dimanche 19 juin 2016

Retour ( et ajouts ! ) sur les dommages causés
par les déclarations du Pape sur le mariage

La fameuse période de question du 16 juin 2016


Par: Phil Lawler
SOURCE : Catholic Culture










Au cours d'une allocution à un Congrès diocésain de Rome 16 juin 2016, François a été cité comme disant :

  • Que certains prêtres sont des « animaux »
  • Que les Pasteurs ne devraient pas « mettre leur nez dans la vie morale des autres personnes »
    et
  • Que la « grande majorité » des mariages Catholiques d’aujourd'hui ne sont pas valides.
  • Toutes ces déclarations choquantes ont été attribuées au Saint-Père par des journalistes fiables : des journalistes expérimentés qui prennent la peine de faire les choses correctement et le font généralement. Ci-dessous je vais répondre à la question importante de savoir si oui ou non les citations sont exactes. Mais d'abord, nous allons évaluer les dommages causés par ces déclarations comme elles ont été signalées.

    Dans la première citation, le Pape apparaît excessif et non charitable. Il peut être en désaccord avec les prêtres qui refusent de baptiser les enfants des mères célibataires, mais l’insulte est horrible et certainement en-deçà de la dignité que le Ministère Pétrinien commande.

    Dans la deuxième citation, le Saint-Père semble complètement illogique et/ou dédaigneux de la Tradition Morale Catholique tout entière. Les confesseurs et les directeurs spirituels « mettent toujours leur nez » dans la vie morale de leurs ouailles ; les bons pasteurs et les prédicateurs le font aussi, mais un peu moins directement. Si l'Église ne veut pas être impliquée dans nos vies morales, pourquoi avoir un enseignement moral du tout ?

    Avec la troisième citation, le Pape remet en question la validité de millions de mariages et insulte les couples mariés Chrétiens qui travaillent à accomplir leurs vocations. Plus que cela, comme Edward Peters l’explique —le Pape suggère qu'il y a eu quelques changements majeurs dans la nature humaine, étant donné que toute personne rationnelle par raisonnement naturel est capable d'entrer dans un mariage valide (même si non sacramentel nécessairement).

    Est-ce que le Pape veut vraiment suggérer qu’à notre époque, la dégradation dans la compréhension du mariage a été si profonde que nous — ou la plupart d’entre nous, du moins — sont incapables de former le même genre de lien conjugal que nos ancêtres ont formé depuis d’innombrables siècles ? Ce serait une affirmation étonnante !

    Ed Peters observe :

    L'effondrement de la nature humaine présuppose une si grande catastrophe sociale et une énorme futilité de la mission sanctifiante de l’Église auprès de ses fidèles qui serait justifiée par une telle débâcle —eh bien, ce serait la version matrimoniale de l'hiver nucléaire. Je suis muet à comprendre comment quelqu'un qui ne sait rien à propos de ni l’un ni l’autre puisse sérieusement affirmer que la nature humaine est tellement corrompue soudainement et que les Sacrements du Christ sont maintenant si impuissants à avoir empêché « la grande majorité » des Chrétiens de se marier même !

    La déclaration du Pape — si elle a été relayée avec précision et signifiée sérieusement — voudrait dire que notre société est tellement perverse qu'elle a avili la nature humaine. Si tel était le cas, l'Église Catholique ne pourrait pas se réconcilier avec la société moderne ; la Foi serait en conflit ouvert avec l'âge moderne. Pourtant, en Amoris Laetitia, François a prononcé un genre de message très différent, suggérant que les Pasteurs devraient apprendre à travailler patiemment, peu à peu, et avec sympathie avec les gens qui ne partagent pas la compréhension Catholique du mariage.

    Donc, les propos du Pape, s’ils ont été rapportés avec précision, étaient gravement dommageables. Mais les compte rendus étaient-ils exacts ?

    En ce qui concerne la première citation, la réponse est, heureusement, non. La remarque du Pape, fait dans une réponse ad-lib à une question, était terriblement décousue et difficile à suivre. Mais apparemment il voulait dire que certains prêtres traitent les enfants ( ou peut-être leurs mères célibataires ) comme « des animaux ». Il ne visait pas à insulter les prêtres eux-mêmes.

