lundi 20 juin 2016

Une réponse blindée à l'affirmation du Pape
« La majorité des mariages sont nuls »


Est-ce que beaucoup de mariages
sont invalides aujourd'hui ?

Importants principes à garder à l'esprit quand on parle de mariage.



par BENEDICT NGUYEN
(Voir ses qualifications en bas de page
Trop long ici !)


SOURCE : National Catholic Register
Le 20 juin 2016



Un couple de jeunes mariés se dirige
pour une bénédiction du Pape François
mercredi à l'Audience générale
sur la place Saint-Pierre, le 15 Juin.
CNA / Daniel Ibáñez

Les récents commentaires du Pape François affirmant qu’« une grande majorité de nos mariages sacramentels sont nuls » (ou « certains de nos mariages sacramentels sont nuls » selon l'édition du texte révisé par le Vatican plus tard) a mis à feu une autre tempête médiatique. Ses paroles révèlent une tendance commune parmi plusieurs dans l'Église, incluant de nombreux pasteurs et d’agents pastoraux de bonne foi, de pré-juger de façon pessimiste de la validité du mariage de quelqu'un. Compte tenu de la confusion généralisée dans la culture et dans l'Église à propos de la nature du mariage, en particulier en raison des taux élevés de divorce en Occident, il peut souvent être tentant de conclure qu’un grand nombre d'hommes et de femmes contemporains ne sont pas mariés validement et donc que leurs mariages sont nuls.

Pourtant, les conclusions hâtives à propos de la validité ou de la nullité des mariages peuvent être sérieusement problématiques et préjudiciables à de nombreux couples et à l'institution du sacrement du mariage. Souvent, ces jugements ne font pas justice à la plénitude de ce que l'Église enseigne sur le mariage et ne prennent pas en compte les moyens objectifs que l'Église utilise afin de déterminer la validité du mariage.

Qu'est-ce qu'un mariage valide ?

Même avant d'être un « sacrement », l'Église voit le mariage comme étant l'institution naturelle dans lequel les hommes et les femmes sont capables d’y entrer validement. Il est important de rappeler que Dieu a créé le mariage naturel pour être une communauté de toute la vie, ordonné par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants (cf. canon 1055.1). Cette relation conjugale est naturelle à la personne humaine et peut être obtenue par la personne humaine. Le Christ Notre Seigneur a élevé cette relation conjugale naturelle à être l'un des sept sacrements de l'Église — mais seulement si c’est entre deux personnes baptisées (cf. canon 1055.2). Le lien du mariage d'une personne non baptisée, alors qu'il peut être valide et vrai, n’est pas un sacrement et ne contient pas en lui les grâces sacramentelles. Néanmoins, l'Église ne voit pas la possibilité d'entrer dans un mariage naturel valide comme quelque chose que seulement les Catholiques sont capable de conclure. Les non-Catholiques peuvent et contractent des mariages naturels valides sauf là où il y a un élément dirimant [ définition : se dit des empêchements qui entraînent la nullité d'une union contractée malgré ces empêchements ] du droit naturel comme être déjà marié à quelqu'un d'autre.

De même, l'Église ne voit pas les mariages sacramentels, que seules les personnes baptisées sont capables de contracter car c’est un sacrement, quelque chose qui est réservé seulement aux Catholiques théologiquement sophistiqués, comme si quelque connaissances gnostiques particulières étaient nécessaires pour se marier validement ou sacramentellement.

En d'autres termes, l'Église n'a pas une « barre haute » de compréhension qu’une personne doit dégager pour se marier validement et sacramentellement, mais plutôt une « barre basse » de rudiments que cette personne ne doit pas rejeter activement afin de se marier . On n'a pas à avoir une connaissance exhaustive de ce qu'est le mariage pour épouser validement.

L'ignorance au sujet du mariage

En ce qui concerne l’ignorance au sujet du mariage, le canon 1096.1 du Code de droit canonique dit que pour avoir un consentement matrimonial valide, « il faut que les contractants n'ignorent pas pour le moins que le mariage est une communauté permanente entre l'homme et la femme, ordonnée à la procréation des enfants par quelque coopération sexuelle ». Notez ici que l'Église ne requiert pas d'accord avec ces facteurs mais non seulement que les personnes ne soient pas ignorantes d'eux. En fait, l'Église en canon 1096.2 va même jusqu'à exiger explicitement que cette ignorance n'est pas présumée après la puberté.

Le point ici est que Dieu, à travers les actions du Christ et de son Corps, l'Église, a conçu le mariage et même le mariage sacramentel afin qu’il soit une réalité pouvant être obtenue par l'homme moyen et non pas seulement un idéal impossible qui doit être apprécié complètement en théorie en premier avant d’être capable de se marier.

