Église avec amour [sic] ». On pourrait ici poser une question sur la façon dont on devrait normalement gagner les gens à son propre camp si nous sommes de même confrontés à une question grave d'hérésie ou d’une de loyauté à l'enseignement du Christ — que la récente lettre des 45 Théologiens concernant Amoris Laetitia a déjà intelligemment discuté.

Quant à la méthode sur la façon de « gagner l'opposition », le Cardinal Schönborn donne lui-même quelques conseils de son cru. Tout d'abord, il propose de remédier à la dichotomie des « conservateurs » et des « libéraux » comme une catégorie double ; et il pense alors que c’est plus utile à la place de décrire les Messages Évangéliques comme représentant un « défi ». Il continue, selon la traduction fournie par le magazine Global Pulse :

Lorsqu’il lui fut demandé si cette situation difficile dans laquelle l'Église se trouve elle-même présentement ne mettait pas un frein à la volonté du Pape pour la réforme, le Cardinal Schönborn a souligné que beaucoup avait déjà été réalisé.

Il a noté que François a mis en mouvement des processus spécifiques et que la roue tournait. Un exemple, a-t-il dit, est ce que le Pape a fait pendant deux ans avec le Synode des Évêques et ses délibérations sur la famille. Le Cardinal dit que ce nouveau processus a conduit à de saines discussions sur beaucoup de questions.

« Les choses ne sont pas modifiées au bout du chemin mais [plutôt] le long du chemin » a-t-il cogité.

« À l'Assemblée extraordinaire du Synode en 2014, par exemple, ce que les Évêques avaient à dire était encore incroyablement abstrait. Mais, un an plus tard, ils parlaient soudain de la réalité » a souligné le Cardinal.

« Les Évêques ont parlé de leur propre situation familiale. Et, alors voici, ils n’ont plus fait simplement de la théorie abstraite » a-t-il dit.

« D'une certaine manière » le Cardinal Schönborn a dit : « Le voyage est la destination ». [Mon soulignement ajouté]

Ce que le Cardinal Schönborn décrit ici comme un processus de réforme et une nouvelle méthode pourrait également être considérée comme une forme Gramscienne [ note : Antonio Gramsci (Sardaigne) (1891-1937), intellectuel marxiste --- philosophie de la praxis --- hégémonie culturelle ] de changement de culture indirecte, à savoir : premièrement, ouvrons toutes sortes de discussions qui remettent en question l'enseignement Traditionnel moral de l'Église Catholique, affaiblissons ainsi cet enseignement tendanciellement et ensuite interrogeons cet enseignement constamment. Juste en ouvrant une telle discussion, les Doctrines immuables sont alors même mises en doute. Après un certain temps, l'atmosphère ainsi que l'attitude du monde Catholique concernant le mariage et la famille a lentement changé sans que beaucoup de gens en aient été suffisamment conscients.

Un aspect d'un tel changement progressif de la culture consiste aussi, beaucoup plus concrètement et intimement, à personnaliser les vérités comme le Cardinal lui-même l’a montré en ce qui concerne les récents Synodes : à savoir que les Pères Synodaux ont commencé progressivement — surtout dans le nouveau format des petits groupes de discussion linguistiques au Synode 2015 — à plus parler de leur propre situation familiale et à le faire ouvertement et ( l'expression « moins abstraite » pourrait également être lue ici dans le sens de « moins doctrinalement ». C’est ce qui apparemment s’est produit au cours de certaines des discussions des Synodes sur la Famille). C’est également une forme de manipulation typique selon une technique psychologique (une « psycho-technique ») qui est appliquée afin de faciliter le changement. Autrement dit, il s’agit d’attirer les discussions sur la Doctrine et la Vérité sur le plan des émotions et à un niveau largement subjectif. Une fois que la discussion est menée à ce niveau, les vérités peuvent être plus facilement séparées, isolées, individualisées et efficacement relativisées. Nous avons vu ce genre de discussion, par exemple, dans les propres efforts méthodiques de la Conférence Épiscopale Allemande qui soulignaient l'importance décisive des « biographies personnelles » [[ note : ce concept permettait alors à chaque prêtre de pouvoir autoriser la Communion à des divorcés/remariés parce que leur « biographies personnelles » contenaient suffisamment de « facteurs atténuants». Hum ! ] et pour accentuer le fait proposé que « chaque situation de vie individuelle est différente ». ( Comme si c’était un argument contre l'appel de Dieu envers nous tous de vivre néanmoins nos vies personnelles conformément à Ses Lois. )

Ainsi, nous pouvons mieux comprendre l'importance que le Cardinal Schönborn lui-même met sur le dicton douteux « le voyage est la destination » — comme si c’était pour dire : « Notre résultat consiste à encore plus de processus ». Une telle formulation métaphysique démontre une négligence de certaines vérités largement universelles qui peuvent — et doivent — ne jamais changer essentiellement parce qu’elles viennent de Dieu Lui-Même comme des actes de Son Amour. En outre, pour ceux qui s’en tiennent à l'enseignement du Christ dans sa totalité cohérente, il n'y a pas de façons facilement imaginables d'accepter un « traitement d'amour » de François — surtout si cette allure spécieuse pourrait les faire changer progressivement leur loyauté envers notre Créateur, Rédempteur et Sanctificateur.

De plus, le message maintenant envoyé par Schönborn au monde Catholique et à d'autres — à savoir que François veut gagner son opposition au moyen d'un « traitement d'amour » — est lui-même assez vague et abstrait. Ne serait-il pas beaucoup plus bénéfique, pour le bien de l'Église et pour les nombreuses âmes confuses et vulnérables aujourd'hui, s’il devait au lieu répondre publiquement — d'une manière responsable et franche — aux critiques sérieuses suscitées par son Exhortation Apostolique Amoris Laetitia ? Car le silence prolongé et obstiné de François face à certains passages apparemment hérétiques dans ce document exhortatif donne de plus en plus de crédibilité à la théorie que c’est son intention de répandre certaines de ces nouvelles doctrines erronées et équivoques bien que sous les apparences, bien sûr d'être « pastorales seulement » et « beaucoup plus miséricordieuses ». En tout état de cause, nous attendons maintenant sa décision virile d'annuler ces passages confus, rapidement et explicitement — et directement.