mercredi 29 juin 2016

Une histoire de deux Synodes



par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Fatima Network Perspectives
Le 28 juin 2016


Le 16 Juin, 2016 - La date même de la « débâcle au Latran » impliquant les commentaires de François sur le mariage et la cohabitation, le sujet de mes trois articles précédents— l'Église Orthodoxe d'Amérique a approuvé la déclaration suivante relative à son enseignement moral :

« L'Église Orthodoxe en Amérique enseigne et maintient comme une croyance religieuse sincère que Dieu a établi le mariage comme une relation exclusive à vie entre un homme et une femme et que toute activité intime sexuelle en dehors des liens du mariage, qu’elles soient hétérosexuelles, homosexuelles ou autrement , est immorale et donc péché ...»


L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

Certes, l’Église Orthodoxe permet le divorce et le remariage dans certaines circonstances, déviant ainsi de l'Évangile, mais elle est au moins disposée à déclarer franchement que toute activité sexuelle en dehors du mariage est immorale et un péché.

Nulle part dans l’« Exhortation apostolique » post-synodale Amoris Laetitia (AL) de François, cependant, ni nulle part dans les documents du « Synode sur la famille » allons-nous trouver une telle déclaration. Bien au contraire, et tout à fait incroyable pour un Pontife Romain, AL propose systématiquement des excuses pour les relations immorales et sexuelles pécheresses en dehors du mariage que (comme discuté dans mes articles précédents) François a même osé décrire au Latran comme de « vrais mariages » chez les couples vivant en union libre en Argentine. Pour citer deux exemples saillants de AL :

« Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante » .(AL 301).

« Il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église ». (AL305).

Alors que AL est censé être un document adressé aux « défis » auxquels sont confrontés la famille aujourd'hui, pas une seule ligne dans ses 256 pages verbeuses n’est adressée au défi posé précisément par des relations sexuelles en dehors du mariage, qui ont sapé les fondements de notre civilisation entière, ce qui conduit à sa ruine imminente. Au lieu de cela, croyez-le ou non, la seule référence du document à la dégénérescence sociale due au péché endémique concerne l'environnement et l'injustice sociale :

« Nous ne pouvons pas non plus oublier la dégénération que le péché introduit dans la société, lorsque l’être humain se comporte comme tyran face à la nature, en la détruisant, en l’utilisant de manière égoïste, voire brutale. Les conséquences sont à la fois la désertification du sol (cf. Gn 3,17-19) et les déséquilibres économiques ainsi que sociaux, contre lesquels s’élève clairement la voix des prophètes, depuis Élie (cf. 1R 21) jusqu’aux paroles que Jésus lui-même prononce contre l’injustice » . (AL 26)

En fait, la seule et unique forme de conduite que AL déclare expressément être péché et sans excuse est, de toutes les choses, la calomnie :

« Souvent on oublie que la diffamation peut être un grand péché, une sérieuse offense à Dieu, lorsqu’elle touche gravement la bonne réputation des autres, leur causant des torts difficiles à réparer ».(AL112)

Mais n’est-ce pas qu’un comportement sexuellement immoral est « une infraction grave contre Dieu » qui « cause des dommages qui sont difficiles à réparer » — en effet, souvent impossibles à réparer ? On pourrait chercher dans l'intégralité même de AL un seul indice qu'il en soit ainsi. Pourtant, AL est censé être une « défense » de la famille contre les menaces à son existence. Quelle plus grande menace y a–t-il pour la famille que le comportement sexuel illicite, la fornication, la contraception, le divorce, tout cela grève au cœur même le plan divin de Dieu pour la famille ?

En dépit de son hommage à l'amour et la famille dans ses premiers chapitres, une lecture juste du document dans son ensemble montre qu'il a été écrit précisément pour induire un accommodement à des comportements pécheurs qui sont devenus endémiques dans notre civilisation chrétienne de jadis, conseillant essentiellement « de vivre et de laisser vivre » quand il en vient à la cohabitation et aux « seconds mariages adultères » que AL ose décrire comme étant caractérisés par la « fidélité éprouvée, le généreux don de soi, l'engagement chrétien ... »(AL 298)

Ce thème de « vivre et laisser vivre » est nulle part plus apparent que dans AL 92 où nous lisons :

« C’est pourquoi la Parole de Dieu nous exhorte : « Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes ». (Ep 4, 31) Cette patience se renforce quand je reconnais que l’autre aussi a le droit de vivre sur cette terre près de moi, tel qu’il est. Peu importe qu’il soit pour moi un fardeau, qu’il contrarie mes plans, qu’il me dérange par sa manière d’être ou par ses idées, qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais ». .

Ici Saint Paul est trompeusement enrôlé pour soutenir l'idée que Dieu lui-même nous dit que tout le monde a « le droit de vivre dans ce monde, tout comme ils sont ». Non sens. Qu'est-ce que Saint Paul enseigne réellement dans le contexte complet du chapitre 4 des Ephésiens est que les hommes doivent se réformer dans la grâce de Dieu, cesser de pécher, y compris les péchés de la chair et de vivre dans la justice :

« Voici donc ce que je vous demande avec insistance au nom du Seigneur : ne vous conduisez plus comme les païens que leurs pensées mènent au néant ».

« Ils refusent de comprendre ; ils n'ont aucune part à la vie qui vient de Dieu, parce qu'ils sont complètement ignorants et profondément endurcis. Ils ont perdu tout sentiment de honte ; ils se sont livrés au vice et commettent sans aucune retenue toutes sortes d'actions impures ».

« Ce n'est pas là ce que vous avez appris au sujet du Christ ! Vous avez certainement entendu tout ce qui le concerne, et on vous a enseigné, en tant que chrétiens, la vérité qui est en Jésus. Vous devez donc, en renonçant à votre conduite passée, vous débarrasser de votre vieille nature que ses désirs trompeurs mènent à la ruine. Il faut vous laisser complètement renouveler dans votre coeur et votre esprit :

« Revêtez-vous de la nouvelle nature, créée à la ressemblance de Dieu et qui se manifeste dans la vie juste et sainte qu'inspire la vérité.. C'est pourquoi, rejetez le mensonge ! Que chacun dise la vérité à son prochain t , car nous sommes tous membres d'un même corps. Si vous vous mettez en colère, ne péchez pas ; que votre colère s'apaise avant le coucher du soleil ».

« Ne donnez pas au diable l'occasion de vous dominer. Que celui qui volait cesse de voler ; qu'il se mette à travailler de ses propres mains pour gagner honnêtement sa vie et avoir ainsi de quoi aider les pauvres ».

« Qu'aucune parole mauvaise ne sorte de votre bouche ; dites seulement des paroles utiles, qui répondent à un besoin et encouragent autrui, pour faire ainsi du bien à ceux qui vous entendent. N'attristez pas le Saint-Esprit v que Dieu vous a accordé ; il est la garantie que le jour viendra où Dieu vous délivrera complètement du mal ».

Quand même un Synode de l'Église Orthodoxe dit franchement ce qu'un Pontife Romain et son Synode semblent incapables de prononcer, mais semblent plutôt avoir l'intention de l’obscurcir et de l’excuser, nous savons que ceci est la fin de la bataille dont Sœur Lucie a prévenu le Cardinal Caffarra : la bataille entre l'Église et le diable sur le mariage et la famille au milieu de ce qu'elle a appelé à juste titre la « désorientation diabolique » dans l'Église.

Mais les Catholiques peuvent être encouragés que cette bataille finale ne peut être qu’un prélude à la restauration glorieuse que Notre-Dame nous a promise à Fatima : « À la fin, Mon Cœur Immaculé triomphera ».