Erreurs sur le mariage et ses éléments

Mais même si quelqu'un n’est pas ignorant à propos du mariage mais qu’il peut être en erreur à propos de ce qu’est le mariage, peut-il validement consentir au mariage ? Parfois oui, parfois non, mais encore une fois, il y a ici une « barre basse ». Contrairement aux idées fausses populaires partagées par plusieurs dans l'Église, le fait d’être tout simplement en erreur sur la nature du mariage — y compris sa permanence, la fécondité, l'exclusivité ou même sa dignité sacramentelle — n’invalide pas l'acte du mariage. En fait, comme le montre le canon 1099, de telles erreurs invalident seulement le consentement du mariage « pourvu qu’elles ne déterminent pas la volonté », c’est-à-dire que si elles provoquent la personne à choisir activement et dans ce cas particulier autre chose qu'un vrai mariage.

En d'autres termes, le fait de grandir dans une « culture de divorce » croyant tout simplement au divorce ou tout simplement comprenant mal les enseignements de l'Église sur la sacramentalité du mariage ne suffit pas à constituer un consentement invalide. Par exemple, un homme qui croit au divorce se marie encore validement à moins que cette croyance lui donne l'intention explicite, au moment du mariage, d’avoir une union avec cette femme en particulier de laquelle il pense pouvoir se divorcer. Notez qu’une croyance générale dans le divorce ne suffit pas à invalider le consentement. Au contraire, pour être invalide, ça doit être quelque chose à l'effet de « Moi, Tarzan, vous marie Jane dans une union dissoluble ». Comme autre exemple, la croyance générale que le mariage est non exclusif n'invalide pas le consentement mais ça doit être à l'effet de « Moi, Tarzan, vous épouse Jane de façon non exclusive ». Voilà ce que cela signifie les erreurs de « détermination de la volonté » et c’est ce que le Pape Saint Jean-Paul II a souligné dans son important discours à la Rote romaine en 1993 et de nouveau en 2000.

Intention contre les éléments du mariage

De même, quand il vient à se marier invalidement non pas dû à une « erreur » au sujet du mariage, mais en raison d'une intention de ne pas avoir d’enfants, la permanence ou l'exclusivité, en somme l'intention d'exclure ces choses (appelées « simulation partielle ») invalide le mariage seulement si c’est une « acte positif de la volonté ». L'intention doit activement et positivement exclure ces choses au moment de se marier pour que le consentement soit invalide. Une simple erreur de croyance, une inclinaison, ou une exclusion occasionnelle de ces choses ne sont tout simplement pas assez pour causer une invalidité. Ni simplement un non-acte (acte passif) d'exclusion qui, plus tard, pourrait devenir des actes de faute morale tels que l'adultère ou encore le fait de grandir de plus en plus dans une culture de divorce sont insuffisants pour rendre nul l'acte de mariage. L'exclusion doit être délibérément choisie au moment du mariage. Par exemple, un couple se qui se marie ne désirant pas d’enfants « à ce moment » se marie validement puisqu’ils ne sont pas tout à fait sans aucune intention de ne pas avoir d’enfants dans le cours de leur mariage. Un couple se marie et utilise la contraception artificielle alors qu’ils commettent un mal moral, se marie encore validement sauf, si au moment du mariage, ils ont l'intention durant tout leur mariage de ne jamais être ouverts à la progéniture.

Compte tenu de ces nuances importantes, il est très imprudent d'essayer de déterminer, en dehors d'une procédure formelle, qu'une personne a activement et positivement choisi d'exclure des éléments ou des propriétés essentielles du mariage ou a déterminé à choisir par erreur autre chose que le mariage dans un cas particulier. Faire cela, ou pire, de projeter cela sur un grand nombre d’époux Chrétiens, manquerait d’une bonne fondation et ce serait une grave injustice envers les époux Chrétiens, ce qui impliquerait qu’un mariage sacramentel valide est seulement un idéal inaccessible. Malheureusement, cela a pu être vu dans certaines des points de vue exprimés lors du récent Synode et qui se sont déversés dans une partie du langage d’Amoris Laetitia.

En fait, la Loi de l'Église tente de protéger les mariages contre cette mentalité en soulignant explicitement qu’en tant que Catholiques, nous présumons que les conjoints sont capables et se marient validement sauf si le contraire est prouvé (cf. canon 1060) avec la certitude morale (cf. canon 1608). Le Canon 1101.1 régule clairement que lorsqu’un homme et une femme se marient, « le consentement intérieur est présumé conforme aux paroles et aux signes employés dans la célébration du mariage.».

