mercredi 16 décembre 2015

Une excellente approche pour ceux qui sont entourés d'incroyants

Qui a besoin de Miséricorde

alors que plus rien n’est un péché ?



L’Année de la Miséricorde
La Miséricorde à l'ère du relativisme

par : Sr. Thérèse Aletheia Noble
Le 15 décembre 2015
SOURCE : Aleteia

« C’est l’amour de Dieu qui devance, qui anticipe et qui sauve.. Si tout restait cantonné au péché, nous serions les plus désespérées des créatures, alors que la promesse de la Victoire de l’Amour du Christ enferme tout dans la Miséricorde du Père ».

Pape François
Homélie pour l'ouverture
de l'Année de la Miséricorde



L'Année de la Miséricorde a été l'occasion pour beaucoup de faire le deuil à juste titre du fait que nous vivons dans un monde où le concept de péché est considéré par certains comme dépassé et dénué de sens.

La Miséricorde est dépendante de la justice et du concept de péché parce que quand Dieu nous montre Sa Miséricorde, c’est pour qu'Il puisse nous pardonner nos péchés.

Alors quel est le sens de la miséricorde dans un monde qui ne croit pas au péché ?

J’avais l'habitude de ne pas croire au péché. J’étais une athée qui a vécu un moment de retour à la croyance en Dieu dans une conversion instantanée. Cependant, mon retour à l'Eglise n'a pas été aussi immédiat. Ce fut un processus lent et graduel. Ce fut un processus au cours duquel Dieu et les autres Chrétiens m'ont montré de l'amour, de la patience et de l'acceptation alors que je tombais encore. Enfin, j’ai commencé à consentir intellectuellement à l'autorité de l'enseignement de l'Église, y compris le péché tel que défini par l'Église.

Mais, dans les premiers mois de ma conversion, mon repentir et mes péchés ne constituaient le point central envers Dieu. Je portais davantage l'accent sur comment grand Dieu m'a aimée. Je n’oublierai jamais le sentiment de ces premiers mois. Je me promenais et j’avais l’impression d’être bercée dans la Main du Créateur, me prélassant tout simplement dans Son Regard aimant.

Et je continuais à pécher. Oui, sérieusement.

Mais maintenant, je connais un Dieu qui m'a aimée. Et Son amour Miséricordieux avait prévu mon repentir. Il n'a pas reculé de dégoût de voir mon manque de repentance. Il ne m'a pas frappée alors que je cherchais à poursuivre mon ancien mode de vie. Il est entré dans mon âme et m'a embrassée précisément là où c’était la plus sombre. Dans les zones où j’étais morte, là où Jésus est mort avec moi.

Finalement, grâce à ma relation avec Dieu, j’ai senti une invitation à revenir à l'Église. J’étais déconcertée et dégoûtée. J’aimais Dieu mais je n’étais pas intéressée à revenir à l'Église. Je voulais aimer Dieu à mes propres conditions. Mais je savais que Dieu ne ferait que me conduire à un endroit où il pourrait m’aimer plus pleinement.

Donc, dans l'obéissance à Dieu que j’aimais, j’ai commencé à assister à la messe plus régulièrement.

Un jour, je ne l'oublierai jamais, je me préparais pour le travail et j’ai ressenti une soudaine illumination de ma conscience. C’était comme si je pouvais finalement voir tous mes péchés comme Dieu les voit, tout ce que j'avais fait, tout ce que je faisais et que je continuerais à faire en tant qu'être humain pécheur. Je me suis effondrée en sanglotant sur le sol.

C’était un moment de Miséricorde.

Mais la Miséricorde de Dieu n'a pas commencé à ce moment. Dieu a commencé à me montrer Sa Miséricorde beaucoup plus tôt ; Sa Miséricorde a anticipé mon repentir. C’était la nature de cette miséricorde anticipative et non contingente qui m'a conduite à me repentir. Dieu m'a aimée au milieu de mes ténèbres parce qu'Il savait que c’était uniquement Son Amour ardent qui pourrait me sauver.

C’est la façon dont Dieu nous aime. Il étend Sa Miséricorde sur nous tout au long de notre vie jusqu'à notre dernier souffle. Sa Miséricorde anticipe notre coopération. Sa Miséricorde anticipe notre repentir. Sa Miséricorde anticipe notre retour à Lui.

Dieu est en dehors du temps si bien que Sa Miséricorde sur les êtres humains dotés du libre arbitre ne dépend pas de ce que nous faisons. Il la déverse toujours sur nous parce que cela fait partie de Sa Nature d'être Miséricordieux.

Chaque jour. Chaque heure. Chaque minute.

Si nos cœurs sont impénitents, nous ne pouvons pas recevoir la plénitude des grâces salvifiques de Dieu, mais cela ne signifie pas que Son Amour Miséricordieux se perd. Au contraire, même si nous sommes légèrement coopératifs, il peut lentement adoucir nos cœurs et nous aider à voir la Vérité.

Dieu porte nos péchés pour que nous puissions nous repentir : « Mais parce que tu peux tout, tu as pitié de tous ; tu fermes les yeux sur les péchés des humains pour leur donner le temps de reconnaître leurs torts ». (Sagesse 11 : 23).

Qu'est-ce que cela signifie en réalité cette Année de la Miséricorde ?

Cela signifie que nous sommes appelés à montrer aux autres la Miséricorde de Dieu de cette même manière. Nous sommes appelés à montrer de la miséricorde envers les autres en ne commençant pas par souligner le péché d'une autre personne. (Ceci est particulièrement vrai si une autre personne ne croit même pas au concept de péché.)

La Miséricorde commence avec la personne là où elle est et conduit cette personne à Dieu. La Miséricorde met le bien-être spirituel en premier lieu et crée de l'espace pour une conversion progressive naturelle. La Miséricorde reconnaît que de claquer les Dix Commandements ou le Catéchisme au visage de quelqu'un va être souvent inutile si l'autre personne n’accepte pas d'abord l'amour de Dieu ou les faits de base relatifs à son existence.

La Miséricorde anticipe avec amour le jugement et le soulignement du péché.

Un amour miséricordieux anticipatif ne rejette pas le péché comme sans importance. La Miséricorde ne passe pas par-dessus le péché et fait semblant que tout va bien.

Comme Saint Augustin a écrit : « Sa miséricorde nous attend. Il attend de nous, cependant, que nous soyons guéris ».

Mais la Miséricorde ne donne pas priorité au péché.

La Miséricorde priorise l'Amour guérissant de Dieu afin que nous en arrivions à comprendre notre péché, que nous nous en repentions et que nous en soyons guéris.

Thomas d'Aquin se réfère à la Miséricorde de Dieu comme celle qui « dissipe la misère ». Nous sommes appelés à accompagner les autres dans ce voyage au cours duquel Dieu veut dissiper la misère. C’est un voyage qui nécessite parfois notre patience pendant que nous marchons avec d'autres qui ne reconnaissent même pas leur péché comme étant de la misère.

Mais c’est le même voyage que nous marchons avec notre Dieu patient, miséricordieux qui nous entoure de Sa Miséricorde maintenant avant que nous soyons parfaits de sorte que nous puissions être perfectionnés dans Son Amour Miséricordieux.

Sœur Thérèsa Aletheia Noble, FSP, est l'auteur de « The Prodigal You Love : Inviting Loved Ones Back to the Church » ( Le prodigue que vous aimez : comment ramener ceux que vous aimez à l’Église). Elle a récemment prononcé ses premiers vœux avec les Filles de Saint Paul. Elle blogue sur « Pursued by Truth ».