mardi 22 décembre 2015

L'horreur des religions de substitution

Les chats sont des substituts pour les enfants
Les gratte-ciel pour les clochers



par : Camillo Langone
SOURCE : Rorate Caeli
Parution originale dans : Il Foglio

Le 17 décembre 2015


Ça ne me surprend pas si la Place Saint-Pierre est à moitié vide ou pas aussi achalandée que prévu, je serais surpris du contraire. Et je ne crois pas que tout cela est dû à la peur de se heurter à un Musulman ayant une passion pour les explosifs. C’est vrai que, ces dernières années, les mouvements catholiques (en dehors des Néo Catéchumènes) capables d'amener les jeunes à la Place Saint-Pierre se sont éclipsés, réduits qu’ils sont à leurs rites risibles d'été (oui, je pense surtout à propos de la C.L. ( ? Ligue Catholique ? ). En outre, il est vrai que le Catholicisme au niveau de la paroisse est âgé et, par conséquent, tremblant (les vieux craignent la mort infiniment plus que les jeunes, pour eux la mort est une réalité concrète, pas une idée). Pourtant, ce n’est pas seulement cela. Mais c’est principalement ceci : tout comme dans la nature, le cœur de l'homme a horreur du vide.

Si le centre du Christianisme est perçu comme abandonné, la raison en est qu’il a cessé d'être attractif, telle est la raison des têtes volages pour des cultes sous de nouvelles formes ou d’anciennes tels que l'écologie et l'animalité qui sont des variations sur le même thème païen. L'homme est un être religieux cependant et François le sait aussi cela ; dans son homélie du 14 mars 2013, il a cité de façon tout à fait surprenante l'apocalyptique Léon Bloy : « Ceux qui ne prient pas Dieu, prient le diable ».

Si les églises ne sont pas remplies avec les fidèles, tôt ou tard, elles deviendront des mosquées ou, au mieux, des musées : se plaindre à ce propos est inutile, ce serait plus utile d'aller à la messe et de ne pas faire ce que mon amie fait tous les dimanches, c’est-à-dire plutôt que de prendre part à l'Eucharistie, elle lit Sainte Catherine pensant bien faire ; au lieu de cela, elle prend part à l'effondrement d'une religion réduite progressivement à la spiritualité, au subjectivisme et à l'onanisme intellectuel. Ceux qui ne prient pas le Seigneur, comme le Seigneur lui-même l’a demandé (« Faites ceci en mémoire de Moi ... ») ne prient même pas Sainte-Catherine, et sans s’en rendre compte, ils prient autre chose.

Une autre amie est devenue la directrice d'un musée et m'a invité à visiter son bureau. Je lui ai dit que je ne viendrais pas, alors que j'ai eu des mauvaises vibrations au sujet de ce bâtiment lui-même, et elle me regarda indécise se demandant si j’étais fou. En effet, ça peut sembler quelque chose d’obsessionnel, avec tout ce clergé sécularisé tout autour, d'insister sur le sacré comme je le fais, mais je n’ai pas d'autre alternative : « La sensibilité est le génie de tout le monde » a dit Baudelaire, et mon génie est le zèle pour la Maison de Dieu.

Le musée très contemporain dirigé par mon amie occupe une ancienne abbaye vidée par Napoléon et ça m’apparaît comme quelque chose d’annihilant pour moi. Jean Clair a écrit des volumes entiers sur les musées comme des temples de substitution et je n’ai pas besoin de rouvrir ses livres pour savoir à quel point c’est vrai. Ce vide tend à toujours se remplir lui-même, c’est une loi de la psychologie. Les femmes sans enfants à embrasser se donnent facilement à un petit chien, elles leur parlent, elles les embrassent et les câlinent, elles leur achètent des petites friandises. Le Père Rosario Struscio, missionnaire en Inde et père spirituel de Mère Theresa, à son retour en Italie après de nombreuses années, a été grandement perturbé de « voir tant de femmes circulant avec des chats dans leurs bras comme si c’étaient des enfants. Un pays qui a substitué les enfants pour des chats est un pays sans lendemain ». C’est même une loi de planification municipale : les clochers à Milan auxquels l’Archevêque ne croit même plus (comme les nouvelles églises sans clochers le montrent) ont été remplacés par des gratte-ciel.

« Dans le désert de l'abandon, les gens se résignent à la construction du veau d'or » écrit le théologien, Pierangelo Sequeri. Ou des idoles vertes. S’il n'y a plus de croyance en Notre-Dame, la Mère de Dieu, alors on s’abandonne à la fascination de Gaia, la déesse de la Terre. Le clergé cède à la luxure, aux sens humains, ne doit pas faire peur, mais l'apostasie de ceux (comme le philosophe de la religion, Marco Vannini le mentionne ) « qui ont perdu la foi dans la divinité du Christ et qui ont donc annulé la nouveauté de l'Évangile, en se pliant eux-mêmes en adoration devant le monde et son Seigneur » sont immensément plus dangereux que n’importe laquelle Francesca Chaouqui ( note : cette dame est accusée d’avoir coulé des informations confidentielles du Vatican ). C’est la Societé Ténébreuse (sic) qui a projeté les bêtes sur la façade de Saint-Pierre, précisément le jour de l'Immaculée Conception.

C’est dommage qu’en transformant la Papauté en une filiale de Greenpeace, la « maison mère » dans ces affaires soit beaucoup plus crédible. Même l'autre jour, ils revenaient sur cette initiative en élaborant leur agenda pour projeter des images contre la pêche au thon sur les monuments de Milan.