samedi 18 juin 2016

Même dans l'Église, il y a des limites
à ce qui peut être supportable





SOURCE : Rorate Caeli
Sandro Magister's Settimo Cielo Blog June 17, 2016

Voir aussi de Spaemann cet article qui affirme
qu'
« Amoris Laetitia divisera l'Église »


Les observations critiques que j'ai faites à propos de l’Exhortation Apostolique « Amoris laetitia » dans mon entrevue avec Catholic News Agency (CNA) a causé quelques vives réactions, en partie – en acceptation enthousiaste, en partie — en refus.

Le refus touche, tout d'abord, à la phrase se référant à la note de bas de page numéro 351 qui représente une « rupture dans le Magistère Traditionnel de l'Église Catholique ». Ce que je voulais dire, c’est que certaines affirmations du Saint-Père sont en nette contradiction avec les Paroles de Jésus, avec celles des Apôtres ainsi qu’avec la Doctrine Traditionnelle de l'Église.

De fait, on parle d'une rupture seulement quand un Pape — parlant d'une manière non équivoque et explicite avec toute sa puissance apostolique — non pas d’une manière secondaire dans une note de bas de page — enseigne quelque chose qui est en contradiction avec la Tradition du Magistère précité.

Dans ce cas, ce n’est pas arrivé ainsi, surtout du fait que le Pape François n’est pas très friand de clarté sans équivoque. Il y a peu de temps quand il a déclaré que le Christianisme ne fait pas d’« ultimatums », il est évident que ça ne le dérange pas du tout ce que le Christ a dit : « Si c'est oui, dites « oui », si c'est non, dites « non », tout simplement ; ce que l'on dit en plus vient du Mauvais ». (Matt. 5, 37). Les lettres de Paul sont pleines d’« ultimatums » et, finalement, « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ». (Matt. 12, 30).

François, cependant, ne veut « faire que certaines propositions ». Il n’est pas interdit [alors] de contredire des propositions. De plus, à mon avis, il faut énergiquement contredire ce que « Amoris Laetitia » soutient à savoir que Jésus a même « proposé un idéal exigeant ». Non, Jésus commande « comme Celui ayant autorité, et non pas comme les Scribes et les Pharisiens » (Matt. 7, 29). Jésus Lui-même, par exemple, en parlant au jeune homme riche, fait référence à l’union étroite de la séquence dans l’observance des Dix Commandements (Luc 18 : 18-23). Jésus ne prêche pas un idéal, mais fonde une nouvelle réalité, le Royaume de Dieu sur terre. Jésus ne propose pas, mais invite et commande : « Je vous donne un Commandement Nouveau ». Cette nouvelle réalité et ce Commandement sont en étroite relation avec la nature de la personne humaine et connaissable par la raison.

Si ce que prétend le Saint-Père ne correspond pas très bien avec ce que je lis dans l'Écriture et ce qui me vient des Évangiles, cela n’est toujours pas une raison suffisante pour parler d'une « rupture » et pas même une raison de faire du Pape un objet de polémiques et d’ironie, comme malheureusement Alexander Kissler a fait [1]. Quand Saint Paul s’est trouvé devant le Sanhédrin pour se défendre lui-même et que le Grand Prêtre ait ordonné de le frapper sur la bouche, Paul a réagi avec ces paroles : « Dieu te frappera, toi aussi, mur blanchi ! » Quand ceux qui étaient présents lui ont dit que c’était le Grand Prêtre, Paul a dit : « Je ne savais pas, frères, qu’il est le Grand Prêtre. Car il est écrit. « Tu ne parleras pas mal du prince de ton peuple ». « Quand Kissler écrivait à propos du Pape, il aurait dû modérer son ton même si son contenu dans une large mesure est justifié. En raison de son ton polémique sarcastique, son intervention a eu un effet limité et inefficace.

Le Pape s’est plaint que ses nombreuses exhortations sur la situation alarmante de la famille ne finissent pas par être comprises, alors que les gens fixent leur attention au lieu [encouragée par les médias] sur la note de bas de page portant sur la question de la réception de la Communion. Pourtant, la discussion pré-synodale publique était toute centrée sur ce sujet car c’est en effet à cet égard qu’un oui ou un non doit être donné.

La discussion se poursuivra de façon tout autant controversée, étant donné que le Pape a refusé de citer les déclarations très claires de ses prédécesseurs sur ce sujet et étant donné que sa réponse est si manifestement ambiguë que chacun peut l'interpréter (et l'interprète vraiment) à la faveur de sa propre opinion. « Et si le joueur de trompette ne fait pas retentir un appel clair, qui se préparera au combat ? » (1 Cor. 14 : 8).

Si, dans l'intervalle, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est vu comme accusant ouvertement d'hérésie le plus proche conseiller et auteur-fantôme du Pape ( voir cette histoire ici ), cela signifie que la situation est allée trop loin en effet. Même dans l'Église Catholique, il y a une limite à ce qui est supportable.

François aime comparer ceux qui sont critiques de ses politiques à ceux « qui sont assis sur le Chaire de Moïse ». Pourtant, même dans ce cas, le coup se retourne sur ceux qui l’ont administré. Ce sont les Scribes qui défendaient précisément le divorce et qui ont transmis les règles à son sujet. Les Disciples de Jésus, d'autre part, déconcertés par l’interdiction stricte du Maître sur le divorce ont dit : « Il vaut mieux ne pas se marier alors ... » (Matt 19.10.). Tout comme les gens qui se sont éloignés de Lui quand le Seigneur a déclaré qu'Il allait devenir leur nourriture : « Là, il exagère ! Comment admettre un tel discours ? (Jean, 6, 60).

Le Seigneur « a eu de la compassion pour le peuple », mais il n'était pas populiste. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jean 6, 67). Cette question dirigée vers les Apôtres fut sa seule réaction à la réalité de ceux qui L'écoutaient et qui L’ont quitté.

[1] Alexander Kissler, allemand intellectuel, essayiste, est rédacteur en chef du principal périodique politique et culturel en Allemagne.