    En ce qui concerne la deuxième citation, la preuve n’est pas aussi rassurante. La citation ne figure pas dans le compte rendu officiel du Vatican de la session, mais des fonctionnaires du Vatican ont reconnu que la transcription a été éditée. Voici la déclaration pertinente telle qu'elle apparaît dans la transcription officielle :

    Cela exige que nous développions une pastorale de la famille capable d'accueillir, d'accompagner, de discerner et d'intégrer.

    Maintenant, voici le même passage, comme il a été initialement rapporté par Ines San Martin du site Crux :

    L'Évangile choisit une autre façon : accueillir, accompagner, intégrer, discerner, sans mettre notre nez dans la vie morale des autres personnes.

    L'expression douteuse, « sans mettre notre nez ... », a été sagement coupée de la version finale. Pourtant, le Pape a prononcé ces paroles — ou, compte tenu des malentendus et des problèmes de traduction — quelque chose de raisonnablement proche d'elles.

    Et que dire de cette stupéfiante troisième citation? Dans le compte rendu officiel, on rapporte que le Pape a dit : « Une partie (sic) de nos mariages sacramentels sont nuls ». Mais un contrôle de la bande audio de l'événement confirme qu’en fait, le Pontife a dit « la grande majorité ».

    Alors évidemment les paroles du Pape ont été tronquées après le fait pour éliminer les affirmations les plus gênantes. Qui a fait les changements ? Selon le porte-parole du Vatican, le Père Federico Lombardi, la transcription a été éditée par le Pape lui-même : « Ainsi, le texte a été publié expressément approuvé par le Pape ».

    Ainsi quand la poussière est retombée et que la transcription officielle est apparue, les déclarations du Pape n’étaient plus choquantes. Faut-il conclure alors que tout va bien et qu’aucun mal n’a été fait ? Absolument pas !

    Tout d'abord, parce que ces déclarations choquantes ont été largement diffusées par les médias de nouvelles pour être entendues ou lues par des millions de personnes qui ne verront jamais la transcription officielle.

    Deuxièmement, les remarques du Pape étaient cohérentes dans leur ton — un ton qui encourageait les auditeurs à remettre en question l'autorité des enseignements de l'Église. À un moment donné, avec un cœur léger, François dit : « N’allez pas parler de moi au Cardinal Müller ». Sa blague visait le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le gardien de l'orthodoxie théologique Catholique (c’est peut-être inutile de dire mais cette blague n'a pas survécu dans la transcription officielle.)

    Troisièmement et plus important parce que ce pattern est devenu récurrent : les déclarations étonnantes, les titres, la confusion, suivis par des explications et des clarifications qui n'arrivent jamais à déblayer les retombées. Quand est-ce que François réalisera — alors que d'autres prélats lui ont clairement dit — à quel point il fait des dégâts avec ces remarques impromptues ?

    Certains journalistes ont lutté avec acharnement afin de minimiser l'impact de la dernière éruption. Un article de Catholic News Service (CNS) a dit dès le départ que l'argument du Pape concernant le nombre de mariages invalides était « un sujet qu’il avait déjà soulevé auparavant et, aussi, ce point avait été également soulevé par le Pape Benoît XVI, maintenant à la retraite ». Oui, mais jamais auparavant il avait été suggéré que la plupart des mariages étaient invalides. Le magazine America a suggéré que, lorsqu’il parlait d'une « grande majorité » des mariages, le Pape ne voulait pas vraiment dire la plupart des mariages — une interprétation qui crée une nouvelle définition du mot « majorité ». John Allen du site Crux a observé, assez raisonnablement d’ailleurs, que le Pape a le droit d’amender ses propres remarques. Vrai. Mais le problème n'a pas été de la façon dont elles ont été éditées. Le problème réside dans les remarques originales du Pape.

    Il y a deux problèmes, vraiment : d’abord, le Pape parle si souvent sans considérer en premier ce qu’il va dire et, deuxièmement, quand il fait ces remarques impulsives, ses premières pensées spontanées montrent si rarement l'empreinte d’un solide enseignement Catholique.

    Phil Lawler est un journaliste Catholique depuis plus de 30 ans. Il a édité plusieurs revues Catholiques et a écrit huit livres. Fondateur de Catholic World News, il est le directeur des nouvelles et analyste en chef à CatholicCulture.org.