mercredi 23 décembre 2015

NOËL : l'heure de la foi dans les ténèbres du monde




Avec ce texte par Roberto de Mattei, nous souhaitons à nos lecteurs et à leurs proches une belle Veillée de Noël, un beau Jour de Noël rempli de l’Amour et de la Chaleur de Notre Seigneur Jésus-Christ, de Sa Sainte Mère et du vertueux Saint-Joseph . Un Noël très béni à tous !

L’Équipe de Rorate Caeli



par : Roberto de Mattei
Correspondant à Rome
Le 23 décembre 2015

SOURCE : Rorate Caeli


Noël n’est pas seulement une tradition culturelle occidentale ou une simple commémoration chère aux Chrétiens d'un fait historique qui est arrivé en Palestine il y a 2015 ans. Noël est le moment où le Rédempteur de l'humanité se présente à nous dans un berceau, nous demandant de l'adorer comme Roi et Seigneur de l'Univers. La Nativité, sous cet aspect, est l'un des mystères centraux de notre foi, la porte qui nous permet d'entrer dans tous les mystères du Christ. Le Pape Léon le Grand (440-461) a écrit : « Celui qui était invisible dans Sa Nature s’est rendu visible dans la nôtre. L'Incompréhensible voulait être compris : celui qui est avant le temps, a commencé à être dans le temps; le Seigneur de l'Univers, voilant Sa Majesté, a reçu la forme d'un serviteur ». (Sermon sur la Nativité du Seigneur, II, § 2).

La manifestation dans l'histoire du Verbe Incarné était aussi l'heure de la plus grande jubilation par les Anges. Dès l'instant de leur création, à l'aube de l'univers, ils savaient que Dieu deviendrait un homme et qu’il L’adorerait, tout resplendissant dans la Très Sainte Trinité. Cette révélation avait aussitôt séparé les anges fidèles et les rebelles, le ciel et la terre, les enfants de la lumière et ceux des ténèbres. Enfin arriva le moment à Bethléem pour les Anges de se prosterner eux-mêmes devant le Divin Enfant, la cause et le moyen de leur persévérance, comme le Père Faber a écrit. Les harmonies des « Gloria in Excelsis » ont inondé le ciel et la terre mais ont été entendus cette nuit-là que par les âmes qui vivaient dans le détachement du monde et dans l'amour de Dieu. Parmi ceux-ci, il y avait les Bergers de Bethléem. Ils ne faisaient pas partie du monde des riches ni des puissants, mais dans la solitude et les veilles de nuit à garder leurs troupeaux, ils avaient conservé la foi d'Israël. Ils étaient des hommes simples, ouverts au surnaturel et n’ont pas été étonnés par l'Apparition de l'Ange, qui, tout en brillant de lumière céleste sur eux, leur a dit : « Cette nuit, dans la ville de David, est né, pour vous, un Sauveur ; c'est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche ». (Luc 2 : 11-12)

Les Bergers « se dépêchèrent d'y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche ». « Invenerunt Mariam, et Joseph et Infantem positum dans praesepio» (Luc 2, 16). Ils ont eu la grâce d'être les premiers, après Marie et Joseph, à offrir ici sur terre un acte d'adoration externe à l'Enfant de Bethléem. En L’adorant, ils ont compris que, dans son apparente fragilité, Il était le Messie promis, le Roi de l'Univers. Noël est la première affirmation de la Royauté du Christ et la crèche est son trône. La crèche était aussi le trésor de la civilisation chrétienne qui est ensuite née aussi et les Bergers ont été ses premiers prophètes. Ce programme de la Civilisation était concentré dans les paroles qu’une myriade d'anges qui ont proclamé cette nuit-là : « Gloire à Dieu dans les cieux très hauts, et Paix sur la terre pour ceux qu'Il aime ! » (Luc 2 : 14).

Avec une immense joie, les Bergers allèrent partout, dans les champs et les montagnes, annonçant l’heureuse nouvelle. « Audierunt mirati Omnes sunt qui » (Luc 2 : 18). « Tous ceux qui entendirent les bergers furent étonnés de ce qu'ils leur disaient » mais pas tous d'entre eux s’en sont allés pour la grotte de Bethléem. Plusieurs ont été absorbés par leur profession et ont renoncé à l'effort qui aurait changé leur vie dans le temps et l'éternité. Beaucoup d'autres passeraient devant la Grotte en ces jours et, peut-être par curiosité, ils jetèrent un coup d’oeil, mais ils n’ont pas compris ou ne voulaient pas comprendre la merveille de l'événement.