Le danger du pré-jugement

Pré-juger de la validité des mariages est une mentalité dangereuse qui peut nuire gravement à la pastorale des mariages, causant les conjoints à douter qu'ils se soient validement mariés. Les pires victimes seraient ces mariages éprouvant des difficultés où de tels doutes pourraient faire naître l’idée d’abandonner le mariage. Cela nuit ultimement à l'institution et au sacrement du mariage.

Sans doute, il y a quelques cas où une invalidité est apparente comme un Catholique qui se marie devant un tribunal civil sans une dispense ou des situations impliquant des divorcés et remariés civilement sans que leur mariage précédent n’ait été déclaré nul. Ceci est en partie pourquoi ces personnes dans de telles situations ne sont pas en mesure de recevoir la Sainte Communion. Pourtant, même dans ces cas, l'Église est prudente à exiger qu’une démarche ou une enquête officielle de l’Église doit être réalisée et qu'une déclaration soit faite avant de conclure que le mariage est nul.

Cependant, les situations impliquant un possible consentement valide, telle qu’une erreur à propos du mariage ou l'intention de ne pas avoir d’enfants, la permanence ou l'exclusivité, ne devraient pas être considérés sous une telle invalidité apparente. L'erreur fatale que plusieurs font est de supposer que de telles situations peuvent être déterminées par nous tous en dehors d'un processus canonique formel.

On ne peut tout simplement pas de son propre chef conclure qu’un mariage « doit être invalide » que ce soit son propre mariage ou celui d’un autre. Cette conception est logée au cœur de certains des partisans les plus radicaux de la soi-disant « solution du for interne » qu’ils proposent — à savoir que sans même une procédure officielle de l'Église, quelqu’un est capable de déterminer qu'un mariage « doit être invalide ». Malheureusement, cette mentalité décontractée de pré-jugement semble être ce qui est débouclé par l’article quelque peu problématique #14 des nouvelles procédures de nullités Iudex Mitis, qui présente une liste canoniquement pêle-mêle des situations qui permettent un processus de nullité plus rapide.

Si la détermination de la validité d'un mariage peut être pré-jugée et pré-déterminée en dehors d'une procédure officielle de l'Église, le résultat final serait le chaos et une anarchie qui nous place comme des législateurs de nous-mêmes pour déterminer ce qui est valide ou non, ce qui est bon ou mauvais.

Ceux d'entre nous qui ont eu le privilège de travailler dans les tribunaux de mariage savent qu'il est très dangereux de pré-juger des cas, c’est-à-dire de se former une opinion sur un mariage avant même d'examiner pleinement la preuve en détail. Un tel pré-jugement colore immédiatement notre approche et compromet facilement notre objectivité et notre équité. Chaque cas doit juger le mariage sur ses propres mérites et même chaque partie mérite une considération objective plutôt qu'un pré-jugement du style « ça doit être invalide ».

La présomption de validité

Si important est ce principe d'objectivité que le Code de droit canonique exige, comme une question de justice, que, même dans des cas douteux, « le mariage jouit de la faveur du droit », c’est-à-dire que la validité d'un mariage doit être maintenue jusqu'il soit prouvé le contraire. (canon 1060). Ce que cela signifie est que, de manière similaire au principe du droit pénal « innocent jusqu'à preuve du contraire », les mariages doivent être considérés comme valides jusqu'à ce qu’ils soient prouvés invalides.

En outre, si importante est cette présomption de la validité des mariages que l'Église continue à la protéger en exigeant que la présomption ne peut être renversée que s’il y a « certitude morale » de nullité fondée sur certaines preuves (cf. canon 1608). Autrement dit, l’invalidité ne peut pas juste être un peu probable ou un peu plus que probable, mais doit plutôt être « moralement certaine » de l'être.

Ainsi, il serait extrêmement imprudent et injuste pour chacun d’entre nous, que ce soit des pasteurs, des tribunaux officiels ou même les conjoints eux-mêmes de pré-juger un mariage en tant qu’« il doit être invalide » sans examen officiel, objectif.

Tout comme ce serait une parodie de la justice d'abandonner la présomption légale d'être « innocent jusqu'à preuve du contraire », ce serait un affront envers le mariage d'abandonner, même de manière informelle ou dans nos propres esprits, la présomption importante enchâssée dans le canon 1060 qu’un le mariage est « valide jusqu'à preuve du contraire ».

Nous prions qu’avec la controverse actuelle sur les remarques du Pape, nous ne soyons pas aussi témoins d'une érosion de ce sérieux et important principe de la présomption de la validité des mariages. Perdre cette présomption, en particulier dans le travail pastoral, serait un grand préjudice pour le sacrement du mariage et le salut des âmes.

Benoît Nguyen, M.T.S., J.C.L./J.D., D. Min (ABD) est conseiller canonique et conseiller théologique du diocèse de Corpus Christi et professeur adjoint à l'Institut Avila.