Néanmoins, la Royauté de l'Enfant Jésus a été reconnue par quelques-uns des hommes les plus sages de l'époque. Les Mages, ces Rois de l'Orient, ces hommes dont le regard avait été absorbé dans les choses célestes quand, dans les Cieux, une étoile leur apparut. L’étoile a été pour les Mages ce que l'Ange avait été pour les Bergers : la Voix de Dieu qui dit : « Je suis l'étoile brillante du matin » (Ap 22, 16). Les Rois Mages aussi, comme les bergers, ont correspondu parfaitement à l’exhortation Divine. Ils ne furent pas les seuls à voir l'étoile et peut-être qu'ils n’étaient pas les seuls à en comprendre le sens, mais ils ont été les seuls à se diriger vers l'Ouest. Peut-être que d'autres comprenaient, mais ils ne voulaient pas quitter leur pays, leurs maisons et leurs affaires.

Les Bergers étaient à proximité de Bethléem, les Mages bien loin, mais un même principe s’applique aux deux : ceux qui cherchent Dieu avec la pureté du cœur ne sont jamais abandonnés. Les Bergers et les Mages ont apporté des cadeaux de valeur différente mais c’était les plus grands cadeaux qu’ils avaient qu’ils ont offerts. Ils ont donné à l'Enfant-Jésus, les yeux, leurs oreilles, leur bouche, leur cœur, leur vie entière ; en un mot, ils ont consacré leurs corps et leurs âmes à la Sagesse Incarnée et ils l'ont fait par les mains de Marie et de Joseph en présence de la Cour Céleste toute entière. En cela, ils imitaient la parfaite soumission à la Volonté de Dieu de l'Enfant Jésus, qui, de Verbe de Dieu, s’est anéanti Lui-Même sous la forme d'un serviteur à la Volonté Divine, puis se laissa conduire à travers toutes les phases jusqu'à Sa Mort sur la Croix et à Sa Gloire : Il n'a pas choisi ses phases, mais se laissa conduire, à chaque instant, grâce à l'inspiration de la Grâce — comme un mystique du XVIIe siècle a écrit (Jean-Baptiste Sainte-Jure, Vita di Gaston Renty, (La vie de Gaston de Renty) tr. Il., Glossa, Milan 2007, p. 254).

La dévotion à l'Enfant Jésus est une dévotion par laquelle on éprouve un abandon radical à la Divine Providence puisque cet Enfant enveloppé dans des langes est un Homme-Dieu qui anéantit Sa Volonté afin de faire Celle de Son Père, qui est dans les Cieux, et il fait cela en étant soumis à deux créatures sublimes qui sont elles-mêmes soumises à Lui : La Très Sainte Vierge Marie et Saint Joseph.

Le Saint Jour de Noël est le jour de l'extrême abandon à la Divine Providence mais c’est aussi le jour d'une immense confiance dans les plans mystérieux de Dieu. C’est le jour, écrit Saint Léon le Grand, pour lequel « le Fils de Dieu est apparu précisément pour détruire les oeuvres du diable ». (1 Jean 3, 8), le jour où il s’est uni à nous et nous nous sommes unis à Lui jusqu'à ce que l'abaissement de Dieu vers l'humanité élève les hommes à Dieu » (Sermon sur Nativité du Seigneur, VII, § 2). Dans ce même sermon, Saint Léon dénonce le scandale de ceux de son temps qui, alors qu’ils étaient en train de monter les marches de la Basilique Saint-Pierre, mêlaient les prières de l'Église avec des invocations dirigées vers les étoiles et la nature : « Puisse les fidèles — écrit-il — rejeter cette habitude condamnable et perverse, puisse l'honneur dû à Dieu seul ne pas être mélangé avec les rites de ceux qui adorent des créatures. La Sainte Écriture déclare : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et Le servira Lui seul ».

Comment pouvons-nous manquer de voir la pertinence de ces paroles alors que des écrans lumineux néo-païens sont projetés sur la façade de la Basilique Saint-Pierre et que le culte panthéiste de la nature est célébré ? En ces heures sombres, puissent les fidèles Catholiques continuer à avoir la même confiance qu’ont eue les Bergers et les Mages, puissent-ils approcher le Berceau pour contempler Jésus. Noël approche, les ténèbres dans lesquelles le monde est immergé seront dissipées et les ennemis de Dieu tremblent car ils savent que l'heure de la défaite pour eux est proche. Ils détestent pour cette raison la Sainte Fête de Noël et, pour cette raison, avec un regard plein de confiance, nous contemplons le Saint Enfant qui est né et lui demandons d'éclairer nos esprits dans les ténèbres, de réchauffer nos cœurs dans la froideur et de fortifier nos consciences perdues dans la nuit de notre temps.

Enfant Jésus, que Ton Règne vienne !